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CHAPITRE YIIT

Des remèdes à la négligence du catccliisme.

Les ordonnances synodales des prélats, (jui commandent aux curés de s'acquitter dignement des devoirs du catéchisme , en devraient bien ôter toute la négligence et inspirer fortement tout le zèle possible ; car se peut-on figurer, en matière d'ordre, rien de plus fort et qui porte une obligation plus étroite, que le commandement d'un supérieur légitime , surtout d'un évêque successeur des apôtres, à qui on doit obéissance à raison de sa haute dignité, à qui on la doit même par l'engagement volontaire dans lequel on s'est mis très-librement par le vœu hiérarchique que l'on en a fait entre ses mains sacrées? De plus, que l'on considère que l'ordre de faire le catéchisme est un ordre de toute l'Église universelle assemblée dans les conciles généraux ; car ce qui est très-remarquable , c'est que ce n'est pas seulement un ordre d'un évêque diocésain qui suffirait pour imposer une obligation étroite dans son diocèse ; ce n'est pas seulement l'ordre d'un concile provincial ou d'un concile national, ce qui serait d'une force à laquelle il faudrait se rendre; mais cet ordre part de tous les évêques : c'est un règlement de toute l'Église, appuyé sur celui que Jésus-Christ même son divin époux a voulu donner. L'on ne peut pas dire

qu'il n'y ait comme une source de bénédictions sacrées, attachée aux ord(Minances des prélats. L'expérience de tous les siècles nous en donne d'illustres témoignages. Le siècle dernier nous en fait voir un exemple incomparable dans le diocèse de Milan , gouverné par les soins de l'un des plus vigilants pasteurs qui fût jamais, le grand saint Charles Borromée. A peine a-t-on vu un diocèse dans des ténèbres plus épaisses, et dans une corruption plus grande du clergé et du peuple; et où trouvera-t-on un diocèse plus éclairé et plus saint par la sainte conduite et par les sages ordonnances du grand évéque que nous venons de citer? On peut remarquer la même chose dans notre siècle à l'égard de plusieurs diocèses, entre autres à l'égard de celui de Gahors, qui a eu de nos jours pour très-digne pasteur et évéque feu Mgr Alain de Solminiac, décédé dans une grande opinion de sainteté. Aussi , a-t-il été la merveille, et, si j'ose dire, le miracle de notre siècle, de désintéressement, dans la haine évangélique de soi-même, dans l'unique attache à Dieu et à ses intérêts. Mais plusieurs causes empêchent les grands effets que Ton doit attendre des ordonnances synodales : le peu d'application que l'on donne pour les faire observer ; ainsi , on les publie assez, mais elles se gardent très-peu. Un grand moyen pour les faire garder, serait d'envoyer exprès, outre les visites, des personnes zélées dans tous les cantons et lieux dilTérents du diocèse, pour examiner avec soin si elles s'observent. 11 est certain que, si l'on envoyait sur les lieux de temps en temps, comme de trois mois en trois mois , des personnes considérables qui en fissent la recherche, pour ensuite en donner avis au prélat, ces soins ne seraient pas sans grands effets. Ce serait encore un grand secours d'avoir des personnes de probité, de zèle et de jugement dans chaque doyenné, dont l'on n'aurait pas de connaissance et à qui l'on garderait le secret, qui don-

lieraient avis de ce qui s'y passe ; et il y aurait bien à espérer de la miséricorde de Dieu quelque remède , si ensuite on faisait venir les pasteurs négligents ; si ou les traitait avec douceur, leur faisant connaître leurs obligations que plusieurs savent très-peu ; si on les obligeait à quelque retraite pour s'en convaincre et pour implorer le secours de Notre-Seigneur ; et ce qui aurait un effet trèspuissant avec Taide de Dieu, ce serait d'envoyer après une correction douce de temps en temps sans se lasser, dans les paroisses de ces pasteurs négligents , pour voir s'il y aurait du cbangement en leur conduite.

Après tout, les peines canoniques sont pour les pasteurs incorrigibles : il ne faut que procéder de bonne foi ; ensuite l'appel comme d'abus n'est pas à craindre touchant des ordres établis par tous les saints canons ; seulement je remarquerai ici en passant, que l'infraction des plus saintes lois de l'Église demeure souvent impunie sous prétexte de ces appels comme d'abus, parce qu'ils ne sont pas poursuivis. Hélas! pour les affaires temporelles, l'on a des avocats à gages et des procureurs. 0 mon Seigneur et mon Dieu ! pourquoi n'en aura-t-on pas pour les vôtres, soit à la cour métropolitaine , soit au parlement ? Quand il faudrait prendre quatre ou cinq cents livres par an sur un grand revenu, pour tirer l'Église de l'oppression qu'elle souffre de plusieurs particuliers, pour tirer les âmes de la damnation éternelle, pour délivrer Jésus-Christ et son sang précieux du mépris que l'on en fait, est-ce une chose à délibérer? Il fout remarquer ici un abus qui arrive dans l'attestation qu'apportent de certains curés négligents, sur laquelle plusieurs paroissiens signent , comme ils s'acquittent bien du catéchisme et de leurs autres devoirs , quoique ce soit une très-grande fausseté, ces pauvres gens n'en voyant pas la conséquence : c'est pourquoi , afin d'y remédier, on a besoin de l'avis de ces personnes secrètes

dont j'ai parlé, je dis pour en connaître la vérité; mais, pour procéder contre eux dans les formes, il est nécessaire d'envoyer sur les lieux une personne zélée pour Tintérêt de Dieu , qui fasse une bonne information, après avoir pris le serment et montré Tobligation que Ton a de répondre sincèrement en des sujets où il s'agit du salut et de la damnation des peuples.

Si Ton trouve des curés qui ont peu ou presque point de talent , Tun des remèdes est de leur donner, pour le temps du prône, la lecture de quelque livre propre pour l'instruction et pour l'observance des commandements de Dieu. J'ai appris d'un fort ancien curé, avant sa mort, que c'était la pratique du savant cardinal du Perron, dans son gouvernement; mais il faut choisir les livres, et prendre soin qu'ils soient lus hautement et distinctement. Le catéchisme de l'éminentissime cardinal de Richelieu a été fait pour ce sujet; celui de Bellarmin, de Turlot et autres semblables sont très-propres pour la même fin. C'est encore un remède d'ordonner que l'on ne reçoive personne au mariage ou à être parrain ou marraine, qu'ils ne soient bien instruits, non-seulement par mémoire, mais par une parfaite connaissance des vérités principales de la religion, et d'interroger dans le confessional sur les mêmes vérités, avant de donner l'absolution. Or, s'il arrivait que l'on rencontrât des personnes si pauvres de mémoire , comme quelquefois cela arrive à l'égard des personnes fort âgées, qui, après tout ce qu'on aurait pu faire, ne pussent pas retenir les vérités fondamentales, il faudrait leur en faire faire des actes de temps en temps dans le confessional, d'autres fois en d'autres occasions, surtout avant la mort.

Les bons vicaires et autres zélés ecclésiastiques sont toujours d'un grand secours dans toutes sortes de paroisses négligées, pour suppléer au défaut des soins que les pas-

teurs sont obligés de prendre. Sur quoi il faut remarquer un abus déplorable, et qui n'est que trop ordinaire, c'est de voir, dans ces paroisses, des vicaires ou autres prêtres aussi négligents que les curés, soit à raison de leur incapacité, soit à raison de leur peu de zèle ; désordre extrême, qui ne choque pas seulement la religion, mais le bon sens; car, pour me servir toujours des comparaisons familières, où trouvera-t-on un homme dans les choses temporelles, qui, ne pouvant pas s'acquitter de ce qu'il doit faire, appelle à son secours un autre qui est dans la même impuissance? Un laboureur, un vigneron, un procureur, un régent dans les écoles, tombent malades ou se trouvent dans quelque obligation qui les empêche d'exercer leur travail et de faire leurs fonctions ordinaires; je demande s'ils mettront à leur place des hommes qui ne sachent pas travailler, qui ne puissent pas écrire, qui ne puissent pas enseigner? 0 mon Dieu ! n'ouvrirons-nous jamais les yeux sur les affaires de l'éternité? Disons dans cette occasion, ce qui arrive même quelquefois , qu'il y a des pasteurs qui ont peine de souffrir de zélés ecclésiastiques, qui instruisent et assistent fructueusement les peuples : ô l'horreur des horreurs ! un homme, dans la crainte qu'il a de n'être pas assez considéré, et dans la jalousie qui le saisit, que l'on fasse plus de cas d'une autre personne que de lui , abandonne les âmes en proie aux démons, y abandonnera la sienne propre, foulera aux pieds les intérêts d'un Dieu ! Certainement, Ton devrait bien contraindre ces pasteurs, non-seulement à souffrir que l'on fasse ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils ne font pas, mais même de donner le temporel nécessaire , selon la disposition des conciles ; et les supérieurs ne devraient jamais permettre dans ces lieux délaissés, des vicaires ou autres prêtres qui ne fussent capables et zélés pour y catéchiser dignement et y rendre les autres assistances nécessaires.

Mais quel ordre pourra-t-on donner aux paroisses négligées , dont le (?urc ne peut pas prendre les soins qu'il en doit avoir, dans lesquelles on ne peut pas mettre de vicaire, à raison de la pauvreté du curé et du peuple ? Il semble qu'on doit donner commission à quelque prêtre voisin d'y aller de temps en temps , comme au moins tous les mois, pour y donner des instructions chrétiennes, et s'il est nécessaire en cette occasion, il faut user d'autorité ; car enfin laisera-t-on perdre des âmes qui sont si chères à Dieu ? D'ailleurs, le prélat, qui est le premier et principal pasteur de tout son diocèse, et qui en répond devant Dieu, est obligé d'y donner ordre, soit d'une manière, soit d'une autre ; car il est véritablement chargé de ces âmes.

Si les missions de l'avent et du carême se faisaient bien dans le zèle de l'intérêt de Dieu, ce serait encore un grand remède à la négligence des pasteuFS ordinaires ; mais il faudrait pour cela que les prédicateurs y allassent dans la pure vue de Dieu , qu'ils traitassent des matières propres aux peuples des campagnes, qu'ils y fissent des catéchismes ou instructions familières de deux dimanches l'un. Il faudrait pour cela, sans considérer la recommandation de le créature , faire choix d'ecclésiastiques séculiers ou de religieux qui eussent et le zèle et la capacité nécessaires.

Il faudrait, avant leur mission, leur faire bien connaître la conduite chrétienne qu'ils doivent tenir durant l'avent, les obliger d'en rendre compte avant de leur accorder celle du carême. Hélas! on dit : Il faut donner des stations pour faire subsister de pauvres religieux ; on en demeure d'accord , c'est ce qui est très-juste. Mais quelle est la fin de ces stations de l'avent et du carême ? Est-ce pour donner l'aliment aux corps ou aux âmes? est-ce une fin temporelle ou éternelle? est-ce la créature ou le Créateur? est-ce

riiomme qu^il y faut considérer ou Dieu? 0 mon Seigneur et mon Dieu ! je ne puis me lasser de le dire , ouvrez les yeux de vos créatures !

C'est encore un moyen avantageux pour remédier à rignorance, d'élever les ecclésiastiques dans les séminaires, leur faisant connaître à fond Tobligation qu'un pasteur a d'instruire son peuple, lui enseignant les moyens de le bien faire, non-seulement en général, mais en particulier, leur découvrant les abus ci-dessus marqués, leur faisant faire quelque exercice de catéchisme pour les rendre capables de s'en acquitter dans la suite des temps. C'est un excellent ordre dans quelques diocèses d'obliger tous les diacres de catéchiser dans les paroisses, et c'est le propre de leur état, avant d'avoir la grâce de la promotion au sacerdoce. Ces soins remédieraient aux vaines excuses des curés, qui disent qu'ils ne peuvent pas parler en public ou bien qu'ils n'en ont pas la hardiesse. De plus, faire connaître aux confesseurs du peuple ignorant l'importance de le bien interroger sur des articles de la foi , et de l'en instruire dans le confessional , serait encore un moyen avantageux pour donner la lumière nécessaire.

Autant qu'il se peut faire, l'on doit établir les petites •'eoles ; mais il est très-important qu'elles soient bien ré^ glées ; que ceux qui les tiennent soient persuadés que la fin principale est d'y apprendre la science du salut ; que tout le reste que l'on y enseigne doit tendre là. Ainsi, l'on ne doit pas manquer d'y faire l'instruction chrétienne en la manière dont il a été parlé ci-dessus. On doit veiller à en ôter tous les livres de fables et de vies apocryphes de quelques saints, que les hérétiques ou personnes ignorantes avaient remplis de faussetés ou de choses ridicules ; faire acheter aux écoliers de bons livres , où ils puissent apprendre la piété en même temps qu'ils apprennent à

lire, comme par exemple, Flntroduction à la vie dévote, par saint François de Sales, le Pédagogue chrétien en petit volume , et autres semblables. Ce moyen est un des plus puissants pour instruire du véritable culte de Dieu. Il servira non-seulement aux enfants, mais à leurs parents et à tous les domestiques, si durant Thiver ils lisent ces livres le soir. C'est pourquoi il est assez à-propos que ces livres contiennent des exemples et des histoires saintes et authentiques, afin que la lecture en soit plus agréable aux bonnes gens pendant leur travail. Il y a des pasteurs zélés qui, durant quelque temps commode de l'année, font assembler leurs paroissiens dans des heures qui leur sont commodes, et leur font lecture de quelques-uns de ces bons livres, qu'ils leur expliquent quelquefois, et ils font ensuite quelques prières ; et cela est suivi de bénédictions incroyables. Mais il faut prendre garde à se servir de ces pratiques, de manière que l'on ne se rende pas ennuyeux. C'est pourquoi il est très-à-propos de ne le faire que durant certain temps, et de veiller à ce que les enfants fassent cette lecture dans leurs maisons , comme il a été remarqué.

Les écoles des garçons doivent être entièrement séparées de celles des filles, et c'est ce qui est d'une extrême conséquence; cependant^ si, dans la dernière nécessité, elles étaient tolérées, il est absolument nécessaire d'avoir des sièges dans l'école où les garçons et les filles soient placés séparément les uns des autres, et l'on ne doit jamais les laisser seuls. Il faut aussi qu'il y ait un ordre exact pour les renvoyer de l'école et tenir la main, quand ils y viennent, à ce que jamais les enfants de diflérent sexe ne soient et ne parlent jamais ensemble. J'ajouterai ici un mot à l'égard des personnes qui tiennent les écoles dans les campagnes : elles ne doivent jamais se décourager à raison du petit nombre des écoliers , ou bien parce

qu^ils ne viennent à Fécole que durant quelques mois de l'hiver; car en vérité c'est encore une grande consolation d'avoir un peu de temps pour leur apprendre à connaître et à aimer Dieu, puisque c'est en cela que consiste à proprement parler tout lliomme. Au reste, il est à propos que les enfants soient instruits dans les écoles, durant la semaine, des vérités dont ils doivent être interrogés publiquement les dimanches et les fêtes à l'église, afin que le catéchisme se fasse avec plus d'édification.

tl faut ménager, à l'égard des bergers et autres personnes qui gardent les bestiaux, un temps qui leur soit commode, afin qu'ils puissent, dans ce temps-là, se rendre à l'église pour être instruits ; car dans les paroisses des campagnes, où ne se célèbre qu'une messe, très-souvent ils ne peuvent y assister. A l'égard des enfants, il serait à désirer qu'un pasteur tint registre, où tous les noms seraient écrits, afin que pas un seul n'échappât à ses soins; et outre le catéchisme de toute l'année, que l'on fait publiquement, prendre les occasions de leur parler de temps en temps à loisir; surtout dès le commencement du carême, il faut examiner ceux qui sont en état de pouvoir participer à la communion vivifiante du corps de Notre-Seigneur; ensuite leur faire bien concevoir la grandeur de cette action et les y bien préparer par quantité de saintes pratiques qu'on leur doit suggérer, comme de faire des prières tous les jours pour cette fin, de pratiquer quelques mortifications intérieures ou extérieures , et choses semblables, et les disposer aune confession générale. Cette dernière pratique est d'une conséquence plus grande que l'on ne peut dire, soit pour remédier aux défauts qui peuvent arriver facilement aux confessions que font l'es enfants, soit pour les remettre en état de grâce, pour ne pas recevoir indignement la première fois le corps de notre Sauveur; je le répète encore une fois, la confession géné- II. t

raie, dont la pratique est aisée dans ces jeunes gens , est d'une importance i'ncroyable.

Pour ce qui regarde les enfants qui ne sont pas en état de communier, il faut considérer ceux qui ont l'usage de raison et s'appliquer très-particulièrement pendant tout le carême à les instruire de la confession, qu'il est très-àpropos de leur faire faire dès les premières semaines de carême, au moins vers la semaine de la passion, ou dans les })etites paroisses au commencement de la semaine sainte, afin que les soins qu'il faut donner aux personnes qui sont avancées en âge ne détournent point de l'application qu'il leur faut donner. J'ai dit qu'on les peut confesser dès le commencement du carême; car, ne communiant point, ils peuvent satisfaire au précepte de la confession annuelle, en quelque temps de l'année que ce puisse être : mais , comme la négligence des parents est souvent très-grande à l'égard de ces pauvres enfants, on doit interroger dans le confessionnal tous les pères et mères sur le nombre de leurs enfants, et s'ils ont soin de les instruire tous ou de les faire instruire; s'il n'y en a pas un seul qui, parvenu à l'âge de raison, n'ait pas reçu le sacrement de pénitence. Or, dans cette rencontre, particulièrement dans les campagnes, il ne faut pas s'en tenir à leur jugement; mais le pasteur doit lui-même examiner avec beaucoup de soin l'esprit et le jugement des enfants, dans une affaire qui regarde leur bonheur ou leur malheur éternel. On doit refuser l'absolution à ceux qui commettent des négligences notables, quand ce se serait qu'à l'égard d'un seul de leurs enfants; et après la solennité de Pâques, il est très-bon d'en faire voir la conséquence publiquement, et de presser fortement sur ce sujet, afin que, s'il y avait quelques pères ou mères qui eussent manqué à ce devoir, ils pensassent au plus tôt à y satisfaire; car enfin, un véritable pasteur doit veiller avec de?

soins indicibles sur toutes ses ouailles, sans en excepter la moindre. Là-dessus j'ai pensé bien des lois aux peines que ces pauvres bergers prennent pour leur petit troupeau. Bien des fois j'ai considéré avec étonnement ce qu'ils font, ce qu'ils souffrent, ce qu'ils espèrent de tous leurs travaux et de toutes leurs peines, et enfin de quoi il s'agit. Je pensais avec attention ({ue tous les travaux et souffrances des bergers se terminaient à conserver la vie d'une brebis, dont la perte pouvait facilement se réparer, et dont la valeur était bien peu de chose. Ensuite je me disais à moi-même : Ah! que les âmes qui ont coûté la vie d'un Dieu homme sont bien d'une autre conséquence! La perte de la moindre est pour une éternité ; et c'est une perte que tous les ;mges et les hommes ne peuvent réparer. Je regardais ensuite à loisir ce que les bergers font et souffrent pour leur troupeau de bètes. Je voyais que tous les jours de l'année sans réserve, ils sont occupés à y prendre garde, qu'ils y donnent tous leurs soins, qu'il n'y a pas une seule brebis de leur troupeau sur laquelle ils ne veillent ; qu'ils les comptent tous les jours l'une après l'autre, de peur qu'il n'en manque; que, si quelqu'une s'échappe, ils courent après , et la cherchent avec tous les soins imaginables, ils en demandent des nouvelles à tous ceux qu'ils rencontrent, et n'ont aucun repos qu'elle ne soit retrouvée. Mais que ne font-ils pas pour résister aux attaques du loup qui vient enlever une de leurs brebis? Ils souffrent toutes les incommodités des saisons durant le cours de l'année; ils mènent une vie solitaire et se privent de tout ce que le monde estime, des plaisirs, des honneurs et des richesses ; elle se passe tout entière à la garde de leurs troupeaux. Je me souviens de l'un de ces pauvres bergers, qui, ayant reçu le sacré viatique dans un temps où la terre était toute couverte de glace et de neige, ne laissa pas de quitter le lit le même jour pour

64 MÉTHODE GÉxNÉRALE DE CATÉCHISME.

ineiier son troupeau aux champs, croyant que cette sortie lui serait utile, quoiqu'il n'y pût trouver de nourriture, à . raison de la saison et du temps; cette action dont j'avais été témoin, me touchait beaucoup.

Ces pensées me faisaient faire réflexion sur les soins des pasteurs des âmes ; j'étais dans des étonnements dont je ne pouvais revenir. Ah ! qu'il est vrai, disais-je, que les sens l'emportent sur la raison? Qu^il est vrai que le temps l'emporte sur l'éternité ! Qu'il est vrai que la créature l'emporte sur le Créateur ! Mais cependant n'est-ce pas là renverser généralement l'ordre de toutes choses, et se peut-on figurer un dérèglement plus étrange? Ces pauvres bergers ne sont-ils pas capables d'humilier les pasteurs les plus saints? Aussi, est-il vrai que les plus grands saints et les plus vigilants pasteurs, en y pensant, sont entrés dans des confusions inexplicables, pendant , hélas ! que ceux qui sont les plus négligents, ferment sans cesse les yeux sur leurs devoirs, et souvent même ne les veulent pas ouvrir, quand les plus belles lumières se présentent à eux.

Hélas ! quel temps donnent-ils tous les jours à la garde des âmes confiées à leur surveillance? Quels soins en prennent-ils, même les dimanches et fêtes? Veillez, mes frères, dit saint Pierre, soyez sobres^ parce que votre adversaire, comme un lion rugissant, ne fait que rôder autour de vous, cherchant quelquun pour le dévorer. Ces paroles s'adressent d'une manière spéciale aux pasteurs que le Seigneur a posés comme des sentinelles sacrées pour veiller sur son troupeau; et c'est à eux que le Saint- Esprit recommande d'une façon particulière d'être sobres, c'est-à-dire de ne pas tremper dans les choses du monde , dans les affaires temporelles ; mais d'être dans un dégagement absolu des choses terrestres et d'eux-mêmes, afin d'être toujours prêts et toujours libres pour sauver les

âmes du danger. Mon Dieu ! que diront ici ces prêtres qui répondent froidement qu'ils n'ont pas le loisir de catéchiser et de faire leurs autres fonctions, parce qu'ils ont trop d'affaires temporelles ? Peut-on croire ce qui arrive à quelques-uns qui, étant à table à faire bonne chère ou ailleurs à se divertir, disent qu'ils n'ont pas le loisir de confesser les personnes qui les demandent, et les remettent à un autre temps? Mais quel aveuglement déplorable dans les paroisses de campagne, dans lesquelles il y a plusieurs hameaux éloignés et dont plusieurs habitants viennent rarement à l'église de la paroisse, à cause de l'éloignement, de les laisser sans aucune instruction! Pourquoi ne viennent-ils pas à l'église, dira-t-on? Ah ! ce pauvre berger attend-il que ses brebis viennent le trouver? J'avoue ici que je ne comprends pas comment un pasteur ne va pas de temps en temps dans ces hameaux, pour y voir tous les enfants les uns après les autres, et examiner même l'état des personnes plus âgées ; comment quelquefois il ne choisit pas quelque maison ou autre lieu pour les faire rassembler et s'entretenir avec eux de leur salut ; car, à moins que d'en prendre ces soins, ces pauvres âmes se perdent, le loup infernal les emporte et personne ne court après. Je suis quelquefois allé dans ces sortes de lieux en faisant mes visites, et j'y ai trouvé souvent de pauvres âmes abandonnées, qui écoutaient avec avidité quelques instructions que je leur donnais ; ce qui me faisait assez connaître et le besoin qu'il y a de les aller chercher, et le bien qui en arriverait quelquefois. L'on m'a objecté que l'on trouverait à redire à un curé, s'il allait dans les maisons ; mais quand le curé s'y comporte avec discrétion, tout le monde en est édifié. Après tout, je ne vois pas que cette raison les empêche d'aller chez leurs paroissiens, quand ils y ont des affaires temporelles. Et ne va-t-on pas partout pour recueillir la H. 4.

dîme? Ne voit-on pas dans Paris, capitale du royaume, de vertueux ecclésiastiques de Saint-Sulpice aller dans le vaste faubourg Saint-Germain, où est silure Tégiise de la paroisse, dans tous les quartiers, et là, assembler dans quelque lieu les personnes pour les instruire, et les animer à Famour et à la crainte de Dieu ? Certainement , sans ces soins , je ne vois pas comment ceux qui ont charge d'âmes, spécialement dans les campagnes, peuvent avoir leur conscience en repos. Je me souviens à ce sujet de m'ètre trouvé dans une ville où il y avait une paroisse si nombreuse, qu'elle avait à peu près quatorze ou quinze mille âmes ; on faisait le catéchisme dans l'église paroissiale, où je voyais environ cinq ou six enfants. En vérité, peut-on dire que ce catéchisme suffisait pour le salut de tant de familles? Je ne sais aucune maison ; je n'en ai jamais entendu parler, où, s'il s'échappe quelque cheval , s'il y en a quelqu'un d'égaré, le maitre et les serviteurs ne les cherchent de maison en maison et ne courent après : il n'y a que les âmes qui se précipitent dans les enfers, que l'on abandonne. Saint François-Xavier, qui connaissait le prix des âmes, les voyant couvertes du sang d'un Dieu, a couru d'un bout du monde à Pautre pour les chercher.

Mais je retourne aux bergers, pour faire réflexion sur leurs peines et en même temps sur celles que peuvent avoir ordinairement les pasteurs des âmes. Ah! quelle diiîérence, et cependant on a de la difficulté à les soulfrir. Enfin, que peut espérer un berger? que peut-il craindre? Des gages médiocres pour soutenir bien chétiveraent une malheureuse vie, ou la disgrâce de son iiiaître qui lui ôtera sa condition : le paradis, le Dieu du paradis, Tenfer, l'éternité sont les sujets des récompenses et des châtiments des pasteurs des âmes, et après cela il y en aura de négligents ! c'est ce qui est incompréhensible.

H. M. BOUDOX. 67

Les serviteurs deinandent une iiistructioii tFautant plus grande qu'ils en ont plus grand besoin, particulièrement à cause du changement de lieu qui leur est assez ordinaire.

Mais les visites faites dans l'esprit de Jésus-Christ et de son Eglise, sont des moyens très-puissants avec le secours divin j pour apporter un remède à la négligence du salut des âmes; et, pour ce sujet, le visiteur doit avoir en vue la visite charitable de notre Sauveur, pour servir de règle à celles qu'il doit faire et se former sur ce divin modèle. Sans l'union avec ce Dieu-Homme, nos soins , nos plus belles actions en apparence sont des œuvres vides en sa divine présence ; et voilà la source du peu d^édification et du peu de succès du grand nombre de visites. Quand le visiteur prend ses mesures sur les soinS;, les peines, et Famour immense d'un Dieu, en la visite qu'il lui a plu faire à notre terre, que ne fait-il pas pour ne se pas rendre indigne coopérateur de ses desseins? Il prendra sans doute le loisir de donner tout le temps nécessaire à l'application du salut des âmes dans ses visites, et, pour ce sujet, il prendra bien garde d'en faire un trop grand nombre. Il ne se contentera pas de demander en général si l'on fait le catéchisme ; mais il examinera s'il se fait aussi souvent qu'on le doit faire, dans un temps où les peuples sont assemblés et en la manière qu'il a été marqué ci-dessus dans le cinquième ou sixième chapitre ; il en recherchera exactement les abus dont nous avons traité au chapitre septième II ne se contentera pas d'interroger quelques enfants qui se présentent; mais il s'informera en particulier de l'instruction qui se fait et de la manière dont elle se lait, nonseulement dans les paroisses, mais dans les lieux circonvoisins; surtout il tâchera de savoir la vérité de personnes qui ont la crainte de Dieu. Je puis dire par expérience

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qu'il est bien difficile qu'un visiteur qui fait régulièrement ses visites fous les ans, avec zèle de Tintérét de Dieu, ne connaisse parfaitement Fétat des paroisses. 11 conférera des moyens de bien instruire et de prendre tous les autres soins nécessaires du salut des âmes avec les pasteurs des âmes, leur en faisant voir Timportance, conférant de ces choses avec une grande douceur, d'une manière qui ne ressente rien d'impérieux ; faisant voir que c'est uniquement la gloire de Dieu qu'il cherche. Il indiquera les bons livres indispensables pour cela. Or, dans cette occasion je ne puis assez m'étonner de la négligence impardonnable d'un grand nombre d'ecclésiastiques, exempts de charge d'âmes, je veux dire de cure, qui sont presque totalement dépourvus des livres de la doctrine chrétienne. C'est une mauvaise excuse de dire que n'ayant pas des revenus assez forts, ils ne peuvent en acbeter, puisqu'eu ménageant tous les ans quelque chose, il leur est aisé de s'en procurer d'un prix médiocre. Un bon théologien , par exemple, qui traite des cas de conscience, doit avoir V Introduction à la vie dévote, de saint François de Sales. Plusieurs pasteurs, qui ont des livres de doctrine, n'en ont aucun qui traite de la pratique ; ainsi, les uns et les autres, comment donneront-ils des avis sur des matières de dévotion qu'ils ignorent? Le remède à ce désordre regarde les soins des prélats, et il est facile, à l'égard des vicaires, confesseurs et chapelains, en ne leur donnant des permissions qu'après de bons témoignages qu'ils sont pourvus de ces livres. De plus, un visiteur zélé ira chercher, sans épargner ni sa peine ni son temps , les personnes qui sont dans le désordre, pour leur faire connaitre avec une très-grande charité et douceur leur état déplorable et les exhorter bénignement à changer de vie, les attendant cependant avec patience, à l'imitation de la conduite de Dieu, et ne se pressant pas d'user de

censures. J'en ai vu par expérience de grands effets; car souvent les personnes sont touchées de ce qu'un visiteur va les trouver dans les champs où elles travaillent, ou dans leurs maisons, particulièrement lorsqu'on le fait sans employer des menaces et leur montrant qu'on ne cherche autre chose que leur salut : il y en a qui , ayant résisté quelques années, se sont enfin rendus à la grâce de Notre-Seigneur. C'est ce à quoi il faut prendre garde; car que sert de les faire confesser par force, sinon à leur faire commettre des sacrilèges, à moins que le cœur ne soit gagné ?

Enfin, le grand remède est de ne présenter aux cures que des ecclésiastiques pénétrés d'un véritable amour de Dieu; je ne dis pas seulement des savants, des docteurs, mais des gens qui aiment l'intérêt de Jésus-Christ et soiout détachés de leur propre intérêt. Plût à Dieu que les patrons des bénéfices connussent le mal extrême, le mal épouvantable qu'ils commettent, quand ils ne présentent pas des personnes dignes! Encore les saints conciles veulent qu'entre les sujets dignes offerts, on choisisse les plus dignes. Qu'ils ne disent pas qu'ils les présentent à Tévéque, et qu'ainsi ils s'en déchargent; car l'évêque ne peut pas donner l'amour de Dieu et le zèle pour le salut des âmes aux ecclésiastiques qui n'en sont pab remplis; d'autre part, il ne peut pas refuser ceux qui ont une capacité suffisante, quoique souvent ils soient dépourvus de l'amour et du zèle pour la gloire de Dieu. Nous renvoyons sur ce sujet à ce que nous avons écrit dans notre traité de Y Amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans le neuvième chapitre du second livre qui porte pour titre : De la Confession générale, où il y a un examen des pèches des patrons et collateurs des bénéfices; des prêtres, des l)énéficiers, des supérieurs et supérieures des maisons religieuses, des visiteurs, archidiacres, des officiaux et pro-

moteurs. Nous ne parlons pas ici d'un petit traité que nous avons fait de YAmow de Jésus au très-saint sacrement de l'autel : celui-ci est bien différent de l'autre ; ces matières y sont examinées relativement à la confession générale.

CHAPITHE IX.

Des désordres et des ravages que fait la négligence dn Catéchisme.

Je commence ce chapitre par l'invocation du Saint-Esprit notre Dieu, la lumière des cœurs, le suppliant avec toute humilité, abimc devant le trône de ses grandeurs infinies, d'éclairer affectueusement les personnes qui liront les vérités dont je vais parler. Elles sont grandes et inexplicables par la seule force de l'esprit humain ; car il est très-vrai que les désordres et les ravages que fait la négligence du catéchisme sont si extrêmes, qu'il n'y a point de parole qui puisse l'exprimer. Ah! plût à Dieu que les pasteurs négligents, que les pères et mères, que les chefs de famille, les entendissent au moins d'une manière satisfaisante. Seulement, je les prie d'y faire de sérieuses réflexions de temps en temps; de les faire en silence, sans s'occuper de toutes leurs autres affaires en la présence de Dieu, implorant sa divine grâce, par les mérites de la passion de Notre-Seigneur et par l'intercession de la très-sainte Vierge, de tous les anges et de tous les saints.

Non, ce n'est point une exagération d'avancer que la négligence du catéchisme est le plus grand mal entre tous les maux; c'est un mal qui porte une désolation universelle, c'est la désolation des particuliers ; il fait un ravage général dans chaque personne où il se rencontre malheureusement. Il porte la désolation dans l'àme et dans

toutes ses puissances, dans le corps et dans tous ses sens intérieurs et extérieurs; car si, selon le témoignage même de la divine parole, tout l'homme consiste à garder lidèlement les ordres de Dieu, et qu'on ne le puisse faire sans la science sacrée des vérités nécessaires au salut, il faut dire que, sans cette connaissance, Thomme n'est plus un véritable homme, son àme et son corps n'agissant pas pour leur glorieuse fin : l'entendement, la mémoire, et la volonté sont dans une désolation entière ; les pensées , les lumières et les affections divines ne s'y trouvent pas ; la désolation règne sur le corps et tous ses sens dans le dérèglement qu'ils portent à l'égard de la loi de Dieu. 0 Jérumleni, dit Dieu par le prophète Jérémie, /"«îWoz instruire, de peur que je ne te rende comme une terre en friche et ne te délaisse comme une terre inhabitable ! Dieu fait une terrible menace, quand il parle de la captivité de son peuple sous le roi Sédécias ; car il proteste que ses ennemis en feront une telle recherche, qu'il n'en échappera pas un seul : de même qu'un homme qui, après les vendanges d'une vigne, veillerait avec soin qu'il n'y restât pas une seule grappe qui ne fût portée au pressoir. Dans les autres captivités, plusieurs s'étaient heureusement échappés, mais sous Sédécias, tout sera pris et plongé dans une désolation universelle. Or, Sédécias^ à qui les yeux furent crevés, est une figure de l'homme qui n'a pas d'yeux intérieurs pour connaître les vérités de notre sainte religion. En tout ce qui est dit , il n'est qu'une désolation entière.

C'est une désolation des familles; car en vérité, c'est une famille bien désolée, celle qui est dépourvue de la science du salut. C'est pour empêcher ce malheur extrême, que les conciles ordonnent si expressément qu'elles soient instruites les jours des fêtes et desdimanches, lorsqu'elles sont assemblées dans les églises. Dès le commen-

cernent de la religion chrétienne, selon le témoignage de saint Justin, tons les bourgeois dans les villes et tous les paysans dans les villages s'y assemblaient pour entendre le catéchisme. 0 l'horreur des horreurs! les pères et mères, les maîtres et maîtresses auront un soin particulier de toutes les affaires de leurs familles, à rexception de ce qui regarde le salut. Y a-t-il un paysan, quelque malheureux qu'il soit, qui n'apprenne à parler à son enfant, qui ne lui apprenne à gagner sa vie, au moins à garder un petit troupeau? Les laboureurs apprennent à J leurs enfants à labourer, les vignerons à cultiver leurs vi- i gnes, les artisans leurs métiers; un maître, une maîtresse voudront que leurs valets-, leurs servantes sachent bien apprêter à manger; on chassera un pauvre cuisinier, s'il ne fait pas bien la cuisine; mais qui se met en peine 1 d'apprendre ou de faire apprendre à servir Dieu en vérité, à le faire connaître, à le faire aimer? Oui, l'aveugle- . ment va jusque-là, qu'il se trouvera des ecclésiastiques, | des maîtres, des maîtresses assez dévots, qui à peine s'appliquent à instruire et à faire instruire leurs domestiques de la science du salut. Je me suis trouvé dans une communauté où travaillait un cuisinier qui avait servi | auparavant chez des ecclésiastiques : il ignorait même les ' premiers principes de la religion. Le mal est que quelquefois on les envoie bien à confesse ou à la sainte communion, mais sans examiner s'ils sont en état d'y aller. Il serait à désirer qu'on les fît d'abord bien instruire, et qu'ensuite on leur procurât un confesseur zélé pour faire une bonne confession générale, afin que toutes les personnes d'une famille fussent en état de bien servir Dieu ; pour cela, souvent une confession générale est très-nécessaire. Mais, répétons-le, ô horreur des horreurs! les plus ignorants des campagnes savent des fables; ils les content les soirs en hiver pour se divertir; ils savent des chan-

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sons, et souvent peu honnêtes : Dieu seul est ignoré. Nous l'avons dit, un grand remède est de procurer la lecture de quelques bons livres : ce qui se peut fai;'e par le moyen des enfants qui vont aux écoles et qui peuvent les lire dans les familles les soirs durant l'hiver.

C'est la désolation de tous les- États, Dieu le dit par la bouche d'un prophète : il- déclare que l'ignorance de son peuple était cause que la populace, les nobles et les premières personnes de l'État étaient affligés des plus grands malheurs; c'est la désolation des provinces et des royaumes; c'est la désolation générale de toute la terre : ce sont des vérités qui ne peuvent laisser de doute, les témoignages de FÉcriture étant évidents. Ecoutez, enfants d'Israël, crie Tsaïe, ce que le Seigneur a dit. Voici ce (jiii se passe dans le jugement qu'il fait des habitants de la terre : « La terrç est dépourvue de sa divine connaissance; pour cela elle sera réduite dans un état si lamentable , que, si elle était capable de larmes, elle se consumerait, elle fondrait en plears. » En effet, ce Dieu de toute grandeur proteste qu'il l'affligera de maladies, de morts funestes; qu'il n'épargnera pas même les animaux qui y vivent, les oiseaux de l'air, les poissons de la mer. Il proteste ([ue les héritages et les biens n'empêcheront point les besoins, et ne profiteront pas même à ceux qui bs possèdent; que depuis un bout du monde à l'autre, il enverra le fléau de la guerre ; qu'on aura beau dire la paix! la paix! il n'y aura point de paix. Hélas! souvent nous nous plaignons; mais jamais n'ouvrirons-nous les yeux sur la .Cause de tous nos maux, et jamais n'y remédierons-nous? Entendez, ô vous tous qui devez avoir soin que les âmes sachent servir Dieu en vérité ! sachez que votre négligence criminelle est la source, selon la divine parole, de tous les lléaux de la divine colère que'nous souffrons: oui, ce père, cette mère, ce maître, cette maitn sse daiib

leurs familles, cej)asteur dans sa paroisse, ce supérieur dans les lieux de sa juridiction, s'exposent aux peines éternelles.

Mais disons de plus que la négligence du catéchisme est la source de toute la désolation de la terre ; car la parole de Dieu nous assure clairement dans Isaïe, que les malédictions, les homicides, les larcins, les adultères et d'autres crimes dont Ton n'oserait parler, ont inondé tout le monde, parce que la connaissance de Dieu n'y est pas, et assurément, des millions de crimes qui se commettent n'arriveraient pas, si la grandeur de Dieu était plus connue. J'ai cent fois admiré comment dans les campagnes le vice ne régnait pas encore davantage- qu'il ne fait; grand nombre de pauvres gens qui l'habitent vivant presque comme des bétes, et n'ayant que très-peu de connaissance des grandeurs de Dieu. Sur ce sujet, je dirai que des militaires, qui avaient passé la plus grande partie de leur vie dans les armées, y menant une vie brutale , s'étant retirés quelques jours pour s'appliquer à la connaissance de Dieu et de la religion, ont fait des conversions fort admirables, et qu'ils s'étonnaient comment ils avaient pu vivre dans un état si déplorable;, mais la raison est qu'ils avaient été jusqu'alors dans une grossière ignorance de Dieu et de nos saints mystères, qui est la source de toutes sortes de péchés.

La négligence du catéchisme est cause que l'ûme oubliant Dieu, Dieu oublie l'àme dans ses miséricordes : dans cet oubli, elle est délaissée; dans ce délaissement, elle tombe dans le précipice de la damnation éternelle.

Toutes ces vérités , capables de nous consumer «b^ crainte, sont tirées de l'Écriture, qui, nous révélant une des causes de la damnation de tant de personnes, nous dit que l'enfer s'est élargi et s'est étendu sans aucune borne, parce qu'elles n'ont pas eu la connaissance de Dieu ;

If. M. BOUDOX. iO

mais j'invite les fidèles à monter avec moi au Calvaire, pour y contempler l'étonnant spectacle d'un Dieu crucifié qui s'y présente à nos yeux, pour y voir son chef percé de si cruelles épines en tant d'endroits, les grandes et profondes plaies de ses mains, de ses pieds, de son côté ; son corps virginal déchiré de plus de cinq mille coups de fouet; celui qui est appelé par le prophète le plus beau des hommes, devenu comme un lépreux; sa bouche, source des oracles, dans un profond silence; ses yeux sacrés, qui font les délices du paradis, fermés, et ses lumières ensevelies dans les obscurités de la mort, et tout cela pour le salut des hommes, dont Timportance était si peu connue par défaut de Tinstruction chrétienne : voilà, voilà la cause de la perte éternelle de tant de milliers d'àmes; c'est la cause de la profanation du sang d'un Dieu bon ; elle rend inutiles toutes ses souffrances, par le mauvais usage que Ton en fait. Ainsi, cette négligence criminelle passe de l'homme à Dieu; je veux dire que perdant l'homme, elle ravit à Dieu sa gloire, elle en combat les desseins, elle en attaque l'amour immense, elle en foule aux pieds le sang précieux.

Cette vue me donne quelque lumière sur les paroles ^surprenantes de l'Écriture^ qui nous enseigne que, si quel- <[u'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ses domestiques, il a renié sa foi, il est pire qu'un infidèle ; • ar en vérité, en vérité, est-ce croire à un Dieu crucifié, que de négliger des âmes pour lesquelles il a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang? Voir ce qu'il a souffert pour leur salut, voir la négligence où l'on en est : oui, certainement, c'est n'avoir point de foi, ou bien c'est l'avoir reniée; oui, c'est être pire qu'un infidèle; car, comme il ne croit pas ces grandes vérités, il n'est pas si criminel. Si un autre que le Saint-Esprit s'était exprimé en ces termes, l'on crierait à l'excès : mais parlant dans sa lu-

76 MÉTHODE GÉNÉRALE DE CATÉf.TlîSME.

inïvvo. et ddWi^ sayériti', il tant dire qu'un père, qii'iino iiière, qu'un maître, qu'une maîtresse, et, à plus forte raison, qu'un pasteur, quand ils négligent notablement l'instruction du salut qu'ils doivent à leurs enfants, à leurs domesti(fues, à leurs paroissiens, ce sont des apostats de la religion chrétienne; ils sont pires que les païens et les Turcs. 0 mon Dieu! ces gens pensent-ils bien aux péchés qu'ils commettent, à leur apostasie, à leur infidélité! Et que pensent les confesseurs qui leur donnent l'absolution sans y remédier?

Mais mon peuple, dit Dieu, a gardé le silence, parce qu'il n'a pas eu la science. L'on parle assez des maux de la vie présente. HébVs! c'est parce qu'on agit par les sens qui les font assez connaître. Partout on remarque uu profond silence à l'égard des maux spirituels; c'est parce qu'on les ignore, et Tignorance en produit l'insensibilité. Un Dieu-Homme meurt pour le salut des âmes; l'insensibilité même s'y rend sensible; il semble que le soleil se voile et retire ses lumières, de honte qu'il a du supplice de son Créateur; il couvre de ténèbres les hommes pour en cacher la confusion ; la terre tremble d'un tel attentat , les pierres se brisent, les marbres se fendent, les toms'ouvrent; il n'y a que Thomme qui n'est point touclié. Parlez aux pères, aux mères, aux maîtres négligents; qu'un évéque même parle aux pasteurs qui ne s'acquittent pas bien du catéchisme, qu'on leur dise à tous ces gens-là qu'ils jettent les yeux sur les soulfrances d'un r>ieu qui est venu sur la terre pour nous apprendre cette science sacrée du catéchisme qu'ils négligent; ils demeurent dans une dureté inconcevable. Admirable Mère de Dieu, heureux anges, glorieux saints, appuyez par vos puissantes intercessions ces vérités qui soutiennent le christinnisme î

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GHAPITKE X.

Dos poches (|iii.' conmu'ltont les pasteurs qui négligeiil le catéchisme rt les snpérieiiis qui n'y appurleut pas le remède.

Si une dos règles que les théologiens donnent pour discerner la grandeur d'un péché , est l'expression qu'en fait la divine parole, il n'y a pas à douter, d'après ce principe, que la négligence notable de Finstructiou nécessaire au salut dans un pasteur à l'égard de ses ouailles, ne soit un jtéché mortel, puisque l'Écriture rend de forts témoignages qui marquent l'horreur de cette négligence et les punitions effroyables que la justice divine en fait. Nous en avons rapporté quelques-uns dans le précédent cha- }>itre; mais il ne sera pas inutile de faire derechef quel- (jues réflexion^ sur le témoignage de saint Paul que nous avons cité , qui déclare que celui qui n'a pas soin des siens, a renié la foi et est pire qu'un infidèle. Je ne sais si dans toute l'Écriture on trouvera quelque chose de plus loit pour nous faire connaître la grandeur et l'énormité d'un péché.

Ajoutons que l'instruction nécessaire pour le salut à l'égard des âmes, étant d'une obligation la plus étroite (jue l'on puisse même s'imaginer, puisque, comme nous l'avons montré, elle est de droit naturel, humain et divin , il ne peut la négliger sans commettre un péché mortel.

Ces vérités supposées, nous disons que ce péché mortel est souvent accompagné d'un nombre effroyable de sacrilèges, puisqu'il y a des pasteurs qui, négligeant le soin des âmes qui leur sont confiées, vivent habituellement dans ce péché mortel ; et cependant, en fréquentant le sacrement de pénitence , ils participent presque tous les

jours au divin mystère du corps et du sau.u' du Fils do Dieu.

Ce péclié est accompagné d'illusion et d'aveuglement : l'illusion y est extrême; car, si vous leur demandez s'ils peuvent en bonne conscience ne pas célébrer le saint saerilice de la messe ou le l'aire célébrer pour les peuples les jours des dimanches et des fêtes, sans délibérer, ils vous répondront que cela ne se peut pas ; et que, si ce désordre leur était arrivé une fois, ils s'en accuseraient au tribunal de la pénitence. Cependant, toute la théologie demeure d'accord que l'obligation d'assister aux saints mystères les jours des dimanches et des fêtes, n'est que de nécessité de précepte, et dont par suite l'on peut être excusé par des raisons légitimes, par exemple, des maladies ou d'autres causes raisonnables ; et dans le cas proposé, s'il ne se célébrait aucune messe dans une paroisse et que les peuples ne pussent pas y assister dans quelque autre église, sans doute qu'ils n'offenseraient pas Dieu en cette rencontre. Mais il n'en est pas de même de l'obligation de savoir les vérités fondamentales de la religion , puisqu'elle est de nécessité de moyen, comme l'on parle dans l'école, en sorte que l'ignorant, il faut périr ; car c'est une vérité évidente que l'ignorant sera ignoré. Après cela, n'est-ce pas être dans la dernière des illusions de voir et de demeurer d'^iccord que l'on se damnerait, si l'on manquait à son devoir à l'égard de ce qui n'est qu'une obligation de précepte, et de ne connaître pas la perte de son salut, lorsqu'on ne satisfait pas à ce qui est une obligation de nécessité de moyen?

C'est pourquoi ce péché porte des ténèbres inexplicables; et en vérité, on peut dire des pasteurs qui y vivent, qu'ils ont des yeux et ne voient pas; ensuite il produit un endurcissement épouvantable, dont l'on n'a que des preuves trop communes et trop funestes. Combien y a-t-il

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