‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 4 sur 65 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De l'étroite obligation qu'ont les pasteurs de faire le calécliisnie.

L'obligation qu'ont les pasteurs de laire le catéchisme, est de droit naturel, divin et humain : le ciel et la terre, Dieu, les hommes, la nature les y obligent. Je demande non-seulement s'il y a une obligation plus étroite, mais même si l'on peut s'en figurer une plus grande? Le droit naturel les y oblige ; car si d'un côté les paroissiens sont tenus en rigueur de justice de payer les dimes qui servent à leur entretien et à leur nourriture corporelle, d'autre part, les pasteurs leur doivent distribuer le pain de la divine parole, qui est la nourriture spirituelle de leurs âmes. Ils y sont obligés par le droit humain; les conciles généraux et particuliers, les papes, les évèques^en ayant fait quantité de lois, publié un grand nombre d'ordonnances. Ils y sont obligés par le droit divin ; puisqu'il leur est expressément commandé par le Saint-Esprit notre Dieu, dans l'Écriture, de repaitre le troupeau dont ils sont chargés.

Les conciles généraux et provinciaux ordonnent que l'on annonce la parole de Dieu tous les dimanches et toutes les fêtes dans la langue vulgaire, et que, si les curés y manquent, on procède contre eux, même en faisant saisir leurs revenus. C'est ce à quoi les prélats et leurs officiers doivent travailler ; et l'obligation est d'autant plus grande, qu'il n'y a point de tribunal où les curés puissent appeler, qu'ils n'y soient condamnés, aussi bien que pour la résidence. De plus, il est bien juste de remédier aux plaintes des hérétiques, qui crient que Ton publie la doctrine de l'Évangile et des épitres dans une langue que Ton n'entend pas*

Après cela, il faut dire que cette obligation, qui ue peut être raisonnablement et chrétiennement contestée, est si étroite, qu'il n'est pas possible, à l'égard des pasteurs , d'en être dispensés; je dis d'enseigner la doctrine chrétienne à leurs paroissiens, ou au moins de la faire enseigner par des personnes instruites; en sorte que, s'il arrivait qu'un pasteur, par quelque infirmité ou impuissance, ne pût donner à ses ouailles la nourriture spirituelle nécessaire, il serait dans la dernière obligation d'avoir un bon vicaire, qui suppléât à son défaut. Mais si l'en objecte que le revenu de la cure n'est pas suffisant por.r salarier un vicaire qui desserve ou qui soit attaché continuellement à la paroisse; si le curé d'autre part peut bit n faire le reste de ses fonctions, il pourra se servir de quelque prêtre ou diacre des lieux les plus proches pour s'acquitter de ce devoir. Seulement, il faut prendre garde qu'en quelque manière que ce puisse être, l'instruction chrétienne se fasse avec tant de soin, qu'il n'y ait pas une seule âme dans toute la paroisse qui ne reçoive la nourriture spirituelle dont elle a besoin pour se soutenir et vivre de la vie de la grâce, et ensuite arriver à la bienheureuse possession de Dieu. Si l'on réplique que cela ne se peut pas, on doit répondre qu'en ce cas-là le curé est obligé de quitter sa cure.

Les raisons en sont si fortes, que je ne vois pas qu'il y ait lieu d'en douter; car premièrement, comme il a été remarqué, les paroissiens l'entretiennent et lui donnent la nourriture corporelle, pour qu'il leur donne la nourriture spirituelle. Or, s'il ne peut pas, soit par lui, soit par d^uitres, leur donner cette nourriture de leurs âmes, ils ne sont pas obligés de lui fournir celle du corps. Il faut nécessairement, ou qu'il s'acquitte de sa charge, ou qu'il la cède. Une personne tient des pensionnaires qui lui paient la pension dont ils sont convenus, et cette per-

soinic ne peut pas les noiiri'ir; il n'y a point de justiee sur la terre où elle ne soit condamnée, ou à leur donner ce qui est nécessaire pour nourriture, ou bien à quitter son emploi. Un homme s'engag-e à être berger dans une grande maison, et ensuite il devient infirme, ou par (quelque autre accident il ne peut plus garder son troupeau, ou au moins mettre ({uelque autre à sa place pour en prendre le soin : en toute sorte de justice il sera condamné à se retirer.

Quelqu'un pourra dire ici que le curé qui ne peut pas instruire, ne laisse pas de bien chanter son office, de célébrer le saint sacrifice de la messe , d'administrer les sacrements. Je réponds qu'il n'est pas nécessaire d'être grand prédicateur ou de faire d'éloquents discours pour donner aux âmes leur nourriture spirituelle; qu'on la peut donner en plusieurs manières, et qu'il suffit à la rigueur qu'elle soit donnée de quelque façon que ce puisse être. Si donc le curé, en la manière qu'il le pourra, ne laisse aucun de ses paroissiens sans lui donner au moins l'instruction des principales vérités de la religion, et de plus sans prendre les soins nécessaires pour les porter à la pratique de la vertu (car ces deux choses sont entièrement nécessaires pour s'acquitter des devoirs de pasteur, qui doit mener les âmes dans les voies de Dieu et les conduire à sa bienheureuse possession), absolument parlant, il peut demeurer dans sa charge.

Mais, s'il se contente de s'acquitter extérieurement de ses fonctions, de bien officier dans son église, de célébrer le très-saint sacrihce de la messe, d'administrer les sacrements, et de les administrer à des peuples qui sont dans l'ignorance dos principaux mystères de notre foi; je dis (|ue ce n'est point s'acquitter des fonctions de la charge pastorale; car, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent, sans la foi distincte des vérités fonda-

mentales de notre sainte religion, il est impossible de plaire à Dieu et d'être «auvé, quelques cérémonies extérieures que Ton observe. Or, la principale fonction d'un curé est d'enseigner aux ignorants les vérités, en sorte que^ s'il ne le fait pas, il n'est pas un véritable pasteur; ce sera un curé qui n'en aura que le nom ; et n'étaiit pas un véritable curé, il est obligé par le droit naturel même de quitter son bénéfice.

Il y aurait ici bien à soupirer, quand l'on considère un grand nombre de paroisses dont les pauvres peuples sont dans la dernière ignorance (nous parlons de ce que nous savons), et ne reçoivent aucune lumière de leurs pasteurs qui se contentent de faire leurs fonctions extérieures, les pasteurs et les peuples vivant et mourant dans un état si déplorable. Voilà la cause du malheur extrême de quantité de chrétiens, qui à peine savent ce que c'est que d'être chrétien, qui n'en ont que le nom, qui viennent dans nos églises, qui s'approchent des sacrements à Pâques, parce que leurs pères et leurs grands-pères en usaient de la sorte, pratiquant toutes ces choses sans savoir ce qu'ils font. Ce sont des vérités dont nous avons eu plusieurs fois l'expérience, que plusieurs qui demeurent dans les villes auront de la peine à croire. Je demande ici dans les exemples que nous avons rapportés, une personne qui tient des pensionnaires pourrait-elle soutenir en bonne justice pouvoir les garder, quoiqu'elle ne leur donnât point leur nourriture, parce qu'elle leur donne le plaisir d'une belle musique, qu'elle les loge dans des chambres magnifiques, qu'elle leur préparc des tables somptueusement ornées, où sont servis quantité de mets délicats, mais qui au reste n'ont que l'apparence, des viandes creuses où il n'y a rien de solide? De même, un berger serait-il reçu à demeurer paisiblement dans la garde de son troupeau, parce que tous les jours il le conduit dans des lieux agréa-

bles et ne manque en rien à tout ce que les autres bergers font, à l'exception seulement de ce qu'il mène ses moutons dans des lieux où ils ne peuvent paître? Bien plus, je dis qu'un curé qui est obligé non-seulement par le droit naturel, mais par le droit humain, et même par le droit divin, qui est une dernière et indispensable obligation de donner la nourriture spirituelle à ses ouailles, s'il ne le peut faire ou par soi-même ou par d'autres, ne peut en aucune manière demeurer curé ; car dans la vérité, aux yeux de Dieu et des saints anges, ce serait un curé qui ne serait pas curé.

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