‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 34 sur 36 · Bien moins encore faut-il s'adresser à l'édu · texte numérisé non relu

Bien moins encore faut-il s'adresser à l'édu

cation purement humanitaire, composée seulement d'instruction, plus dangereuse qu'utile quand elle n'est pas franchement chrétienne.

6. La grandeur du local, sa beauté et son installation parfaite, ne sont que des choses très-accessoires, et qui, dans tous les cas, ne doivent venir que peu à peu, quand l'Œuvre est moralement sûre de subsister, quand elle a déjà produit des fruits et donné des gages de sa durée. Engloutir les dons de la charité publique dans des créations incertaines et éphémères, ou douteuses, c'est la lasser à jamais et rendre plus tard l'Œuvre impossible.

7. Avant de se mettre en frais et de réunir des enfants, il faut avant tout chercher un bon Directeur, pieux, zélé, dévoué, capable d'un si beau ministère. Quand on l'aura essayé et éprouvé, qu'on lui donne peu à peu des ressources, aucun argent ne sera mieux employé, on en trouvera toujours et trop tôt; il sera entièrement perdu, si mettant la charrue avant les bœufs, on crée le matériel de l'Œuvre avant d'avoir formé le spirituel.

8. Les Œuvres qui commencent avec bruit, éclat, beaucoup de monde, installation brillante et bruyante, durent très peu et font peu de bien. Les bienfaiteurs qui leur demandent des succès immédiats, avec un grand nombre d'enfants, demandent l'impossible. La nature ne crée pas tout d'un coup des arbres de cent ans ; elle les fait grandir peu à peu, et produire des fruits seulement à l'âge de la maturité.

9. La meilleure méthode est de réunir d'abord un très petit nombre de pieux enfants, ou qui veulent le devenir, dans un très petit local, une chambre, par exemple, c'est ainsi qu'a commencé l'Eglise, ou mieux dans une petite chapelle, et les former peu à peu à la vie chrétienne, par des instructions, de nombreux entretiens, la fréquentation i très fréquente des sacrements, et les autres pratiques de la piété. Des promenades où on joue et on cause, une chambre où on se réunit à la nuit, suffisent dans les débuts. M. Allemand commença avec quatre jeunes gens en 1799; 36 ans après, à sa mort, il en avait 400 et en avait élevé plus de 10.000.

10. Autour de cet excellent noyau formé par un prêtre pieux, versé dans les voies de la vie chrétienne, prudent, sage, et cependant rempli de cet entrain que réclame la jeunesse, on formera facilement et peu à peu une Œuvre. Un peu d'huile, ajoutée à Thuile sainte, participe à sa consécration, une trop grande quantité ajoutée tout d'un coup la lui fait perdre.

11. Les Œuvres grandement applaudies, soutenues, louées, réussissent ordinairement très peu. Les Œuvres contrariées, combattues, persécutées, jettent ordinairement de profondes racines. Qu'un Directeur ne se décourage donc jamais : les orages passent, les hommes passent, les Œuvres de Dieu ne passent pas, elles durent tant qu'elles font du bien.

12. Les laïques ne doivent avoir qu'un rôle secondaire dans l'Œuvre de la sanctification des âmes; il est encore assez beau pour qu'ils s'en contentent ; c'est le rôle des catéchistes dans les missions. S'ils sont jeunes, inexpérimentés, c'est au Prêtre à les former lui-même: c'est l'ordre établi par Jésus-Christ, en constituant le Sacerdoce chrétien et la divine hiérarchie ecclésiastique; nul dans l'Eglise n'a le droit d'intervertir ces rôles.

13. Toutes les formes d'Œuvres sont bonnes, pourvu que par des moyens différents, tous arrivent au même but, la. foi et les bonnes mœurs. Toute Œuvre qui ne travaille pas à obtenir ce double résultat est un café, un cercle, un théâtre, ce n'est pas une Œuvre chrétienne et sacerdotale.

14. On peut donc choisir la forme la plus conforme aux besoins d'un pays, à ses usages, à l'aptitude et aux goûts du fondateur ; on peut faire un Patronage qui patronne les jeunes apprentis, ou une école qui les instruit, ou une Œuvre qui les fait prier et jouer, ou un orphelinat qui les arrache à la misère, ou une usine chrétienne ; on peut faire des réunions de tous les dimanches ou de tous les jours, du matin ou du soir ; aller à la paroisse ou préférer l'autonomie complète; peu importe, pourvu qu'on obtienne le double résultat : la foi et les mœurs.

15. Cependant, parmi ces formes, il y en a de plus parfaites les unes que les autres. Qu'on tende à cette perfection, mais peu à peu, comme objectif désirable, et non comme but immédiat.

16. Le Directeur condamné par les circonstances à avoir plusieurs centaines de jeunes gens, réussira bien plus difficilement que celui qui nen aura qu'une douzaine. Cependant, si cette déplorable méthode lui est imposée par des supérieurs ou des protecteurs, qu'il ne se décourage pas en face de cet obstacle en apparence insurmontable ; qu'il s'efforce de choisir dans cette foule un très petit noyau, auquel il donnera tous ses soins spéciaux, pendant que les autres recevront, à tout hasard, les soins généraux. Au bout de peu de temps la foule se fondra, et il restera le noyau autour duquel l'Œuvre se reformera.

17. La première vertu du directeur, et qui en suppose une foule d'autres, c'est la constance. La vie d'un saint prêtre est un martyre continuel, et d'autant plus cruel, que Dieu le destine à plus de succès dans le ministère des âmes. Martyre des enfants, martyre du public, martyre des confrères, hélas! parfois, martyre... Rien ne doit le décourager, pas même le plus douloureux des martyres, celui de ses propres fautes, de ses propres erreurs. C'est quelque chose de navrant que la quantité d'Œuvres qui cessent journellement d'exister en France !

Mais la récompense est immense. Après trois siècles, M. Olier vit encore dans sa paroisse de Saint-Sulpice. Il la prit la plus mauvaise, il en lit la meilleure de Paris. Deux de ses Œuvres lui ont survécu : ses catéchismes, qui forment de si nom-

breuses générations de bons chrétiens, ses séminaires, qui les conservent et les multiplient. Quel immense résultat, sans musique, sans théâtre ,sans aucun des moyens modernes. Voilà un modèle accompli et il n'est pas le seul dans l'histoire de l'Eglise. Si un bon prêtre dans chaque ville formait ainsi un noyau chrétien, Dieu irrité de la tiédeur de ses ministres, n'enverrait plus de révolutions, nous sauverions en grand nombre les âmes de notre chère jeunesse, nous nous sauverions nous-mêmes, qui nous perdons dans l'oisiveté et la lâcheté !

Courage, prêtres de Jésus-Christ ! courage, pieux laïques I Donnez-nous l'impulsion, nous en avons besoin ; recevez notre direction, elle vous est indispensable. Marchons tous ensemble à la conquête des âmes des pauvres ouvriers. Notre immortel Pontife nous donne l'exemple de la constance, suivons-le de près; une brillante couronne nous attend dans l'éternité; elle sera formée des âmes de nos enfants : qui ad justitiarn erudiunt multos, fulgebunt quasi siellœ in perpétuas œternitaies. (Dan. XII. 3.

Ad Majus Pieiatis Incrementum.

Marseille-jilancanle. — Ii")). K. Coi'ht-Pavkn.

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