‹ Méthode et entretiens d'atelierChapitre 45 sur 50 · A MON MAITRE GROS · texte numérisé non relu

A MON MAITRE GROS

« Cher et vénéré maître, je vous ai vu défendre cet art sublime dont vous étiez la plus complète expression, je vous ai vu porter votre bannière tout meurtri, tout sanglant, vous étiez seul, et seul, vous avez combattu avec le courage d^un lion ; mais vous étiez blessé par l^'âge, vous Tinvaincu, vous avez senti que la lutte étoit impossible ; vous vous êtes enveloppé de votre drapeau et vous avez fermé le yeux

« Cher maître, le temps vous a bien vengé !

« Je vous ai vu glorieusement mourir . . . ceux qui vous insultoient. ... je les ai vus salement vivre . . .

« Vous m'avez dit ; ces paroles résonnent encore à mes oreilles : « Ah ! Couture, si vous étiez

plus âgé, nous pourrions écraser ces abominables romantiques. Hélas ! je n'étois qu'un enfant; mais, cher maître, ces paroles n^'étoient que la plainte de votre cœur blessé; car vous étiez trop noble, trop grand pour vouloir écraser. Si j^'avois pu vous venir en aide, Dieu sait si je me serois dévoué î mais moi qui ai vécu, je sais que je n'aurois eu que Thonneur de succomber avec

vous

« J^'étois, lorsque vous viviez encore, trop jeune pour vous servir; aujourd'hui que l'on pourroit reprendre vos beaux travaux interrompus, je me sens trop vieux pour pouvoir être digne de vous ; je ne puis faire qu'une chose c'est ce que je fais en ce moment, demander, supplier pour que l'on vous rende entièrement justice. Malheureusement, je n'ai rien fait, je n'ai pu rien faire, moi et beaucoup d'autres ; nous avons vécu écrasés sous les pieds d'une race implacable, je n'ai donc aucun titre pour être écouté, ce n'est chez moi qu'une prière ; je la fais entendre, et je me plais à croire encore qu'elle pourra servir votre mémoire. »

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