DE LA GYMNASTIQUE
M. Allemand était mort depuis huit ans, et son (Euvre existait depuis quarante-cinq ans, lorsqu'on introduisit pour la première fuis la gymnastique avec tout le luxe que comporte une maison qui a des ressources aussi considérables. Preuve nouvelle que la création d'un gymnase n'est pas urgente, puisqu'on avait pu s'en passer pendant tant
d'années. Voici les avantages de ce jeu : il est excellent pour la santé, il amuse beaucoup quelques jeunes gens, les progrès qu'ils peuvent y faire lui conservent toujours l'attrait de la nouveauté. Mais c'est un des jeux les plus dispendieux qu'on puisse avoir ; surtout s'il est complet comme dans l'Œuvre de M. Allemand ; il est très dangereux par les accidents tôt ou tard inévitables. Si quelques jeunes gens s'y adonnent par amour des exercices qu'on peut y faire, la plupart au contraire n'y cherchent que des balançoires, changent tout en escarpolettes, et réduisent à un jeu très ordinaire un gymnase qui aura coûté de si grande sacrifices. Le seul moyen de parer à tous ces inconvénients serait d'avoir un rnaitre, qui, par sa présence, empêcherait les accidents et apprendrait les exercices au. s. enfants. L'escarpolette ennuie bientôt, et les trapèzes, les échelles, les portiques sont sans objet, si quelqu'un n'est pas là pour en enseigner l'emploi. Par conséquent, je conseillerais de réserver ce jeu pour les temps d'abondance qui, après plusieurs années, pourront luire enfin sur une Œuvre. Tant qu'elle sera pauvre, peu nombreuse, qu'elle se contentera de jeux plus simples et plus faciles, gardez-vous d'une si coûteuse conception. Je crois que la plupart de ceux qui font des gymnases, visent plutôt à l'effet qu'à toute autre chose, parce que c'est un jeu qui parait beaucoup. La deuxième année de notre Œuvre, on nous fit cadeau d'un portique et de deux escarpolettes, parfaitement
bien organisés. La pluie et le soleil les ont peu à peu détruits, sans nous laisser de grands regrets, plusieurs s'y étaient blessés, et nos enfants ne les ont plus redemandés. Du reste, le trapèze étant la partie essentielle, savante, d'un gymnase, et ce qu'il y a de plus facile à se procurer, toutes les Œuvres pourraient avoir un ou plusieurs trapèzes sans grande dépense. Nos illustres Conseils Municipaux communards, dans leur sollicitude pour le bien du peuple, ont installé des gymnases assez complets dans plusieurs écoles de Marseille. Il y en a un sous nos yeux, dans un local voisin du nôtre ; les enfants ne s'en servent presque jamais.
ARTICLE DEUXIEME