‹ Méthode nouvelle pour le traitement des déviations de la colonne vertébrale; précédée d'un examen critique des divers moyens employés par les orthopédistes modernesChapitre 1 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En parcourant les annonces multipliées par lesquelles on s’efforce d’appeler l’attention du public sur des établissemens destinés au redressement des difformités de la colonne vertébrale , chaque lecteur a pu se demander avec effroi si l’espèce humaine était donc menacée d’une dégénération plus rapide et plus universelle. Cette supposition , qui peut avoir ^elque vérité dans ces cités monstrueuses où vient s’engloutir , dans une progression tou-

jours croissante, la population des empires, est lieureusenient restreinte lorsqu’on fait la part de l’industrialisme qui caractérise notre époque. On trouve alors quelques motifs de se rassurer. Depuis que l’orthopédie est devenue une branche très-productive de l’art , beaucoup de gens se sont empressés de l’explorer, et il ne faudrait point mesurer l’étendue du mal par le nombre de ceux qui

s’offrent à nous donner le remède . Cette

albance de l’esprit de spéculation avec la pratique de quelques procédés relatifs à la médecine doit encore nous inspirer quelque défiance sur la capacité de tant de guérisseurs j si nous discutons en effet la compétence de ceux qui jouissent d’une plus grande vogue , nous trouverons que leurs antécédens offrent précisément le moins de garantie. Singulière al)erratioii de l’esprit humain , (jui se rend d’au tant-plus crédule, que le rapport entre les moyens et la fin qu’on lui promet est plus obscur ou même plus contestable ! La vertu des Arcanes disparaît si leur nature vient à être dévoilée; le rebouteur qui appidh» nerf im tendon , doit opérer plus de

cures que le chirm-gien qui sait l’anatomie , et l’adepte du somnambulisme qui voit par l’e'pigastre , connaîtra mieux la nature des maladies et leTemède qui leur convient, que le médecin qui les étudie simplement avec les yeux de la science. C’est donc en vain que des docteurs envieux s’élèvent contre ces marchands qui , par une heureuse industrie , cherchent à réparer les torts qu’eut la fortune à leur égard , en redressant ceux de la nature. La foule qui se presse à leur porte , celle qui se précipite dans les couvens à la mode érigés en instituts orthopédiques , laissent parler dans le désert les détracteurs; et malgré ce qu’ils publient dans leurs écrits ex - professa , peut-être pensera- 1- on que l’humanité et la science y perdent peu de chose , si l’on considère combien ils se montrent imitateurs serviles des procédés mêmes qu’ils décrient. Dans ce mémoire que nous adressons aux médecins honorables qui , ayant manqué de loisir pour asseoir un jugement sur la possibilité des cures merveilleuses que l’on proclame , désirent se défendre de toute illusion , pour ne paraître jamais complices

<lu cliailataniMne;'uüus rechercherons si l’orthopédie a réellement fait quelques progrès depuis les travaux d’Andry, de Vicq<l’Azir, de Ludwig et de M. Portai ; nous examinerons si les méthodes nouvelles sont d’accortl en tout point avec les notions que nous donnent l’anatomie et la physiologie ; enfin nous exposerons quelles modifications il faudrait leiu* faire subir. Heureux si , après que les machines et les lits à la mode auront cessé de guérir les difl’ormités les plus graves et les plus anciennes , on trouve dans ce que nous aurons t'erit quelque modeste précepte pour les prévenir , ou remédier à c^elles qui , ne ilatantque d’une époque peu éloignée, n’ont pas altéré d’une manière essentielle le rapport des parties entre elles. Les travaux récens de quelques médecins étrangers d’une haute réputation sont une source féconde où nous puiserons plus d’une idée lumineuse et d’une observation intéressante que l’on chercherait en vain dans certaines publications jK'riodiques d’un orthopédiste français.

C’est en Angleterre, pays dont le ciel brumeux et le climat humide II froid ajoutent

line prcdisposition plus grande à toutes les altérations qu’apportent à la constitution physique de l’homme les influences diverses d’une civilisation très-avancée , que les gens de l’art ont commencé à s’occuper d’une manière philosophique des déviations de la colonne vertébrale. Leur traitement paraissait tombé dans le domaine des empiriques et des mécaniciens, lorsque la Société de Médecine de Londres mit ce sujet au concours, en 1822. Le docteur Bampfield remporta le prix fondé par Hunter. Depuis lors, en 1824, il a publié un traité plus étendu sur cette matière. Le docteur Shaw a fait paraîtie, en 1823, sur les diflbrmités de l’épine, un excellent ouvrage accompagné de planches in-folio qui représentent differens cas et quelques machines. 11 y a joint, en 1 825 ■, un supplément. MM. Charles Bell, Jarrold, Dodds, Ward , ont aussi traité le même sujet dans des écrits qui renferment des vues très-sages , et qui jettent beaucoup de lumière sur les variétés , les causes et le traitement des affections de la coloilne vertébrale. Si l’on résume les conclusions dernières de chacun de ces auteurs,

on verra qu’ik n’ont qu’une confiance très-

limitée dans l’usage des instrumens employés soit dans leurs pays , soit sur le continent. Cette opinion , qui sera partagée par tous les médecins judicieux qui ne pensent point que le corps de l'homme , organisé pour sentir et se mouvoir , puisse être soumis aux mêmes procédés que ceux par lesquels on redresse un jeune arbrisseau courbé par les vents, doit nous engager à réduire à la plus grande simplicité les machines dont l’emploi peut être utile dans quelques cas ; c’est ce que nous nous efforcerons de faire à la suite de cet essai. L’art et l’humanité y gagneront également , si leur. effet en devient plus certain, et si leur prix descend à la portée des fortunes les plus modestes.

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