PARTIE EXPÉRIMENTALE
Elle a été faite en commun avec M. Achard.
Le premier effet des injections interstitielles de chlorure de zinc dans les tissus normaux est une mortification d’un certain nombre d’éléments anatomiques : on sait que cette substance agit sur les éléments à la façon d’un réactif fixateur. Dans le foyer de l’injection se font de petites hémorragies et bientôt se développe une réaction inflammatoire intense. Le tissu se remplit d’éléments embryonnaires et c’est cette infiltration abondante qui donne lieu aux épaississements nodulaires et à ces plaques dont le toucher permet de reconnaître aisément l’existence. Puis, à une période plus avancée, les éléments mortifiés disparaissent; les artères montrent les altérations de l’artérite oblitérante, qui se propagent au delà même du foyer de l’injection, et graduellement le tissu embryonnaire s’organise en tissu fibreux. Ces modifications histologiques s’observent d’une façon générale dans tous les tissus. Les phénomènes de nécrose et de résorption des éléments mortifiés se laissent surtout étudier sur les faisceaux primitifs des muscles.
Sur les os longs du lapin, l’injection du liquide caustique, sous le périoste et à sa surface, produit une infiltration sanguine etr consécutivement, une ostéite superficielle, caractérisée par un état rugueux de la surface de l’os. On observe, en outre, au point correspondant, dans le canal médullaire, de petites projections de tissu osseux sous forme de trabécules délicates.
Dans les articulations, l’injection de quelques gouttes d’une solution, même forte au dixième, ne détermine que des phéno-
TRANSFORMATION DES PRODUITS TUBERCULEUX
mènes réactionnels modérés. On observe seulement un peu de grossissement des parties molles; les surfaces cartilagineuses ne sont pas détruites, mais, dans les cas récents, elles offrent une teinte grisâtre, mate et métallique, qui leur donne l’aspect du vieil argent.
Dans le parenchyme pulmonaire, les lésions consistent surtout dans le développement de nodules de pneumonie interstitielle. Au centre des foyers, on ne trouve guère que des éléments arrondis, très confluents, au milieu desquels on distingue quelques alvéoles béants. Mais, sur les limites des îlots inflammatoires, on reconnaît très bien que l’infiltration se poursuit dans les cloisons interalvéolaires, qui sont épaissies et remplies de cellules rondes dans une certaine étendue, tandis que les cavités alvéolaires sont vides ou ne contiennent qu’un peu de sang modifié. Les vaisseaux présentent aussi leurs lésions habituelles. Quant aux bronches d’un certain calibre, elles montrent leurs parois à peu près saines: la couche fibro-cartilagineuse semble opposer une barrière assez résistante à l’infiltration embryonnaire qui se développe à sa périphérie.
C’est peut-être cette circonstance qui explique l’innocuité habituelle de ces injections caustiques dans le parenchyme pulmonaire. Des chiens et des lapins ont reçu impunément des injections multiples et répétées, dans les deux poumons, avec des solutions au vingtième et au dixième; un chien a même subi dans un de ses poumons deux injections de cinq gouttes chacune, avec la solution au dixième, sans éprouver d’autre trouble qu’un peu de toux pendant quelques instants. Cette absence d’accidents infectieux tient sans doute à ce que le foyer inflammatoire se trouve partout en rapport avec l’air stérile des alvéoles et des extrémités bronchiques, et qu’il est protégé contre le contact de l’air septique par la résistance des grosses bronches.
Au contraire, lorsque le foyer de nécrose et d’inflammation se trouve exposé aux microbes septiques, il devient facilement leur proie. Ainsi, les injections faites immédiatement sous la peau donnent lieu à des escarres, et c’est un accident qui survient parfois aussi lorsque l’injection est moins surperficielle. De même quelques gouttes d’une solution relativement faible, au quarantième, introduites dans le péritoine des lapins et des cobayes, détermine une péritonite d’abord très localisée et ayant pour point de départ une escarre intestinale, qui correspond au point où le tube digestif s’est trouvé en contact avec le liquide caustique.