‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 190 sur 260 · Non habens consiïcludîriém malarum artium · texte numérisé non relu

Non habens consiïcludîriém malarum artium

gue) ; Polens animi (maître de lui-même) ; Impotens irœ (qui ne sait pas maîtriser sa colère) ; Voti compos (qui a obtenu l'objet de son vœu).

Enfin l'adjectif reus, rea (accusé, accusée) : Reus avaritiœ1 (accusé d'avarice); et par analogie : Manifestus tanti sceleris, Sali, (manifestement coupable d'un si grand crime); Nullius flagitii compertus , Tac. (qui n'est convaincu d'aucune action condamnable) ; Fraternisanguinis insons, Ov. (innocent du sang de son frère) .

Application des principes précédents.

§ 31Zi. I. Aux verbes se souvenir, oublier.

Les verbes meminisse, recordari, reminisci, oblivisci , se construisent avec le génitif, comme les adjectifs correspondants memor et immemor : In somno animas meminit prœteritorum , Cic. (dans le sommeil, l'esprit se souvient du passé). — Est proprium stultitiœ aliorum vilia cerner e , suorum oblivisci , Cic. (c'est le propre de la folie de voir les défauts des autres et d'oublier les siens).

Rem. 1. Le génitif n'est , à proprement parler, que le complément indirect de ces verbes ; leur complément direct, memoriam, oblivionem, est compris en eux-mêmes , et c'est de l'idée représentée par ces mots que dépend le génitif.

Mais si meminisse , oblivisci, signifient « garder ou perdre la mémoire d'une chose, » ils signifient également « garder une chose dans sa mémoire , ou la mettre en oubli. » Aussi les quatre verbes précités se construisent-ils souvent avec l'accusatif : Bénéficia meminisse débet is in quem collata sunt, Cic. (celui qui a reçu des bienfaits doit se les rappeler) . — Cœsar oblivisci nihil solebat, nisi injurias, Cic. (César n'oubliait rien , si ce n'est les injures).

2. Les verbes moneo, admoneo, commoneo, commonefacio , dérivés de memini, et qui signifient avertir, faire souvenir2, régissent au génitif le nom de la chose dont on avertit , dont on rappelle la mémoire : Adversœ res nos admonuerunt religionum, T. L. (l'adversité nous a rappelés aux idées religieuses).

Du reste, on dit aussi monere, admonere aliquem de aliqua re. ! __

; 1. Reus, celui qui a une affaire, un procès; is cujus rcs agilur.

2. Ces verbes s'appellent causatifs ; en effet, ils causent, ils font faire l'action exprimée par memini. Le radical de ce dernier est men ; celui de moneo est mon , simple transformation de men.

Ces verbes prennent même quelquefois deux accusatifs : Illud te moneo ; cf. § 357.

3. Instruire, informer quelqu'un de quelque chose , suivent l'analogie d'avertir, et se rendent élégamment par certiorem facere aliquem alicujus rei ou de aliqua re.

§ 315. II. Aux verbes accuser, condamner, absoudre.

Avec les verbes accusare , insimulare, ar guère , coar guère , convincere, damnare, absolvere, et autres de signification analogue, le nom du délit se met au génitif : Miltiades proditionis est accusatus , G. N. (Miltiade fut accusé de trahison). — Fannius Verrem insimulat avaritiœ et audaciœ , Cic. ( Fannius accuse Verres de cupidité et d'audace). — Absolvere aliquem injuriarum, Cic. (absoudre quelqu'un du délit d'injure).

Ce génitif s'explique par l'expression très-usitée reum facere aliquem, expression dont accusare , ar guère, etc. , sont des équivalents. On dit accusare impietatis, comme on dit reum facere impietatis. Par une raison semblable , damnare, absolvere, équivalent à déclarer coupable, déclarer innocent, et le génitif est encore ici appelé par l'idée contenue dans le verbe.

Au lieu du génitif, on emploie quelquefois l'ablatif avec de : Noncommittamposthac, ut me accusare de epistolarum negligentia possis, Cic. (je ne m'exposerai plus à ce que vous puissiez m'accuser de négligence à vous écrire) .

Rem. 1. Le terme général crimen, qui signifie non pas crime, mais accusation, grief , se met à l'ablatif : Si iniquus in me es judex, condemnabo eodem ego te crimine , Cic. Ep. II, 1 (si vous me jugez avec trop de rigueur, je vous condamnerai à mon tour, et pour le même grief) ; et de même : Regni suspicione consulem absolvere, T. Liv. (absoudre le consul du soupçon d'aspirer à la royauté) .

' % On y met quelquefois le nom qui désigne la peine : Omne humanum genus , quodque est , quodqae erit, morte damnatum est, Sén. (tous les hommes , et ceux qui sont, et ceux qui seront un jour, sont condamnés à mourir) l .

Avec capiit, on se sert indistinctement de l'ablatif et du génitif : Miltiades, capitis absolut us , pecuniâ multatus est, C. N. (Miltiade ne fut pas condamné à mort, mais il fut puni d'une

i. L'ablatif est de règle quand il s'agit d'une amende : Cavùllus quindecim millibus œris damnatur, T. Liv. V, 32. 11 y a "des exemples du génitif: Quanti damnatus esset , ibid. Octupli damnatus , Cic. in Verr. III, 12.

amende). — Plurimi animos , quasi capite damnatos , morte militant, Cic. (beaucoup de gens font mourir les âmes, comme si elles avaient encouru la peine capitale) l .

3. Le genre de peine ou de supplice est exprimé aussi par l'accusatif avec ad, mais seulement après le siècle d'Auguste : Caligula multos honesti ordinis ad metalla aut ad bestias condemnavit, Suét. (Caligula condamna aux mines ou aux bêtes beaucoup d'hommes d'un rang honorable)2.

§ 316. Génitif avec les mots partitifs.

Le génitif exprime le rapport du tout à la partie , comme la préposition française de : Magna pars illiusterrœ (une grande partie de cette contrée).

C'est en vertu de ce principe que l'on dit so lus omnium ; septimus atque ultimus regum romanorum; fortissimus militum; uter nostrum, etc.

C'est encore par cette raison que le génitif se joint à tous les mots qui expriment une quantité , que ce soient des adverbes , comme satis , abande , affatim , parum , nimis : Satis eloquentiœ, sapientiœ parum , Sali, (assez d'éloquence, peu de sagesse). — Armorum affatim erat, T. Liv. fil y avait une quantité d'armes très-suffisante). — Terrorum et fraiidis abunde est, Virg. (c'est assez de terreurs et d'artifices) ;

Ou clés adjectifs neutres pris substantivement : Plus aquœ , minus vini (§ 261), multum eruditionis (beaucoup de savoir); quantum auri (que ou combien d'or)? tantumdem viœ (autant de chemin) ; paululum morœ (un peu de retard) ; aliquantidum aquœ tepidœ, Suét. (quelque peu d'eau tiède) .

§ 317. Observation sur les partitifs français.

1. Avec les noms de qualité, que ou combien de se tournent souvent par combien grand , et s'expriment par quantus, a, um : « Que de sagesse ! » quanta sapientia! Et de même : « Beaucoup de sagesse , » magna sapientia ; » Tant de sagesse , » tanta sapientia ; « Trop de confiance , » nimia fiducia ; cf. § 261 , Rem.

1. Il en est de môme de l'expression damnarc voti, ou en poésie, votis , proprement : « Condamner à l'acquittement de ce qui est promis par un vœu, » et par conséquent, exaucer un vœu, en parlant de la Divinité.

2. A l'époque classique, au lieu d'exprimer l'idée : Condamner à l'exil, on disait in exsilium pellere , ejicerc ; exsilio afficere , multare; au lieu de : Il fut condamné à quitter sa patrie , jussus est e patria discedoe.

2. Si les objets sont susceptibles de se compter , on exprime beaucoup par multi, œ , a, peu par pauci ' , œ, a, combien par quoi ou qnam multi, autant par lot ou tam multi : « Beaucoup de livres , » multi librî; « Tant de peuples , » tôt populi. « Aucun orateur n'a écrit autant que moi (des ouvrages aussi nombreux que les miens sont nombreux) , » Nemo orator tam multa scripsit, quam multa sunt nostra, Cic. — Ajoutez l'exemple déjà cité, § 236, quoi hommes, tôt sententiœ , et une foule d'autres.

3. D'après ce qui vient d'être exposé , on traduira : « Beaucoup d'orateurs , peu d'orateurs , » par multi orator es , pauci orator es. Mais si je dis : « Beaucoup, un petit nombre des orateurs grecs , » le sens partitif étant déterminé d'une manière précise , il faudra dire en latin : multi , pauci oratorum grœcorum, ou ex oratoribus ou inter orator es ; cf. § 266.

§ 318. Autres expressions partitives en latin.

A la classe des partitifs, se rattachent dimidium (la moitié), aliud, nihil, et le singulier neutre de tous les déterminatifs, id, idem, hoc, illud , quod, quid, aliquid, quidquam : Habet iracundia hoc mali : non vult régi, Sén. (la colère a cet inconvénient, a cela de mal, qu'elle ne veut pas être gouvernée). — Natura aliud alii commodi muneratur, Cic. (la nature donne à chacun des avantages différents) . — Justifia nihil expetit praemii , Cic. (la justice ne demande pas de salaire). — Tibi idem consilii do, Cic. (je vous donne le même conseil).

Rem. Le génitif peut appartenir à un adjectif neutre pris substantivement : Nihil boni divinat animus, T. Liv. (mon esprit ne présage rien de bon)1. On dira donc également bien : aliquid magnum et aliquid magni; nihil jucundum et nihil jucundi , et ainsi de tous les adjectifs neutres dont le génitif est en i. Mais on ne dira pas nihil tristis, quiddam cœlestis, parce que le génitif de la troisième déclinaison ne se distingue pas assez du nominatif; la clarté veut nihil triste , quiddam cœleste.

§ 319. Les poètes prennent substantivement et emploient, comme partitifs , un assez grand nombre d'adjectifs pluriels neutres : Angusta viarum, opaca locorum, Virg. Amara car arum, cuncta terrarum , Hor.

1. Dans hoc mali , aliud commodi , les deux génitifs sont aussi ries adjectifs employés substantivement : cela de mauvais , auire chose d'avantageux.

On trouve même dans Cicéron : Summa pectoris (le haut de la poitrine) ; cujusque artis difficillima ( les règles les plus difficiles de chaque art) ; mais ces exemples y sont fort rares. Ils sont beaucoup plus communs chez les historiens , et en général dans tous les écrivains postérieurs à Cicéron : Non temere incerta casuum reputat, quem fortuna nunquam decepit, T. Liv. (celui que la fortune n'a jamais trahi, ne songe guère à l'incertitude des événements). — Animus reclus atque integer corrigit prava fortunae , Sén. (une âme droite et pure corrige les torts de la fortune) .

Salluste , Tite-Live et les écrivains de l'âge suivant construisent aussi le génitif avec le singulier neutre dans des cas où , d'après la règle établie , § 245, il devrait y avoir accord : Ad summum montis , Sali. ; Médium ferme diei erat, T. Liv.; Extremo œstatis , medio iemporis, obscur o diei , Tac.

§ 320. Génitif avec les adverbes de lieu et de temps.

C'est encore en qualité de mots partitifs que les adverbes de lieu se joignent au génitif : Ubi terrarum? ubinam gentium? Cic. (en quel lieu du monde?) Ubi représente quo in loco. — Res esteodem loti, quo reliquisti, Cic. (l'affaire en est au point où vous l'avez laissée). — Quo amentiœ progressi estis? T. Liv. (à quel degré de folie êtes-vous parvenus?)

Il en est de même des adverbes de temps pridie et postridie, qui d'ailleurs se construisent aussi avec l'accusatif (cf. § 373). Quant à tune temporis (dans ce temps-là) , cette expression n'a guère d'autorité que celle de Justin.

§ 321. Observation sur le génitif possessif .

Ces mots, amor Dei , sont susceptibles de deux acceptions bien différentes. Quand on dit : amor Dei erga homines, c'est Dieu qui aime ; le génitif est pris activement. Quand on dit : amor Dei fons est omnium virtutum, c'est Dieu qui est aimé'; le génitif est pris passivement.

La suite des idées indique toujours lequel des deux sens il

faut donner à un génitif : Non agitur de sociorum injuriis,

Sali. Cat. 52 (il ne s'agit pas des injures faites à nos alliés) ; le

I sens est passif. — Id accidit prœtoris iniquitate et injuria , Cic.

j (cela est arrivé par la partialité et l'injustice du préteur) ; le sens

j est actif.

Les génitifs des pronoms personnels, met, lui, sui , nostri ,

vestri, se prennent passivement : Me impulit tui caritas, Cic. (ma tendresse pour vous m'a déterminé). Caritas tua signifierait : « Votre tendresse pour moi. » Cf. § 293.

Cette différence est bien marquée dans l'exemple suivant, où nia est actif, et sut passif : Nicias vehementer tuâ sui memoriâ delectatur, Cic. ( Nicias est vivement touché du souvenir que vous gardez de lui).

Cependant les possessifs meus , tuus, etc., peuvent euxmêmes se prendre passivement, surtout avec les mots injuria, odium, invidia, gratia, et quelques autres ; mais il faut que l'équivoque soit impossible : Non odio id fecit tuo, Ter. (il ne l'a pas fait par haine pour vous, en haine de vous). On aurait pu dire également odio tui.

§ 322. Cette identité de signification de meus, tuus, suus , adjectifs, zvecmei, tui, sui, génitifs des pronoms, explique la construction suivante , et toutes celles qui y ressemblent : Mea ipsius manus (ma propre main) ; ipsius se rapporte au génitif mei, non exprimé , mais représenté par mea. — Juravi rempublicam meâ unius operâ esse salvam, Cic. (j'ai fait serment que la république avait été sauvée par mes seuls efforts) .

Ipsius et ipsorum , ajoutés au possessif suus, fournissent un moyen d'éviter les ambiguïtés : Aves fétus suos, quum visi sunt adulti, liber o cœlo suseque ipsorum fiduciœ permittunt, Quintil. (quand les oiseaux voient leurs petits assez forts , ils les abandonnent à la liberté de l'espace et à leur propre hardiesse) ; ipsorum empêche que suœ ne se rapporte à aves; cf. § 302.

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