‹ Méthode dé̀quitation basée sur de nouveaux principes augmentée de documents inédits; de rapports officiels en faveur de làpplication de la méthode aux chevaux de troupesChapitre 5 sur 61 · A M. BAUCHER · texte numérisé non relu

A M. BAUCHER

r < Paris, le M mars 4842.

« Monsieur,

« Par suite des propositions que vous avez faites à M. le Maréchal ministre de la guerre, Son Excellence a décidé qu'il serait fait à Paris une série d'expériences sur votre méthode pour dresser les chevaux de remonte et ceux qui sont

reconnus difficiles. En conséquence, cent jeunes chevaux pris dans les régiments do cavalerie en garnison à Paris seront dressés d'après votre système. S'il existe dans ces deux corps quelques chevaux difficiles, ils seront également soumis à votre méthode. Les expériences auront lieu en présence d'une commission composée des capitaines instructeurs du 5 e de cuirassiers et du 3 e de lanciers. Le chef d'escadron commandant le manège de l'école de cavalerie, auquel le ministre donne Tordre de se rendre à Paris, fera partie aussi do ccUo commission, dont la présidence m'est confiée. Avant de donner des instructions au maréchal de camp commandant la brigade et aux colonels des deux régiments de cavalerie, j'ai besoin, Monsieur, dem'entendre avec vous. Je vous prie, en conséquence, de vouloir bien vous rendre demain, à neuf heures, chez moi, où ces messieurs seront réunis.

«Recevez, je vous prie, Monsieur, l'assurance do ma considération distinguée.

a Le lieutenant général, « Marquis Ocdinot. »

RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES DE LA MÊTnODE DE H. BAL 1 CHER, ET RÉSUMÉ DES OPÉRATIONS JOURNALIÈRES, PAR LE CHEF D'BSCA- DRON DE NOVITAL, COMMANDANT A L'ÉCOLE ROYALE DE SAUMUR.

« Les capitaines instructeurs des 5 e régiment de cuirassiers et 3 e de lanciers, désignés par le minisire de la guerre pour faire partie de la commission, se sont réunis à moi,

ainsi qu'à M. Baucher, au quartier de Sens, le 21 mars dernier, et les expériences ont commencé.

« Pour édifier, pour construire, il faut des matériaux ; pour enseigner il faut des maîtres. Or, M. Baucher, chargé de démontrer sa méthode et voulant prouver ses bons résultats, ne pouvait tout d'abord procéder sur une grande échelle, et faire pratiquer lui-même son système à un trop grand nombre d'hommes et de chevaux. lia donc dû se créer des interprètes, des cOopérateurs. Il les a pris parmi les officiers et cavaliers des deux régiments.

«21 mars — Dans la première séance, la leçon a été donnée à deux sous-officiers du 5 e cuirassiers, sur deux chevaux complètement neufs, l'un allemand, l'autre normand, et à un même nombre de sous-officiers et de chevaux du 3 e lanciers; ces derniers (de la remonte de Vincenncs) possédaient une instruction plus avancée que les chevaux des cuirassiers, avaient même reçu la bride depuis quelques jours.

« Les officiers, sous-officiers et cavaliers, après une explication succincte, mais très-claire, très-nette et très-rationnelle de M. Baucher, sur le fond de sa méthode, sur les diverses causes des défenses du cheval et les moyens simples, mais efficaces de (os combattre, ces officiers et sous-officiers, dis-je, après une démonstration de quelques instants, ont mis la main à l'œuvre et obtenu des résultats presque instantanés sur des natures brutes, sinon rebelles. Au bout d'une demi-heure, chaque cheval a compris les aides et s'est prêté, pour ainsi dire, de bonne grâce, à toutes les exigences du cavalier, premièrement dans la leçon à pied et en place, puis monté. Un cheval du 3* lanciers a cependant résisté à l'action latérale du mors, c'est-à-dire à la flexion de la mâchoire ; mais, comprenant bientôt l'inutilité de la résistance, il a cédé.

a Bon nombre d'officiers en dehors de la commission, mus par un noble zèle, assistaient à cette première séance, et les

résultats obtenus si promptement ont prévonu chacun en faveur de la méthode.

« Dans la seconde séance on a procédé comme dans la première, mais sur quatre chevaux par répiment au lieu de doux. Les résultais ont été plus grands que ceux du matin, car deux chevaux nouvellement admis, l'un normand, du 5« cuirassiers, et l'autre navarin, du 3° lanciers', ont opposé une grande résistance à la première action du mors. Le navarin surtout a mis de l'opiniâtreté et de la méchanceté dans ses défenses, il en est venu au point de frapper le cavalier avec les pieds de devant. Enfin ils ont fini l'un et l'autre, après quelques minutes, par céder et se rendre d'une manière satisfaisante, sinon complète, A la main de M. Baucher, tandis que d'autres cavaliers, simples adoptes naturellement moins habiles, avaient échoué. •

« 22 mars. — Les expériences de la seconde journée ont été à peu près les mêmes que celles de la veille. Les mêmes chevaux ont été mobilisés et se sont soumis sans la moindre résistance. Us ont répondu aux jambes, d'une manière satisfaisante, dans la mobilisation de la croupe. Deux chevaux de plus par régiment ont été soumis" aux épreuves et n'ont été nullement rebelles.

« 23 mars. — Dans la troisième journée on a opéré sur six chevaux de chaque régiment. Les progrès des hommes ot'des chevaux ont été sensibles, à l'exception du cheval navarin, cité plus haut, et qui, par recrudescence, a présenté des résistances et des défenses très-fortes en se cabrant et en luttant à outrance contre son cavalier ferme et solide, tandis quo la. veille il paraissait maîtrisé. Mais les jours suivants il a fini par être complètement soumis.

« 24 mars. — Les expériences de ce jour ont été faites sutdix chevaux de chaque régiment. Tous les cavaliers ont compris parfaitement toutes les flexions, le ramener, etc., etc. Les chevaux se sont montrés soumis, légers, maniables. Un

gris, dos lanciers, nouvellement admis, a opposé de vives résistances, prenant des positions de tête difficiles à combattre. Enfin, après un quart d'heure, il a été vaincu, et, vers la fin de la leçon, il se livrait facilement.

« 25 mars. — Mêmes opérations que la veille, obéissanco plus passive chez tous les chevaux déjà mobilisés. Un cheval normand du 5 e , âgé de sept ans, a été amené ce jour-là ; ce cheval opposait, pour défenses, des ruades, des sauts réitérés, lorsque le cavalier l'enfourchait ; après la mobilisation de pied ferme par M. Baucher, et un mouvement rétrograde longtemps continué , il s'est amendé, et à la fin de la leçon il était à moitié soumis.

a 26 mars. — Continuation dos épreuves sur les mêmes chevaux, amélioration dans la souplesse, la régularité des flexions et des mouvements. Défenses, moins grandes chez le cheval normand, qui la veille était intraitable.

a La séance terminée par des flexions d'ensemble, par le reculer et par quelques mouvements de pied ferme, aux indications de M. Baucher.

« 27 mars. — D'abord même travail que la veille ; ensuite, travail à volonté, au trot, les chevaux conduits avec le filet. Pas de résistance : légèreté évidente chez presque tous les chevaux ; mais obligation de revenir parfois, pour certains, à la mobilisation de pied ferme.

« Le rtteur, cité plus haut, s'est moins défendu. La résistance morale surtout a cédé en partie.

« 28 mars. — Le travail a continué, comme les jours précédents, pour confirmer les chevaux qui se sont montrés plus souples généralement; quelques-uns, cependant, ont encore opposé de légères résistances, tels que le grU, des lanciers, dont il a été parlé.

« La reprise au trot, à volonté, les chevaux conduits avec le filet, a été satisfaisante.

« Mobilisation d'ensemble à la fin de la séance.

« La garde municipale, sur sa demande d'être associée aux expériences, a envoyé plusieurs officiers et sous-officiers avec leurs chevaux, présentant, pour la plupart, quelques difficultés sous le rapport du ramener; dès le premier jour il y a eu amélioration.

« 29 mars. — Même travail que le 28. Amélioration sensible dans les progrès des hommes et des chevaux.

a 30 mars. — Les chevaux, dans celte séance, se sont montrés généralement dociles, bien disposés et légers. Les flexions à pied et à cheval ont été très-bien faites. Dans les mouvements, on a remarqué encore quelques contractions d'encolure qui tenaient probablement au peu d'habitude des hommes dans la pratique de la méthode.

« Enfin, les chevaux ont été conduits avec la bride à toutes les allures et ont bien donné dans la main.

« Le galop a été commencé sur les grandes pistes, les chevaux se sont montrés légers et obéissants.

« 11 y a eu grande amélioration chez le rueur qui, monté par un élève distingué de M. Baucher, a souffert, sans oser se défendre, les attaques de l'éperon.

« 3i mars. — Mêmes opérations que la veille, travail au trot et au galop alternativement. Grande amélioration en tout} les chevaux étaient presque dressés.

o 1 er avril. — Le tfavail suspendu à cause du mauvais temps.

« 2 avril. — Le travail a été repris comme les jours précédents, mais les cavaliers ayant le sabre, ce dont les chevaux n'ont été nullement impressionnés.

a 3 avril. — Les expériences de la journée ont laissé peu à désirer* Les chevaux légers, et parfaitement obéissants, ont exécuté les mouvements à toutes les allures et peuvent entrer dans les rangs de l'escadron (1).

(1) On avait dû d'abord procéder sur une grande échelle avec cent chevaux. Sur la proposition de M. Baucher, ce nombre a été réduit au quart, les résultats devant être les mêmes.

« Voilà donc les résultats accomplis en treize jours et môme moins pour certains chevaux. Les faits parlent, ils sont concluants. Obtenir en quelques jours ce que l'on gagnait en six mois, un an, est un avantago immense que la cavalerie se plaira à reconnaître. Faire de chaque cavalier, quel qu'il soit, l'instructeur de son cheval, en est un autre non moins grand. Propager le goût de l'équitation par l'attrait qu'elle a pour tous ceux qui la pratiquent, c'est encore un des bienfaits que doit répandre la méthode de M. Baucher.

« Chaque innovation a ses détracteurs, chaque perfectionnement a ses opposants. On sait déjà que le système en question soulève des jalousies, des susceptibilités, et opère une quasi-révolution dans le monde hippique. Pour démolir l'œuvre de l'habile écuyer, certains adversaires s'efforcent de lui donner le cachetd'une imitation des Pignalel, des Pluvinel, des Newcastle, des laGuérinière, des d'Auvergne, des Chabannes, etc., etc. Sans doute, ces hommes habiles ont prêché l'assouplissement et l'équilibre, mais ont-ils indiqué les moyens d'exécution, ont-ils enseigné une théorie aussi lucide, aussi nette, aussi bien raisonnée que celle de M. Baucher? Ont-ils tous, ainsi que lui, joint l'exemple au précepte? et leurs disciples d'aujourd'hui, choqués du progrès qui s'annonce, pourront-ils, en hardis concurrents, entrer dans l'arène et. manier leurs chevaux comme le nouveau maître de l'équitation, en tirer un parti aussi étonnant, aussi prodigieux, quelle que soit d'ailleurs leur construction? Non; je ne le pense pas. La méthode de M. Baucher doit faire école, parce qu'elle s'appuie sur des principes vrais, fixes, rationnels et motivés ; tout en elle est mathématique et peUt se rendre par des chiffres. A lui donc appartient la nouvelle époque qui commence, à lui la gloire d'avoir mis le cheval dans la dépendance complète de son cavalier, en paralysant toute résistance, toute volonté, et en remplaçant les forces instinctives par des forces transmises.

« Mais, pourrait-on objecter, celte espèce de captivité à laquelle la nouvelle méthode veut soumettre le cheval ne nuira-t-elle pas à sa conservation , ne sera-t-ellc pas la source d'une ruine prématurée? A cela il est facile de répondre par une comparaison qui nous semble concluante : lorsque tous les rouages d'une machine sont bien engrenés, que chacun fournit son contingent d'action, il y a harmonie, partant nécessité d*une force moindre. De même lorsque dans un corps organisé, on est parvenu à obtenir la souplesse, le liant dans toutes les parties, l'équilibre devient facile, il y a souplesse, légèreté et par conséquent diminution de faliçue.

« Loin de ruiner le cheval, la nouvelle méthode n'a-t-elle pas l'avantage d'être un puissant auxiliaire pour le développement des muscles, surtout dans on jeune sujet*

« La vitesse, la franchise des allures, pourrait demander encore la cavalerie, ne souffriront-elles pas de l'emprisonnement dans lequel le nouveau système semble tenir lo cheval? Non, car l'animal jouit, môme dans le rassembler, de toutes ses facultés locomotrices, il est parfaitement à son aise dans les aides et dans sa position d'équilibre, ce qui oblige tous les muscles à fournir leur quote-part dans l'ac* lion.

« Cette question nous amène à parler des bornes que l'auteur du système, toujours exact et rationnel dans ses idées comme dans son dire, prétend donner à Péquitation militaire. Ces bornes ne dépassent pas l'instruction élémentaire à laquelle le cheval de troupe doit être soumis, c'ost-à-diro qu'elles ne vont que jusqu'au ramener ; car alors le cheval est dans la main, il est en équilibre, conséquemment léger, obéissant ; constamment à la disposition de son cavalier: que veut-on de plus, surtout à la guerre ?

o Quant à l'équitation savante, à la haute école, là, il n'y a pas de limites ; le plus habile va le plus loin. Le tact, l'intelligence, le raisonnement, assurent le succès. C'est grâce à ces

qualités éminenf es, jointes à la persévérait ce et à l'étude, qu'a grandi le talent de l'habile écuyer qui nous occupe et qui a tant de droits à nos sympathies.

« Faire ici l'analyse complète de la méthode de M. Baucher serait peut-être chose opportune; mieux vaut cependant renvoyer à son ouvrage récemment publié, et que tout officier de cavalerie doit s'empresser de lire pour y puiser de saines et véritables doctrines sur l'équitation. •

« Mais, si claire, si logique que soit la théorie do M. Boucher, elle n'en aura pas moins , comme je l'ai dit plus haut, ses détracteurs, ses adversaires } à ceux-là il faudra opposer les faits et 1 évidence, qui parlent assez haut pour triompher des plus incrédules.

« Je me résume en disant que, si, comme j'aime à le croire, la nouvelle méthode est adoptée , la cavalerie sera dotée d'une ressource immense , basée sur des moyens prompts et infaillibles pour le dressage des jeunes chevaux et des chevaux difficiles.

« L'opinion de MM. les capitaines instructeurs des 5 e cuirassiers et 3° lanciers se trouve comprise dans co que je viens d'émettre; comme moi ils concluent à l'adoption de la méthode, et s'unissent à moi dans l'expression d'un sentiment de reconnaissance personnelle pour son auteur.

«Paris, le 4 avril 4842.

a Le chef d'escadron, commandant le manège de c l'école de cavalerie. »

« De Noviial. »

RAPPORT AU LIEUTENANT GÉNÉRAL OCDINOT, PAt M. CARRELET* COLONEL DE LA GARDE MUNICIPALE DE PARIS.

Paris, le6aTriH842,

« Mon Général ,

« Vous avez eu la bonté de permettre à la garde municipale d'assister aux essais fails en votre présence par M. Baucher pour le dressage des jeunes chevaux. C'est un devoir pour moi, mon Général , de vous adresser d'abord mes remercîments pour l'obligeance et la bienveillance que vous avez mises à accueillir ma demande.

a Conformément à votre autorisation, un lieutenant et un sous-officier de chacun de mes escadrons, sous les ordres d'un capitaine adjudant-major, ont assisté aux leçons don- ' nées chaque matin au quartier de l'hôtel de Sens j moi-môme j'y suis allé souvent pour étudier les nouveaux procédés mis en usage par M. Baucher.

«Permettez, mon Général, que je vous fasse connaître le résultat des impressions que mes officiers et moi avons éprouvées en écoulant le développement des théories de M. Baucher, et en les voyant appliquer immédiatement.

« Le système général de M. Baucher pour le dressage des jeunes chevaux consiste :

« 1° Dans la domination des forces de l'encolure,

« 2° Dans l'annulation de ses résistances.

« Ces idées-là existent de temps immémorial , et à cet égard tous les cavaliers sont d'accord ; mais les moyens employés par M. Baucher sont tout à fait différente de ceux mis

en usage jusqu'à ce jour, et les anciens principes sur l'équitation sont presque complètement changés par les adeptes de M. Baucher. C'est presque une révolution dans l'équitation ; mais, à mon avis, il faut toujours se rendre à l'évidence des faits; toute opposition systématique n'aboutit qu'à retarder le moment do la vérité.

« En effet, suivant les anciens principes, on procédait au dressage des chevaux par des moyens successifs et très-longs. Par les procédés de M. Baucher, on amène tout à la fois, . scellés et bridés, les chevaux sur le terrain où ils reçoivent simultanément la leçon avec le filet, la leçon avec la bride.

« Son système pour se rendre maître du cheval consiste d'abord à assouplir l'encolure, parce qu'elle est la base do toutes les défenses qui peuvent se présenter.

« Raconter ce dont nous avons été témoins depuis quinze jours serait d'un détail pou important pour vous, mon général, qui avez tout vu en artiste; le raconter pour les autres n'est pas mon affaire. D'ailleurs, les écuyers auxquels on parlera des leçons de M. Baucher et de leurs résultats seront probablement, comme nous, un peu incrédules avant d'avoir vu; mais quand le résultat est évident, il n'y a plus moyen de ne pas croire , il faut se rendre, quelque peine qu'on éprouve à sacrifier des habitudes de trente ans, habitudes invétérées et auxquelles on a cru comme à l'Evangile.

« Pour abréger cette narration dont vous n'avez certes pas besoin (car je ne connais pas de plus juste appréciateur des hommes et des choses que vous, mon Général, qui vous occupez toujours si utilement des intérêts de l'armée), je vous dirai qu'officiers et sous-officiers de la garde municipalo sont unanimes pour approuver les procédés de M. Baucher, appliqués au dressage des jeunes chevaux.

a Nous avons assisté à l'éducation de quarante chevaux de troupe, tous plus ou moins difficiles, et nous sommes convaincus que , par le système Baucher, ils ont été plus

avancés en quinze jour* qu'ils ne l'auraient été en six mois par les procédés que nous suivons habituellement.

« Je suis tellement convaincu de l'efficacité <Jes moyens professés par M. Baucher, que je vais soumettre à ces principes tous les chevaux de mes cinq escadrons.

«Cinq chevaux de la garde municipale , plus ou moins difficiles, ont été assouplis en huit pu dix leçons, et ramenés à la position normale, ils sont devenus calmes et obéissants.

« Je suis avec respect, « Mon Général,

« Votre très-humble et trcs-obéissnnt serviteur, « Le Colonel de la garde municipale,

« Carrrlkt. i>

RAPPORT DR H. LR LIEUTENANT GÉNÉRAL MARQUIS OUDINOT, A S. EX. M. LB MARÉCHAL MINISTRE DE LA GUERRE.

Paris, le 7 avril 484?.

0 Monsieur le Maréchal,

«Conformément aux instructions contenues dans votro lettre du 11 mars dernier, il a été fait à Paris, sur la demande de M. Baucher, une série d'expériences destinées à constater si la méthode de cet écuyer, relative au dressage des chevaux, pouvait être appliquée avec avantage aux corps de troupes à cheval.

« Ces expériences ont commencé le 21 du mois dernier; j'ai l'honneur de vous transmettre, monsieur le Maréchal, les rapports auxquels elles ont donné lieu de la part des capfe»

tames-instructeurs du 5 e de cuirassiers et du 3« de lanciers, et du chef d'escadron commandant le manège de l'école de cavalerie. J'y joins, en outre, un rapport du colonel de la garde municipale, qui a désiré que son corps participât à ces expériences. Les membres do la commission chargés do constater les avantages et les inconvénients de la méthode de M. Baucher se plaisent à reconnaître que le système auquel cet écuyer a attaché son nom est destiné à abréger sensiblement l'instruction des jeunes chevaux, et à répandre le goût de l'équitalion dans l'armée. Leur opinion ne se fonde pas seulement sur les résultats que présente la prompte instruction des chevaux dressés en leur présence d'après la nouvelle méthode : ils basent encore leur conviction sur l'élude raisonnée qu'ils ont faite de la méthode elle-même.

«Ces officiers ont compris, ainsi que moi, monsieur lo Maréchal , qu'il fallait étudier à fond le système nouveau avant d'avoir io droit d'émettre un avis consciencieux sur un sujet d'une telle importance ; ils ont pensé que, pour apprécier progressivement et la base et les moyens d'enseignement que cherche à propager M. Baucher, il était nécessaire de devenir d'abord ses disciples. Aussi tous les membres de la commission montent-ils tous les jours à cheval avec lui dans son manège.

« S'emparer des forces instinctives du cheval, les subordonner aux forces transmises par le cavalier, à l'aide d'assouplissements qui détruisent les moyens de résistance et d'opposition ; combattre enfin la mauvaise répartition des forces de l'animal et la roideur produite par une mauvaise conformation, tel est en substance un système auquel son auteur a consacré vingt années de méditation et de travail, un système dont les règles sont, pour ainsi dire, mathématiques, et qui est établi sur les lois naturelles. Les principes mis au jour par M. Baucher sont un grand et incontestable progrès. Cette conviction, monsieur le Maréchal, s'affermit de plus en plus

dans l'esprit des membres de la commission. A mesure qu'ils approfondissent la méthode, ils en apprécient mieux la supériorité, supériorité sanctionnée déjà par des faits con- . cluants. Quinze jours ont suffi pour que le système appliqué à déjeunes chevaux complètement ignorants, ou réputés difficiles, et même vicieux, les mtt à môme de travailler avec régularité à toutes les allures, isolément et dans les rangs, les hommes entièrement armés et équipés, les chevaux chargés.

« MM. les membres du comité de cavalerie se sont transportés sur le terrain des exercices, et ont été témoins d'un résultat qui a dépassé leurs espérances et les miennes. Aujourd'hui, monsieur le Maréchal, on peut assurer que l'expérience est consommée. Elle l'est en ce sens du moins que la partie élémentaire de la méthode, c'est-à-dire celle qui consiste à demander aux jeunes chevaux l'obéissance indispensable pour le travail militaire, peut recevoir une facile application dans les corps de cavalerie. Toutefois, monsieur le Maréchal, si cette méthode, à la portée des intelligences ordinaires, est de nature à avancer l'instruction des jeunes cavaliers et des chevaux neufs, si elle enseigne à tirer un grand parti des chevaux, parce que tout y est défini, gradué et raisonné , cependant ce n'est que par une étude approfondie et par une longue pratique que les instructeurs pourront parvenir à vaincre certaines difficultés considérées jusqu'à ce jour comme insurmontables. Pour que le système de M. Baucher produisit dans l'armée tous les avantages qu'on peut en attendre, il serait nécessaire qu'un certain nombre d'instructeurs, appelés à le propager ensuite, y fussent initiés d'une manière aussi complète que possible.

a J'ai en conséquence l'honneur de vous proposer de prescrire : .

« 1° Qu'au retour à Saumur du commandant du manège de l'école, les jeunes chevaux soient dressés conformément

à la nouvelle méthode, et que des observations soient faites

sur les avantages ou tes inconvénients qu'elle présente ;

« 2° Que dans le 5« de cuirassiers et le 3« de lanciers l'application de celte méthode se continue;

a 3° Que les divers corps de cavalerie, dans un rayon de vingt-cinq lieues autour de Paris , détachent , pour deux mois environ, le capitaine-instructeur et un officier, qui viendraient étudier le système de M. Baucher. Ces officiers devraient être sous les ordres du lieutenant-colonel d'un des deux régiments de cavalerie en garnison à Paris.

« Afin que le chef d'escadrons commandant le manège de l'école soit plus que personne familiarisé avec ce système, Votre Excellence trouvera sans doute convenable qu'il revienne, vers le 1 er mai, passer à Paris le temps nécessaire pour le posséder entièrement.

« Enfin, à défaut de M. Baucher lui-même, il serait utile que son fils passât au camp de Lunéville les mois de juin, de juillet et d'août. Le commandement de ce camp m'ayanl été confié, je pourrais alors faire appliquer sous mes yeux la nouvelle méthode d'équitation. Il serait facile également d'y appeler les capitaines-instructeurs et un officier des régiments qui sont en garnison dans un rayon d'une vingtaine de lieues.

« Jusqu'à présent, monsieur le Maréchal, M. Baucher n'a voulu entendre parler d'aucune rétribution. Son ambition est d'être utile à l'armée, et de reculer les bornes d'un art pour lequel il est passionné. Si, comme je le crois fermement, sa méthode peut abréger l'instruction des troupes à cheval, une indemnité pécuniaire sera évidemment impuissante pour récompenser un tel service. Mais, malgré le désintéressement de M. Baucher, le département de la guerre ne doit pas disposer, comme aujourd'hui, de son temps sans qu'il reçoive en retour une rétribution. A vous seul, monsieur le Maréchal, il appartient de résoudre cette question.

Le désintéressement de M. Baucher est tel que la solution ne saurait entraîner de difficultés.

« Mais avant de vous prononcer sur ces dispositions, il est indispensable, monsieur le Maréchal, que le système nouveau soit soumis à votre haute appréciation. Gomme toutes les doctrines que l'on veut substituer aux idées généralement admises, il rencontrera de l'opposition et des résistances ; aussi doit-il être jugé directement par un ministre qui a déjà doté la France de grandes institutions, et qui seul est assez puissant pour le protéger contre les af.aques de l'ignorance, do la routine ou même de l'envie.

« Votre Excellence m'a fait l'honneur de mïcrire, sous la date du 5 de ce mois, que son intention était d'assister elle- *me, accompagnée des officiers généraux de cavalerie en moment à Paris, au travail que dirige M. Baucher. Je prie très-instamment, monsieur le Maréchal, de vouloir bien déterminer le plus tôt possible le jour où les expériences devront avoir lieu sous vos yeux.

q Je suis avec respect,

a Monsieur le Maréchal,

a De Votre Excellence, « Le trés-humble et très-obéissant serviteur, a Le lieutenant-général, !|g$frrù«j' t « Marquis Oudinot. »

LETTRE DR S. BXC. LB MARÉCHAL 80ULT, MINISTRE DE LA GUERRE, A M. LE LI BUTINANT GÉNÉRAL MARQUIS OUDINOT. ■

Paris, S avril 1845.

« Général, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 de ce mois, vous m'informez que les expériences de la méthode Baucher, soumises à la commission que vous présidez, ont commencé le 21 mars dernier; qu'elles, seront terminées du 8 au 10 du courant, et que déjà les expériences de cette méthode font présager des résultais favorables, surtout dans sa partie élémentaire; vous terminez en exprimant le désir que j'accorde quelques instants aux exercices qui ont lieu, et que je sois accompagné par les officiers généraux de cavalerie présents à Paris, afin qu'ils soient ainsi à mémo de se former une opinion sur un mode d'instruction qui vous paraît avoir beaucoup d'avenir.

« J'ai lu avec satisfaction les détails que vous me donnez sur les premiers essais qui ont eu lieu en votre présence.

« Je m'empresse, d'ailleurs, de ;vous informer que je me rendrai avec plaisir au vœu que vous m'exprimez d'assister à l'une de vos plus prochaines expériences, accompagné de MM. les officiers généraux de cavalerie*, je vous préviendrai à l'avance du jour que j'aurai fixé.

a Le président du conseil, a Ministre secrétaire d'Etat de la guerre,

« Maréchal duc db Dalmatib. »

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