Cf. §80, I, Rem
L'objet clu repentir, de la honte, etc. , peut être aussi exprimé par un infinitif: Quem pœnitet peccasse , pœne est innocens , Sén. le Tr. (celui qui se repent d'avoir péché, est presque innocent). En ce cas, l'infinitif est sujet de pœnitet.
Rem. 1. Pour exprimer « Je commence à me repentir, » on dira incipit me pœnitere , dont l'analyse est : « Le repentir commence à me prendre. » Cette règle s'applique aux verbes soleo, debeo, possnm, incipio, cœpi, desino. Construits avec les infinitifs pœnitere, pndere, etc., ces verbes ont pour sujet l'idée contenue dans l'infinitif, et par conséquent ils se mettent toujours à la troisième personne du singulier : Solet eum, quum aliquid furiose fecit , pœnitere , Cic. (il a coutume de se repentir lorsqu'il s'est livré à quelque emportement). — Postquam animus CQnquievit, pigere eum facti cœpit, Just. ( lorsque son esprit fut calmé , il commença à être fâché de ce qu'il avait fait).
2. Outre l'impersonnel me miseret, j'ai pitié s'exprime encore par misereor avec le génitif : « Ayez pitié des alliés, » Miser emini sociorum, Cic. — Il ne faut pas confondre miser eri avec miser ari , qui signifie plaindre , déplorer, et qui régit l'accusatif : Miser ari casum alicujus ( déplorer le sort de quelqu'un).
§ 379. Verbes rëfert , interest [il importe).
Avec les verbes rifert et interest, le nom de la personne à laquelle une chose importe se met au génitif : « Il importe au roi , il est de l'intérêt du roi , » Régis interest.
Au lieu de mei, tui, sui, etc. , génitifs des pronoms personnels , on emploie les ablatifs pronominaux possessifs meâ, tuâ, %uâ, nostrâ, vestrâ : « Il m'importe, » Meâ rëfert. — « Il est de notre intérêt, » Nostrâ interest1.
Si ces possessifs sont suivis de qui, quœ, quod, ce relatif s'accorde en genre et en nombre avec le pronom personnel représenté par meâ, tuâ, etc. « Il vous importe, à vous qui êtes pères , » Vestrâ interest, qui patres estis, PI. le j. Qui se rap-
1., Ces mots sont réellement des ablatifs féminins et non des accusatifs pi. neutres. Priscien Paffirme en propres termes, et la chose est évidente pour rëfert , composé de fert et de Pal T re. Elle se conclut par analogie pour interest, où re est sous-entendu. L'ablatif pas plus étrange ici que dans intereâ (cf. § 90, R. à). Un ex. de Plaute, Capt. n, l , 46 : tuâ re feceris (tu auras agi dans ton intérêt) , conduit directement à tuâ rë-fert s tuâ [rè] interest. Enfin a est toujours long dans les poètes, et ce fait est décisif. Ajoutons que rè explique très-naturelîement le génitif qui se joint à ces verbes.
porte au génitif pluriel vestrum, dont l'idée est comprise dans vestrâ; cf. § 322.
Ces locutions , « Il nous importe , il vous importe à tous deux , » se rendent par utriusque nostrum, utriusque vestrum interest.
Rem. L'emploi des ablatifs pronominaux est très-fréquent avec rëfert et interest; celui du génitif est très-rare avec rëfert. Ainsi l'on dit beaucoup mieux interest patris que rëfert patris.
§ 380. 1: La mesure de l'importance ou de l'intérêt qui s'attache à une chose, s'exprime par les cinq génitifs neutres pris adverbialement, magni, permagni, parvi, tanti, quanti , ou par les accusatifs tantum, quantum, multum , plus , plurimum , minus, quid, nihil, et par les adverbes val de ,■ vehementer, magis, maxime, minime.
2. Rêfert et interest ont toujours pour sujet , ou un infinitif : Interest omnium recte facere, Cic. (il importe à tous de bien faire ) ; ou une proposition subordonnée : Plurimum rëfert qui sint audientium mores, Quintil. (il importe beaucoup quelles sont les mœurs des auditeurs). — Non rëfert quam multos lïbros, sed quam bonos habeas, Sén. (il n'importe pas combien vous avez de livres , mais jusqu'à quel point ils sont bons = d'avoir beaucoup de livres, mais d'en avoir de bons). — Illud meâ magni interest, te ut videam, Cic. (il m'importe beaucoup de vous voir) ; le sujet est ut videam te; le neutre illud ne fait que l'annoncer, comme il en français.
3. Le nom qui exprime a quoi une chose importe se met à l'accusatif avec ad : « Il importe beaucoup à l'honneur et à la gloire du pays, » Magni interest ad decus et ad laudem civitatis, Cic.
Cependant, s'il s'agit d'un objet qui puisse être personnifié , on emploiera le génitif : « Il importe au pays, à la république, » Interest civitatis, reipublicœ.
§ 381. Verbes decet, dedecet , juvat.
1. Le verbe decet et son opposé dedecet, ayant la signification active , veulent à l'accusatif le nom de la personne à laquelle une chose sied ou ne sied pas. Le sujet peut être ou un substantif : Candida pax homines, trux decet ira feras, Ov. (l'aimable paix sied aux hommes, la colère farouche aux bêtes sauvages) ; — ou une proposition infinitive : Decet verecundu
esse adolescentem , Plaut. (il sied à un jeune homme d'être réservé).
Decet peut s'employer à la troisième personne du pluriel : Miseros convicia non décent, Just. ( un langage amer ne sied pas aux malheureux).
2. Ces deux verbes n'ont pas de voix passive. Juvare, qui a j les deux voix, n'en est pas moins susceptible des mêmes con- | structions : Juvat nos beneficii conscientia, Sén. ( la conscience d'un bienfait nous rend heureux, mot à mot, nous réjouit). — Multos castra juvant, Hor. (beaucoup d'hommes se plaisent dans les camps). — Juvat me, qnod vigent studia1, PL le j. (j'aime à voir les études fleurir).
§ 382. Verbes fallit, fugit, praeterit.
On emploie souvent la troisième personne des verbes fallo, fugio, prœtereo, dans le sens du français ignorer. La chose ignorée est le sujet; le nom de la personne est le complément direct : Omncs fontes œstate quant hienie gelidiores esse 2 quem fallit? Plin. (qui ne sait que toutes les sources sont plus froides en été qu'en hiver?) — Quid sit optimum, neminem fugit, Quintil. (personne ne se méprend sur ce qui est le meilleur). — Non me prœterW6 , usum esse optimum dicendi magistrum, PL le j. (je n'ignore pas que l'exercice est le meilleur maître d'éloquence).
Rem. Les poètes et les écrivains postérieurs à Gicéron emploient dans le même sens , et avec l'accusatif de la personne , le verbe latere : Nil illum, toto quod fit in orbe, latetk, Ov. (rien de tout ce qui se fait dans l'univers n'est ignoré de lui, ne lui est caché). — Latet plerosque ,V\m. (la plupart ignorent).
§ 383. Verbes attinet, pertinet, spectat.
1. Les deux verbes attinere, pertinere, dans le sens de regarder quelqu'un, l'intéresser, s'emploient souvent à la troisième personne avec ad et l'accusatif : Quod ad me attinet, Ci& j (pour ce qui me regarde). — Ad rempublicam pertinet me | conservari, Gic. (la république est intéressée à ma conserva- I tion).
Attinet et pertinet sont quelquefois sous-entendus; ainsi l'on
1. Sujet, quod studia vigent. — 2. Sujet, omnes fontes gelidiores esse; complément quem : Quelle personne cela trompe-t-il? à qui cela échappe-t-il ? — 3. Ne me passe pas, ne m'échappe pas.— U. Cf. Méth. gr. § 388, 7.
272 SYNTAXE IWllTlCULIÈliK.
dit également Quid istud ad me attinet? Plaut. , et Quid istud ad me? (en quoi cela me regarde-t-il ? \ — Nihil ad rem 1 , Gic. (cela ne fait rien à la chose).
2. Le verbe spectare, dans le sens de tendre à, viser à, se construit comme les deux précédents ; mais il ne peut pas avoir comme eux un infinitif pour sujet : Totum.ejiis consilium ad bellum spsctare videtur, Gic. (toutes ses vues paraissent tendre à la guerre).
§ 38/i. Verbes manet, déficit.
1. Le verbe manere , quoique neutre, régit à l'accusatif le nom delà personne, lorsqu'il signifie attendre, et qu'il a pour sujet un nom de chose : Aliud me fatum manet, Cic. (une autre destinée m' attend , m' est réservée) .
Il s'entend de soi-même que, dans le sens de rester à quelqu'un, ce verbe prend le datif : Mihi, quod viro forti adimi non potest, id manet et permanebit , Gic. (ce qu'on ne peut enlever à un homme de cœur, me reste et me restera toujours).
D'un autre côté, lorsque attendre a pour sujet un nom de personne , on l'exprime par exspectare ou opperiri.
2. Le verbe deficere (manquer) , ayant pour sujet un nom de chose et pour complément un nom de personne , veut ce dernier à l'accusatif : Bonos nunquam honestus sermo deficiet, Quintil. (un langage honnête ne manquera jamais à l'homme de bien). L'usage apprendra les autres constructions de ce verbe.
§ 385. Verbes imminet , impendet , instat.
Pour traduire en latin « Un grand danger nous menace , » et autres locutions semblables , où le verbe menacer a pour sujet un nom de chose, on se sert élégamment des verbes neutres imminer e, impendere ( être suspendu sur ) , instar e ( se tenir sur,, presser), en mettant le nom de la personne au datif: Magnum pericidum nobis imminet, impendet, instat. — « Un danger vous menace de leur part , » Tibi ab Us instat periculum,, Gic.
§ 386. Verbes minari, gratulari.
1. Mais si c'est une personne qui en menace une autre , oi se sert de minari, et le nom de la personne menacée se met au
1. Hoc nihil pertinet ad rem. Ici nihil, et plus haut quid, sont à l'accusatif, d'après le § 363.
datif: Nisi homini minatus essem, Cic. (si je n'avais menacé cet homme) .
Le nom de la personne se trouvant ainsi complément indirect, celui de la chose dont on la menace devient complément direct et se met à l'accusatif : « Menacer quelqu'un de la mort , » Minari mortem alicui; proprement : montrer avec menace la mort à quelqu'un.
2. La même construction s'applique au verbe gratulari : « Il le félicite de sa victoire , » Et victoriarn gratidatur, Cic. ; proprement : gratam sibi testatur.
§ 387. Verbes interdicere , intercludere.
1. On dit en français , « Interdire quelque chose à quelqu'un. » En latin , le nom de la chose se met à l'ablatif, et celui de la personne au datif : « Je vous interdis ma maison , » Interdico tibi domo meà. « Interdire à un accusé le feu et l'eau, » Interdicere reo aquâ et igni. — Le complément direct est compris dans le verbe : prononcer à l'accusé son interdiction, son exclusion du feu et de l'eau1.
2. Le verbe intercludere (fermer le passage) se construit de deux manières ; ou avec l'accusatif de la personne et l'ablatif de la chose : Cœsar re frumentariâ adversarios intercluserat , Ces. (César avait coupé les vivres à ses adversaires) ; — ou avec l'accusatif de la chose et le datif de la personne : Intcrcludito inimicis commeatum, Plaut. (coupe les vivres aux ennemis).
§ 388. Verbes aspergcre , circumdarc, donare, etc.
Plusieurs autres verbes ont, dans des significations identiques ou du moins analogues, des régimes différents; nous n'en citerons qu'un petit nombre :
1. Asperger e labem vitœ alicujus (répandre une tache sur la vie de quelqu'un, flétrir sa réputation), et aspergere aram sanguine (arroser un autel de sang) .
2. Circumdare urbem muro, et muruni urbi ( entourer une ville de murailles, et, construire des murailles autour d'une ville).