‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 64 sur 65 · Mais ces solitaires, qui, au rapport de saint Augus · texte numérisé non relu

Mais ces solitaires, qui, au rapport de saint Augus

tin, vivaient sans livres , vivaient-ils comme tant de chrétiens dont on prétend justifier l'ignorance par leur exem^ pie. sans penser a Dieu ni à Téternité ? N'étaient-ils pas au contraire tout occupés de ces grands objets? et n'é tait-ce pas pour avoir toute la liberté d'y penser, de prier, de louer Dieu, de se préparer à la mort, de soupirer après les biens de la vie future , qu'ils avaient tout quitté , et qu'ils vivaient loin du monde? Ils étaient sans livres; mais ils ne perdaient pas de vue un seul moment les vérités, les règles et les maximes écrites dans les livres; ils s'en nourrissaient par une profonde méditation, et ils prêtaient une oreille docile aux paroles de grâce que le maître intérieur leur faisait entendre au fond du cœur. Est-ce là l'état de ces chrétiens qui , croyant en savoir assez lorsqu'ils ont dans la mémoire le Pater, le Credo, le Décalogue, et quelques réponses du catéchisme, demeurent volontairement dans une stupide ignorance, et dans une indifférence criminelle à l'égard des choses sur lesquelles les anciens solitaires étaient si éclairés, et dont ils avaient l'esprit si rempli et le cœur si pénétré ?

Troisième difficulté. 11 y a, dit-on, du danger à rendre les simples fidèles si savants dans la religion. Leurs lumières leur donnent une haute opinion d'eux-mêmes, et leur inspirent du mépris pour ceux qui sont moins éclairés qu'eux. Ils parlent de doctrine à tort et à travers; ils tranchent et décident de tout avec une liberté, ou plutôt une hardiesse scandaleuse; ils soumettent à l'examen tout ce que leur disent les prêtres du Seigneur, dont les lèvres sont les dépositaires de la science, et de qui ils doivent recevoir l'explication de la loi divine. C'est ce qu'on remarque surtout dans les personnes de l'autre sexe, qui se mêlent de lire, au lieu de se borner à coudre, à Hier et à prendre soin du ménage.

L'exemple des protestants, dit-on encore, n'est pas dé-

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cisif contre l'étude dont on prétend faire une obligation aux fidèles? On voit régner parmi eux un esprit de dispute, d'entêtement et d'indépendance, incompatible avec la simplicité de la foi , et directement opposé à l'humilité chrétienne. Ils n'étudient, ce semble, l'Écriture, que pour y chercher de quoi combattre la doctrine catholique, ou de quoi se défendre contre les raisons par lesquelles on les presse de revenir à l'unité. Ne seraient-ils pas plus dociles, s'ils étaient moins savants? et ne les trouverait-on pas plus disposés à soumettre leur jugement à l'autorité de l'Église, si leur prétendue science ne leur avait fait prendre la mauvaise habitude de soumettre tout à leur jugement?

Réponse. Pour procéder avec ordre, j'examinerai d'a- ])ord la proposition qu'on avance. Je répondrai ensuite à la preuve qu'on prétend tirer de l'indocilité qu'on reproche à quelques fidèles. Enfin je montrerai qu'on ne peut rien conclure de celles des protestants.

I. On avance qu'«7 y a du danger à rendre les simples fidèles si so.vants dans la religion. Si on entend par-là qu'il y aurait de l'inconvénient à exercer les simples fidèles, des marchands, des artisans, des femmes et des filles, sur les difficultés littérales et gramaticales de l'Écriture; à les enfoncer dans les questions abstraites de la théologie, et dans la recherche et la discussion de divers points de chronologie et d'histoire, je n'ai rien à dire. Mais ce n'est pas de cette sorte d'étude qu'il s'agit. Je m'en suis expliqué très-nettement dès l'entrée de ce discours. D'ailleurs, ceux qui avancent la proposition que j'examine, savent bien en leur conscience que les fidèles qu'ils trouvent mauvais qu'on rende, comme ils le disent, trop savants, ne pensent guère à toutes ces recherches dont ils n'ont que faire. Il faut donc, pour détruire ce que j'ai établi, qu'on dise et qu'on prouve qu'il est dangereux pour les simples fidèles

de s'avancer dans la connaissance de Dieu et de Jésus- Christ. Il faut qu'on dise, et qu'on prouve, qu'il est plus sûr pour leur saint de passer toute leur vie sans savoir autre chose que les premiers éléments de la foi chrétienne ; et qu'on les expose à un danger évident de se perdre par l'orgueil et l'entêtement, si on persuade à ce marchand, à cet ouvrier, à cette femme ou fille, d'employer les moments que le service divin et les instructions piihliques leur laissent libres les dimanches et fêtes, et ceux qu'ils peuvent dérober les autres jours aux occupations de leur état, à étudier les mystères et les vérités de la religion , leurs devoirs , et la perfection du christianisme, dans l'Écriture sainte ;, et dans les livres qui l'expliquent solidement.

En attendant la preuve d'un si étrange paradoxe, qu'on déguise sous d'autres manières de parler, parce qu'on a honte de le laisser voir tel qu'il est ; je suppose qu'on fasse à saint Paul cette question : S'il est plus avantageux aux fidèles d'ignorer, ou de ne savoir que très-superficiellement les grandes et sublimes vérités de la religion de Jésus-Christ, que d'en être instruit; et si c'est suivre l'intention de notre Sauveur, que de leur ôter les moyens de croître en lumière, et de les priver des connaissances qui peuvent contribuer à former en eux une piété solide? Je demande ce que saint Paul répondrait à cette question?

Pour savoir quelle serait sa réponse, il n'y a qu'à lire ce qu'il écrit aux Corinthiens et aux Hébreux : a Je n'ai c( pu, dit-il aux premiers, vous parler comme à des « hommes spirituels, mais comme à des personnes en- « core charnelles, et comme à des enfants en Jésus-Christ. (( Je ne vous ai nourris que de lait, et non pas de viandes « solides parce que vous n'en étiez pas alors capables; et « à présent même vous ne l'êtes pas encore, parce que « vous êtes encore charnels. » Qu'est-ce que le lait dont

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il était obligé de les nourrir comme des enfants? Il est ('vident que ce n'est autre chose que les premiers éléments de la doctrine et de la morale chrétienne, auxquels il fallait les rappeler ; parce que Fétat d'enfance, c'est-à-dire de faiblesse et d'ignorance, où plusieurs d'entre eux étaient encore, les rendaient incapables d'entendre développer et approfondir les plus hauts mystères. C'était une nourriture solide qu'il fallait réserver à des chrétiens plus avancés et plus spirituels qu'ils ne l'étaient.

L'Apôtre emploie la même comparaison parlant aux Hébreux : « Nous aurions beaucoup de choses à dire sur « le sacerdoce de Melchisédech et de Jésus-Christ; mais c( elles sont difficiles à expliquer, à cause de votre lenteur (( et de votre peu d'application pour les entendre. Car au (( lieu que depuis le temps qu'on vous instruit, vous dece vriez être maîtres , vous avez encore besoin qu'on vous (( apprenne les premiers éléments de la parole de Dieu : c( et vous en êtes venus à un tel point, qu'il ne faut vous « donner que du lait, et non une nourriture solide. »

Saint Paul, qui reprochait à plusieurs des fidèles de Corinthe et de Judée, d'être encore réduits au lait des enfants, et qui désirait qu'ils fussent assez forts et assez spirituels pour être nourris de la viande solide des parfaits, regardait donc cet état d'enfance comme un état d'imperfection, dont il aurait voulu qu'ils fussent sortis. Il en pensait ce que nous penserions nous-même d'un homme qui, à l'âge de vingt-cinq à trente ans , aurait encore la taille et la faiblesse d'un enfant, et dont l'estomac ne pourrait porter d'autre aliment que du lait. Que dirait donc ce saint Apôtre, s'il entendait des ministres de l'Église avancer cette proposition et la soutenir par leur conduite : Qu'il est dangereux de faire croître les fidèles dans la connaissance des mystères de Jésus-Christ, et de les mettre à portée de profiter des sublimes vérités de la doctrine chrétienne. H. 28.

Écoutons la réflexion que fait là-dessus un auteur de notre temps ^ Après avoir rapporté les mêmes autorités de saint Paul, que je viens de citer, il dit : « Saint Paul « est en cela bien difi'érent de plusieurs ministres de TÉ- « vangile, qui bornent tous leurs soins à établir et à in- « culquer les premiers éléments par où Ton commence à « expliquer la parole de Dieu : Elementa exordii sermo- « num Dei^, et qui ne s'élève jamais au delà des pre- « mières instructions , qui sont comme l'ébauche de (( Jésus-Christ, incohationis Christi sermoneum; qui re- « tiennent pendant toute leur vie ceux qui les écoutent, « dans une espèce d'enfance, qui les rend incapables des c( plus grandes et des plus solides vérités; qui croient faire c( beaucoup, en exhortant les fidèles à s'abstenir des œuvres « mortes^ et en rabattant sans cesse les vérités communes « de la pénitence, sans comprendre jamais eux-mêmes, « et sans le laire comprendre aux autres, que le premier « degré du christianisme est de ne- plus commettre de « crimes; qui craignent que ceux qu'ils instruisent ne « croissent en lumière et en sagesse, et qui leur cachent c( ce qu'il y a de plus grand et de plus divin dans la rec( ligion.

« Ce que nous venons de voir des apôtres, qui étaient c( sensiblement affligés de ce qu'ils ne pouvaient pas éle- « ver tous les fidèles jusqu'au degré de sagesse et de perc( ièction où ils étaient eux-mêmes parvenus, est une séc( vère condamnation de cette conduite. »

11. Ces réflexions nous mettent sur les voies pour répondre à ce qu'on nous dit de l'indocilité de quelques personnes instruites de la religion.

Je ne prétends pas les disculper de ce reproche. Qu'il y ait des esprits présomptueux et indociles parmi ceux qui

' M. Dugiiet. Passion, t. V, vol. VIII, ch. vji, art. 3. V, 12.

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sont instruits des mystères et des vérités du christianisme, je le veux, et je suis bien éloigné d'en prendre la défense. Ce que je sais, et que je puis assurer, c'est que des dispositions si opposées à l'esprit de l'Évangile ne leur ont point été inspirées par les livres où ils ont appris la religion, et où tout porte à la vraie et solide piété, inséparable de l'humilité. Mais ne se trouve-t-il pas des indociles, et même en plus grand nombre, parmi ceux qui sont dans l'ignorance, ou qui n'ont que des connaissances superficielles? Tous ces impies qui ne croient rien, et qui se jouent de la religion, sont-ils des gens fort éclairés? et n'est-il pas évident que plusieurs d'entre eux la respecteraient, et qu'ils écouteraient l'Église , s'ils étaient solidement instruits des principes du christianisme? Cet inconvénient de l'indocilité qu'on fait tant valoir, est-il comparable à ceux qui sont des suites de l'ignorance, et que j'ai prouvés?

Mais sans m'engager dans cette comparaison, je demande si de l'indocilité de quelques particuliers il s'ensuit qu'on doive éloigner le commun des fidèles de l'étude de la religion, s'il est permis, sous ce prétexte, de les tenir enfermés dans le cercle étroit de ce qu'on appelle le catéchisme, et de quelque livre do prières et de pratiques de dévotion, sans vouloir qu'ils aillent plus loin.

Les Pères de l'Église savaient bien qu'il peut se trouver des esprits superbes, qui changent en poison l'aliment salutaire des saintes Écritures : et néanmoins ils exhortaient à les lire et à les méditer.

Saint Jérôme prescrivant à une dame nommée Lœta la manière dont elle devait élever sa iille, pour l'élever en vraie chrétienne, veut que « dès qu'elle commencera à « croître, elle s'occupe à lire l'Écriture sainte, et s'insc( truise dans les prophètes et dans les apôtres, des noces « spirituelles qui doivent unir son àmc à Dieu. Il faut,

500 MÉTHODE GÉNÉRxiLE DE CATÉCHISME.

« dit-il, qu'elle vous rende compte tous les jours de sa lecc( ture. Il faut qu'elle sache les Psaumes par cœur; qu'elle (( retire son esprit dfes pensées du monde, en Toccupant de « ces saints cantiques; qu'elle apprenne à régler sa vie « dans les Proverbes de Salomon ; qu'elle s'accoutume par « la méditation de l'Ecclésiaste à fouler aux pieds toutes (f les vérités du monde ; qu'elle observe les exemples de « courage et de patience dans le livre de Job ; qu'elle « passe de là aux Évangiles, pour les avoir toujours entre « les mains ; qu'elle s'applique de tout son cœur aux Actes « des apôtres, et à leurs Épitres; qu'elle lise ensuite les « Prophètes, et les autres livres du Vieux Testament. » Ce saint veut que la jeune fille ajoute à cette étude la lecture des ouvrages des saints Pères ; qu'elle ait toujours dans les mains les ouvrages de saint Cyprien, de saint Athanase, de saint Hilaire, et des autres, qui joignent la piété à la pureté de la foi. Il donnait les mêmes avis aux autres personnes du même sexe qui voulaient mener une vie chrétienne.

Saint Ghrysostome n'excepte personne, lorsqu'il exhorte ses auditeurs à s'instruire dans les livres saints ; et il ne craint pas de dire, « que c'est le diable qui en détourne (( les chrétiens ; » que « c'est cet enneiiii de notre salut « qui leur persuade qu'ils n'ont pas besoin de s'instruire « des lois divines , écrites dans les livres sacrés, par la « peur qu'il a que les connaissant, ils ne les observent '. n Il dit que « l'ignorance de l'Écriture sainte est la cause (( de tous nos maux; » que « c'est de là, comme d'une a misérable source, qu'est sortie cette foule d'hérésies et c( ce dérèglement des mœurs qui font gémir l'Église, ces « travaux et ces occupations vaines et stériles oi^i s'enga- « gent les chrétiens ' . » Il réfute les différentes excuses

* IJomélie 2, sur S. Matth. — - Homélie 9, sur l'Ep. aux Coloss.; Sermon 1, sur l'Ep. aux Rom.

que plusieurs alléguaient pour se dispenser de lire l'Écriture, comme les affaires publiques et particulières, les travaux de la ville et de la campagne, les soins domestiques, la pauvreté qui leur ôtait le moyen d'avoir des livres, la difficulté d'entendre l'Écriture *. Il dissipe tous ces vains prétextes avec une force et une solidité qui ne laisse rien à répliquer : il veut qu'ils s'instruisent de plus en plus, par cette lecture, des saintes vérités de la religion et des devoirs de la vie chrétienne : « Je vous avertis « quelques jours auparavant, dit-il, du sujet que je dois « traiter, afin que vous le cherchiez dans votre livre, et « qu'ayant su en gros ce que l'Écriture en dit, vous soyez « plus capables de bien entendre ce que j'en dirai. Car je « vous exhorte toujours, et je ne cesserai jamais devons ex- « horterà ne vous contenter pas d'écouter les instructions « qui se font ici ; mais encore à lire avec assiduité (( l'Écriture sainte, quand vous êtes dans vos maisons. « J'ai tâché d'inspirer toujours cette affection à ceux que « j'ai entretenus en particulier. » Il leur dit ailleurs : « Ne nous chargez pas de tout ce qui regarde votre conc( servation, sans vouloir rien faire de votre part. Nous « sommes vos pasteurs, il est vrai, et vous êtes nos bre- « bis; mais vous n'êtes pas comme ces animaux, qui « n'ont point de raison, et qui ne peuvent se défendre : « car vous êtes des brebis raisonnables^. » Les fidèles, selon ce saint docteur^ ne doivent donc pas se contenter des aliments et des remèdes spirituels, qui se distribuent dans l'Église par les instructions publiques, mais en chercher eux-mêmes dans la lecture et la méditation , non pour disputer, à Dieu ne plaise, mais pour s'édifier; non pour se conduire eux-mêmes, et ne plus écouter la voix de leurs pasteurs, mais pour seconder leurs travaux,

1 Ilomclie 10 sur S. Jean; id. 3 et 4, sur Lazare. — * Homélie 9, sur l'Ep. aux Coloss.

et se rendre capables de mieux entendre les vérités qu'ils leur annoncent.

On dira que les fidèles n'ont que faire de toutes ces connaissances et de ces recherches ; qu'il leur suffit de savoir que leur foi est appuyée sur l'autorité visible de l'Église et du corps des pasteurs, à. qui Jésus-Christ a promis d'être avec eux jusqu'à la fin du monde.

Gela ne se pourrait peut-être dire des temps et des lieux où la foi et l'autorité de l'Église ne sont point attaquées. Mais en temps de guerre, et dans les pays surtout où l'on est environné d'ennemis, les fidèles ont besoin de faire provision d'armes, pour se maintenir dans la possession de leur patrimoine et pour percer les hérétiques de l'épée spirituelle, qui est la parole de Dieu.

Cette réponse est conforme au sentiment de M. 13ossuet, dont l'autorité est décisive en cette matière. « Ordinairece ment, dit ce grand homme, les catholiques négligent « trop les livreç de controverse. Appuyés sur la foi de i< l'Église, ils ne sont pas assez soigneux de s'instruire' c( dans les ouvrages où leur foi serait confirmée et où ils « trouveraient les moyens de ramener les errants. On n'en « usait pas ainsi dans les premiers siècles de l'Église. Les (( traités de controverse que faisaient les Pères étaient rec( cherchés par tous les fidèles. Comme la conversation est « un des moyens que le Saint-Esprit nous propose pour « attirer les infidèles et ramener les errants, chacun trace vaillait à rendre la sienne fructueuse et édifiante par « cette lecture. La vérité s'insinuait par un moyen si c( doux; et la conversation attirait ceux qu'une dispute c( méditée n'aurait peut-être fait qu'aigrir ^ »

1 A vert, il la tète de la Conf. avec M. Claude.

FLN DE LA MiCESSlTÉ DU CATLCUIS.ME.

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