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DE QUELQUES ADJECTIFS DÉTERMINATIFS

§286. Alius, alia, aliud.

1. Le que français après autre s'exprime par ac, atque ou et : Aliae surit legati partes , atque imper atoris , Ces. (le rôle d'un lieutenant et celui d'un général sont différents = le rôle d'un lieutenant est autre que celui d'un général).

Lux longe alia est solis et lychnorum , Cic. (la lumière du soleil est tout autre que celle des flambeaux).

Non alius essem, atque nunc sum, Cic. (je ne serais pas autre que je suis maintenant).

2. Non aliud , nihil aliud , quid aliud? se construisent avec quant ou nisi : Non aliud Eumeni de fuit, quam gêner 'osa stirps, C. N. (il ne manqua rien autre chose à Eumène qu'une bonne naissance). — Discere nihil aliud est, nisi recordari, Cic. (apprendre n'est autre chose que se souvenir)1.

§207. Alius répété.

1. Souvent alius est répété dans deux ou plusieurs propositions :

Divitias alii prœponunt, alii potentiam, alii honores [les uns préfèrent les richesses, les autres le pouvoir, d'autres les honneurs).

Alia sentit, alia loquitur , Cic. (il pense une chose, il en dit une autre = il parle autrement qu'il ne pense).

Aliud est maledicere , aliud accusare, Cic. {autre chose est de médire , autre chose d'accuser) .

D'après ce dernier exemple^ le proverbe français « Promettre et tenir sont deux , » ou « Promettre est un et tenir est un autre, » se rendra ainsi : Aliud est polliceri ' , aliud prœstare.

2. Une même proposition peut renfermer deux cas $ alius, opposés l'un à l'autre : Alius alio more vivebat (l'un vivait d'une manière, l'autre d'une autre = chacun vivait à sa manière).

Aliud aliis videtur optimum, Cic. (une chose paraît la meilleure à ceux-ci, une autre chose à ceux-là = chacun se fait de la perfection une idée différente) .

1. En général , quam ne s'emploie bien que lorsque alius est accompagné d'une négation ou d'une interrogation. C'est seulement après le siècle d'Auguste qu'on le trouve à la suite de propositions affirmatives.

Alii alios juvare debemus (nous devons nous aider les uns les autres = nous aider mutuellement = nous entr 'aider).

3. Tout ce que nous avons dit tfalius s'applique aux adverbes qui en dérivent : Aliter cum tyranno, aliter cum amico vivitur, Cic. (on vit autrement avec un tyran qu'avec un ami) . — Alii alio dilapsi sunt, (ils se dispersèrent l'un d'un côté, l'autre d'un autre = chacun de son côté).

§288. Alter, altéra, alterum.

L'un, l'autre, quand il ne s'agit que de deux, s'expriment par alter répété : Altéra manu fert lapidem , panem ostentatdXterâ, Plaut. {d'une main il tient une pierre , de l'autre il montre du pain).

Noxii ambo alter in alterum causam conferunt, T. Liv. (coupables tous deux , ils rejettent l'accusation l'un sur l'autre).

Au lieu $ alter répété, on trouve aussi unus.... alter : Hercules duas cernebat vias, unam voluptatis, alteram virtutis , Cic. (Hercule voyait deux chemins; l'un était celui de la volupté, l'autre celui de la vertu).

§289. Uterque. Neuter. Alteruter.

1. L'un et l'autre, chacun des deux, tous deux, se rendent par uterque : Uterque virtute regnum adeptus est, C. N. (l'un et l'autre parvinrent à la royauté par leur mérite). Le singulier suffit, comme on voit, pour désigner deux personnes ou deux choses.

On emploie le pluriel lorsqu'il s'agit de deux partis , de deux peuples , de deux classes d'individus : Utrique victoriam crudeliter exercebant, Sali, (les deux partis [celui du peuple et celui des grands] usaient cruellement de la victoire).

On l'emploie même pour désigner deux objets qui vont ensemble , qui forment un couple , une paire : Binos habebam scyphos ; jubeo promi utrosque, Cic. (j'avais deux coupes; je les fais apporter l'une et l'autre); binos , au lieu de duo, indique que ces deux vases formaient une paire et ne se séparaient pas.

2. Uterque et alter peuvent se correspondre dans la même proposition : Utrique alteris freti, Sali, (les deux peuples, soutenus l'un par l'autre = chacun des deux s' appuyant sur l'autre).

§ 290. 1. Neuter (ni l'un ni l'autre, aucun des deux) a également alter pour corrélatif : Quum œquali cura lïnguam utram-

i!8 SYJNTAXE PARTICULIÈRE.

que tueri eœperimus , neutra alteri o/fieiet , Quintil. 1, 1 (lorsque nous ferons marcher de pair la culture des deux langues , elles ne se nuiront pas- l'une à l'autre).

% Alteruter (F un ou l'autre, l'un des deux) : Necesse est alterutrum vincere , Cic. (il faut nécessairement que l'un ou l'autre soit vainqueur) .

Il peut, comme uterque et muter, s'opposer à alter : Ne alteruter alterum prœoccuparet, C. N. (de peur que l'un des deux ne prévînt l'autre).

Rem. Lorsqu'on parle d'objets qui sont toujours au nombre de deux et ne peuvent pas dépasser ce nombre , aller suffit pour signifier l'un des deux : Alter consulum triumphavit , T. Liv. (l'un des deux consuls reçut les honneurs du triomphe). Altéra manuum (l'une des deux mains). Altero oculo carere, Plin. (être privé d'un œil).

§291. Quis {indéfini). Aliquis.

Ainsi que nous l'avons annoncé , § 34, II, on emploie quis au lieu d aliquis après les conjonctions si, nisi 9 ne , quum, après le relatif qui, quœ , quod, et après les adverbes conjonctifs quo, quanto , ubi, unde, quomodo, etc.

Si quis1 rex, si quâ civitas exterarum gentium, si quâ natio fecisset aliquid in civem romanum ejusmodi, nonne publiée vindicaremus? Cic. (si un roi, si une cité étrangère, si quelque nation avait commis un pareil attentat contre un citoyen romain, la république n'en tirerait-elle pas vengeance?)

In Gallia, si quod est admissum facinus, druides decernunt, Ces. (en Gaule, si quelque crime a été commis, le jugement appartient aux druides) .

Si quid in te peccavi, ignosce, Cic. (si j'ai eu quelque tort envers vous , pardonnez-le-moi) .

1. L'édition d'Orelli porte si qui rex. Quis et aliquis ont un double nominatif, suivant qu'ils sont pris substantivement ou adjectivement, ou plutôt, suivant qu'ils désignent un objet en lui-même , ou avec quelque rapport à ses qualités :

Substantivement.

Adjectivement.

Substantivement.

Adjectivement.

L'usage apprendra à distinguer ces nuances , un peu délicates pour des commençants , et qui d'ailleurs ne sont pas très-rigoureusement observées, si ce n'est dans quid et aliquid i qui ne sont jamais que substantifs, et dans quod et aliquod, qui sont toujours adjectifs. Quœ est fort rare au pluriel neutre.

SINGULIER

PLURIEL

Quïs, quae, qui, quâ,

Aliquïs ,

aliquï, aliquâ,

quïd. Quî , quôd, qui,

quae, quae,

aliquae ,

quae.

quâ.

aliqu

SYNTAXE PAJRITCUJLIÈKE. 219

Num quis irascitur pueris? Sén. (se met-on en colère contre les enfants?)

Rem. 1. On emploie cependant la forme composée aliquis , lorsqu'on veut attirer l'attention sur l'idée qu'elle exprime : Timebat omnia Pompeius , ne aliquid vos timeretis , Cic. (Pompée craignait tout, afin que vous n'eussiez pas à craindre quelque chose = afin que vous-mêmes n'eussiez rien à craindre) ; ne quid ne marquerait pas assez fortement l'opposition.

2. Siquando, né quando , sicubi, nëcubi, tiennent lieu de si — , ne aliquando, si — ,, ne alicubi, comme si quis de si aliquis, etc.

§ 292, Quisquis. Quicunque.

Quisquis et quicunque sont toujours relatifs, comme qui, quœ , quod, et signifient quiconque , tout homme qui... , et non pas seulement tout homme : Quisquis hoc facit, recte facit ( quiconque fait cela , tout homme qui fait cela , fait bien) ; antécédent sous-entendu , is.

Lentulus, quidquid habuit, illud totum habuitex disciplina, Cic. (tout ce que Lentulus eut de talent , il le dut aux leçons des maîtres) ; antécédent exprimé , totum illud.

Non omnia quaecunque loquimur ad arlem sunt revocanda, Cic. (toutes les paroles que nous disons ne doivent pas être ramenées à des règles).

Lorsque le verbe auquel se rapporte quicunque est sous-enlendu, l'analyse doit le rétablir : Quœ sanari poterunt, quâcunque ratione sanabo, Cic. (les maux qui pourront être guéris, je les guérirai à tout prix) ; quâcunque potero ratione \

Rem. Les relatifs français qui et quiconque, précédés d'une préposition comme dans cette phrase , « La vie est dure à quiconque est esclave de l'avarice , » n'en sont pas moins sujets du verbe qui les suit : à quiconque veut dire à celui, quel qu'il soit , qui; à tout homme qui. L'antécédent est donc sous-entendu; il peut aussi l'être en latin : Miseranda est vita, qui se metui quam amari malunt, C. N. , X , 9 (la vie est malheureuse pour qui aime mieux, pour quiconque aime mieux être craint que

1. Ce n'est qu'après le siècle d'Auguste que Ton trouve quicunque employé en prose pour quivis, quilibet , omnis , comme dans cet exemple de Quintil., I, 10, 35 : Numerorum notitia cuicunque erudito necessaria est (la connaissance de l'arithmétique est néces*- £aire à tout homme instruit).

d'être aimé) ; eis quimalunt. Du reste , cette ellipse de l'antécédent est rare , lorsqu'il doit être , comme ici , à un autre cas que le relatif.

DES PRONOMS PERSONNELS

§ 293. Il ne faut pas confondre les génitifs mei, tui, sui, avec les adjectifs possessifs meus, tuus, suus. Ainsi pars mea signifie « ma part , la portion qui m'appartient , » et pars mei « une partie de moi-même , une des parties dont je suis composé. »

Animuspars mei est, Sén. (mon âme est une partie de moimême).

Pars tui melior immortalis est, Sén. (la meilleure partie de toi-même est immortelle).

Virtus pretium sui est, Sén. (la vertu est la récompense d'ellemême = le prix de la vertu , c'est elle-même).

§ 294. Nostri , vestri. Nostrum , vestrum.

Nous avons remarqué , § 35 et § 146 , h , que les génitifs nostri, vestri, se prennent dans le sens collectif, nostrum, vestrum, dans le sens partitif.

Sens collectif. Nostri melior pars animus est, Sén. (l'âme est la meilleure partie de nous-mêmes). — Memoriam nostri quam maxime longam efficere, Sali, (laisser de nous le plus long souvenir). — H abêtis ducem memorem vestri, oblitum sui, Cic. (vous avez un chef qui se souvient de vous , et qui s'oublie luimême).

Dans ces exemples , nostri comprend la totalité des hommes , vestri, celle des sénateurs , sans acception des individus.

Sens partitif. Patria communis est omnium nostrum parens, Cic. (la patrie est notre mère commune à tous. — Nemo nostrum idem est in senectute, qui fuitjuvenis, Sén. (aucun de nous n'est le même dans la vieillesse qu'il fut étant jeune). —Minus habeo virium, quam vestrum utervis, Cic. (j'ai moins de forces qu'aucun de vous deux).

Dans ces exemples, on considère moins le tout que ses parties, l'ensemble que les individus. Par la même raison , il faudra dire, Quis vestrum et non quis vestri? de plus unusquisque , uterque, aliquis, quisquam nostrum, etc.

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