‹ Méthode des Grands Lavages Dans Le Traitement De L'Ophtalmie PurulenteChapitre 16 sur 32 · NS · texte numérisé non relu

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potasse un grand nombre de cas d’ophtalmies des nouveau-nés et quelques cas d'adultes.

M. Kalt eut à soigner dans l’espace de trois mois au pavillon d'isolement des Quinze-Vingts 35 enfants atteints d’ophtalmie purulente. Sur ces 35 cas 12 ont eu des ulcérations cornéennes. Sur ces 12, 5 se sont présentés avec des ulcérations du deuxième au neuvième jour après le début de l’ophtalmie. C'étaient des cas graves avec exsudat pseudo-membraneux adhérent aux tarses. Chez tous le traitement a arrêté le progrès des ulcérations. Les 7 autres se sont présentés à la clinique après le 9° jour. Chez lun d'eux la perforation était déjà imminente des deux côtés, chez un autre les deux cornées étaient déjà infiltrées de pus : lune d’elles est perforée. Chez les 5 autres, les ulcérations ont été arrêtées. À la suite de M. Kalt, M. le D’ Trousseau reprit le même traitement au pavillon d’isolement.

Le D' Trousseau a soigné en l’espace de 3 mois au pavillon d'isolement des Quinze-Vingts 32 nouveau-nés atteints d'ophtalmie et 9 enfants plus âgés atteints de conjonctivite purulente. En raison de la netteté des appréciations portées par le D' Trousseau sur la méthode des grands lavages et de l'autorité qui s’attache au nom du plus ancien médecin de la clinique des Quinze-Vingts, nous tenons à reproduire 1ci littéralement le rapport fourni par ce médecin sur les résultats de sa pratique au pavillon d'isolement en 1894. Ce rapport est destiné au Bulletin de la clinique pour 1894. « Lorsque je succédai au D' Kalt le premier octobre, je trouvai en plein fonctionnement le traitement de l’ophtalmie purulente par la méthode des grands lavages

au permanganate de potasse. J'ai eru ne devoir changer quoi que ce soil à cette méthode et je me suis mis à l’expérimenter avec le plus grand soin, recueillant les observations de tous les enfants qui ont passé par mes mains. Ceux-ci ont été exclusivement traités par les lavages.

«J’ai soigné 41 petits malades : 32 nouveau-nés, 9 enfants, tous étaient atteints de formes assez sérieuses pour nécessiter l'hospitalisalion, mais je crois devoir diviser les sujets en :

« 1° Nouveau-nés entrant sans accidents cornéens, lesquels peuvent se subdiviser en cas moyens el en cas graves, prenant comme facteurs de gravité, la précocité du début, l’énorme gonflement et la rougeur des paupières, l'abondance et le contenu verdâtre de l'écoulement ;

« 2° Nouveau-nés entrant avec des accidents cornéens, abcès, ulcères ou perforations:

« 3° Enfants au-dessus d’un mois.

« Lescas moyens du premier groupeétaientaunombre de 16 el ont fourni 16 guérisons complètes en cinq à dix jours: même succès dans 9 cas graves de ce premier groupe qui ont guéri sans le moindre accident en cinq jours minimum, quinze jours maximum. Chez ces derniers l’ophtalmie avait débuté du troisième au cinquième jour après la naissance.

«7 nouveau-nés sont entrés avec des accidents cornéens. 4 avaient à leur arrivée des abcès des deux cornées, un est sorti avec les cornées très nettes, deux autres avec de petiles laies, un est encore en traitement. Les trois autres avaient la cornée perforée d’un côté, l’autre œil intact. Ils sont sorlis avec des leucomes du côté atteint, l’autre œil

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sain. Dans ce groupe la durée du traitement a été de 20 à 25 Jours.

« En résumé 32 nouveau-nés ont été traités dont 16 étaient fort gravement atteints et je n’ai pas eu à déplorer un seul accident ; les guérisons ont été parfaites, rapides et n’ont demandé pour être complètes qu’une période variant entre 5 et 25 jours. Je n’ai pas manqué le plus souvent de faire continuer les lavages après la siccité apparente de la muqueuse, ayant remarqué que si ceux-ci étaient cessés trop tôt, l'écoulement tendait à reparaître, mais toujours cependant avec un caractère de bénignité.

« J’attache moins d'importance à 8 succès rapides chez des enfants de 1 à à ans pour lesquels la durée du traitement a été de 3 à 5 jours. Je tiens à appeler l'attention sur le cas d’un enfant de 3 ans qui est entré au Pavillon avec une perforation de la cornée droite due à une ophtalmie purulente datant de 5 jours. La guérison a été obtenue en 12 jours. Ce cas prouve que les ophtalmies des enfants peuvent être aussi redoutables que l’ophtalmie des nouveau-nés. Cette ophtalmie avait été transmise par le père atteint d’un catarrhe intense, lequel s’était répandu sur une famille de 4 personnes qui toutes sauf la petite victime avaient été atteintes de formes assez bénignes.

« On avouera que l’hospitalisation du père faite à temps eût sauvé un œil à son enfant et des souffrances à sa famille. Cette observation prouve encore que la bénignité d’une conjonctivite chez le contagieux ne garantit pas un tel caractère chez le contagionné et qu’en dehors de la question humanitaire il n’est pas inutile d'offrir un asile à certains individus atteints de conjonctivite muco-purulente

sur la nature de laquelle on ne peut être fixé par le simple aspect extérieur.

Toutes les ophtalmies purulentes ou muco-purulentes des adultes ont été également traitées par les lavages au permanganate et ont guéri dans un espace de temps qui a varié entre 4 et 12 joue

« Je n’ai eu à traiter ce ’une seule conjonlivite blennorae au début, que j'ai eu le plaisir de guérir sans la moindre taie par des lavages au permanganate et les cautérisations peu nombreuses au nitrate d'argent. Les deux autres conjonctivites blennorrhagiques sont arrivées tardivement et j'ai dû me borner à restaurer des cornées perforées et à tarir l'écoulement. »

Ophtalmies des adultes.

Cette ophtalmie se caractérise surtout par l’épaisissement inflammatoire souvent énorme des paupières et par la précocité et la gravité des altérations cornéennes. Naturellement il existe ici aussi des formes atténuées ; mais on peut dire que dans l’ophtalmie purulente intense il est

-rare que la cornée ne soit pas plus ou moins atteinte.

Stellvag sur 31 yeux d'adultes (18 sujets) il en arriva 4 avec les cornées détruites. Sur les 27 autres yeux 5 eurent des taies superficielles, 8 des leucomes.

Sur les 14 yeux qui arrivèrent sans ulcérations les 37 0/0 en furent atteints et 3 fois il y eut perforation.

Nous citerons plus loin un certain nombre d’observations où le traitement par les irrigations a donné d’excel-

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lents résultats, mais il serait encore prématuré d'en tirer des conclusions générales comme pour l’ophtalmie purulente des nouveau-nés. Le D" Kalt pense que jusqu’à plus ample informé il n’est pas permis de recommander le traitement exclusif par les irrigations. En principe toute ophtalmie d’adulle doit être traitée par un oculiste de profession. La gravité de l'affection explique suffisamment cette mesure.

Nous pouvons dire maintenant que les grandes irrigations au permanganate ont donné des résultats excellents au pavillon des Quinze-Vingts. Elles ont été employées sur une très grande échelle autant contre l’ophtalmie bleunorrhagique que contre le catarrhe purulent qui s’en rapprocherait cliniquement.

Ces irrigations sont en général supportées à la condition expresse d'éviter les fortes pressions. Il faut soulever doucement le vase qui contient le liquide. Toute distension forte provoque des douleurs névralgiques dans la zone innervée par le sus-orbitaire. Chez les personnes pusillanimes il est bon d’instiller la première fois une goutte de cocaïne à 3 0/0 et de les exhorter à ne pas serrer les paupières. On fera couler le liquide très doucement. Après l'irrigation, une compresse froide calme fort bien la cuisson assez légère produite par le permanganate.

A la fin de décembre 1894 le traitement de l’ophtalmie purulente par les seules irrigations comptait 66 cas à toutes les périodes et de toutes les espèces. Dans aucun cas il n’y a eu d'accidents sérieux. Les résultats ont été con-

trôlés par l’oculiste et il ne s’agit pas ici d'à peu près. Le BARBARY

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traitement n’a été appliqué par le médecin qu’autant que cela a été indispensable, pour la démonstration aux aides, ou au personnel des maternités.

L'extrême facilité que donne l'instrument de M. Kalt pour le traitement immédiat de toute ophtalmie au début lèvera toutes les hésitations actuelles des sages-femmes et des médecins à appliquer eux-mêmes le traitement ou à exiger l'envoi immédiat de l'enfant à un spécialiste, en particulier quand ce spécialiste réside au loin.

Nous n’entendons pas évidemment donner le conseil à tout médecin de se charger du traitement de n'importe quelle ophtalmie purulente. Nous lui disons simplement ceci : toute ophtalmie même légère au début peut conduire à la perforation. Or vous avez entre les mains un moyen. de traitement simple et inoffensif dans la méthode des irrigalions. Loin de nous, la prétention d'attribuer aux irrigations une vertu certaine, infaillible. La voie n'est qu'ouverte et l'avenir fournira certainement des liquides plus efficaces encore que le permanganate. Mais tel qu'il est, le traitement nouveau satisfait le praticien, de plus il a fait ses preuves, double raison pour que nous ayons confiance dans son avenir. Nous ajouterons encore que l'entonnoir-laveur est celui dont on doit se servir: il est simple, propre, pratique et d’un maniement à la portée de tout votre entourage. Le laveur de M. Kalt réunit toutes les conditions désirables. On doit employer ce traitement dès le premier jour et ne plus se borner aux collyres anodins ou aux essais de cautérisations qui ne sont souvent qu’un leurre. L’usage du permanganate n'exclut du reste pas l'emploi du nitrate d'argent 1/50, une fois par jour. A

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ce titre le nitrale nous paraît inoffensif. Si nous ne l'avons pas employé, c’est que suivant attentivement nos malades, son application ne nous à pas paru nécessaire.

Nous avons pensé qu’il était de notre devoir d’insister sur cette simplicité du traitement par le permanganate au moyen de l’entonnoir laveur du D' Kalt. Nous admettons parfaitement que la méthode puisse être perfectionnée, mais {elle qu'elle est, appliquée dès le début, elle évitera des taies au malade; or ces taies sont, pour des millions d'individus chaque année, une cause d’infériorité physique qui pèsera sur tout le reste de leur existence.

Nous osons espérer que l'extension de cette méthode contribuera efficacement à la guérison d’une affection qui, chaque année, fournit aux hospices le tiers de leurs aveugles. Cest dans cette conviction que M. Kalt a voulu la propager, c’est en raison de son but véritablement humanitaire que nous avons tenu à en faire le sujet de notre thèse.

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