‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 185 sur 260 · PRONOM RÉFLÉCHI DE LA TROISIÈME PERSONNE · texte numérisé non relu

PRONOM RÉFLÉCHI DE LA TROISIÈME PERSONNE

§295. Se, soi, soi-même.

On n'exprime pas en latin le pronom se , 1° quand il appartient à un verbe pronominal , comme « il se tait , il se plaint , il se promène, il se hâte, » Tacet, queritur, ambulat, festinat; 2° quand il ne fait que donner au verbe le sens passif, § 68 : « Les histoires ne se liront plus , » Jam non legentur annales. — « Le brave ne s'émeut pas à la vue du danger, » Vir fortis periculo non movetur.

Dans toute autre circonstance, se, soi , se rendent par sui, sibi, se : « Tout être vivant fait en sorte de se conserver, » Omne animal id agit, ut se conservet, Gic. — « L'honnête homme n'ôtera rien à personne pour se l'approprier, » Vir bonus nihil cuiquam, quod in se transférât, detrahet, Gic. — « Tout le monde hait celui qui n'aime que soi , » Omnes eum oderunt, qui se unum diligit. — « L'empire le plus glorieux est celui qu'on exerce sur soi-même , » Imper are sibi maximum imperium est, Sén. Voyez d'autres exemples à l'article iïipse, § 277.

§ 296. Il , elle , lui , etc. , employés dans le sens réfléchi.

Les pronoms , il , elle , le , la , lui , leur , se rendent également par sui , sibi, se,

1° Lorsqu'ils sont dans la même proposition que le terme qu'ils représentent : « César appelle Labiénus auprès de lui (auprès de César) , » Cœsar Labienum ad se vocat. — « La justice doit être pratiquée pour elle-même (pour la justice), » Justitia pr opter sese colenda est, Cic. — « La raison et la parole unissent les hommes entre eux , » Ratio et oratio conciliant inter se homines, Cic.

2° Lorsque , dans une proposition subordonnée complétive , ils représentent le sujet de la proposition principale :

« Arioviste répondit à César, qu'il (lui Arioviste) était venu dans la Gaule avant le peuple romain, » Ariovistus Cœsari respondit se prius in Galliam venisse, quam populum romanum, Ces.

« Sylla voulut qu'on te brûlât après sa mort (lui Sylla), » Sylla se cremari post mortem voluit, Sén.

« Les Allobroges priaient Umbrénus d'avoir pitié A' eux (des Allobroges), » Allobroges Umbrenum orabant, ut sui miser eretur, Sali.

« César m'engage à lui servir de lieutenant (à lui César), » A Cœsar e invitor ut sibi sim legatus, Cic.

Rem. Le pronom sui, sibi, se , peut encore s'employer dans certaines propositions subordonnées qui ne sont pas complétives, pourvu qu'il y représente sans équivoque le sujet de la proposition principale :

Annibal Scipionem, eo ipso quod adversus se dux lectus esset, prœstantem virum credebat, T. Liv. (Annibal regardait Scipion comme un homme supérieur, par cela même qu'il avait été choisi pour commander contre lui). Il est évident que se en latin , et lui en français , représentent Annibal.

Themistocles domino navis quis sit aperit, multa pollicens si se conservasset , G. N. (Thémistocle découvre son nom au maître du navire , lui promettant , s'il le sauvait , de grandes récom^ penses) . Ici encore , les pronoms se et le ne peuvent se rapporter qu'à Thémistocle.

On remarquera de plus que , dans l'un et dans l'autre exemple, la proposition subordonnée exprime la pensée du sujet principal, et non celle de l'historien. C'est Annibal qui est censé dire pourquoi il estimait Scipion; c'est Thémistocle qui met une condition aux promesses qu'il fait. La proposition subordonnée est donc intimement liée à la principale , et cette liaison est marquée par le pronom réfléchi et par le subjonctif; elle est moins sensible en français, où l'on emploie lui et le, avec l'indicatif.

§ 297. Ipse employé pour éviter l'équivoque.

L'emploi de sui, sibi, se, peut quelquefois donner lieu à des équivoques ; ainsi Caius Publium oravit ut sibi consuleret, peut signifier également, « Caius pria Publius de le ménager (lui Caïus, » ou «de aménager (lui Publius). » Il faut dire, dans le premier sens : Caius Publium oravit ut ipsi consuleret; dans le second : ut ipse sibi consuleret.

Lorsqu'il y aura doute , on représentera donc le sujet de la proposition principale par les cas indirects iïipse : Jugurtha legatos ad consulem mittit, qui ipsi liber isque vitam peterent, Sali. (Jugurtha envoie au consul des ambassadeurs , chargés de demander la vie pour lui et pour ses enfants) ; ipsi ne peut se rapporter qu'à Jugurtha ; sibi aurait pu désigner également les ambassadeurs.

Quelquefois la suite des idées suffit pour lever l'équivoque. Lorsqu'on aura dit, par exemple, que César était menacé d'un grand danger aux ides de mars , la phrase , Calpurnia uxor illum orabat ut sibi caveret, signifiera nécessairement , « Cal-

SYNTAXE PARTICULIÈRE. w22o

purnie, sa femme, ie priait de se tenir sur ses gardes (lui César) , » parce que ce n'était pas Galpurnie qui était menacée.

Rem. Dans tous les cas dont les deux paragraphes précédents ne font point mention , il, le , lui , leur, se rendent par ù, ea, id , ou par un autre démonstratif :

Annibal quandiu in Italia fuit, nemo ei in acie restitit, C. N. (tant qu' Annibal fut en Italie , personne ne lui résista en bataille rangée) ; ei ne représente pas le sujet de la proposition principale, qui est nemo.

Ennius esse deos censet, sed eos non curare opinatur quid agat humanum genus , Cic. (Ennius reconnaît des dieux, mais il pense qu'ils ne s'occupent pas de ce que font les hommes) ; eos représente les dieux , et c'est Ennius qui est le sujet de censé t et à" opinatur.

ADJECTIFS PRONOMINAUX POSSESSIFS.

§ 298. Son , sa , ses , leur, leurs.

L'adjectif possessif suus, sua, suum, a le sens réfléchi comme sfui, sibi, se, et il se règle d'après les mêmes principes. Il s'emh| oie donc pour rendre son , sa, ses,

1° Lorsque l'objet possesseur et l'objet possédé sont dans la même proposition :

« Un chien vit son image dans le miroir des eaux » Canis lympharum in speculo vidit simulacrum suum, Phèd. Objet possesseur, canis, sujet de vidit ; objet possédé, simulacrum.

« J'écris à mon ami de vous confier son affaire , » Scribo ad amicum, ut tibi negotium suum committat, Cic. Objet possesseur, is, sous-entendu, sujet de committat; objet possédé, negotium.

2° Lorsque l'objet possesseur est sujet de la proposition principale , et que l'objet possédé se trouve dans une proposition subordonnée complétive :

« Les habitants de Colophon disent qu'Homère est leur compatriote ; ceux de Smyrne soutiennent qu'il est le leur, » Homerum Colophonii civem esse dicunt suum; Smyrnœi vero suum esse confirmant, Cic.

« Pythius assembla chez lui les pêcheurs , et les pria de pêcher devant ses jardins , » Pythius piscatores ad se convocavit, et ah Us petivit ut ante suos hortulos piscarentur, Cic.

22/l SYNTAXE PARTICULIÈRE.

§ 299. Remarque sur la première règle.

Dans les deux exemples cités sous le n° 1 , l'objet possesseur est sujet de la proposition. Dans le suivant , où Cicéron dit , en parlant d'Annibal, Hune sui cives e civitate ejecerunt (ses concitoyens le bannirent), hune, qui représente Annibal, objet possesseur, n'est plus sujet, il est complément; mais il se trouve dans la même proposition que cives , objet possédé , et cela suffit pour justifier l'emploi de suus. Cette tournure forme un latinisme très-usité :

Scipio suas res Syracusanis restituit, T. L. (Scipion rendit aux Syracusains leurs propriétés). — Avidum sœpe sua deludit aviditas (l'homme avide est souvent dupe de son avidité). — Sua militibus stipendia solvere (compter aux soldats leur paye).

Quand l'objet possesseur est désigné par un des cas de quisque , suus se place ordinairement avant ce mot : Nocetsm cuique stultitia, Sén. (chacun est victime de sa folie). — Justifia sxmm cuique tribuit, Gic. (la justice rend à chacun le sien = ce qui lui appartient). — Sui cuique mores ftngunt fortunam, C. N., et Fortuna suis cuique fingitur moribus, Cic. (les mœurs de chacun font sa destinée).

§ 300. Remarque sur la deuxième règle.

Le réfléchi suus peut s'employer dans des propositions subordonnées, qui ne sont pas complétives, pourvu que l'objet possédé se rapporte sans équivoque au sujet de la proposition principale : Fontéius, in periculis, eadem se solatia suis relinquere arbitrabatur , quœ suus pater sibi reliquisset, Gic. (Fontéius , en bravant les dangers, croyait laisser aux siens les mêmes consolations que son père lui avait laissées).

On observera ici , comme au § 296 , que la proposition subordonnée exprime la pensée du sujet principal , Fontéius , et non celle de Cicéron. Si ce dernier avait voulu raconter un fait en son propre nom , il aurait employé ejus avec l'indicatif, d'après la règle suivante , et il aurait dit : Fontéius eadem solatia suis reliquit, quœ pater ejus ipsi reliquerat, ou selon le § 299, quœ suus ei pater reliqueraL

§ 301. Son , sa, ses, dans un sens non réfléchi.

Tiberius ejusque frater.

Son, sa, ses, leur, leurs, se tournent par de lui, d'elle, d'eux, d'elles, en latin ejus, eorum, earum (qqf. illius ou

SYJNTAXE PAfiTICULlElUS. ±2b

istius), lorsque l'objet possesseur et l'objet possédé appartiennent à deux propositions indépendantes l'une de l'autre : « Je connais Cicéron et j'admire son génie (le génie de lui), » Novi Ciceronem, e]usque miror ingenium.

Rem. 1. Une phrase qui a deux sujets ou deux compléments unis par et, peut toujours se ramener à deux propositions indépendantes :

« Tibérius Gracchus et son frère furent tués (Tibérius fut tué, le frère de lui fut tué),» Tibérius Gracchus ejusque f rater occisi simt.

« On livra au supplice Lentulus et ses complices , » Sumptum supplicium est de Lentulo et sociis ejus ( sumptum est de Lentulo, et sumptum est de sociis ejus) .

2. On emploie encore ejus dans certains cas où l'objet possesseur et l'objet possédé appartiennent à la même proposition , pourvu que ni l'un ni l'autre n'en soient le sujet, et qu'ils ne soient liés par aucune idée de réciprocité :

Oratio principis jt?£r quœstorem ejus audita est, Tac. (le discours du prince fut lu par son questeur1). Le prince et son questeur sont ici considérés séparément : le discours du prince fut entendu , et ce fut le questeur du prince qui en donna lecture. La phrase équivaut donc réellement à deux propositions.

3. La possession est souvent exprimée en français par en , qui représente de lui, d'elle, d'eux : « J'ai vu le temple, et y en ai admiré la grandeur, » Templum vidi , et ejus magnitudinem miratus sum.

§ 302. Equivoques à éviter.

1. L'emploi de suus peut quelquefois donner lieu à des équivoques. Pour les éviter, on se sert ft ipsius, ipsorum :

[Cœsar milites suos interrogabat] cur de sua virtute , aut de ipsius diligentia desperarent, Ces. (César demandait à ses soldats pourquoi ils désespéraient de leur courage ou de son activité) ; sua diligentia aurait pu se rapporter aux soldats , comme sua virtute; ipsius ne peut désigner que César.

Nabarzanes et Bessus Artabazum orabant ut causant ipsorum tueretur, Q. Curce (Nabarzane et Bessus priaient Artabaze de défendre leur cause) ; causam suam aurait pu signifier la cause d' Artabaze.

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