‹ Méthode de harpeChapitre 2 sur 74 · TT TT TT TS · texte numérisé non relu

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(1) Fétis.

INTRODUCTION Guillaume de Machau (xiv° siècle) a comparé les charmes de sa maîtresse aux 25 cordes de la Harpe

« De 25 cordes que la Harpe ha Dont roi David par maintes fois harpa » (1).

Jusqu’alors la Harpe était formée d’un cadre en bois sur lequel on tendait les cordes; on conçoit qu'un tel système était réfractaire aux modulations ; aussi, la musique se transformant peu à peu et les autres instruments subissant les lois de cette progression, la Harpe ne tarda pas à tomber en désuétude jusqu'à la fin du xvu*° siècle.

A ce moment (1660), un Tyrolien imagine les « sabots », sortes de crochets actionnés par la main dans le but de modifier d’un demi-ton les cordes correspondantes ; ce mécanisme n’eut aucun succès (2).

En 1710, un luthier de Donawerth, nommé Hochbrucker, invente la pédale (3); Cousineau et Naderman bénéficient de cette découverte et construisent des Harpes à 7 pédales (4), chacune de celles-ci pouvant hausser d’un demi-ion, dans toute l'étendue de l’instrument, une des notes de la gamme diatonique (5).

Vers la fin du xvin* siècle la Harpe prend un essor considérable, on lui fait accompagner les romances en vogue et l'exemple en est donné par la reine Marie-Antoinette elle-même; les virtuoses commencent à se produire; parmi eux, Krumpholz et le vicomte de Marin se font particulièrement remarquer; enfin nous voyons apparaître les premières parties de Harpe à l'orchestre («les Bardes » de Lesueur; « Uthal », puis « Joseph » de Méhul; « Orphée » de Gluck; « la Vestale » de Spontini et « Wallace » de Catel).

Cependant la Harpe avait encore de nombreux défauts, les crochets actionnés par les pédales se brisaient très rapidement; les cordes et les ressources générales de l’instrument s’opposaient encore à l’exécution des modulations rapides : c’est alors que le génie de Sébastien Érard s'en empare; il substitue les fourchettes aux crochets, puis il crée, en 1811, une merveille d’ingéniosité et de précision, la Harpe à double mouvement (6).

Depuis, certains facteurs, voyant dans l'usage des pédales une source de difficultés dont ils s’exagéraient l’importance, cherchèrent le moyen de les supprimer; c’est ainsi qu'un nommé Pfeiffer imagina, en 1820, une Harpe ditale dans laquelle le mécanisme des pédales était placé sous les doigts de l’exécutant; en 1845, un facteur de pianos, Pape, prit un brevet pour une Harpe chromatique à deux rangées de cordes (ce modèle n’a jamais été construit) ; la même idée vient d’être reprise dernièrement, sous prétexte que l’œuvre orchestral de Wagner n'est pas jouable sur linstrument d'Érard; la Harpe ainsi établie se compose de deux rangées de cordes assimilées, l’une aux touches blanches, et l’autre aux touches noires du piano; ces deux rangées sont, comme dans la Harpe de Pape, entre-croisées en X, et forment un total de 78 cordes.

Le résultat ainsi obtenu s'éloigne trop sensiblement de l’objet de cette Méthode pour qu’il soit opportun d'y insister.

Ce que nous voulons, c’est enseigner /a Harpe, celle pour laquelle ont écrit non seulement tous les auteurs anciens, tels que Mozart, Auber, Berlioz, Meyerbeer et Rossini, mais encore, parmi nos contemporains, les Wagner, les Saint-Saëns, les Massenet, les d’Indy, les Humperdinck, les Charpentier, les Pierné, les Debussy et les Gedalge.

L'erreur de ceux qui veulent préconiser un nouvel instrument provient de ce qu’ils essaient d’assimiler la Harpe au Piano.

Nous ne répéterons jamais assez que ces deux instruments n'offrent aucun élément de comparaison : le petit doigt est exclu de notre notation; ensuite, la corde étant pincée et non frappée, il en résulte une perte de temps qu'on ne peut racheter qu'en posant à l’avance les doigts par groupes sur les cordes; ajoutons que les traits inhérents à la Harpe et au Piano ne se ressemblent pas davantage.

Manuscrit de la Bibliothèque Nationale.

Ce système est appliqué sur quelques Harpes galloises.

Cousineau fut l’auteur d’un projet de Harpe à 14 pédales.

) ) ) L'invention d’Hochbrucker ne fut connue en France qu'en 1749, ) 5)

On appelle cet instrument « Harpe à simple mouvement », on l’accordait en mi b majeur.

(6) Seb. Erard commença par appliquer la « fourchette » à la Harpe à simple mouvement, celle qu'on construisait alors; dans cette Harpe, l’intonation de chaque corde pouvait être modifiée d’un demi-ton (au lieu de deux, actuellement); la console ne supportait qu'une rangée de « sabots »

(remplacés par les « fourchettes »), et les pédales n'évoluaient que dans un cran, d’où le nom de « Harpe à simple effet — simple mouvement »; on l’accordait en ma pb et un grand nombre d’altérations ne pouvaient s'obtenir qu'à l’aide des synonymes; le champ d'action de cet instrument était

naturellement très restreint.

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On dit aussi que l'écriture de la Harpe est difficile : mais quel est l'instrument qui ne réclame point une écriture spéciale? Quant aux traits d'orchestre de Wagner (1), nous certifions ici qu’ils sont tous accessibles au harpiste consciencieux. Leur exécution n’est pas facile, certes! mais les autres parties orchestrales du même auteur sont-elles toujours commodes à interpréter, et un luthier a-t-il jamais eu l’idée de changer la tablature du Violon afin de faciliter la « Chevauchée des Walkyries » ?

Notre ouvrage est donc écrit pour la Harpe à double mouvement ; seule, elle peut s'acquitter brillamment de sa tâche à l’orchestre; seule, elle sait charmer, émouvoir, par la poésie de ses sons, les cascades cristallines de ses arpèges, la suavité de ses harmoniques (2).

R. MARTENOT

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(1) Les gammes chromatiques sont interdites à la Harpe, mais les enchaînements chromatiques sont presque toujours possibles; à ce propos on voit dans le Traité d'instrumentation de M. Gevaert une série d’enchaîinements réputés impossibles, alors qu'ils peuvent être joués enharmoniquement ; un seul de ces exemples est vraiment inexécutable. *

(2) Nous avons puisé les renseignements nécessaires à cette Introduction dans les ouvrages de Methems Wilkinson, Rosellini, Rawlinson et Fétis.

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