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les faut pas toujours interroger de la même manière, et par ce moyen on verra s'ils entendent ce qu'ils disent; et, pour les leur faire concevoir, il faut s'accommoder, comme il a été dit, à la portée de leur esprit. En leur parlant de Dieu, par exemple, on doit dire que c'est lui qui a créé toutes choses, qui leur a donné et conservé la vie, qui a donné la vie à leurs pères et à leurs mères, qui donne tout ce qui est nécessaire pour leur nourriture; qui a fait un paradis, qui est un lieu de plaisir pour ceux qui le servent bien ; un enfer, où l'on brûle impitoyablement, pour les méchants qui ne se soucient pas de l'aimer. Or, raisonnant de cette manière avec eux, on leur fait entendre ce qu'on leur apprend; et sans cela, l'on peut dire que sachant tout leur catéchisme, ils n'en savent rien du tout.
Pour bien apprendre ce qu'on leur enseigne, il faut se garder de charger trop la mémoire; ainsi il ne faut pas instruire d'abord de tant de choses, mais tantôt d'une vérité, tantôt de l'autre, insistant spécialement sur la doctrine des vérités nécessaires; on enseigne après à loisir les autres vérités. 11 est bon de se comporter à l'égard de la nourriture spirituelle, comme Ton fait à l'égard de la corporelle. Il ne faut pas tant donner à la fois, et Ton doit attendre que la digestion des viandes que l'on a prises soit faite, avant que d'en servir d'autres. Le seul moyen donc de bien instruire le peuple grossier et les enfants qui ont l'usage de raison, est de leur apprendre une vérité et de la leur faire concevoir; en sorte non-seulement qu'ils en répondent par mémoire, mais qu'ils entendent ce qu'ils disent; ce que l'on discerne en raisonnant avec eux, et ne leur demandant pas seulement les choses telles qu'elles sont écrites dans le livre du catéchisme : ensuite on leur enseignera une autre vérité et en la même manière; et de la sorte, peu à peu on les mettra véritable-
iiiciit dans la coimaissauce de Dieu et de Noti'e-Seij^iieiu' Jésus-Christ .
Nous avons remarqué que souvent le catéchisme est inutile, parce que l'on se contente d'apprendre le catéchisme par mémoire. Ainsi, Ton trouve des enfants, et même de douze à quatorze ans (l'expérience de phis de quarante-deux ans de visite ne nous laisse pas lieu d'en douter), qui répondent parfaitement aux interrogations qui sont marquées dans les livres, et qui cependant ne connaissexit pas Dieu. Ils diront et rediront qu'il y a un Dieu en trois personnes; que la seconde personne s'est faite homme; que l'on est damné pour un péché mortel, qu'on ne l'est pas pour un véniel, et autres pareilles vérités; et lorsqu'on leur demande si leur père n'est pas Dieu, ils ne savent que répondre. Nous en avons trouvé à qui ayant demandé si leur père était gentilhomme, ils répondaient sans difficulté que non ; mais parce qu'on pourrait dire que c'est qu'ils voient leur gentilhomme, les ayant interrogés si leur père était roi, ils répondirent sans délihérer qu'il ne l'était pas ; ensuite les ayant pressés de dire si leur père était Dieu, ils déclaraient très-naïvement qu'ils n'en savaient rien.
Il faut encore ohserver qu'ils n'entendent pas ordinairemeuMes déhnitions qu'on leur apprend. Ainsi, après avoir hien dit que Dieu est le créateur du ciel et de la terre, le premier principe et le souverain de toutes choses; ils disent, ce que nous savons par notre expérience, que leur père a fait le ciel : nous le répétons, nous parlons de jeunes gens de douze et quatorze ans; ils ignorent ce que c'est que le péché mortel et le péché véniel ; ils répondent que l'on est damné pour un péché léger, pour un mensonge dit en riant; en sorte que, si l'on ne raisonne pas avec eux et qi^on ne les interroge pas en différentes manières, ils demeurent dans une ignorance pitoyahle des
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vérités foiidaiiientales de la religion. Gepeudaut , ces eiiluiits ont l'usage de la raison et sont en état d'être damnés ou sauvés, et Ton doit savoir que, pour être damné , il sul'tit de connaître le bien et le mal, et ils ont plus de lumière que les infidèles qui ont cinquante ans. Enfin, ils sont obligés d'aimer [Jieu par-dessus tontes cboses; et pour cela, il faut qu'ils connaissent qn'il est pins que toutes cboses ; et on doit leur faire entendre qu'il y a une autre vie où il y a un paradis et un enfer, où le bien est récompensé et le mal puni, et où tout notre bonbeur consiste à servir Dieu.
C'est une chose bien remarquable dans les campagnes, que les personnes les plus âgées sont celles ordinairement qui ont le plus grand besoin d'instruction; ainsi, il faut veiller à ne se pas laisser tromper dans une affaire de telle importance, et ne pas s'imaginer qu'une paroisse est bien instruite, parce que les jeunes gens le sont bien; c'est ce à quoi les visiteurs doivent surtout prendre garde , parce qu'ils sont souvent trompés en ce sujet. On fait la visite, on interroge quantité d'enfants qui savent assez bien les vérités chrétiennes, l'on s'en va content; et cependant quelquefois il y a quantité d'âmes dans ces lieux, qui ignorent les vérités nécessaires au salut.
De là vient la nécessité d'instruire non-seulement dans le public, mais encore dans le particulier. Souvent les bonnes gens de la campagne penseront à leurs affaires temporelles, lorsqu'on les entretiendra de l'afTaire de leur salut : c'est pourquoi on doit les interroger au confessional. Dans les instructions communes, une personne d'âge aurait honte de répondre publiquement; ce qui n'arrive pas dans un temps où l'on expose des péchés qui sont capables de donner une plus grande confusion. On doit aussi , toutes les fois que l'on administre quelque sacrement, se servir de cette occasion pour les instruire; et
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puisque la divine Providence nie met cette pensée en l'esprit, je ne puis ic^m'empècher de soupirer amèrement sur la négligence criminelle de quelques pasteurs en ce sujet, qui sert d^occasion à la perte éternelle de plusieurs âmes.
Un pasteur doit savoir qu'il est obligé d'exposer sa vie et de la perdre même, quand il s'agit du salut d'une àme commise à ses soins. Ainsi, il n'y a point d'heure, soit du jour, soit de la nuit, dans laquelle il ne doive courir pour l'administration du sacrement de pénitence, quelque danger ({u'il puisse y avoir : il n'y a point d'affaire qu'il ne doive quitter; il n'y a point d'obstacle qu'il ne doive surmonter. Si donc il est obligé de donner sa vie, comcomment ne donnera-t-il pas ses soins? Attendra-t-il à visiter les malades quand il y est appelé ? Ne les préviendra-t-il pas? Remeitra-t-il leur confession, sous prétexte qu'ils ne sont pas en danger? 0 aveuglement digne de larmes de sang ! Quand on serait certain que les personnes reviendraient en une parfaite santé, est-ce qu'il ne les faut pas réconcilier avec Dieu? Faut-il les laisser quelquefois dans l'état effroyable du péché mortel? Mais combien, sous prétexte qu'il n'y avait encore rien de pressé, combien de personnes sont mortes sans confession et ont été damnées ? Je parle de ce que je sais à l'égard de la confession. Mais un pasteur ne doit pas se contenter d'administrer les sacrements aux malades; il doit les visiter souvent, et surtout ne les pas laisser, quand ils sont proches de la mort. 0 mon Dieu ! ô mon Dieu ! découvrez le prix d'une âme pour laquelle vous avez donné votre vie : quel désordre et quelle pitié de voir le délaissement des pauvres gens de la campagne en plusieurs lieux, dans un besoin si extrême! Gomment les derniers sacrements leur sont-ils administrés? Avec quelle négligence, et souvent à la hâte, et avec un empressement digne de la dernière pitié? Quelle
application ne faut-il pas pour lors prentlre pour faire faire une bonne confession, pour examiner sérieusement Tétat de sa vie, pour voir s'il n'y a point de restitution à faire, quelque désordre à remédier? Ilya même des occasions où il est très-bon de proposer doucement une liberté tout entière pour choisir tel confesseur qu'on voudra; et j'ai appris d'un docteur de la faculté de Paris, assez connu pour sa rare vertu, et qui est décédé en odeur d'une piété toute singulière, qu'il s'est trouvé à la mort de certaines personnes, qui s'étant confessées à leur confesseur ordinaire, ayant reçu l'extrême-onction, étaient dans la malheureuse résolution de plutôt être damnées, que de dire certains péchés qu'elles avaient celés dans cet état. On ne doit rien omettre pour faciliter les moyens du salut à de pauvres âmes , et principalement au sujet de la confession. Cependant, c'est un malheur de notre siècle, on se rend propriétaire des âmes. Il y a des confesseurs (ce n'est pas moi qui parle, c'est le bienheureux Jean de la Croix, et j'écris ceci dans un temps où l'on fait sa béatification dans tous les royaumes chrétiens), il y a des confesseurs, dit ce grand saint dans ses divins ouvrages, qui sont plus jaloux de leurs pénitentes qu'un mari ne l'est de sa femme. Pour l'extrême-onction, c'est une coutume louable dans plusieurs diocèses, de la donner aux enfants qui ont l'usage de raison. Surtout, il ne faut jamais rebuter les personnes qui demandent les sacrements, ni leur faire un accueil froid; mais les recevoir avec une douceur digne d'un ministre de Jésus-Christ.
Une des matières du catéchisme est d'enseigner publi- ([uement la manière dont il faut baptiser, afin que dans le besoin cbacun le puisse faire: on doit tout faire, et il n'y a rien à négliger, quand il s'agit de l'intérêt de Dieu et du bien éternel des âmes. Surtout , les sages-femmes doivent être instruites sur ce sujet : il faut remédier aux
abus qui s'y commettent. En voici quelques-uns que j'ai remarqués dans mes visites. Il y en a qui ne prononcent pas les paroles dans le temps qu'elles versent l'eau. Il s'est trouvé des occasions dans lesquelles une personne versait l'eau et une autre prononçait les paroles. Il y en a eu qui, ayant mal baptisé l'enfant, n'ont pas laissé de rendre témoignage du contraire, de peur que l'on ne leur fit quelque réprimande : cela fait voir que l'on ne doit pas croire facilement à ce que disent dans ces rencontres les sagesfemmes des campagnes, qui souvent sont très-ignorantes, et savent à peine la manière et la formule du baptême. Il est très-prudent de ne les pas intimider, car la peur qu'elles ont d'être réprimandées les trouble et fait quelquefois qu'elles ne prononcent pas bien la formule du baptême, ou bien elles laissent mourir l'enfant dans le besoin, sans oser le baptiser. Une des choses qu'elles ignorent le plus, c'est de savoir baptiser sous condition , dans le doute raisonnable de la vie et de la mort; et cette ignorance est cause que dans ces occasions elles laissent l'enfant sans lui administrer ce remède. Les femmes qui se mêlent d'assister les autres dans leurs accouchements, quoiqu'elles ne soient pas jurées, comme on les appelle, ne doivent pas moins être instruites , le salut des enfants étant également en péril entre les mains aussi bien des unes que des autres. Il est bon qu'elles aient toujours un petit vase où il y ait de l'eau, quand elles sont trop loin de l'église où l'on porte l'enfant à baptiser, de peur que, s'il mourait en chemin, ce qui arrive quelquefois, il no puisse recevoir le saint baptême. Je dirai ici sur ce sujet une chose très-remarquable pour la gloire de Dieu, et que j'ai apprise de témoins oculaires, de personnes distinguées et dignes de foi. Une femme étant accouchée d'une espèce de monstre en forme de poisson, comme on délibérait de s'en défaire, une personne d'esprit, qui était présente, se
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sentit pressée de découvrir doucement la superficie de la peau de ce poisson, et peu à peu, en ayant découvert une partie considérable, on aperçut un enfant qui en était entièrement enveloppé, qui reçut le saint baptême, et qui était encore plein de vie lorsque j'appris cette merveille.
Je finirai en disant qu'il est encore très-à-propos d'apprendre aux enfants à servir la messe, avec l'attention et la décence qui conviennent à ce grand mystère, et à cette occasion je remarquerai un abus fort commun, auquel on on ne prend point garde. Grand nombre de prêtres, dans la célébration des divins mystères, après avoir récité le Confiteor, disent les versets suivants : Deiis tu conversus , et le reste, avec une précipitation pitoyable, et de la même manière, le Kyrie, eleïson; et les enfants qui répondent, sont si accoutumés à répondre à leur manière, que, lorsqu'il se trouve un prêtre qui parle posément, ils ont achevé les réponses avant qu'il ait pu achever ce qu'il dit. Quelle misère et quel aveuglement ! On demande pardon à Dieu par le Confiteor, par le Kyrie, eie'ison, et en même temps on l'offense par Tirrévérence que l'on commet en la précipitation. Saint Charles voulait que l'on instruisît les enfants qui répondent, à parler posément et à se tenir dans un grand respect, et c'est ce que beaucoup de prêtres ne font pas eux-mêmes. Qu'il est vrai que Dieu est inconnu ! C'est ce qui nous a obligé d'en donner un livre au public sous ce titre : Dieu inconnu.
Enfin, pour faire ici un abrégé de ce chapitre, touchant la manière de bien faire le catéchisme, disons qu'il doit t'tre principalement formé des vérités nécessaires au salut; que l'on ne doit pas seulement l'apprendre par mémoire, mais en donner l'intelligence. On y doit mêler des vérités morales, avec des motifs pressants pour portera leur pratique; on le doit faire publiquement et en particulier pour les personnes âgées aussi bien que pour les jeunes II. 3
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gens; dans le temps où les peuples sont assemblés tous les dimanches, n'en exceptant au plus que très-peu de temps. Pour l'ordinaire, il n'y faut guère employer plus d'une bonne demi-heure, pour ne se pas rendre ennuyeux, et enseigner les vérités-doucement les unes après les autres.