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BIEN' VOIR

une fuis là, ne bougez plus et copiez le plus fidèlement possible ce que vous voyez.

Que voyez-vous? Vous êtes assis sur une chaise ordinaire, vous voyez le dessus de la table (fig. 1).

Le grand côté qui porte les tiroirs est peu visible, il fuit devant vous et parait plutôt plus court que le petit côté qui est presque en face de vous. — Et là-bas, au fond, l’autre petit côté, qui est, nous le savons, de la même grandeur que le côté qui est près de nous, nous paraît plus petit que ce premier côté.

Fig. 1.

Il est facile de s’en convaincre en mesurant de loin avec le crayon tenu à bras tendu ce côté du fond, et en ramenant, toujours de loin et à bras tendu et en ayant soin de ne pas bouger la tête, la mesure ainsi obtenue sur le côté qui est près de nous. Nous constaterons une différence très notable. Mêmes observations pour la ceinture de la table. — Les pieds, maintenant : les deux qui sont le plus rapprochés de nous se voient bien, et présentent seulement une face plus grande que l’autre. — Mais les autres pieds, ceux du fond, combien ils paraissent plus petits que ceux de devant ! Le crayon va encore nous aider à constater cette différence. Il y en a même un que nous

voyons à peine. Un peu plus et nous ne le verrions pas du tout U Voilà donc deux branches bien distinctes du dessin, — le dessin qui donne les formes réelles de l’objet et qu’on appelle le dessin linéaire, — le dessin qui donne l’apparence de l’objet et qu’on appelle dessin à vue, ou dessin en perspective, ou dessin pittoresque.

Généralement, les personnes portées par goût ou par état vers le dessin linéaire ont en médiocre estime le peu de précision du dessin à vue, — et en revanche les amateurs du dessin pittoresque ont des attaques de nerfs à l’aspect d’une règle ou d’un compas. Cet exclusivisme est très fâcheux, car ces deux sortes de dessin ne sont que des expressions différentes d’un même art, l’art du dessin ; et il serait à souhaiter que chacun fût apte, suivant le cas et le besoin, à faire un relevé linéaire ou un croquis en perspective d’un objet donné. — On pourrait de cette façon satisfaire et le besoin d’analyse et le besoin de synthèse qui s’imposent à l’homme.

D’après ce qui vient d’être dit précédemment, quels seront nos premiers modèles ? Aurons-nous recours à des estampes? Ferons-nous copier des nez et des yeux à nos élèves? Évidemment non. Quand ces gravures seraient des chefs-d’œuvre, elles n’apprendraient pas à l’élève à voir, elles ne seraient pour lui qu’un assemblage de lignes correctement tracées, qu’il s’appliquerait peut-être à reproduire, s’il est studieux, mais qui n’auraient pour lui aucun rapport avec la nature. Au bout d’un certain temps,

1. Un petit appareil très ingénieux, nommé, je crois, Vorthorama, fait toucher du doigt ces déformations apparentes des objets. C’est un châssis tendu d’une étoffe légère et transparente. En face du châssis, et placé verticalement, se trouve un guidon, que vous pouvez reculer ou avancer, élever ou abaisser, et qui porte un petit trou par lequel vous regardez sur le châssis. Derrière le châssis vous placez l’objet que vous voulez dessiner, et avec un peu de blanc vous calquez cet objet sur l’étoffe de votre châssis. Cela fait, vous mesurez et vous comparez entre elles les diverses parties de votre calque, et vous voyez alors la réalité des déformations. Je ne connais rien de plus démonstratif.

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