IV. Ce que ce saint ajoute de plusieurs solitaires qui
passaient leur vie sans aucuns livres, n'y est pas plus favorable.
1. S'il s'ensuit de ces exemples, qu'il n'y a point d'obligation pour les fidèles de s'instruire de la religion par tous les moyens possibles , dont un des principaux est la lecture et la méditation de la parole de Dieu ; je prouverai par un semblable raisonnement qu'on n'est oblig-é ni de se trouver aux assemblées ecclésiastiques pour la prière, les instructions et le sacrifice ; ni de participer à la sainte Eucharistie, même à Pâques, même à la mort; puisqu'on a vu de saints anachorètes qui n'allaient jamais à l'église, et qui passaient plusieurs années, et quelquefois toute leur vie, sans communier au sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ. Saint Benoît demeura trois ans dans le désert de Sublac, seul et tellement éloigné du commerce des hommes, qu'il ne savait pas même le jour de Pâques, quel jour il était. Saint Antoine passa vingt ans enfermé dans un vieux château , sans voir personne. Saint Paul ermite vécut plus de quatre-vingts ans dans une grotte, inconnu à tous les hommes, et mourut sans avoir qui que ce soit pour lui administrer les sacrements. Sainte Marie d'Egypte fit dans le désert une pénitence de quarante ans, et ne reçut l'eucharistie qu'à la mort. Il y a plusieurs exemples semblables. Ce qu'on dira pour écarter les conséquences que des personnes peu éclairées ou mal intentionnées voudraient en tirer au préjudice de l'obligation générale des fidèles à la prière publique et à la participation des sacrements, je le dirai à plus forte raison au sujet de l'étude de la religion. L'exception ne détruit point la règle, et les voies extraordinaires par où il plaît à Dieu de conduire quelques-uns de ses serviteurs, ne dispensent pas les autres de suivre la route commune et ordinaire qu'il leur a tracée.