ANATOMIE COMPARÉE
suis bien tranquille, aujourd’hui ce n’est plus le coup de crayon que vous copierez ; — ayant dès longtemps vu la nature, vous savez ce que c’est qu’une forme, ce que c’est qu’une épaisseur, ce que c’est qu’une ombre, et dans les dessins et les gravures que vous aurez sous les yeux vous reconnaîtrez l’expression de ces choses naturelles là où, quand vous débutiez, vous n’auriez vu que des hachures que vous auriez cru devoir copier une à une.
A présent vous savez que la façon du travail- compte peu, et vous vous y prendrez n’importe comment pour reproduire vos modèles. Mais ce travail épurera votre goût, vous comprendrez comment ces maîtres ont su trouver l’expression la plus pure, la plus élevée, la plus simple de la nature. Comment ils accentuent la perspective des formes, comment ils font sentir la construction anatomique, et à
A. Os illiaque — B Fémur. — C. Rotule. — D. Tibia. — E. Péroné rudimentaire. — F. Astragale (os du tarse). — G. Calcanéum (os du tarse). — H. Métatarsien (canon). — I. Rudiment de métatarsien. — JJJ. Phalanges (paturon, couronne et sabot). — K. Muscles de la fesse.
votre tour au sortir de ces études, vous éprouverez le besoin d’épurer aussi votre expression, d’aller au delà de la copie terre à terre et de faire un pas dans le vrai domaine de l’art.
La vie, pour celui qui se voue à l’art, a trois périodes. Dans la première, — période d’ignorance, — ne sachant rien, il faut bien qu’il apprenne à voir, il obéit à son maître.
Dans la seconde période, il abandonne ses lisières, il obéit à la nature qu’il tâche de rendre telle qu’il la voit et non plus, comme il a été forcé de faire d’abord, pour ainsi dire sous la dictée du maître.
Dans la troisième période enfin, possédant la nature dont il a étudié les grandes lois, il doit obéir à son génie, chercher à tirer de son propre fonds les idées qui y sont en germe et dont il poursuit l’expression la plus saisissante.
Qu’est-ce en effet que l’art? Est-ce seulement la reproduction aussi complète et aussi fidèle que possible de la nature? Dans ce cas, le plus grand des arts est la photographie. En effet, rien n’égale la précision et la réalité d’une belle photographie. Et pourtant, qui s’est jamais senti ému devant la plus belle de ces épreuves ? On éprouve, à la vue de ces admirables productions mécaniques, la surprise, l’étonnement, l’admiration, mais l’émotion jamais. Entendons-nous ; on peut être ému en regardant le portrait en photographie d’une personne chère, mais c’est le souvenir de l’être aimé évoqué par son image qui nous émeut, ce n’est pas l’image elle-même ; or, la vraie œuvre d’art émeut par elle-même, abstraction faite de l’être, de la chose ou de la scène représentée ; la tête la plus vulgaire, la scène la plus banale peuvent être l’occasion d’une œuvre d’art de premier ordre.
Voyez un grand nombre des portraits de Rembrandt et dites si c’est la beauté du modèle qui vous charme. Voyez la plupart des tableaux de l’École flamande, et dites si les