‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 203 sur 260 · DATIF AVEC LES VERBES · texte numérisé non relu

DATIF AVEC LES VERBES

§ 341. Le datif marque proprement le terme où aboutit une action. En conséquence, il se joint par sa force naturelle :

1° Aux verbes transitifs comme complément indirect, ainsi que nous l'avons fait voir, § 201. C'est surtout en ce sens qu'on le nomme cas d'attribution.

2° A un grand nombre de verbes intransitifs , qui prennent en français la préposition à, comme : Nuire, obesse , nocere; Plaire, placer e; Déplaire, displicere; Obéir, parère, obedire, obtemperare, et autres semblables : Mundus Deo paret, et hominum vita jussis supremœ legis obtempérât, Gic. (le monde est soumis à Dieu, et la vie des hommes obéit aux commandements d'une loi suprême).

3° A d'autres verbes qui sont transitifs en français , neutres ou intransitifs en latin : Favoriser quelqu'un, f avère alicui; Etudier les belles-lettres, studere litteris; Secourir un ami, auxiliari, opitulari amico ; Epargner les vaincus, victis parcere; Ménager, économiser le temps, parcere tempori; Flatter les grands, potentibus blandiri; La philosophie guérit les âmes, philosophia medetur animis, Cic. *.

4° A la plupart des verbes composés des prépositions in, ad, ante, cum, inter, ob,post, prœ , sub;

Comme complément indirect , s'ils sont transitifs : Summum crede nef as, animam prœ ferre pudori, Juv. (croyez que c'est le plus grand des crimes , de préférer la vie à l'honneur) ;

Comme seul complément s'ils sont intransitifs : Assuescere labori (s'accoutumer au travail1). — Prœstat honestas incolumitati, Cic. (l'honneur passe avant la sûreté). — Omnes participes sumus rationis, quà antccellimus bestiis, Cic. (nous participons tous à la raison , qui nous élève au-dessus des botes). — Varietas

* Le complément direct que ces verbes régissent en français, peut être changé par r analyse en un complément indirect. En effet, favoriser quelqu'un, c'est lui accorder une faveur; étudier les lettres, c'est donner aux lettres son application; épargner les vaincus, c'est leur faire grâce ; secourir un ami , c'est lui porter secours , et ainsi des autres. Réciproquement, les régimes directs, faveur, application , grâce, secours, sont représentés en latin parle radical des verbes f avère, studere, parcere , opitulari. La chose étant évidente pour ce dernier, dans lequel on reconnaît distinctement opem et le second radical de ferre, l'analogie, qui est la loi des langues, force de l'admettre pour les autres. La différence entre le latin et le français n'est donc que dans la forme, et une analyse facile la fait disparaître.

1. Le verbe assuescere se trouve aussi avec l'ablatif : nommes labore assiduo et quotidiano assueti, Cic. de Oral., III, 15.

occurrit satietati , Cic. (la variété prévient la satiété). — Succéder c mûris (s'approcher des murs).

5° A tous les composés du verbe sum (excepté absum et possum) : Desunt luxuriœ multa, avaritiœ omnia, Sén. (beaucoup de choses manquent au luxe , tout manque à l'avarice). — Satius estprodesse etiam malts , quam bonis déesse , Sén. (il vaut encore mieux être utile aux méchants, qu'inutile aux gens de bien).

Rem. Les prépositions ad, cum et in se répètent quelquefois avec le verbe composé, pour donner plus de force à l'expression : Quidam, ad eas laudes quas a patribus acceperunt, addunt aliquam suam, Cic. (quelques-uns ajoutent des titres personnels à l'illustration qu'ils ont reçue de leurs pères). — Gonfer nostram longissimam œtatem cum œternitate, Cic. (comparez la vie la plus longue avec l'éternité). — In omnium animis Dei notionem impressit ipsa natura, Cic. (la nature elle-même a imprimé l'idée de Dieu dans tous les esprits).

§ 342. Les verbes qui expriment une action opposée à celle de donner, comme adimere, detrahere, eripere, extorquer e, veulent au datif leur complément indirect, si c'est un nom de personne : Sunt multi qui eripiunt aliis, quod aliis largiantur, Cic. (il y a bien des gens qui ôtent aux uns pour donner aux autres). — Hune mihi timorem eripe, Cic. (délivrez-moi de cette crainte, m. à m. ôtez-moi cette crainte).

Mais si le complément indirect est un nom de chose , il se met à l'ablatif avec ou sans préposition : Eripere aliquem flammâ, suppliais, ou e flamma, e suppliciis (arracher quelqu'un aux flammes, aux supplices). On doit employer la préposition lorsqu'elle ajoute à la clarté.

§ 343. Datif exprimant le but ou V intention.

1. Le datif, marquant le terme où aboutit une action, marque aussi le but qu'on se propose , l'intention qu'on a en la faisant. En ce sens, il répond à la question pour qui? pourquoi? a l'avantage ou au désavantage de qui? Non scholœ, sed vitœ discimus, Sén. (ce n'est pas pour l'école , c'est pour le monde que nous apprenons). — Non solum nobis divites esse volumus, sed liber is, propinquis, amicis, maximeque reipublicœ , Cic. (ce n'est pas seulement pour nous que nous voulons être riches, c'est pour nos enfants , pour nos proches , pour nos amis , et surtout pour la république).

2. D'après ce principe , « Demander une grâce pour quelqu'un » s'exprimera par petere veniam alicui; tandis que , selon le § 324, « demander une grâce à quelqu'un » doit se rendre par veniam petere ab aliquo.

On dira de même : Metuere alicui, et ab aliquo (craindre pour quelqu'un, et craindre quelque chose de quelqu'un). — Consulere rébus suis (veiller à ses intérêts) , et consulere deos (consulter les dieux). — Prospicere patriœ , Cic. (pourvoir au salut de la patrie), et prospicere tempestates, Cic. (prévoiries tempêtes) .

Rem. C'est le bon sens et l'usage qui indiquent comment le datif de but et d'intention doit être rendu en français : Excusare se, purgare se alicui (s'excuser, se justifier auprès de quelqu'un) . — Irasci amicis non soleo, Cic. (je n'ai pas coutume de me mettre en colère contre mes amis). — Philosophiœ semper vaco, Cic. (j'ai toujours du loisir pour la philosophie). Dans ces trois exemples , les prépositions auprès, contre et pour, rendent également le datif, chacune avec des nuances différentes).

Il en est de même des exemples suivants et d'autres semblables : Nullus agenti dies longus est, Sén. (pour qui travaille , le jour n'est jamais long). — Docto homini et erudito, vivere est cogitare, Cic. (pour l'homme instruit et cultivé, vivre c'est penser), i — Barbaris ex fortunâ pendet fides, T. L. (chez, ou, pour les barbares , la fidélité aux engagements dépend de la fortune).

§ 344. Datif avec le verbe esse.

Est mihi liber.

Le datif se construit souvent avec le verbe esse, considéré comme attributif, § 240. Si le mot qui est au datif désigne une personne , être peut se remplacer en français par avoir : Est mihi liber (un livre est à moi = j'ai un livre). — Est homini cum Deo similitudo, Cic. (l'homme a de la ressemblance avec Dieu).

Si le datif désigne une chose , esse se rendra quelquefois par causer, procurer, ou un autre verbe semblable : Nimia fiducia calamitati esse solet, C. Nép. (une trop grande confiance cause souvent des malheurs) .

Rem. 1. Dans certaines locutions de ce genre, le français correspond exactement au latin : Fama quoque est oneri, Ov. (la réputation même est à charge) .

% Avec les personnes , est a pour attribut implicite , appartenant à... ; avec les choses , aboutissant à. . .

§ 345. Verbe esse avec deux datifs.

Le datif de la personne et celui de la chose se trouvent souvent réunis : Paucis temeritas est bono , multis malo , Ph. (la témérité tourne à bien à peu de personnes ; elle tourne à mal à beaucoup ; ou mieux : la témérité a rarement une bonne issue , souvent une mauvaise) . — Hoc tibi est honori ( cela est à votre honneur = cela vous fait honneur). — Il œc res mihi curœ erit (j'aurai soin, je prendrai soin de cette affaire). — Fortitudini fortuna quoque adjumento est, Gic. (la fortune aussi vient en aide au courage). Ici fortitudini tient lieu d'un nom de personne ; le courage est personnifié , considéré comme vivant et agissant.

Rem. Les verbes do, verto, tribuo , se construisent avec deux datifs dans un sens analogue au précédent : Crùnini mihi dédit meam fidem (il m'a fait un crime de ma bonne foi). — Aliquid alicui vitio vertere (blâmer quelqu'un de quelque chose, mot à mot , lui tourner une chose à défaut. ) — Hoc Mi tribuebatur ignaviœ , Gic. (on attribuait cette conduite à sa lâcheté).

§ 346. Est mihi nomen.

Au datif accompagné du verbe esse et marquant la possession, se rattache la manière de parler, est mihi nomen (j'ai nom, je m'appelle). Avec cette locution, le nom propre se met, ou au nominatif (est mihi nomen Caius) ; ou au datif {est mihi nomen Caio) ; ou enfin , mais fort rarement , au génitif (nomen Mercurii est mihi, Plaut).

Syracusis est fons aquœ dulcis, cui nomen Arethusa, Cic. (à Syracuse est une fontaine d'eau douce, qu'on nomme Aréthuse) .

Attus Clausus, cuipostea Appio Claudio fuit nomen, T. Liv. (Attus Glausus, qui depuis fut nommé Appius Glaudius).

Rem. Dans le premier exemple , Arethusa est sujet ou attribut de la proposition ; dans le second , le nom propre est attiré au datif par cui.

§ 347. Datif avec le verbe impersonnel licet.

Licuit esse otioso.

Une attraction pareille a lieu avec licet, lorsque ce verbe a pour sujet un des infinitifs esse ou fieri, accompagné d'un adjectif : Inpublica re, mihi negligenti esse non licet, Gic. (il ne m'est pas permis d'être indifférent aux affaires publiques). — Licuit esse otioso Themistocli, Gic. (Thémistocle aurait pu vivre dans le repos).

Rem. 1. L'adjectif peut aussi se mettre à l'accusatif, comme attribut de la proposition infinitive : Is erat annus quo ei consulem fieri liceret, Gés. (c'était l'année où il lui était permis d'être élu consul). Cette construction est rare, lorsque le datif de la personne est exprimé ; elle est assez fréquente, lorsqu'il ne l'est pas : Liceat esse miser os, Gic. (qu'il nous soit permis d'être malheureux) =nos esse miser os \ liceat.

<2. Les poètes et les écrivains postérieurs à Gicéron étendent l'attraction du datif aux verbes datur, contingit, prodest, vacat, necesse est : Infirmo non vacat esse mihi, Ov. (je n'ai pas le temps d'être malade). — F obis necesse est fortibus viris esse , T. Liv. (c'est une nécessité pour vous d'être braves)1.

§ 348. Datif avec les verbes passifs.

Mihi probantur.

On a vu , § 328 , que le nom de la personne qui fait l'action exprimée par le verbe passif se mettait à l'ablatif, précédé de a ou ab. Ce nom peut aussi se mettre au datif avec certains verbes , comme audiri, haberi, intelligi, laudari, probari, quœri, videri, et autres, que l'usage apprendra : Cui non sunt auditœ Demosthenis vigiliœ? Gic. (qui n'a entendu parler des veilles de Démosthène?) — Mihi val de probantur Ciceronis libri (les livres de Cicéron sont fort de mon goût)2.

Ge datif doit être considéré comme le complément du verbe être, compris dans tout passif. Les deux exemples suivants feront parfaitement saisir cette analogie : Mihi consilium captumjam diu est, Gic. (mon parti est pris depuis longtemps) ; mot à mot, le parti est pour moi pris depuis longtemps. — Barbarus hic ego sum, quia non intelligor ulli, Ov. (je suis ici un barbare, parce que je ne suis compris de personne) ; proprement, parce que je ne suis intelligible pour personne.

I. Cf. Méth. gr. § 280, II , dernier exemple. — 2. Méth. gr. § 347 , H.

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