‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 214 sur 260 · DES QUESTIONS DE TEMPS · texte numérisé non relu

DES QUESTIONS DE TEMPS

§ 373. question Quando {quand).

Les circonstances de temps sont assimilées à celles de lieu et marquées par les mêmes cas. Ainsi, le terme qui exprime en quel temps une chose a été faite ou sera faite, se met à l'ablatif sans préposition : Pyrrhi temporibus , jam J polio versus facere dcsierat, Cic. (à l'époque de Pyrrhus, Apollon avait déjà cessé de faire des vers). — Quâ nocte natus est Alexander , eâdem Dianœ Ephesiœ templum deflagravit, Cic. (la nuit même où naquit Alexandre, le temple de Diane à Ephèse fut brûlé). — Homerus annis multis fuit ante Romulum , Cic. (Homère vécut bien des années avant Romulus). — Themistocles fecit idem quod- viginti annis ante fecerat Coriolanus , Cic. (Thémistocle fit ce que Coriolan avait fait vingt ans auparavant ) .

Rem. 1. Au lieu de viginti annis ante, on aurait pu dire en employant le nombre ordinal aufcingulier, vigesimo anno ante, ou vigesimo ante anno (la vingtième année auparavant); viginti post annis, ou vigesimo post anno (vingt ans, ou, la vingtième année après).

2. Ante et post, qui dans ces exemples sont adverbes, peuvent redevenir prépositions, et l'on dira également bien multis post annis, ou, post multos annos eadem evenere, comme on dit en français : «Beaucoup d'années après, ou, après beaucoup d'années, les mêmes événements se renouvelèrent.»

3. Cet emploi de post avec l'accusatif fournit le moyen de rendre les locutions françaises, dans peu de jours, dans quelques années, etc. ; dans pouvant se tourner par après, on dira post paucos dies , post aliquot annos.

Cependant, avec biduum, triduum, quatriduum , le même rapport s'exprime par l'ablatif : Triduo hœc audietis, Cic. (vous apprendrez cela dans trois jours).

4. Si l'on veut rendre en latin , tous les sept jours, et autres expressions semblables, marquant retour périodique d'une action, il faut dire avec quisque et l'ablatif: septimo quôque die (mot à mot, chaque septième journée).

5. A la question Quando appartiennent encore les deux adverbes pridie e! postridie. On dit pridie, posïridie ejns diei (la

veille ,. le lendemain de ce jour). Mais les autres noms se mettent à l'accusatif : pridie kalendas; postridie ludos.

§ 37/u question Quam dudum [depuis quand).

1. Pour exprimer depuis quand dure ou durait une action, le nom de temps se met à l'accusatif, et l'on emploie le nombre ordinal : «L'Italie était depuis douze ans ravagée par la guerre punique , » Punico bello duodecimum annum Italia urebatur , T. Liv. (était ravagée une douzième année)1. Et de même: « Il y a bien des années que je suis lié avec Trébonius, » Trebonlo multos annos utor familiariter, Gic.

2. S'il s'agit d'un temps tout à fait écoulé, on se sert du nombre cardinal avec ante et le démonstratif hic, hœc, hoc : « Il y a six mois que tu as médit de moi, » Ante hos seœ menses maie dixisti mihi, Ph. (avant ces derniers six mois).

On peut aussi employer abhinc suivi de l'accusatif ou de l'ablatif : «Il y a vingt-deux ans qu'il est mort, » Me abhinc duos et viginti annos mortuus est, Cic. — « Il y a quatre ans, » Abhinc annis quattuor, Cic.

Rem. 1. Abhinc signifie, A partir de ce moment en reculant dans le passé ; il se joint toujours au nombre cardinal et se place le premier ; on ne doit donc pas dire quattuor abhinc annis, ni quarto abhinc anno.

2. Depuis ce temps-la s'exprime par ab ou ex Mo tempore; — Depuis la fondation de Rome , yarpost urbem conditam, ou ab urbe condita.

§ 375. question Quandiu [pendant combien de temps).

Le terme qui exprime pendant combien de temps 2 une action dure habituellement, a duré ou durera, se met à l'accusatif sans préposition : Ager quum multos annos quievit, uberiores efferre fruges solet, Cic. (un champ qui s'est reposé plusieurs années donne des moissons plus abondantes). — Duoclequadraginta annos tyrannus Syracusanorum fuit Dionysius, Cic. Denys fut tyran de Syracuse pendant trente-huit ans).

1. On trouve aussi, mais plus rarement, le nombre cardinal : Viginti jam annos bellum gero cum impiis civïbus, Cic. Phil. VI, 7 (il y a vingt ans que je fais la guerre aux mauvais citoyens).

2. La question quam dudum et la question quandiu diffèrent entre elles comme depuis et pendant. Du reste, toutes deux se rapportent à la durée ; or, la durée n'étant que l'étendue dans le temps, il est naturel qu'elle soit exprimée par les mêmes cas que l'étendue dans le lieu.

On peut aussi employer l'ablatif : Mgyptum Nilus totâ aestate obrutam oppletamque tenet, Cic. (le Nil tient l'Egypte inondée et couverte pendant tout l'été). — Lmperium Assyrii mille trecentis annis tenuere, Just. (les x4.ssyriens possédèrent l'empire pendant treize cents ans).

Mais l'accusatif exprime mieux la durée non interrompue , et si l'on veut la marquer encore avec plus de précision, on ajoute la préposition per : Annibal Italiam per annos sexdecim variis cladibus faligavit, Just. (pendant seize ans, Annibal accabla l'Italie de toute sorte de maux).

Rem. L'âge s'exprime, comme la durée, par l'accusatif avec le participe natus : «Agé de vingt et un ans,» Annos natns unum etviginti, Cic. — «Caton mourut à quatre-vingt-cinq ans,» Cato annos quinque et octoginta natus excessit e vit® *-, Cic.

On emploie le verbe agere avec le nombre ordinal, quand l'année que l'on désigne n'est pas accomplie : C. Jnlius Cœsar , annum agens sextum decimum, patrem amisit, Sué t. (Jules César était dans sa seizième année, lorsqu'il perdit son père).

§ 376. question En combien de temps.

Le terme qui exprime en combien de temps une action s'exécute, se met à l'ablatif sans préposition : Saturni Stella triginta fere annis cursum suum confiât, Cic. (la planète de Saturne accomplit sa révolution à peu près en trente ans). — Quattuor tragœdias sexdecim diebus absolvisti, Cic. ( vous avez achevé quatre tragédies en seize jours).

On le trouve aussi, mais rarement , à l'accusatif avec intra : Gracchus centum tria oppida intra paucos dies in deditionem accepit, T. Liv. ( Gracchus reçut en peu de jours la soumission de cent trois places).

Rem. 1. Le vrai sens $ intra est de marquer la limite en dedans de laquelle un fait s'accomplit, et qu'il ne dépasse point : Omnes Potitii intra annum exstincti sunt, T. Liv. (tous les Potitius périrent dans l'année). — Multi mtva. vicesimum diem dictaturâ se abdicarunt , T. Liv. ( beaucoup de dictateurs abdiquèrent dans les vingt jours = avant que le vingtième jour fût écoulé).

1. S'il y avait une préposition à sous-entendre , ce serait ante; mais l'accusatif se joint à natus d'après la même analogie qu'à latus , altus , etc. § 371.

268 B¥J\TAXE PAIUICUUÈRE.

2. La question pour quel temps ou pour combien de temps se résout par in avec l'accusatif : « 11 l'invita à souper pour le lendemain,» Eum ad cœnam invitavit in posterdm diem, *Cie. — « Nous venons au monde pour peu de temps , » In exiguum œvi gignimur , Sén.

EMPLOI PARTICULIER DES CAS AVEC CERTAINS VERBES*. § 377. Verbes impersonnels pluit, tonat, fulgurat.

1. Le verbe pluit se construit au besoin avec l'ablatif de la matière : In Aventino lapîdibus pluit, T. Liv. (il plut des pierres sur le mont Aventin); — ou, mais plus rarement, avec l'accusatif d'après l'analogie marquée § 358 : In area Mulcani sanguinem pluit, T. Liv. (il plut du sang dans le parvis du temple de Vulcain ) .

2. Les poètes donnent quelquefois à ce verbe, ainsi qu'à tonat et à fulgurat, des sujets pris hors du radical2 : Nec de concussâ tantum pluit ilice glandis. — Cœlum tonat omne fragore. — Antra setnsea toi tant, Virg.

§ 378. Ferbespœnitet, pudet, piget, taedet, miseret.

Nous avons expliqué, § 80, III, la véritable nature de ces verbes. Il en résulte que , si l'on veut traduire en latin « Je me repeas de ma faute , » il faudra dire me pœnitct culpœ meœ. Le sujet est représenté par le radical âepœnitet, et déterminé par le génitif culpœ ( le regret de quoi? — de la faute). L'accusatif me est le complément direct du verbe.

La règle est donc de mettre à l'accusatif le nom de la personne qui éprouve le repentir, la honte, la pitié, etc., et au génitif le nom de la personne ou de la chose qui est l'objet de ces sentiments : Vidi eum miserum, et me ejus miser tum est, Plaut. (je l'ai vu malheureux, et j'ai eu pitié de lui). — Malo me fortunae pœniteat, quant victoriœ pudeat, Q. C. (j'aime mieux être mécontent de ma fortune, que honteux de ma victoire).

1. Les paragraphes contenus sous ce titre, ne sont, comme les Questions de lieu et de temps, que des applications spéciales des règles qui concernent les cas. Nous ayons réservé ces applications pour des articles séparés, parce qu'elles forment des latinismes sur lesquels il est nécessaire d'appeler l'attention.

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