LE MOTIF
qué de décision. Quelles sont les conditions qui font un motif intéressant? La première de toutes c’est que le site que nous choisirons présente plusieurs plans. Un mur, un rideau d’arbres, une colline rapprochée qui empêcherait doute vue au delà ne présenterait aucun intérêt.
Mais si à côté d’une maison, ou d’un arbre, ou de tout autre objet rapproché nous apercevons un peu d’horizon, immédiatement le charme nait de l’opposition. Semblablement il ne faudrait pas choisir la rivière en se mettant au bord et regardant en face la rive opposée. L’eau ne formerait pas un premier plan suffisant pour faire comprendre l’éloignement de la rive que nous verrions en ligne horizontale et serait d’un mortel ennui. Un bateau avec sa voile formerait un premier plan et permettrait de faire un paysage dans ces conditions. Mais nous n’en sommes pas encore là. L’eau donnerait, il est vrai, du charme à notre croquis, mais ajouterait en même temps une difficulté qu’il ne faut pas aborder du premier coup. L’eau, comme le verre dont nous avons déjà parlé plus haut et •comme toutes les matières transparentes, offre une coloration qui paraît échapper à l’analyse en ce que son modelé dépend du modelé et de la coloration de tous les corps environnants. Les taches sombres ou claires du verre dépendant de la lumière qui le frappe, mais aussi et surtout des objets qui se voient au travers et qui se reflètent dans sa surface ; de même l’eau s’éclaire, sa surface renvoie à notre œil la lumière qui s’étend sur elle, mais •en même temps elle reçoit l’image des arbres, des maisons, des nuages qui passent, de la profondeur du ciel, et son aspect se trouve sensiblement modifié, souvent d’une minute à l’autre, par les plus petits changements survenus dans les objets d’alentour. Soyons plus modeste et cherchons un motif beaucoup plus simple.
Voici notre affaire, tenez : cette baraque précédée d'une clôture rustique. Au coin s’élève un assez gros arbre, puis la plaine terminée par la ligne légèrement ondulée de la
colline. Beaucoup des motifs des merveilleuses eaux-fortes de Rembrandt ne présentent pas d’autres éléments.
Asseyons-nous sur cette grosse pierre qui est au bord du chemin et qui nous mettra à bonne hauteur pour avoir notre horizon ni trop haut ni trop bas.
Faisons passer notre fil à plomb horizontalement tenu,, par la colline du fond et voyons comment notre paysage se trouve partagé. Jusqu’où allons-nous faire venir notre premier plan ? Faut-il dessiner ce qui est immédiatement à nos pieds? non, car pour le voir il faut baisser la tête et vous ne devez faire que ce que vous pouvez embrasser d’un seul coup d’œil. D’après cela il ne faudrait pas dessiner ce qui est rapproché à moins de 6 ou 8 mètres de vous.
Autre question : faut-il dessiner notre paysage en hauteur ou en largeur? Ceci est plus délicat, il y faut une certaine habitude. Un moyen assez pratique pour juger de la chose, c’est de découper un rectangle dans une feuille de papier à lettre. Puis, fermant un œil, on regarde avec l’autre son motif à travers ce cadre improvisé, en le tenant, tantôt en largeur, tantôt en hauteur, et en l’approchant plus ou moins de l’œil pour augmenter ou réduire l’étendue du paysage. Il est assez facile de juger ainsi de ce qui fait le mieux et de déterminer son choix. Cela vous servira également à voir s’il faut placer votre horizon au milieu du paysage ou plus haut ou plus bas. A propos de l’horizon, j’appellerai votre attention sur une chose que vous, avez probablement déjà observée ; c’est que l’horizon monte et descend avec vous et se trouve toujours à la hauteur de vos yeux.
Cela vous fait voir qu’il faut placer cet horizon à peu près au milieu du papier. Si vous le mettiez très bas, celui qui regardera votre paysage aurait l’impression qu’il est couché à plat ventre dans la campagne. Si vous le mettez trop haut, il croira voir un paysage du haut d’une tour.
Plaçons donc notre ligne horizontale à peu près au mi-