OBSERVATIONS SUR IA COMPOSITION DES VERBES
§ 103. Il y a deux choses à considérer dans les verbes composés, d'abord la consonne finale de la préposition, ensuite la voyelle radicale du verbe.
I. La consonne qui termine la préposition s'altère ou demeure invariable , selon la lettre qui commence le verbe 4.
Prép. In. — N se change en M devant jp, b, m; elle s'assimile avec / et r; elle reste invariable devant les autres consonnes , ainsi que devant les voyelles et l'aspiration h, qui est toujours traitée comme une voyelle.
Prép. Ad. — D s'assimile avec toutes les consonnes, excepté j, m, b, v. Il se retranche par euphonie devant se, sp, st: a-spirare pour ad-spirare. — Il est permis cependant de le conserver intact devant la plupart des consonnes , et c'est ce qui a lieu ordinairement dans adsum et ad fui.
Prép. Ex. — X s'assimile avec/*; efferre (emporter), effûgëre (s'échapper). Ex se place devant les voyelles et les consonnes fortes, p, c, q, t,s;E devant les autres consonnes.
Prép, Ab. — Le B de ab se change en u devant les deux verbes ferre (porter) , fûgëre (fuir) ; aufero, aufûgio, A se met devant m et v seulement, Abs devant les consonnes fortes c, q, t, et aussi devant^ mais avec syncope du b : as-portare pour absportare. Ab se place devant les autres consonnes et toutes les voyelles.
Prép. Per.—^R est invariable, excepté dms pellùcêre et dans pellïeëre, pellïcio (séduire) , où elle s'assimile avec /.
Prép. Ob. — B s'assimile avec c, g, p, f; il reste invariable devant les autres consonnes , et souvent même devant f dans obfuiet dans obfirmare (affermir). Il se retranche dans ômittère (laisser de côté, omettre). — La prép. ob avec le verbe tendere forme deux composés : obtendëre (tendre devant, prétexter), et ostendëre (montrer) . Ce dernier s'explique par obs-tendere, comme as-portare par abs-portare.
Prép. Sub. — B s'assimile avec^ g,p, f, quelquefois aveczw, très-rarement avec r; il tombe devant^ ; su-spïrâre (soupirer), su-spicëre (regarder en haut, admirer; regarder en dessous , soupçonner). Dans ce dernier, ia particule composante peut être ou la prépos. sub ou l'adv. sus'2. 11 en est de même dans sus-cïpëre (prendre sur soi , entreprendre) , sus-eïtare (susciter) , suspcndëre (suspendre), sus-tollëre (élever). Si c'est la préposition
U Cf. Méth. grecq. § 167. — 2, Cf. § \ 04» 5°, ©i-aprôs.
sub, il faut supposer qu'elle se change en subs, puis en sus. Cf. as-portâre et os-tendëre.
Prép. Cum. — La forme primitive est com, avec o. La consonne M se retranche devant les voyelles : cô-ëgi, cô-actum, et quelquefois o souffre contraction : côgo pour côâgo. M subsiste dans cômëdëre (manger), ainsi que devant^ b, m; elle s'assimile avec / et r; elle se change en n devant les autres consonnes.
Prép. Trans. — Cette préposition perd s finale quand le verbe commence par une s : tran-scendëre = scandëre trans (monter par-dessus, franchir). Elle paraît sous la forme trâ dans quelques composés : trâdûcëre (conduire au delà), trâjicëre (jeter au delà, traverser).
Prép. Inter. — R demeure invariable , excepté dans le mot intellïgëre=lëgëre inter (comprendre).
Prép. Circum. — M se conserve partout, excepté dans quelques formes du verbe circumlre (aller autour) ; savoir, la troisième pers. du prés., circuit, le supin circûitum, et quelquefois, mais rarement, circûiret et circûîre.
Prép. Post, Prœter, Super, Subter. — Ces quatre prépositions n'altèrent pas leur finale dans la composition des verbes.
Prép. De, Prœ, Pro, Ante. — Celles-ci donnent lieu aux quatre observations suivantes : 1° De se contracte avec la voyelle initiale du verbe dans dêgëre = de-âgëre (passer sa vie} , dëmëre = de-ëmëre (ôter), dëbëre = de-hâbêre (devoir). 2° Prœ souffre une contraction analogue dans prœbëre (fournir) , de prœ-hibëre = prœ-hâbere. 3° Pro admet un d euphonique devant la voyelle initiale du verbe dans prôd-esse (être utile) , prôd-ïre (s'avancer) , prod-igëre = agere pro (pousser en avant , prodiguer) ; il transpose r dans por-rïgëre = rëgëre pro (tendre en avant, présenter). 4° Ante change e en i dans antïcïpâre, dérivé de ante-câpëre (prévenir), et dans antistâre, usité concurremment avec ante-stdre (être devant, l'emporter sur....)
Rem. Nous venons d'examiner dix-neuf prépositions ; les vingttrois autres ne forment pas de verbes composés ; car des réunions de mots , comme contrâ-dicëre (contredire) , sont plutôt des juxtapositions que des compositions véritables ; et , dans introspicëre (regarder dans l'intérieur) , et retrospïcëre (regarder en arrière) , intro et rétro sont des adverbes.
II. Dix-sept des prépositions ci-dessus, c'est-à-dire toutes, excepté post et subter, occasionnent souvent dans les verbes la transformation de la voyelle radicale. Les lois de cette transformation , qui n'affecte que les brèves a, ë , et la diphthongue ce, peuvent facilement se déduire du tableau, § 102. On y remarquera qu'en général a et è se changent en ï bref, et œ en i long. Cette règle souffre quelques exceptions que l'usage apprendra ; nous ne noterons ici que les suivantes :
1° a bref se change quelquefois en ë : pâti, patior (souffrir) , perpëti (souffrir jusqu'au bout).
2° Ce changement est de règle lorsque Va est suivi de deux consonnes : spargëre (répandre), conspergëre (arroser); damnâre> condemnâre (condamner). Cependant si ces deux consonnes sont ng, a devient i : tangëre (toucher), contingëre (atteindre); si la première est une l, a devient u : calcàre, conculcâre (fouler aux pieds).
3° A tombe et u reste seul dans les composés de quâtëre, qudtio (secouer), claudëre (fermer), causâri (alléguer une cause) : percûtio (je frappe), inclûdo (j'enferme), accûso (j'accuse).
4° Ante ne transforme la voyelle radicale que dans anlicïpâre et antegrëdi; prœter ne la transforme que dans prœtergrëdL
§ 101. Outre les prépositions détaillées dans les deux paragraphes précédents , il y a certaines syllabes qui , placées au commencement des mots , en modifient la signification. On les nomme particules inséparables, parce qu'elles font toujours partie d'un autre mot, et n'en forment pas un à elles seules. Ce sont1 :
1° Amb devant les voyelles , Am devant^ An devant les gutturales : amb-ïgëre (douter) , am-plecti (embrasser) , anquïrëre (rechercher). La forme primitive est ambi9 analogue à ambo, et la signification autour, des deux cotés2.
2° Dis marque , comme en français , séparation , distinction :