‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 58 sur 65 · A L'ÉPOQUE DE LA PREMIÈRE COMMUNION · texte numérisé non relu

A L'ÉPOQUE DE LA PREMIÈRE COMMUNION

§ 1. il faut tâcher de donner aux enfants plus de goût pour les histoires saintes que pour les autres, non en leur disant qu'elles sont plus belles, ce qu'ils ne croiraient peut-être pas, mais en le leur faisant sentir sans le dire. Faites-leur remarquer combien elles sont importantes > singulières, merveilleuses, pleines de peintures naturelles et d'une noble vivacité. Celles de la création, de la chute d'Adam, du déluge, de la vocation d'Abraham, du sacrifice d'Isaac, des aventures de Joseph, de la naissance et de la fuite de Moïse, ne sont pas seulement propres à réveiller la curiosité des enfants, mais, en leur découvrant l'origine de la religion, elles en posent les fondements dans leur esprit. Il faut ignorer profondément l'essentiel de la religion pour ne pas voir qu'elle est tout historique ; c'est par un tissus de faits merveilleux que nous trouvons son établissement, sa perpétuité, et tout ce qui doit nous la faire pratiquer et croire. Il ne faut pas s'imaginer qu'on veuille engager les gens à s'enfoncer dans la science quand on leur propose toutes ces histoires; elles sont courtes,

variées, propres à plaire aux gens les plus grossiers. Dieu, qui connaît mieux que personne Tesprit de Tliomme qu^il a formé, a mis la religion dons les faits populaires qui, bien loin de surcharger les simples, leur aident à concevoir et ù retenir les mystères. Par exemple, dites à un enfant qu'en Dieu trois personnes égales ne sont qu'une nature : à force d'entendre et de répéter ces termes , il les retiendra dans ^ sa mémoire; mais je doute qu'il en conçoive le sens. Kacontez-lui que, Jésus-Christ sortant des eaux du Jourdain, le Père fit entendre cette voix du ciel : C'est mon Fils bienaimé, en qui j'ai mis ma complaisance, écoutez-le. Ajoutez que le Saint-Esprit descendit sur le Sauveur en forme de colombe : vous lui faites sensiblement trouver la Trinité dans une histoire qu'il n'oubliera point. Voilà trois personnes qu'il distinguera toujours par la différence de leurs actions : vous n'aurez plus qu'à lui apprendre que toutes ensemble elles ne font qu'un seul Dieu. Cet exemple suffit pour montrer l'utilité des histoires; quoiqu'elles semblent allonger l'instruction, elles l'abrègent beaucoup, et lui otent la. sécheresse de catéchismes où les mystères sont détachés des faits; aussi voyons-nous qu'anciennement on instruisait par les histoires. La manière admirable dont saint Augustin veut qu'on instruise tous les ignorants n'était point une méthode que ce Père eût seul introduite ; c'était la méthode et la pratique universelle de l'Église. Elle consistait à montrer, par la suite de l'histoire, la religion aussi ancienne que le monde. Jésus- Christ attendu dans l'Ancien Testament, et Jésus-Christ régnant dans le Nouveau : c'est le fonds de l'instruction chrétienne. .

Cela demande un peu plus de temps et de soin que l'instruction à laquelle beaucoup de gens se bornent ; mais aussi on sait véritablement la religion quand on sait ce détail, au lieu que, quand on l'ignore,. on n'a que des

idées confuses sur Jésus-Christ, sur TÉvangile, sur FÉglise, sur la nécessité de se soumettre absolument à ses décisions, et sur 4e fonds des vertus que le nom de chrétien doit nous inspirer. Le Catéchisme Irisforique, imprimé depuis peu de temps, qui est un livre simple, court, et bien plus clair que les catéchismes ordinaires, renferme tout ce qu^il faut savoir là-dessus; ainsi on ne peut pas dire qu'on demande beaucoup d'étude. Ce dessein est même celui du concile de Trente, avec cette différence que le catéchisme du concile est un peu trop mêlé de termes théologiques pour les personnes simples.

Joignons donc aux histoires que j'ai remarquées le passage de la mer Rouge et le séjour du peuple au désert, où il mangeait un pain qui tombait du ciel , et buvait une eau que Moïse faisait couler d'un rocher en le frappant avec sa verge. Représentez la conquête de la terre promise, où les eaux du Jourdain remontent vers leur source, et les murailles d'une ville tombent d'elles-mêmes à la vue des assiégeants. Peignez au naturel les combats de Saûl et de David; montrez celui-ci dès sa jeunesse, sans armes et avec son habit de berger, vainqueur du fier géant Goliath. N'oubliez pas la gloire et la sagesse de Salomon; faites-le décider entre les deux femmes qui se disputent un enfant ; mais montrez-le tombant du haut de cette sagesse, et se déshonorant par la mollesse, suite presque inévitable d'une trop grande prospérité.

Faites parler les prophètes aux rois de la part de Dieu ; qu'ils lisent dans l'avenir comme dans un livre; qu'ils paraissent humbles, austères, et souffrant de continuelles persécutions pour avoir dit la vérité. Mettez en sa place la première ruine de Jérusalem : faites voir le temple brûlé et la ville sainte ruinée pour les péchés du peuple. Racontez la captivité de Babylone, où les Juifs pleuraient leur chère Sion. Avant leur retour, montrez eu passant

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les aventures délicieuses de Tobie et de Judith, d'Esther et de Daniel. Tl ne serait pas même inutile de faire déclarer les enfants sur les différents caractères de ces saints, pour savoir ceux qu'ils goûtent le plus. L'un préférerait Estlier, l'autre Judith ; et cela exciterait en eux une petite contention qui imprimerait plus fortement dans leur esprit ces histoires, et formerait leur jugement. Puis ramenez le peuple à Jérusalem, et faites-lui réparer ces ruines; faites une peinture riante de sa paix et de son bonheur. Bientôt après faites un portrait du cruel et impie Antiochus, qui meurt dans une fausse pénitence; montrez sous ce persécuteur les victoires des Machabées et le martvre des sept frères du même nom. Venez à la naissance miraculeuse de saint Jean. Racontez plus en détail celle de Jésus-Christ; après quoi il faut choisir dans l'Évangile tous les endroits les plus éclatants de sa vie, sa prédication dans le temple à l'âge de douze ans , son baptême , sa retraite au désert et sa tentation; la vocation de ses apôtres, la multiplication des pains; la conversion de la pécheresse qui oignit les pieds du Sauveur d'un parfum, les lava de ses larmes, et les essuya avec ses cheveux. Représentez encore la Samaritaine instruite, l'aveugle-né guéri , Lazare ressuscité, Jésus-Christ qui entre triomphant à Jérusalem. Faites voir sa passion ; peignez-le sortant du tombeau. Ensuite il faut marquer la familiarité avec laquelle il fut quarante jours avec ses disciples, jusqu'à ce qu'ils le virent montant au ciel ; la descente du Saint-Esprit, la lapidation de saint Etienne, la conversion de saint Paul, la vocation du centenier Corneille. Les voyages des apôtres, et particulièrement de saint Paul, sont encore très-agréables. Choisissez les plus merveilleuses des histoires des martyrs, et quelque chose en gros de la vie céleste des premiers chrétiens; mêlez-y le courage des jeunes vierges, les plus étonnantes austérités des solitaires,

la conversion des empereurs et de Fempire, l'aveuglement des Juifs et leur punition terrible qui dure encore.

Toutes ces histoires, ménagées discrètement, feraient entrer avec plaisir dans l'imagination des enfants, vive et tendre, toute une suite de religion, depuis la création du monde jusqu'à nous, qui leur en donnerait de très-nobles idées, et qui ne s'effaceraient jamais. Ils verraient même dans cette histoire la main de Dieu toujours levée pour délivrer les justes et pour confondre les impies. Ils s'accoutumeraient à voir Dieu faisant tout en toutes choses, et menant secrètement à ses desseins les créatures qui paraissent le plus s'en éloigner. Mais il faudrait recueillir dans ces histoires tout ce qui donne les images les plus riantes et les plus magnifiques, parce qu'il faut employer tout pour faire en sorte que les enfants trouvent la religion belle, aimable et auguste, au lieu qu'ils se la représentent d'ordinaire comme quelque chose de triste et de languissant.

Outre l'avantage inestimable d'enseigner ainsi la religion aux enfants, ce fonds d'histoires agréables qu'on jette de bonne heure dans leur mémoire éveille leur curiosité pour les choses sérieuses, les rend sensibles aux plaisirs de l'esprit, fait qu'ils s'intéressent à ce qu'ils entendent dire des autres histoires qui ont quelque liaison avec celles qu'ils savent déjà. Mais, encore une fois, il faut bien se garder de leur faire jamais une loi d'écouter ni de retenir ces histoires, encore moins d'en faire des leçons réglées; il faut que le plaisir fasse tout. Ne les pressez pas, vous en viendrez à bout ; même pour les esprits communs , il n'y a qu'à ne les point trop charger, et laisser venir leur curiosité peu à peu.

§ 11. Nous avons remarqué que le premier âge des enfants n'est pas propre à raisonner; non qu'ils n'aient déjà toutes les idées et tous les principes généraux de raison

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(ju'ils auront dans la suite, mais parce que, faute de connaître beaucoup de faits, ils ne peuvent appliquer leur raison, et que d'ailleurs l'agitation de leur cerveau les empêche de suivre leurs pensées et de les lier.

11 faut pourtant, sans les presser, tourner doucemenf le premier usage de leur raison à connaître Dieu. Persuadez-les des vérités chrétiennes, sans leur donner des sujets de doute. Ils voient mourir quelqu'un, ils savent qu'on Tenterre; dites-leur : Ce mort est-il dans le tombeau? Oui. 11 n'est donc pas en paradis? Pardonnez-moi, il y csL Comment est-il dans le tombeau et dans le paradis en même temps ? C'est son âme qui est en paradis, c'est son corps qui est mis en terre. Son âme n'e^t donc pas son orps? Non. L ame n'est donc pas morte? Non, elle vivra Ion jours dans le ciel. Ajoutez : Et vous, voulez-vous être sauvé? Oui. Mais qu'est-ce que se sauver? C'est ffie l'âme m en paradis quaîid on est mort. Et la mort, qu'est-ce? ( 'l'st fpie l'âme ([uitte lo corps, et que le corps s'en va en l^/iussicre.

Je ne prétends pas qu'on mène d'abord les enfants à répondre ainsi : je puis dire néanmoins que plusieurs m'ont fait ces réponses dès l'âge de quatre ans. Mais je suppose un esprit moins ouvert et plus reculé ; le pis aller, c'est de l'attendre quelques années de plus sans impatience.

Il faut montrer aux enfants une maison , et les accoutumer à comprendre que cette maison ne s'est pas bâtie (relle-méme. Les pierres, leur direz-vous, ne se sont pas élevées sans que personne les portât. Il est bon même de leur montrer des maçons qui bâtissent; puis faites-leur regarderie ciel, la terre, et les principales clioses que Dieu y a faites pour l'usage de l'homme; dites-leur : ^'oyez roiîibien le monde est plus beau et mieux fait qu'une maison ! s'est-il fait de lui-même? Non , sans doute : c'est Dieu qui l'a bâti de ses propres mains.

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