II. n
D'abord, suivez la méthode de rÉcriture : frappez vivement leur imagination ; ne leur proposez rien qui ne soit revêtu d'images sensibles. Représentez Dieu assis sur un trône, avec des yeux plus brillants que les rayons du soleil et plus perçants que les éclairs; faites-le parler; donnez-lui des oreilles qui écoutent tout, des mains qui portent l'univers, des bras toujours levés pour punir les méchants, un cœur tendre et paternel pour rendre heureux ceux qui l'aiment. Viendra le temps que vous rendrez toutes ces connaissances plus exactes. Observez toutes les ouvertures que l'esprit de l'enfant vous donnera, tàtez-le par divers endroits, pour découvrir par où les grandes vérités peuvent mieux entrer dans sa tête. Surtout ne lui dites rien de nouveau sans le lui familiariser par quelque comparaison sensible.
Par exemple, demandez-lui s'il aimerait mieux mourir que de renoncer à Jésus-Christ; il vous répondra : Oui, Ajoutez : Mais quoi! donneriez-voiis votre tète à couper pour aller en paradis? Oui. Jusque-là l'enfant croit qu'il aurait assez de courage pour le faire. Mais vous, qui voulez lui faire sentir qu'on ne peut rien sans la grâce, vous ne gagnerez rien si vous lui dites simplement qu'on a besoin de grâce pour être fulèle : il n'entend point tous ces mots-là; et si vous l'accoutumez à les dire sans les entendre, vous n'en êtes pas plus avancé. Que ferez-vous donc? Uacontez-lui l'histoire de saint Pierre; représentez-le qui dit d'un ton présomptueux : S'il faut mourir, je vous suivrai; quand tous les autres vous quitteraient, je ne vous abandonnerai jamais. Puis dépeignez sa chute : il renie trois fois Jésus-Christ; une servante lui fait peur. Dites pourquoi Dieu permit qu'il fût si faible; puis servez-vous de la comparaison d'un enftuit ou d'un malade qui ne saurait marcher tout seul, et faites-lui entendre que nous avons besoin que Dieu nous porte comme une nourrice
porte son enfant ; par là, vous rendrez sensible le mystère de la grâce.
Mais la vérité la plus difficile à faire entendre est que nous avons une âme plus précieuse que notre corps. On accoutume d'abord les enfants à parler de leur àme, et on fait bien; car ce langage qu'ils n'entendent point ne laisse pas de les accoutumer à supposer confusément la distinction du corps et de Tàme, en attendant qu'ils puissent la concevoir. Autant les préjugés de Fenfance sont pernicieux quand ils mènent à Terreur, autant sont-ils utiles lorsqu'ils accoutument l'imagination à la vérité, en attendant que la raison puisse s'y tourner par principes. Mais enfin il faut établir une vraie persuasion. Gomment le faire? Sera-ce en jetant un enfant dans des subtilités de philosophie? Rien n'est si mauvais; il faut se borner à lui rendre clair et sensible, s'il se peut, ce cju'il entend et ce qu'il dit tous les jours.
Pour son corps, il ne le connaît que trop ; tout le porte à le flatter, à l'orner, et à s'en faire une idole : il est capital de lui en inspirer le mépris en lui montrant quelque chose de meilleur en lui.
Dites donc à un enfant en qui la raison agit déjà : Est-ce votre àme qui mange? S'il répond mal, ne le grondez point, mais dites-lui doucement que l'âme ne mange pas. C'est le corps, direz-vous, qui mange; c'est le corps qui est semblable aux bétes. Les bêtes ont-elles de l'esprit? sont-elle savantes? Non, répondra l'enfant. Mais elles mangent, continuerez-vous, quoiqu'elles n'aient point d'esprit. Vous voyez donc bien que ce n'est pas l'esprit qui mange, c'est le corps qui prend les viandes pour se nourrir; c'est lui qui marche, c'est lui qui dort. Et l'âme, que fait-elle? Elle raisonne; elle connaît tout le monde, elle aime certaines choses; il y en a d'autres qu'elle regarde avec aversion. Ajoutez, comme en vous jouant : Voyez-
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VOUS cette table? Oui. Vous la connaissez donc? Oui. Vous voyez bien qu'elle n'est pas faite comme cette chaise ; vous savez bien qu'elle est de bois, et qu'elle n'est pas comme la cheminée, qui est de pierre? Oui, répondra l'enfant. N'allez pas plus loin sans avoir reconnu dans le ton de sa voix et dans ses yeux que ces vérités si simples l'ont frappé. Puis dites-lui : Mais cette table vous connaît-elle? Vous verrez que l'enfant se mettra à rire pour se moquer de cette question. N'importe, ajoutez : Qui vous aime mieux de cette table ou de cette chaise? 11 rira encore. Continuez. Et la fenêtre, est-elle bien sage? Puis essayez d'aller plus loin. Et cette poupée, vous répond-elle quand vous lui parlez? Non. Pourquoi? est-ce qu'elle n'a point d'esprit? A' oh, elle n'en a pas. Elle n'est donc pas comme vous; car vous la connaissez, et elle ne vous connaît point. Mais après votre mort, quand vous serez sous terre, ne ne serez-vous pas comme cette poupée? Oui. Vous ne sentirez plus rien? Non. Vous ne connaîtrez plus personne? Non. Et votre àme sera dans le ciel? Oui. N'y verra-t-elle pas Dieu? // est vrai. Et l'âme de la poupée, où est-elle à présent? Vous verrez que l'enfant souriant vous répondra ou du moins vous fera entendre que la poupée n'a point d'âme.
Sur ce fondement, et par ces petits tours sensibles employés à diverses reprises, vous pouvez l'accoutumer peu à peu à attribuer au corps ce qui lui appartient, et à Fâme ce qui vient d'elle, pourvu que vous n'alliez point indiscrètement lui proposer certaines actions qui sont communes au corps et à l'âme. Il faut éviter les subtilités qui pourraient embrouiller ces vérités, et il faut se contenter de bien démêler les choses où la différence du corps et de l'âme est plus sensiblement marquée. Peut-être même trouvera-t-on des esprits si grossiers, qu'avec une bonne éducation ils ne pourront entendre distinctement ces vé-
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j'ités ; mais, outre cjuon conçoit quelquefois assez clairement une chose quoiqu'on ne sache pas l'expliquer nettement, d'ailleurs Dieu voit mieux que nous dans l'esprit de rhomme ce qu'il y a mis pour l'intelligence de ces mystères.
Pour les entants en qui on apercevra un esprit capable d'aller plus loin, on peut, sans les jeter dans une étude qui sente trop la philosophie, leur faire concevoir, selon la portée de leur esprit, ce qu'ils disent quand on leur fait dire que Dieu est un esprit, et que leur àme est un esprit aussi. Je crois que le meilleur et le plus simple moyen de leur faire concevoir cette spiritualité de Dieu et de l'àme est de leur faire remarquer la différence qui est entre un homme mort et nn homme vivant : dans l'un , il n'y a que le corps; dans l'autre, le corps est joint à l'esprit. Ensuite il faut leur montrer que ce qui raisonne est bien plus pariait que ce qui n'a qu'une figure et du mouvement. Faites ensuite remarquer, par divers exemples , qu'aucun corps ne périt, qu'ils se séparent seulement: ainsi les parties du bois brûlé tombent en cendre ou s'envolent en fumée. Si donc, ajouterez-vous, ce qui n'est en soi-même que de la cendre, incapable de connaître et de penser, ne périt jamais; à plus forte raison notre âme, qui connaît et qui pense, ne cessera jamais d'être. Le corps peut mourir, c'est-à-dire qu'il peut quitter l'àme et être de la cendre ; mais l'àme vivra, car elle pensera toujours.
Les gens qui enseignent doivent développer le plus (ju'ils peuvent dans l'esprit des enfants ces connaissances qui sont les fondements de toute la religion. Mais, quand ils ne peuvent y réussir, ils doivent, bien loin de se rebuter des esprits durs et tardifs, espérer que Dieu les éclairera intérieurement. Il y a même une voie sensible et de pratique pour affermir cette connaissance de la distinction du corps et de l'àme, c'est d'accoutumer les enfants à
iOi MÉTHODE GÉNÉRALE DE CATÉCHISME.
mépriser Tun et à estimer l'autre dans tout le détail des mœurs. Louez rinstruction qui nourrit Tàme et qui la l'ait croître ; estimez les hautes vérités qui l'animent à se rendre sage et vertueuse. Méprisez la bonne chère, les parures et tout ce qui amollit le corps ; faites sentir combien l'iionneur, la bonne conscience et la religion sont audessus des plaisirs grossiers. Par de tels sentiments, sans raisonner sur le corps et sur l'àme, les anciens Romains avaient appris à leurs enfants à mépriser leur corps, et à le sacrifier pour donner à l'âme le plaisir de la vertu et de la gloire. Chez eux ce n'étaient pas seulement les personnes d'une naissance distinguée, c'était le peuple entier qui naissait tempérant, désintéressé, plein de mépris pour la vie, uniquement sensible à l'honneur et à la sagesse. Quand je parle des anciens Romains, j'entends ceux qui ont vécu avant que l'accroissement de leur empire eut altéré la simplicité de leurs mœurs.
Qu'on ne dise point qu'il serait impossible de donner aux enfants de tels préjugés par l'éducation. Combien voyons-nous de maximes qui ont été établies parmi nous, contre l'impression des sens, par la force de la coutume! Par exemple, celle du duel, fondée sur une fausse règle d'honneur. Ce n'était point en raisonnant, mais en supposant sans raisonner la maxime établie sur le point d'honneur, qu'on exposait sa vie, et que tout homme d'épée vivait dans un péril continuel. Celui qui n'avait aucune querelle pouvait en avoir à toute heure avec des gens qui cherchaient des prétextes pour se signaler dans quelque combat. Quelque modéré qu'on fut, on ne pouvait, sans perdre le faux honneur, ni éviter une querelle par un éclaircissement, ni refuser d'être le second du premier venu qui voulait se battre. Quelle autorité n'a-t-il pas fallu pour déraciner une coutume si barbare! Voyez donc combien les préjugés de l'éducation sont puissants;
ils le seront bien davantage pour la yertu, quand ils seront soutenus par la raison et par Tespérance du royaume du ciel. Les Romains dont nous avons déjà parlé, et avant eux les Grecs, dans les bons temps de leurs républiques, nourrissaient leurs enfants dans le mépris du faste et de la mollesse; ils leur apprenaient à n'estimer (|ue la gloire; à vouloir, non pas posséder les richesses, mais vaincre les rois qui les possédaient ; à croire qu'on ne peut se rendre heureux que par la vertu. Cet esprit s'était si fortement établi dans ces républiques qu'elles ont fait des choses incroyables, selon ces maximes si contraires à celles de tous les autres peuples. L'exemple de tant do martyrs, et d'autres premiers chrétiens de toute condition et de tout âge, fait voir que la grâce du baptême, étant ajoutée au secours de l'éducation, peut faire des impressions encore bien plus merveilleuses dans les fidèles pour leur taire mépriser ce qui appartient au corps. Cherchez donc tous les tours les plus agréables et les comparaisons les plus sensibles pour représenter aux enfants que notre corps est semblable aux bêtes, et que notre âme est semblable aux anges. Représentez un cavalier qui est monté sur un cheval, et qui le conduit : dites que l'àme est à l'égard du corps ce que le cavalier est à l'égard du cheval. Finissez en conclant qu'une àme est bien faible et bien malheureuse quand elle se laisse emporter par son corps comme par un cheval fougueux qui la jette dans un précipice. Faites encore remarquer que la beauté du corps est une tleur qui s'épanouit le matin, et qui le soir est flétrie et foulée aux pieds, mais que l'àme est l'image de la beauté immortelle de Dieu. Il y a, ajouterez-vous, un ordre de choses d'autant plus excellentes, qu'on ne peut les voir par les yeux grossiers de la chair, comme on voit tout ce qui est ici-bas sujet au changement et à la corruption. Pour faire sentir aux enfants qu'il y a des choses
H)i MÉTHODE GÉiNÉKALE l»E OATÉC.HISME.
très-réelles, que les yeux et les oreilles ne peuvent a[)C'i'cevoir, il leur faut demander s'il n'est pas vrai qu'un tel est sage, et qu'uiîtel autre a beaucoup d'esprit. Quand ils auront répondu : Oui, ajoutez : Mais la sagesse d'un tel, l'avez-vous vue? de quelle couleur est-elle? L'avez-vous entendue? fait-elle beaucoup de bruit? L'avez-vous touchée? est-elle froide ou chaude? L'enfant rira; il en feraautant pour les mêmes questions sur l'esprit : il paraîtra tout étonné qu'on lui demande de quelle couleur est un esprit; s'il est rond ou carré. Alors vous pourrez lui faire remarquer qu'il connaît donc des choses très-véritables qu'on ne peut ni voir, ni toucher, ni entendre, et que ces choses sont spirituelles. Mais il faut entrer fort sobrement dans ces sortes de discours pour les filles. Je ne les propose ici que pour celles dont la curiosité et le raisonnement vous mèneraient malgré vous jusqu'à ces questions. Il faut se régler selon l'ouverture de leur esprit et selon leur besoin.
Retenez leur esprit le plus que vous pourrez dans les bornes communes, et apprenez-leur qu'il doit y avoir pour leur sexe une pudeur sur la science presque aussi délicate que celle qui inspire l'horreur du vice.
En même temps il faut faire venir l'imagination au secours de l'esprit, pour leur donner des images charmantes des vérités de la religion que le corps ne peut voir. Il faut leur peindre la gloire céleste telle que saint Jean nous la représente : les larmes de tout œil essuyées; plus de mort, ni de douleurs, ni de cris; les gémissements s'enfuiront, les maux seront passés; une joie éternelle sera sur la tète des bienheureux, comme les eaux sont sur la tète d'un homme abîmé au fond de la mer. Montrez cette glorieuse Jérusalem dont Dieu sera lui-même le soleil, pour y former des jours sans fin; un fleuve de paix, un torrent de délices, une fontaine de vie l'arrosera : tout
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\ sera or, perles et pierreries. Je sais bien que toutes ces images attachent aux choses sensibles; mais après avoir frappé les enfants par un si beau spectacle pour les rendre attentifs, on se sert des moyens que nous avons touchés pour les ramener aux choses spirituelles.
Concluez que nous ne sommes ici-bas que comme des voyageurs dans une hôtellerie ou sous une tente; que le corps va périr, qu'on ne peut retarder que peu d'années sa corruption, mais que Tàme s'envolera dans cette céleste patrie où elle doit vivre à jamais de la vie de Dieu. Si on peut donner aux enfants l'habitude d'envisager avec plaisir ces grands objets, et de juger des choses communes par rapport à de si hautes espérances, on aplanit des difiicultés infinies.
§ m. Je voudrais encore tâcher de leur donner de litrtes impressions sur la résurrection des corps. Apprenez-leur que la nature n'est qu'un ordre commun que Dieu a établi dans ses ouvrages, et que les miracles ne sont que des exceptions à ces règles générales; qu'ainsi il ne coûte pas plus à Dieu de faire cent miracles qu'à moi de sortir de ma chambre un quart d'heure avant le temps <»ii j'avais accoutumé d'eu sortir. Ensuite rappelez l'histoire de la résurrection de Lazare, puis celle de la résurrection de Jésus-Christ et de ses apparitions familières pendant quarante jours devant tant de personnes. Enfin, montrez qu'il ne peut être difficile à celui qui a fait les hommes de les refaire. N'oubliez pas la comparaison du urain de blé qu'on sème dans la terre et qu'on fait pourrir afin qu'il ressuscite et se multiplie.
Au reste, il ne s'agit point d'enseigner par mémoire tette morale aux enfants comme on leur enseigne le catécliisme; cette méthode n'aboutirait qu'à tourner la religion en un langage affecté , du moins en des formalités ennuyeuses : aidez seulement leur esprit, et mettez-les en II. ■ 23.
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clicmiii de trouver ces véiités dans leur propre louds; elles leur en seront plus propres et plus agréables ; elles s'iniprinieronlr plus vivement : profitez des ouvertures pour leur faire développer ce qu'ils ne voient encore que confusément.
jNiais prenez garde qu'il n'est rien de si dangereux que de leur parler du mépris de cette vie, sans leur faire voir, par tout le détail de votre conduite, que vous parlez sérieusement. Dans tous les âges , l'exemple a un pouvoir étonnant sur nous; dans l'enfance il peut tout. Les enfants se plaisent iort à imiter; ils n'ont point encore d'liaj)itude qui leur rende l'imitation d'autrui difficile : de plus, n'étant pas capables de juger par eux-mêmes du fond des choses, ils en jugent bien plus par ce qu'ils voient dans ceux qui les proposent, que par les raisons dont ils les appuient; les actions mêmes sont bien plus sensibles que les paroles : si donc ils voient faire le contraire de ce que l'on enseigne , ils s'accoutumeront à regarder la religion comme une belle cérémonie, et la vertu comme une idée impraticable.
Ne prenez jamais la liberté de faire devant les enfants certaines railleries sur des choses qui ont rapport à la religion. On se moquera de la dévotion de quelque esprit simple; on rira sur ce qu'il consulte son confesseur, ou sur les pénitences qui lui sont imposées. Vous croyez que tout cela est innocent; mais vous vous trompez, tout tire à conséquence en cette matière. Il ne faut jamais parler de Dieu, ni des choses qui concernent son culte, qu'avec un sérieux et un respect bien éloignés de ces libertés. Ne vous relâchez jamais sur aucune bienséance, mais principalement sur celles-là. Souvent les gens qui sont les plus délicats sur celles du monde sont les plus grossiers sur celles de la religion.
Quand l'enfant aura fait les réflexions nécessaires pour
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se coiiiialti'c soi-mèuie et pour coimaitre Dieu, joigiiez-y les laits d'histoire dont il sera déjà instruit : ce mélange lui fera trouver toute la l'eligion rassemblée dans sa tête; il remarquera avec plaisir le rapport qu'il y a entre ses réllexions et l'histoire du genre humain. Il aura reconnu (jue l'iionnne ne s'est point lait lui-même, que son àme est l'image de Dieu, que son corps a été Ibrnjé avec tant de ressorts admirables par une industrie et une puissance divine : aussitôt il se souviendra de l'histoire de la créalion. Ensuite il songera qu'il est né avec des inclinations contraires à la raison; qu'il est trompé par le plaisir, emporté par la colère; et que son corps entraine son àme contre la raison, comme un cheval fougueux emporte un cavalier, au lieu que son àme devrait gouverner son corps : il apercevra la cause de ce désordre dans l'histoire du péché d'Adam ; cette histoire lui fera attendre le Sauveur, qui doit réconcilier les hommes avec Dieu. Voilà tout le fond de la religion.
Pour faire mieux entendre les mystères, les actions et les maximes de Jésus-Christ, il faut disposer les enfants à lire FÉvangile. Il faudrait donc les préparer de bonne heure à lire la parole de Dieu, comme on les prépare à recevoir par la communion la chair de Jésus-Christ; il faudrait poser comme le principal fondement l'autorité de l'Église, épouse du Fils de Dieu et mèi'e de tous fidèles. C'est elle , direz-vous, qu'il faut écouter, parce que le Saint-Esprit l'éclairé pour nous expliqueras Ecritures ; on ne peut aller que par elle à Jésus-Christ. Ne manquez pas de relire souvent avec les enfants les endroits où Jésus-Christ promet de soutenir et d'animer l'iî^glise, afin qu'elle conduise ses enfants dans la voie de la vérité. Surtout inspirez aux filles cette sagesse sobre et tempérée que saint Paul recommande; faites-leur craindre le piège de la nouveauté, dont l'amour est si naturel à leur sexe;
408 MÉTHODE GÉiNÉRALE DE CATÉCHISME.
pi'évcnez-les d'une horreur salutaire pour toute singularité en matière de religion ; proposez-leur cette perfection céleste, cette mei;veilleuse discipline qui régnait parmi les premiers chrétiens; faites-les rougir de nos relâchements; faites-les soupirer après cette pureté évangélique; mais éloignez avec un soin extrême toutes les pensées de critique présomptueuse et de réformation indiscrète.
Songez donc à leur mettre devant les yeux FÉvangile et les grands exemples de l'antiquité; mais ne le faites qu'après avoir éprouvé leur docilité et la simplicité de leur foi. Revenez toujours à l'Église; montrez-leur, avec les promesses qui lui sont faites et avec Tautorité qui lui est donnée dans l'Évangile, la suite de tous les siècles où cette Église a conservé, parmi tant d'attaques et de révolutions, la succession inviolable des pasteurs et de la doctrine, qui font l'accomplissement manifeste des promesses divines. Pourvu que vous posiez le fondement de Thumiiité, de la soumission et de l'aversion pour toute singularité suspecte, vous montrerez avec beaucoup de fruit aux jeunes personnes tout ce qu'il y a de plus parfait dans la loi de Dieu, dans l'institution des sacrements et dans la pratique de l'ancienne Eglise. Je sais qu'on ne peut pas espérer de donner ces instructions dans toute leur étendue à toutes sortes d'enfants; je le propose seulement ici, ahn qu'on les donne le plus exactement qu'on pourra, selon le temps et selon la disposition des esprits qu'on voudra instruire.
§ lY. La superstition est sans doute à craindre pour le sexe; mais rien ne la déracine ou ne la prévient mieux qu'une instruction solide. Cette instruction, quoiqu'elle doive être renfermée dans les justes bornes, et être bien éloignée de toutes les études des savants, va pourtant plus loin qu'on ne croit d'ordinaire: tel pense être bien instruit qui ne l'est point, et dont l'ignorance est si grande, qu'il
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n'est pas iiiénie ou état de sentir ce qui lui manque pour connaître le fond du christianisme. Il ne faut jamais laisser mêler dans la foi ou dans les pratiques de piété rien qui ne soit tiré de l'Évangile ou autorisé par une appro- ])ation constante de TÉglise; il faut prémunir discrètement les enfants contre certains abus qui sont si communs, qu'on est tenté de les regarder comme des points de la discipline présente de l'Église ; on ne peut entièrement s'en garantir, si on ne remonte à la source, si on ne connaît l'institution des choses et l'usage que les saints en ont fait.
Accoutumez donc les lilles, naturellement trop crédules, à n'admettre pas légèrement certaines histoires >ans autorité, et à ne pas s'attacher à de certaines dévotions qu'un zèle indiscret introduit sans attendre que l'Église les approuve.
Le vrai moyen de leur apprendre ce qu'il faut penser là-dessus n'est pas de critiquer ces choses qu'un pieux motif a souvent, introduites, mais de montrer, sans les blâmer, qu'elles n'ont point un solide fondement.
Contentez-vous de ne faire jamais entrer ces choses dans les instructions qu'on donne sur le christianisme. Ce silence suffira pour accoutumer d'abord les enfants à concevoir le christianisme dans toute son intégrité et dans toute sa perfection, sans y ajouter ces pratiques. Dans la suite vous pourrez les préparer doucement contre les discours des calvinistes : je crois que cette instruction ne sera pas inutile , puisque nous sommes mêlés tous les jours avec des personnes préoccupées de leurs sentiments, qui en parlent dans les conversations les plus familières.
Ils nous imputent, direz-vous, mal à propos tel excès sur les images, sur l'invocation des saints, sur la prière pour les morts, sur les indulgences. Mais voyons à quoi se ré-^
IIU -MÉTHODE GÉ.NEHALE 1>£ CATÉCIUS.ME.
(luit ce que l'Eglise enseigne sur le baptême, sur la cunlirniation, sur le sacrifice de la messe, sur la pénitence, sur la confession,^ sur l'autorité des pasteurs, sur celle du pape, qui est le premier d'entre eux par l'institution de Jésus-Christ même, et du Siège duquel on ne peut se séparer sans quitter l'Eglise.
Voilà, continuerez-vous après cette courte explication, t(»ut ce qu'il faut croire ; ce que les calvinistes nous accusent d'y ajouter n'est point la doctrine catholique : c'est mettre un obstacle à leur réunion, que de vouloir les assujettir à des opinions qui les choquent et que l'Église désavoue, comme si ces opinions faisaient partie de notre foi. En même temps, ne négligez jamais de montrer combien les calvinistes ont condamné témérairement les cérémonies les plus anciennes et les plus saintes; ajoutez que les choses nouvellement instituées, étant conformes à Tancien esprit, méritent un profond respect, puisque l'autorité qui les établit est toujours celle de l'épouse immortelle du Eils de Dieu.
En leur parlant ainsi de ceux qui ont arraché aux anciens pasteurs une partie de leur troupeau sous prétexte d'une réforme, ne manquez pas de faire remarquer combien ces hommes superbes ont oublié la faiblesse humaine, et combien ils ont rendu la religion impraticable pour tous les simples, lorsqu'ils ont voulu engager tous les particuliers à examiner par eux-mêmes tous les articles de la doctrine chrétienne dans les Ecritures, sans se soumettre aux interprétations de TEglise. Représentez l'Éciiture sainte au milieu des lidèles, comme la règle souveiaine de la foi. Nous ne reconnaissons pas moins que les hérétiques, direz-vous, que l'Église doit se soumettre à l'Écriture ; mais nous disons que le Saint-Esprit aide l'Eglise pour expliquer bien lEcriture. Ce n'est pas VEqlise que nous préférons à. rjùjriture; niais l'cx/jUcation faite par
l'jiNELON. il!
louti' l'/ùjiise à notre propre explication. N'est-ce pas le \ comble de l'orgueil et de la téiriérité à un particulier de craindre que TÉglise ne se soit trompée dans sa décision, et de ne craindre pas de se tromper soi-même en décidant contre elle?
Inspirez encore aux enfants le désir de savoir les raisons de toutes les cérémonies et de toutes les paroles qui composent l'office divin et l'administration des sacrements.: montrez-leur les fonts baptismaux; qu'ils voient baptiser; qu'ils considèrent, le jeudi saint, comme on fait les saintes huiles, et le samedi comment on bénit l'eau dis fonts. Donnez-leur le goût non des sermons pleins d'ornements vains et affectés, mais des discours sensés et édifiants, comme des bons prônes et des homélies qui leur fassent entendre clairement la lettre de l'Évangile. Faitesleur remarquer ce qu'il y a de beau et de touchant dans la simplicité de ces instructions^ et inspirez-leur l'amour de la paroisse où le pasteur parle avec bénédiction et avec autorité, si peu qu'il ait de talent et de vertu ; mais en mènje temps faites-leur aimer et respecter toutes les communautés qui concourent au service de l'Église. Ne souffrez jamais qu'ils se moquent de l'habit ou de l'état des religieux; montrez la sainteté de leur institut, l'utilité que la religion en tire, et le nombre prodigieux de chrétiens (lui tendent, dans ces saintes retraites, à une perfection qui est presque impraticable dans les engagements du sièch?. Accoutumez l'imagination des enfants à entendre parler de la mort; à voir, sans se troubler, un drap mortuaire, un tombeau ouvert, des malades même qui expirent, et des personnes déjà mortes, si vous pouvez le faire sans les exposer à un saisissement de frayeur.
Il n'est rien de plus fâcheux que de voir beaucoup de personnes qui ont de l'esprit et de la piété ne pouvoir penser à la mort sans frémir; d'autres pâlissent pour s'être
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trouvées au uombre de treize à table; ou pour avoir eu certains songes, ou pour avoir vu renverser une salière : la crainte de tous^ces présages imaginaires est un reste grossier du paganisme; faites-en voir la vanité et le ridicule. Quoique les femmes n'aient pas les mêmes occasions que les hommes de montrer leur courage, elles doivent pourtant en avoir. La lâcheté est méprisable partout, partout elle a de méchants effets. 11 faut qu'une femme sache résister à de vaines alarmes, qu'elle soit ferme contre certains périls imprévus, qu'elle ne pleure ni ne s'effraie que pour de grands sujets; encore faut-il s'y soutenir par vertu. Quand on est chrétien, de quelque sexe qu'on soit, il n'est pas permis d'être lâche. L'âme du christianisme, si on peut parler ainsi, est le mépris de cette vie et l'amour de l'autre.
§ V. Ce qu'il y a de principal à mettre sans cesse devant les yeux des enfants, c'est Jésus-Christ, auteur et consonnnateur de notre foi , le centre de toute la religion et notre unique espérance. Je n'entreprends pas de dire ici comment il faut leur enseigner le mystère de l'incarnation; car cet engagement me mènerait trop loin , et il y a assez de livres où l'on peut trouver à fond tout ce qu'on doit en enseigner.
Quand les principes sont posés, il faut réformer tous les errements et toutes les actions de la personne qu'on instruit, sur le modèle de Jésus-Christ même, qui n"a pris un corps mortel que pour nous apprendre à vivre et à mourir, en nous montrant dans sa chair, semblable h la nôtre, tout ce que nous devons croire et pratiquer. Ce n'est pas qu'il faille à tout moment comparer les sentiments et les actions de l'enfant avec la vie de Jésus-Christ; cette comparaison deviendrait fatigante et indiscrète : mais il faut accoutumer les enfants à regarder la vie de Jésus-Christ connue notre excjuple, et sa
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parole coriiuie iiutre loi. Choisissez parmi ses discours et parmi ses actions ce qui est le plus proportionné à l'enfant. S'il s'impatiente de souffrir quelque incommodité, rappelez-lui le souvenir de Jésus-Christ sur la croix : s'il ne peut se résoudre à quelque travail rehutant, montrez-lui Jésus-Christ travaillant jusqu'à trente ans dans une boutique : s'il veut être loué et estimé, parlez-lui des opprobres dont le Sauveur s'est rassasié : s'il ne peut s'accorder avec les gens qui l'environnent , faites-lui considérer Jésus-Christ conversant avec les pécheurs et avec les hypocrites les plus abominables: s'il témoigne quelque ressentiment, hàtcz-vous de lui représenter Jésus-Christ mourant sur la croix pour ceux mêmes qui le faisaient mourir: s'il se laisse emporter à une joie immodeste, peignez-lui la douceur et la modestie de Jésus-Christ, dont toute la vie a été si grave et si sérieuse. Eniîn, faites (ju'il se représente souvent ce que Jésus-Christ penserait et ce qu'il dirait de nos conversations, de nos amusements et de nos occupations les plus sérieuses, s'il était encore visible au milieu de nous.
Quel serait, continuerez-vous, notre étonnement, s'il paraissait tout d'un coup au milieu de nous, lorsque nous sommes dans le plus profond oubli de sa loi! Mais n'est-ce pas ce qui arrivera à chacun de nous à la mort et au monde entier quand l'heure secrète du jugement universel sera venue? Alors il faut peindre le renversement de la machine de l'univers, le soleil obscurci, les étoiles tombant de leurs places, les éléments embrasés s'écùulant comme des fleuves de feu, les fondements de la terre ébranlés jusqu'au centre. De quels yeux, ajouterez-vous, devons-nous donc regarder ce ciel qui nous couvre, cette terre qui nous porte, ces édifices que nous habitons, et tous ces autres objets qui nous environnent, puisqu'ils sont réservés au feu? Montrez ensuite les tom-
beaux ouverts, les morts qui rassembleront les débris de leurs corps, Jésus-Christ qui descendra sur les nues avec une haute majesté ; ce livre ouvert où seront écrites jusqu'aux plus secrètes pensées des cœurs; cette sentence prononcée à la face de toutes les nations et de tous les siècles; cette gloire qui s'ouvrira pour couronner à jamais les justes, et pour les faire régner avec Jésus-Christ sur le même trône ; enfin cet étang de feu et de soufre, cette nuit et cette horreur éternelle; ce grincement de dents, et cette rage commune avec les démons, qui sera le partage des à mes pécheresses.
§ VI. Ne manquez pas d'expliquer à fond le Décalogue, de savoir que c'est un abrégé de la loi de Dieu, et qu'on trouve dans l'Évangile ce qui n'est contenu dans le Décalogue que par des conséquences éloignées. Dites ce que c'est que conseil, et empêchez les enfants que vous instruisez de se ilatter, comme le commun des hommes, par une distinction qu'on pousse trop loin entre les conseils et les préceptes. Montrez que les conseils sont donnés pour faciliter les préceptes, pour assurer les hommes contre leur propre fragilité, pour les éloigner du bord du précipice où ils seraient entraînés par leur propre poids ; qu'enlin les conseils deviennent des préceptes absolus pour ceux qui ne peuvent, en certaines occasions , observer les préceptes sans les conseils. Par exemple, les gens qui sont trop sensibles à l'amour du monde et aux pièges des compagnies sont obligés de suivre le conseil évangélique, de quitter tout pour se retirer dans une solitude. Répétez souvent que la lettre tue et que c'est l'esprit qui vivifie; c'est-à-dire que la simple observation du culte extérieur est inutile et nuisible, si elle n'est intérieurement animée par l'esprit d'amour et de religion. Rendez ce langage clair et sensible : faites voir que Dieu veut être honoré du cœur et non des lèvres ; que les cérémonies servent à expri-
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mer notre religion et à Texciter, mais que les cérémonies ne sont pas la religion même ; qu'elle est tout au dedans, puisque Dieu cherche des adorateurs en esprit et en vérité ; qu'il s'agit de l'aimer intérieurement et de nous regarder comme s'il n'y avait dans toute h\ nature que lui et nous, qu'il n'a pas hesoin de nos paroles , de nos postures, ni même de notre argent; que ce qu'il veut c'est nous-mêmes; qu'on ne doit pas seulement exécuter ce que la loi ordonne, mais encore l'exécuter pour en tirer le fruit que la loi a eu en vue quand elle l'a ordonné ; qu'ainsi ce n'est rien d'entendre la messe , si on ne l'entend atin de s'unir à Jésus-Christ sacrifié pour nous, et de s'édifier de tout ce qui nous représente son immolation. Finissez en disant que tous ceux qui crieront : Seigneur! Seigneur! n'entreront pas au royaume du ciel; que si on n'entre dans les vrais sentiments d'amour de Dieu, de renoncement aux hiens temporels, de mépris de soi-même et d'horreur pour le monde, on fait du christianisme un fantôme trompeur pour soi et pour les autres.
§ YII. Passez aux sacrements; je suppose que vous en avez déjà expliqué toutes les cérémonies à mesure qu'elles se sont faites en présence de l'enfant, comme nous l'avons dit. C'est ce qui en fera mieux sentir Tesprit et la fin : par là vous ferez entendre combien il est grand d'être chrétien, combien il est honteux et funeste de l'être comme on l'estdansle monde. Rappelez souvent les exorcismes et les promesses du baptême, pour montrer que les exemples et les maximes du monde, bien loin d'avoir quelque autorité sur nous, doivent nous rendre suspect tout ce qui nous vient d'une source si odieuse et si empoisonnée. Ne craignez pas même de représenter, comme saint Paul, le démon régnant dans le monde, et agitant le cœur des hommes par toutes les passions violentes qui leur font chercher les richesses, la gloire et les plaisirs. C'est cette
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poiiipe, direz-vous, qui est encore plus celle du démuii que du monde; c^est ce spectacle de vanité auquel un chrétien ne doit o*ivrir ni son cœur, ni ses yeux. Le premier pas qu'on fait par le baptême dans le christianisme est un renoncement à toute la pompe mondaine; rappeler le monde malgré des promesses si solennelles faites à Dieu, c'est tomber dans une espèce d'apostasie, comme un religieux qui, malgré ses vœux, quitterait son cloître et son habit de pénitence pour rentrer dans le siècle.
Ajoutez combien nous devons fouler aux pieds les mépris mal fondés, les railleries impies et les violences même du monde, puisque la confirmation nous rend soldats de Jésus-Christ pour combattre cet ennemi. L'évéque, direzvous, vous a frappé pour vous endurcir contre les coups les plus violents de la persécution : il a fait sur vous une onction sacrée, afin de représenter les anciens, qui s'oignaient d'huile pour rendre leurs membres plus souples et plus vigoureux quand ils allaient aux combat; enfin, il a fait sur vous le signe de la croix pour vous montrer que vous devez être crucifié avec Jésus-Christ. Nous ne sommes plus, continuerez-vous, dans le temps des persécutions, où l'on faisait mourir ceux qui ne voulaient pas renoncer à l'Évangile ; mais le monde, qui ne peut cesser d'être monde, c'est-à-dire corrompu, fait toujours une persécution indirecte à la piété ; il lui tend des pièges pour la faire tomber, il la décrie, il s'en moque, et il en rend la pratique si difficile dans la plupart des conditions, qu'au milieu même des nations chrétiennes, et où l'autorité souveraine appuie le christianisme,' on est en danger de rougir du nom de Jésus-Christ et de l'imitation de sa vie. Représentez fortement le bonheur que nous avons d'être incorporés à Jésus-Christ par l'eucharistie. Dans le baptême, il nous fait ses frères; dans l'eucharistie, il nous fait ses membres. Gomme par Tincarnation il s'était donné
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à la nature humaine en général, par Feucharistie, qui est une suite si naturelle de Tincarnation, il se donne à chaque fidèle en particulier. Tout est réel dans la suite de ces mystères ; Jésus-Christ donne sa chair aussi réellement qu'il Ta prise : mais c'est se rendre coupahle du corps et du sang du Seigneur, c'est boire et manger son jugement, que de manger la chair vivifiante de Jésus-
Ihrist sans vivre de son esprit. Celui, dit-il lui-même, qui me mange, doit vivre pour moi.
Mais quel malheur, direz-vous encore, d'avoir besoin
u sacrement de la pénitence, qui suppose qu'on a péché 'depuis qu'on a été fait enfant de Dieu ! Quoique cette puissance toute céleste qui s'exerce sur la terre, et que Dieu a mise dans les mains des prêtres pour lier et pour délier les pécheurs selon leurs besoins, soit une si grande source de miséricordes, il faut trembler d'abuser des dons de Dieu et de sa patience. Pour le corps de Jésus-Christ, qui est la vie, la force et la consolation des justes, il faut dé- .^irer ardemment de pouvoir s'en nourririons les jours; mais pour le remède des âmes malades, il faut souhaiter de parvenir à une santé si parfaite qu'on en diminue tous les jours le besoin. Le besoin, quoi qu'on fasse, ne sera que trop grand ; mais ce serait bien pis si on faisait de toute sa vie un cercle continuel et scandaleux du péché à la pénitence, et de la pénitence au péché. Il n'est donc ([uestion de se confesser que pour se convertir et se corriger; autrement les paroles de l'absolution, quelque puissantes qu'elles soient par l'institution de Jésus-Christ, ne seraient par notre indisposition que des paroles, mais des paroles funestes qui seraient notre condamnation devant l^ieu. lue confession sans changement intérieur, bien loin de décharger une conscience du fardeau de ses péchés, ne fait qu'ajouter aux antres péchés celui d'un luoustrueux sacrilège. «
Faites lire aux enfants que vous élevez les prières des agonisants, qui sont admirables; montrez-leur ce que l'Eglise fait et ce qu'elle dit en donnant Textréme-onction aux mourants. Quelle consolation pour eux de recevoir encore un renouvellement de l'onction sacrée pour ce dernier combat ! Mais pour se rendre digne des grâces de la mort, il faut être lîdèle à celles de la vie.
Admirez les richesses de la grâce de Jésus-Christ, qui n'a pas dédaigné d'appliquer le remède à la source du mal en sanctifiant la source de notre naissance, qui est le mariag-e ! Qu'il était convenable de faire un sacrement de cette union de Thomme et de la femme, qui représente celle de Dieu avec sa créature et de Jésus-Christ avec son Eglise ! Que cette bénédiction était nécessaire pour modérer les passions brutales des hommes^ pour répandre la paix et les consolations sur toutes les familles, pour transmettre la religion comme un héritage de génération en génération ! De là, il faut conclure que le mariage est un état très-saint et très-pur, quoiqu'il soit moins parfait que la virginité ; qu'il faut y être appelé ; qu'on ne doit y chercher ni les plaisirs grossiers, ni la pompe mondaine, qu'on doit seulement désirer d'y former des saints.
Louez la sagesse infinie du Fils de Dieu, qui a établi des pasteurs pour le représenter parmi nous, pour nous instruire en son nom, pour nous donner son corps, pour nous réconcilier avec lui après nos chutes, pour former tous les jours de nouveaux fidèles, et même de nouveaux pasteurs qui nous conduisent après eux, afin que l'F^lglise se conserve dans tous les siècles sans interruption. Montrez qu'il faut se réjouir que Dieu ait donné une telle puissance aux hommes. Ajoutez avec quel sentiment de religion on doit respecter les oints du Seigneur; ils sont les hommes de Dieu et les dispensateurs de ses mystères. Tl faut donc baisser les yeux et gémir, dès qu'on aperçoit
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en eux la moindre tache qui ternit l'éclat de leur ministère : il faudrait souhaiter de la pouvoir laver dans son propre sang. Leur doctrine n'est pas la leur; qui les écoute, écoute Jésus-Christ même : quand ils sont assemblés au nom de Jésus-Christ pour expliquer les Écritures, le Saint-Esprit parle avec eux. Leur temps n'est point à eux : il ne faut donc pas vouloir les faire descendre d'un >i haut ministère, où ils doivent se dévouer à la parole et ■d la prière pour être les médiateurs entre Dieu et les hommes; il ne faut pas les rabaisser jusqu'à des affaires du siècle. 11 est encore moins permis de vouloir proliter de leurs revenus, qui sont le patrimoine des pautres et le prix des péchés du peuple ; mais le plus affreux désordre est de vouloir élever ses parents et ses amis à ce redoutable ministère, sans vocation et par des vues d'intérêt temporel.
Il reste à montrer la nécessité de la prière, fondée sur le besoin de la grâce, que nous avons déjà expliqué. Dieu, dira-t-on à un enfant, veut qu'on lui demande sa grâce, non parce qu'il ignore notre besoin, mais qu'il veut nous assujettir à une demande qui nous excite à reconnaitre ce besoin; ainsi c'est l'humiliation de notre cœur, le sentiment de notre misère et de notre impuissance, enfin la confiance en sa bonté qu'il exige de nous. Cette demande qu'il veut qu'on lui fasse ne consiste que dans l'intention et dans le désir; car il n'a pas besoin de nos paroles. Souvent ou récite beaucoup de paroles sans prier, et souvent on prie intérieurement sans prononcer aucune parole. Ces paroles peuvent néanmoins être très-utiles, car elles excitant en nous les pensées et les sentiments qu'elles expriment, si on y est attentif : c'est pour cette raison que Jésus-Christ «ous a donné une forme de prière. Quelle consolation de savoir par Jésus-Christ même c£>mmentson Père veut être prié ! Quelle force doit-il y avoir dans des
demandes que Dieu même nous met dans la bouche ! Comment ne nous accorderait-il pas ce qu'il a soin de nous apprendre* à demander? Après cela, montrez combien cette prière est simple et sublime, courte et pleine de tout ce que nous pouvons attendre d'en haut.
Le temps de la première confession des enfants est une chose qu'on ne peut décider ici : il doit dépendre de létat de leur esprit, et encore plus de celui de leur conscience. Il faut leur enseigner ce que c'est que la confession, dès qu'ils paraissent capables de l'entendre. Ensuite attendez la première faute un peu considérable que l'enfant fera; donnez-lui en beaucoup de confusion et de remords. Vous verrez qu'étant déjà instruit sur la confession, il cherchera naturellement à se consoler en s'accusant au confesseur. Il faut tâcher de faire en sorte qu'il s'excite à un vif repentir, et qu'il trouve dans la confession un sensible adoucissement à sa peine, afin que cette première confession fasse une impression extraordinaire dans son esprit et qu'elle soit une source de grâces pour toutes les autres.
La première communion, au contraire, me semble devoir être faite dans le temps où l'enfant, parvenu à l'usage de la raison, paraîtra plus docile et plus exempt de tout défaut considérable. C'est parmi ces prémices de foi et d'amour de Dieu que Jésus-Christ se fera mieux sentir et goûter à lui par les grâces de la communion. Elle doit être longtemps attendue, c'est-à-dire qu'on doit l'avoir fait espérer à l'enfant, dès sa première enfance, comme le plus grand bien qu'on puisse avoir sur la terre en attendant les joies du ciel. Je crois qu'il faudrait la rendre la plus solennelle qu'on peut; qu'il paraisse à l'enfant qu'on a les yeux attachés sur lui pendant ces jouj's-là, qu'on l'estime heureux, qu'on prend part à sa joie, et qu'on attend de lui une conduite au-dessus de son âge pour une
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action si grande. Mais quoiqu'il faille donc préparer beaucoup Fenfant à la communion, je crois que quand il y est préparé, on no saurait lo prévenir trop tôt d'une si précieuse grâce, avant que son innocence soit exposée aux occasions dangereuses où elle commence à se flétrir.
FIN DP FKNFI.ON.
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