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Méthode pour dessiner

Alors il s’agit d’apprendre à dessiner ! Oh ! c’est bien simple. Il suffit tout bonnement de copier ce qu’on voit et comme on le voit. — Or, qu’y a-t-il de plus facile que de voir? Tout le monde sait d’enfance se servir de ses yeux. — Eh bien ! si vous m’en croyez, ne vous en tenez pas à cette première éducation de l’œil qui est le partage de tout le monde ; il y a voir et voir, tout comme il y a fagot et fagot.

Avez-vous quelquefois observé un enfant, et non des plus petits, faisant ses premiers essais de dessin ? Presque invariablement il fera, par exemple, les objets éloignés au moins de la même taille que les objets les plus rapprochés. Pourquoi? Parce que justement son éducation optique lui a appris que cette maison qu’il voit tout là-bas est aussi grande que celle qui est près de lui, qu’il pourrait passer largement sous cette porte que l’éloignement lui fait paraitre grande comme son porte-monnaie. Il faut donc apprendre à voir et à exprimer sur le papier les dimi-

nutions apparentes des grandeurs occasionnées par les différences d’éloignement. — Demandez à cet enfant de vous dessiner tel objet qu’il connaît : la table ; et ne vous étonnez pas s’il s’applique à en faire voir les quatre pieds, le devant, le derrière, le dessus et le dessous. Cela n’est pas étonnant, il est logique : — il connaît bien la table, il l’a vue, il fait ce qu’il a vu. Et pourtant il n’a réussi à produire qu’une monstruosité. — Il faut que la nouvelle éducation vienne lui apprendre qu’il ne faut voir les choses que d’un côté à la fois pour les dessiner. — Mettez ce même enfant devant un objet qui lui soit absolument inconnu, et dites-lui de le dessiner sans lui permettre de tourner autour. Il y a beaucoup de chances pour que le dessin qu’il fera alors soit beaucoup meilleur que celui qu’il aura fait de la table.

Il faut donc commencer par oublier la forme réelle et complète de l’objet pour ne s’occuper que de l’aspect que prend cet objet vu d’un seul point déterminé.

Mais, me direz-vous, j’ai soif de vérité et de sincérité ; cette reproduction de l'aspect d’un objet ne me satisfait pas, je veux représenter l’objet lui-même. — Je respecte, j’approuve même ce scrupule. Et le dessin qui a réponse à tout va se scinder en deux pour vous satisfaire. Voulezvous avoir le dessin exact de toutes les parties de votre table pour en faire faire une pareille par le menuisier? Prenez une règle, un compas, un mètre. Mesurez très exactement votre table dans toutes ses parties, faites-en autant de vues qu’elle a de faces, et en observant certaines conditions d’emplacement dans le papier, vous aurez fait un plan avec lequel le menuisier vous construira le meuble demandé. — Mais voulez-vous représenter l’effet que produit votre table dans le coin de votre cabinet : dans ce cas asseyez-vous en face de votre table, du côté où vous trouvez qu’elle fait le mieux, un peu obliquement afin de voir deux faces ; — ayez soin de vous en éloigner d’au moins deux fois sa plus grande dimension ;

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