‹ Méthode des Grands Lavages Dans Le Traitement De L'Ophtalmie PurulenteChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Différentes ophtalmies observées et traitées par le permanganate de potasse au moyen del’entonnoir laveur Kalt.

C'est à la suite d'observations nombreuses et après avoir traité par nous-même plusieurs malades que nous nous sommes consacré à l'étude du traitement de l’ophtalmie purulente par la méthode de M. Kalt.

Il nous a été donné de pouvoir comparer et suivre différentes ophtalmies ainsi soignées:

1° Ophtalmies purulentes des nouveau-nés.

2° Ophtalmies blennorrhagiques des adultes.

3° Ophtalmies graves d'emblée avec exsudat pseudomembraneux et ulcérations cornéennes précoces.

Ophtalmie des nouveau-nés.

Malgré tous les efforts qui ont été faits pour répandre la pratique de la désinfection vaginale avant l’accouchement, le nombre des contaminations oculaires reste toujours élevé. Les recherches d’Oppenheimer (Archives f. Gynékol, 1885) à la maternité d'Heildelberg nous montrent la fréquence extrême du gonocoque, dans les sécrétions vaginales des accouchées. Sur 108 femmes, Oppenheimer a trouvé 30 fois le gonocoque, soit 27 0/0. Et chez com-

bien de femmes, atteintes de vaginite chronique, la présence du gonocoque ne peut-elle pas être décelée par l'examen microscopique ?

Dans nos grandes cliniques obstétricales, par contre, l’ophtalmie purulente grâce à l’antiseptie rigoureuse deviendrait de plus en plus rare, s’il élait possible aux femmes enceintes d’y venir, non pas en plein travail, quelques heures avant la période d'expulsion, mais quelques jours avant l'accouchement. C’est dans le service de M. le professeur Pinard dont nous avons l'honneur d’être l'élève que nous avons pu poursuivre nos recheches sur le traitement de l’ophlalmie purulente des nouveau-nés. Notre maître avait eu la bonté de nous confier les soins des très rares ophtalmies que nous pouvions rencontrer à la clinique Baudelocque ; c’est sous son contrôle éclairé que nous avons poursuivi notre étude.

Pendant tout notre séjour à la maternité Baudelocque nous n'avons constaté l’ophtalmie que douze fois. Ce chiffre peut paraître extrêmement faible et cependant il est encore très fort pour quiconque est au courant de la pratique impeccable de l’antisepsie obstétricale à la clinique de M. le professeur Pinard.

Qu'on nous permette de décrire rapidement les précautions prises dans le service de notre maître pour assurer l’asepsie de la femme en travail. L’on comprendra après cette courte description la difficulté que l’on a à désinfecter une femme contaminée souvent depuis longtemps et portée au dernier moment dans une maternité.

Toute femme qui arrive en travail à Baudelocque est immédiatement débarrassée de ses vêtements. La malade

PART. À Mages

est placée dans un bain contenant en dissolution du carbonate de soude aromatisé d'essence de thym. A la sortie du bain, la parturiante revêtue de linge sorti de l’étuve est mise au lit. Là elle est soumise à une toilette vaginale : on lui fait ensuite une injection au biodure. |

Biodure de mercure. . . . . . . Ogr. 50 lodure de potassium. . . . . . . 1 gramme RARE RAR AS NT ee En TI (re

Cette solution est dédoublée.

Pendant la durée du travail, ces injections seront répétées toutes les deux heures au moins suivant les indications (toucher fréquent, rupture des membranes etc., etc.). Un personnel officiel expériment é suit les faits et gestes de chacun et aucune faute contre l’antisepsie ne passerait inaperçue.

Voilà donc une femme entourée de tous les soins, de toutes les précautions possibles jusqu’au moment de l’expulsion du fœtus. Le fœtus est expulsé : aussitôt, la première chose dont on s'occupe c’est de laver les yeux de l'enfant. Ce nettoyage est fait de la façon suivante :

1° Savonnage des paupières et de la région orbitaire puis lavage à l’eau tiède.

2 Instillation d’une solution d'acide citrique entre les paupières écartées et retournées autant que possible.

Que peut-on faire de plus? rien nous semble-t-il.

La cause de l’ophtalmie purulente, dans les eas très rares. où nous l'avons rencontrée, doit être attribuée à un fait absolument cerlain pour nous que les mères étaient

atteintes d'infection vaginale ancienne et rebelle à une dé- BARBARY ‘ 6

SD sinfection faite pendant quelques heüres avant l'expulsion du fœtus.

Comme prophylaxie, nous le disons ici, nous ne connaissons pas de méthode plus pratique et plus simple que celle employée à Baudelocque. Au moment de l'accouchement nous recommandons d’avoir toujours un savon, exclusivement destiné au savonnage des paupières de l'enfant. Peutêtre pourrait-on aussi à ce moment pratiquer non une irrigation mais un bon lavage des yeux avec une solution de permanganate chez des enfants dont les mères seraient à bon droit suspectes.

I est une autre cause de l’ophtalmie purulente que nous tenons à indiquer ici. Le nouveau-né de par sa nature est un terrain éminemment favorable à toutes les infections. Venu sain au monde, la contamination secondaire indirecte le guette. L’ophtalmie purulente peut ne pas lui être transmise seulement par sa mère, mais encore et plus lardivement par une voie indirecte, linge souillé, contaminé, mains insuffisamment lavées. À la maternité Baudelocque, les femmes accouchées sont placées avec leur nourrisson dans des petites salles séparées comprenant chacune très peu de lits ; on évite ainsi l’agglomération trop grande des enfants. Les salles sont pourvues d’un mobilier de fer strictement nécessaire, et les nourrices mercenaires sont chargées à des heures fixes de nettoyer les enfants, de changer le linge de l'enfant et les draps de son berceau. Un règlement leur apprend qu'après chaque toilette, ‘elles doivent se savonner soigneusement les mains, prendre de grands soins de propreté après le transport du linge sale souvent : infecté. Tout est donc prévu, tout est dit, mais peut-on

PA: Que

répondre du zèle et de la bonne volonté de toutes les nourrices.

On est obligé d'admettre que, surtout dans une materuité, où ces femmes sont parfois surmenées par le travail, un moment de fatigue ou d’indifférence entraînera bien des fautes. Notre maître, M. le professeur Pinard, attache la plus grande importance à ce genre de transport possible et malheureusement trop fréquent d'agents infectieux. Si l’on consulte nos observations on verra que si quelques cas rares d’ophtalmies débutent au lendemain de l’accouchement, beaucoup d’autres débutent au 5° 6° et 8° jour après la naissance. Ces sortes d'infections indirectes, pour ainsi dire, ont lieu dans les salles : ici l’antisepsie obstétricale ne peut rien.

Parmi les observations qui vont suivre, 12 nous sont personnelles et les irrigations furent faites souvent par nous. Nous voulions étudier par nous-même la fréquence des lavages, leur température, la pression du liquide, etc.

35 observations nous ont été fournies par M. Kalt, 28 par M. Trousseau, d’autres enfin par M. Valude.

Les observations des éminents médecins des Quinze- Vingts sont plus instructives que les nôtres à un point de vue qui à ici une extrême importance : c’est que la plupart des enfants soignés par eux ne leur ont été conduits qu’après le 8° jour, c’est-à-dire à une époque où dans les ophtalmies graves les cornées sont souvent compromises.

On remarquera que cette négligence ou plutôt cette impuissance des familles pauvres à recourir aux soins du spécialiste, est de tous les temps et de tous les pays dits très civilisés. Horner (Gemhardts Haudbüch, 1889) donne

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une statistique faite par lui en 4862 ‘sur 408 ophtalmies des nouveau-nés. Or 24 enfants seulement furent appor-. tés avant le 8° jour, 78 0/0 vinrent après ce délai.

On pourrait nous reprocher de ne pas avoir toujours cherché systématiquement le gonocoque. Nous ferons remarquer que notre statistique est comparable à celles du même genre publiées jusqu'ici. Nous avons avec le concours de M. Savoire, le distingué interne en pharmacie de l’'Hôtel-Dieu, fait des recherches bactériologiques et nous sommes arrivés à cette conclusion : que si la présence du gonocoque indique en général une ophtalmie grave, 1l y a beaucoup d'ophtalmies graves où le gonocoque est introuvable.

En 1885, Haab avait soigné 24 ophtalmies sur lesquelles il y a 8 catarrhes simples et 16 blennorrhées vraies. Le gonocoque manqua 2 fois sur les 16.

Kopfstein examine 139 cas d’ophtalmie en 1891 ;ilya 88 cas légers sans gonocoques, 51 cas graves et 30 fois seulement on trouve le gonocoque.

Kroner en 1884 cherche le gonocoque dans 92 cas. Il le trouve chez 63 malades. La seule différence fut qu’en général les ophtalmies sans gonocoques se montrèrent plus bénignes que les autres. C’est aussi l'avis de Widmark qui à trouvé 19 fois le gonocoque sur 25 ophtialmies des nouveau-nés.

Tandis que grâce à la bienveillante attention de notre maître M. le professeur Pinard, nous poursuivions notre étude à la clinique Baudelocque, les médecins des Quinze-

Vin gts trailaient par les irrigations au permanganate de

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