II. M. IJUIDU.X
dans la lumiôre d'un Dieu? Cette vue a jeté l'ellroi dans les âmes les plus innocentes et les plus saintes : aussi estil écrit que les cieux ne sont pas nets en la présence de la divine Majesté. Cette Majesté suradorable, devant laquelle, en ce monde même qui n'est qu'un pays de ténrbres, à la découverte d'un petit rayon qui en est donné, les cheveux dressent à la tète (c'est comme parle sainte Thérèse) : cette Majesté divine, dis-je, fera voir ses grandeurs dans cette lumière, et en même temps tout ce qu'elle a fait , tout ce qu'elle a souffert pour le salut des âmes; elle découvrira dans un jour immense tous les mystères de notre rédemption, et particulièrement celui de sa 'mort sur le Calvaire, et celui que l'on peut appeler le mystère d'amour de tous les siècles, le mystère du très-saint sacrement de l'autel : pour lors le rideau sera tiré, le voile épais qui couvrait les yeux des personnes négligentes sera levé, et dans une clarté inénarrable, elles verront l'éternité, l'éternité de la gloire, que tant d'àmes ont perdue par leur peu de soin ; l'éternité, cette éternité sans lin de l'enfer leur sera manifestée, dans laquelle ces misérables âmes brûleront pour jamais.
Dans cette lumière infinie, elles verront cent milliers de fois, avec beaucoup plus d'évidence que nous ne voyons les objets d'ici-bas en plein midi, et leur aveuglement et leur insensibilité. On fera voir à ces pasteurs négligents les soins empressés qu'ils ont pris du temporel de leurs bénéfices (et il en faut prendre un soin réglé dans l'ordre de Dieu), et en même temps leur extrême négligence à l'égard du spirituel; ou leur représentera devant les yeux' l'ardeur avec laquelle ils ont conservé leurs dîmes, la grande et forte application qu'ils y ont donnée, les soins qu'ils en ont pris avec tant d'exactitude, les procès qu'ils ont soutenus pour n'en rien perdre, et on les fera souvenir de leurs tiédeurs ou de leurs glaces à l'égard du salut
'32 3IÉTJIOÎ>J:: CÉ.NÉUALE 1>K CATÉCinSMK.
éternel des ùmes. Oui, il est vrai (jue , pour conserver leurs dîmes, ils se •présenteront en personne sur tous les lieux où ils croiront leur présence nécessaire; ils s'y trouveront de grand matin, s'il en est besoin, dans la plus grande chaleur du jour, en toute sorte de temps; et s'ils apprennent qu'on la leur emporte, il n'y a point de compagnie qu'il ne quittent pour y donner ordre ; ils parlejont à toutes sortes de personnes; maiss'il s'agit de consei'ver les droits de Jésus-Glirist sur les âmes ; s'il est question d'empêcher que le démon et le monde ne les lui ravissent; si l'on apprend qu'un péché notable en enlève ([uelqu'une à Dieu, hélas! que fait-on? ira-t-on, comme nous l'avons déjà dit, dans tous les hameaux du village pour y conlérer avec toutes les personnes qui y résident et qui rarement viennent aux instructions que l'on fait dans l'église? Si l'on va bien chercher sa dime dans les maisons des particuliers, ou bien^ur les lieux où elle est ])rise, est-ce que l'intérêt d'un Dieu ne mérite pas ces soins? Mais l'Eglise est destinée pour ces soins, dirat-on. Je réponds que, si le curé ne trouve pas sa dîme d;ms le lieu où il doit la recueillir, il ne s'arrêtera pas là ; sans doute qu'il la fera chercher et ne manquera pas de làire les poursuites nécessaires. Si l'on dit que c'est une justice qu'elle soit payée au curé, en est-ce une moindre que le curé paie ce qu'il doit à Jésus-Christ et à ses paroissiens? S'ils sont obligés de ne pas manquer à la nourriture corporelle de leur pasteur, est-ce que leur pasteur n'aura pas aussi en même temps l'obligation de les nourrir pour la vie éternelle ?
Disons encore qu'il est vrai qu'un curé donnera le congé à son valet, s'il lui laisse perdre sa dime, pendant qu'il gardera un vicaire qui, par son peu de soin et de capacité, laissera perdre les âmes. Qui pourrait dire ici avec quelle frayeur les pasteurs négligents découvriront
H. M. liûlDOX. 93
ces désordres déplorables dans la lumière de Dieu? C'est encore dans cette lumière qu'il se fera un jugement de comparaison; qu'illeur sera montré ce qu'un berger aura fait pour ses brebis, ses soins et son application, comparés à ce qu'ils ont fait pour le salut éternel de leurs ouailles.
On leur montrera dans cette lumière les travaux immenses des hommes apostoliques qui ont parcouru les terres et les mers, qui ont fiait cinq à six mille lieues avec des fatigues incroyables pour courir après le salut des âmes; à eux qui n'ont pas eu le courage d'aller d'un bout de leur village à l'autre, pour y enseigner la science du salut , ce qui leur aurait été si facile.
Mais quel compte épouvantable rendront à la justice de Dieu, au redoutable tribunal de son jugement, tous les supérieurs qui ont dii veiller à apporter le remède à tous ces maux, et qui ne l'ont pas fait, ou bien qui l'ont fait très-légèrement, avec bien de la précipitation ou beaucoup d'oubli? Que diront les archidiacres qui n'ont pas fait leurs visites ou qui les ont faites avec si peu d'attention pour l'intérêt de Dieu et du salut des âmes, qui auraient été bien fâchés d'agir avec une pareille négligence dans la moindre de leurs affaires temporelles? Que diront les officiaux et les promoteurs qui n'auront pas fait les poursuites nécessaires pour obliger ces pasteurs négligents à laire leur devoir? Que diront les confesseurs qui leur auront donné l'absolution dans cet état criminel? On la leur refuse et on la doit refuser à tous ceux qui ne s'acquittent pas de l'obligation de payer les dîmes. On déclare avec raison excommuniés ceux qui les usurpent et retiennent; mais que doit-on faire à ceux qui ravissent à Jésus-Christ de ses droits dans les âmes, qui leur retiennent la nourriture spirituelle qu'il leur a acquise par sa précieuse mort.
Si le juste trouve à peine son saint en ce jugement
épouvantable, quel salut y aura-t-il pour ceux qui l'auront fait perdre à iant d'àmes? Ces malheureuses âmes s'élèveront en ce jour terrible pour demander vengeance contre ces infidèles serviteurs de Jésus-Christ. 0 mon Dieu! s'il faut répondre âme pour âme, n'en ayant qu'une seule, où trouveront-ils de quoi satisfaire pour la perte de plusieurs, et quelquefois pour un grand nombre? C'est pourquoi l'enfer multipliera ses peines pour venger la perte des âmes et pour venger le sang d'un Dieu qui a été si criminellement profané. 0 mon Sauveur! vous avez dit qu'il y avait peu de personnes sauvées : ah ! que la négligence de la science sacrée du catéchisme le fait voir clairement !