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QUELQUES MOTS SUR L'ART ANTIQUE

Qu^est-ce que Dieu? — Cette interrogation a dû être la première faite par Thomme à Timmensité; son premier désir, celui de donner une forme saisissable à la Divinité.

Gomment rendre cette incommensurable puissance ?

En admirant les richesses de la terre, Tabondance de ses produits, la variété des êtres qui la couvrent, Thomme a dit :

Dieu est Timmense maternité.

Les éléments, les bouleversements du sol, les bruits du tonnerre lui ont fait dire aussi :

Dieu est la force.

La contemplation des astres, Tensemble de nos jours et de nos nuits, la régularité de nos saisons lui ont fait dire encore :

Dieu est Tordre.

Pour la maternité féconde, les hommes ont pris les mamelles de la femme comme image; pour la force, le lion; pour Tordre, Tunité du mouvement; et ils ont créé le sphinx, qui, varié dans ses formes, représente incessamment les trois puissances que je viens de signaler.

Le symbole trouvé, ils le répètent, le représentent partout. Ce rappel de la Divinité devient pour les Égyptiens, le : « frère, il faut mourir » de Thumilité chrétienne.

La contemplation de Tinfini fait chez eux, de Tarchitecture, le premier des arts qui, comme un infini terrestre, contient tout ; hommes, animaux, inscriptions, sont de simples comparses concourant à la beauté de Tensemble.

Ce peuple est impersonnel, il s^absorbe dans la Divinité; sa durée semble être celle d^une longue prière non interrompue. Cette nation

innombrable , si bien disciplinée dans sa vie comme dans sa mort, se couvre pour tombeau d'une pyramide qui est le symbole de rélancement vers Dieu.

La Grèce par oit.

Elle a des instincts matériels, mais le grand idéal religieux des Égyptiens la contient, et de cet accord de matérialisme et d'idéalité, naît Tart grec.

Lorsque la Grèce produit ses dieux, elle emprunte au sphinx ses majestés, et si vous voulez bien comparer les statues grecques primitives avec les divinités égyptiennes , vous serez étonné de la fraternité du faire.

Les hommes -dieux créés par Phidias sont calmes comme la vraie force, ils sont étrangers aux passions humaines. Ses créations sont radieuses comme les étoiles.

A cette idéalité divine des premiers sculpteurs de la Grèce succède une véritable idéalité humaine. L'homme n'étant encore qu'un détail

dans Tiinivers, est vu de haut et à distance , il est rendu comme ce que Ton voit de loin, dans ses masses, dans ses grandes divisions, et par conséquent mieux vu.

Mais bientôt riiomme oubliera ses dieux pour ne penser qu'à lui, il exaltera sa beauté, sa force, il s'exaltera jusque dans sa mort : n'ayant plus la puissance de rendre la divinité, il la fera descendre jusqu'à lui, et nous verrons alors Jupiter courir les aventures.

Ici, je pense à ce passage de l'Écriture, où le plus beau des anges se compare à Dieu et se croit son égal, il se révolte, et son orgueil le précipite dans les enfers. Cette sublime image pourroit bien être l'expression poétique des sentiments que je veux faire comprendre, car l'orgueil qui a rendu l'art humain nous a fait perdre toutes les grâces de l'art du ciel.

L'univers est presque oublié, l'homme est regardé de bien plus près. La science vient encore en aide pour voir davantage, et une grande perfection d'exécution remplace une sublime idéalité.

On peut donc établir trois phases distinctes dans Tart antique :

Celle de Tidéalité divine, qui donne un art sublime ;

Celle de Texaltation humaine, qui donne un art admirable ;

Celle de Tindividualité, qui, semblable à la notre, n'est pas supérieure à Tart moderne.

Nous avons vu chez les Grecs, Thumanité transfigurée par le reflet de l'infini, nous verrons bientôt une grande époque, celle de Tari chrétien, qui de la terre s^élancera vers Tétcrnité. Il semble bien que les Égyptiens et les Grecs de la belle époque, viennent de Tinfini, et il semble bien aussi que les hommes de l'ère chrétienne retournent à l'infini.

En seroit-ilde l'esprit humain, lorsqu'il reste dans la voie divine, comme des astres, auroit-il comme eux ses évolutions ? Qui sait

Je vais parler de l'art de la Révolution française, qui prend ses tuteurs dans Tanti-

quité. Ces esclaves brisant leurs chaînes, ne pensent qu'k leurs droits; dans cette soif de raffranchissement , la divinité est presque oubliée.

Ils produisent de belles œuvres, et égalent la seconde période grecque, mais ils sont trèsinférieurs à la première.

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