GROS
Gros, qui est une des gloires de notre art moderne. Qu^'avons-nous fait aussi de ses tableaux ? Qu'avons-nous fait de ses cendres ? Ses toiles ne sont pas placées au hasard, le hasard est souvent heureux, non, elles sont comme éloignées systématiquement, loin des yeux, et comme celles de David, divisées et paroissant faire partie du bagage commun ; pour ses cendres, un trop modeste tombeau.
Vous connoissez ses malheurs
PRUDIION
Prudhon n'étoit pas, comme j^ai cherché à le faire comprendre, écho de son époque ; nature
rêveuse et tendre, il vivoit dans la solitude et ne prenoit aucune part aux idées politiques de son temps , c'est ce qui fait que ses œuvres ont échappé à la malveillance ; mais, vous le savez, lui aussi n'échappe pas au malheur....
aiRODET
Girodet, se sentant mourir, voulut revoir une dernière fois son atelier, ses toiles commencées. Il se fait soutenir, il arrive, il regarde et tombe à genoux ; puis, tendant les bras vers ce qu'il regardoit, il dit : « Adieu, bel art de la peinture, je ne vous verrai plus, » et il meurt.
Heureux Girodet, tu es mort glorieux et croyant au lendemain
Ce lendemain, nous pouvions dire aussi : Adieu, grand art, nous ne vous verrons plus ; car Antoine Gros, le plus méritant de cette noble phalange, avoit bu le calice jusqu'à la lie.
GERIGAULT
Heureux Géricault, tu meurs jeune, tu n^attends pas la récompense de tes concitoyens.
De mesquines passions politiques ont dénigré ces grands génies ; mais, Dieu soit loué, leurs admirables toiles sont plus resplendissantes que jamais.
Empressons-nous de leur donner la place qu^elles méritent ; réunissons ces belles œuvres divisées ; bâtissons, s'il le faut, un temple pour elles.
Ne croyez pas que ces tableaux soient historiques et par conséquent nécessaires dans la collection de tableaux de cette catégorie ; non, non, c^est beaucoup plus que cela.
C'est un art sublime, un splendide écho de la patrie, c'est le cœur, c'est l'âme de la France!
Séparons, séparons au plus vite ces chefsd'œuvre des productions vulgaires, hâtonsnous de nous parer de nos plus beaux joyaux.
Vengeons ces bannis de la pensée; apportons
des couronnes, entourons ces toiles de palmes immortelles ; et que le lieu qui les contiendra devienne le sanctuaire de la patrie.
Mais je vous entends dire : de quoi vous plaignez-vous? ce que vous dem.andez est fait.
En quoi trouvez-vous que ce que je demande est fait ; comment ! vous placez des œuvres de premier ordre à Taventure, je vois ce grand art que je défends, confondu avec un art d'antichambre, les Horaces à côté d^un Boucher ou d'un Lancret. Je vois la Peste de Jaffa perchée dans les combles, Eylau placé de même; une sublime toile comme Aboukir faire partie de ce que vous appelez Tart historique, mais qui seroit encore mieux défini en rappelant Tart anecdotique ; je vois enfin la mesquine servilité familière avec le courage, la grandeur, Théroïsme ; et vous trouvez que je n'ai rien à demander? . . .
Permettez-moi de vous dire que moi qui les vénère, je préfère pour eux la persécution à cette abominable tiédeur.
Un fils qui se révolte contre son père peut, par une réaction violente comme son acte cri-
minel, revenir, se soumettre et redevenir un bon fils; mais celui qui s'acquitte froidement, strictement de ses obligations filiales, celui-là est un monstre qui ne reviendra jamais.
Vénérons les œuvres de ces grands hommes, comme nous vénérons nos ancêtres en leur donnant la première place au foyer.
Je sais que chez ceux qui sont chargés de ces arrangements de tableaux, ce n'est qu'un oubli, car ils ont toujours montré un grand zèle pour ce qui touche aux idées que je défends ; mais qu'ils se hâtent de faire ce que je signale, attendre plus longtemps seroit une mauvaise action.