LE NOIR ET LE BLANC
On désigne par le mot de coloration le rapport d’éclairage qui existe entre -l’objet que vous avez à dessiner et les objets environnants qui forment fond derrière; si le modèle est plus éclairé que le fond, on dit qu’il se détache en valeur claire sur le fond ou que sa coloration est moindre que celle du fond. Si au contraire c’est le fond qui est éclairé et le modèle ombré, on dit que le modèle se détache en valeur forte sur le fond ou qu’il est plus coloré que le fond. Cette observation préalable est de la plus grande importance, et la première condition pour faire de la bonne couleur plus tard. Avant de donner aux objets leur couleur vraie, ou jaune ou bleue ou rouge, etc., il faut leur donner leur valeur. Vous apprendrez cela en temps et lieu. Pour l’instant, colorons avec le seul secours du crayon.
Ici notre modèle se détache en valeur claire sur le fond. Remarquez que ce n’est pas parce qu’il est blanc et que le fond de l’appartement est de couleur foncée.
Choisissez, pour vous convaincre, un moment où le soleil entrant par la fenêtre viendra frapper sur la tapisserie, placez votre plâtre hors du rayon de soleil et regardez-le se détachant sur le fond ensoleillé. Vous verrez bien que, tout blanc qu’il est, il paraît plus foncé que la tapisserie ; il faudrait donc pour le rendre dans ces conditions mettre du crayon sur tout le plâtre et laisser le papier blanc pour faire le fond. Ceci dit une fois pour toutes, commençons : Le modèle étant plus clair que le fond, mettons une légère, très légère teinte tout autour sur le fond. Vous tenez pour cela votre crayon à plat de façon à couvrir un plus large espace à chaque coup, et vous frottez sans appuyer en serrant le plus possible vos coups de crayon, et les donnant un peu dans tous les sens afin qu’on ne voie pas de sens régulier. Voilà votre fond indiqué, votre plâtre se détache en blanc et est sillonné par les ombres portées des feuilles qui sont un peu plus foncées que le fond. Or le modèle qui se détache de la même façon en clair avec des ombres plus
foncées que le fond, présente dans la partie claire des points encore plus clairs. Comment les obtenir sur notre papier blanc? en teintant légèrement les autres parties. Déterminons bien sur le modèle quelle est la partie la plus claire, ce que l’on nomme la dominante, et teintons sur notre dessin tout ce qui n’est pas la place de cette dominante, en ayant soin de faire un ton plus clair que le fond.
Successivement, dans cette demi-teinte, vous trouverez encore des différences, des tons graduellement plus foncés. Vous les copierez en observant avec soin leur valeur par rapport à la partie la plus claire.
Il est bon, pour bien juger de la valeur des tons, de cligner des yeux assez fortement. Dans cet état on ne voit plus les détails, on ne voit que le degré d’intensité de la lumière, c’est ce dont on a le plus besoin pour dessiner. Il ne faut pas abuser du clignement d’yeux qui pourrait entraîner à faire des dessins vagues et indécis, mais il faut s’en servir pour éviter l’excès contraire qui est de faire dur et sec.
En augmentant la valeur de vos demi-teintes, les ombres qui étaient très suffisantes sur le papier blanc sont devenues faibles et molles. Vous leur redonnez du ton en affermissant leurs formes le plus possible.
A son tour le fond, qui tout à l’heure paraissait assez foncé, paraît maintenant beaucoup trop clair, le plâtre ne paraît plus assez blanc. C’est le cas de redonner du ton à notre fond en serrant encore le travail pour le faire paraître éloigné du plâtre. Revoyez votre ensemble, maintenant que la valeur est obtenue, ajoutez encore quelques fermetés de dessin ; avec la mie de pain, nettoyez votre lumière, rebouchez les taches qui ont pu rester dans le fond, — le fond doit être le plus simple possible, pour ne pas nuire et au contraire pour aider à l’effet de l’objet que l’on veut montrer.
Voilà votre dessin fait, datez-le et mettez-le dans un carton à part. Dans le carton qui vous sert à dessiner il