Cic. Brut. 33.-2. Cic. Ep. fam. II
* Nescio an n'a jamais d'autre sens dans Cicéron, au moins d'après les éditions critiques.
| L'usage varie chez les auteurs plus récents; ainsi l'exemple suivant de Pline le jeune,
Ep. III, i, offre une construction exactement conforme à la manière française : Nescio
an ullum jucundius tempus exegerim (je ne sais si jamais j'ai passé des moments plus
i agréables). Cicéron aurait dit: Nescio an nullum, etc.
** Q. C IV, 15. Au reste, le même Quinte-Curce , IX, 2, emploie dubitare an dans le sens français : Dubitàbat an Macedones secuturi essent (il doutait si les Macédoniensle suivraient) ; il craignait qu'ils ne le suivissent pas. Mais de tels exemples sont rares, même dans les écrivains postérieurs au siècle d'Auguste. 3. Et non par an, au moins dans le style vraiment classique.
visurusnë te esset tabellarius 1 ( je doute que vous receviez cette lettre; car je ne suis pas sûr que le messager puisse vous voir).
Rem. 1. Dans les interrogations indirectes à deux termes , dubitare se construit, d'après le § kl h, avec utrum ou ne au premier membre, et an au second. — Quant à non dubitare quin, cf. § liQh.
2. Douter ne doit pas être confondu avec se douter, c'est-à-dire prévoir* soupçonner : « Je me doutais bien que la chose irait mal , » Enimvero suspicabar rem maie cessuram.
DES CONJONCTIONS
§ 478. Les conjonctions ne gouvernent par elles-mêmes aucun mode; seulement elles sont suivies de l'indicatif ou du subjonctif, selon la nature des propositions qu'elles unissent. Celles qui unissent des propositions coordonnées, et qui répondent aux conjonctions françaises et, ou, ni, mais, or, donc, car, cependant, c'est pourquoi, prennent en latin le même mode qu'en français. Nous en avons parlé §§ 206 - 213. Nous ajouterons ici quelques autres manières de lier entre elles ces mêmes propositions.
CONJONCTIONS DE COORDINATION, g 479. Non modo... sed etiam.
Les adverbes non modo, non solum (quelquefois non tantum) au premier membre, sed etiam, verum etiam au second, tiennent lieu de conjonctions et répondent au français non-seulement , mais encore : Tullus HostiUiis non solum proximo régi dissimilis, sed ferocior etiam Romulô fuit, T. L. ( Tullus Hostilius fut non-seulement différent du dernier roi , mais il fut encore plus belliqueux que Romulus; ou mieux : loin de ressembler au dernier roi , fut encore , etc. )
Si les deux propositions sont négatives , on dit au premier membre non modo non, au second sed ne. . . quidem : Ego non modo tïbi non irascor, sed ne reprehendo quidem factum tuum , Cic. (non-seulement je ne m'emporte pas contre vous, mais je ne blâme pas même votre action = bien loin de m'emporter, je ne blâme pas même).
Lorsque les deux propositions négatives n'ont qu'un seul verbe , on peut , dans la première , supprimer le second non :
1. Cic. Attic, XV, 9. Sur les temps dans le style épistolaire, cf. § 397.
Assentatio non modo amico, sed ne liber q quidem digna est, Cic. (non^seulement la flatterie n'est pas digne d'un ami, elle ne Vest pas même d'un homme libre)1.
Non modo se trouve quelquefois au second membre , et ne. . . quidem au premier : Âpollinis oracula nunquam ne mediocri quidem cuiquam , non modo prudenti , probata sunt , Cic. (jamais les esprits les plus ordinaires n'ont cru aux oracles d'Apollon , encore moins les gens éclairés ) . Et de même de l'exemple précédent : Assentatio ne lîbero quidem , non modo amico digna est; c.-à-d. non diçani modo amico (je ne dirai pas seulement d'un ami).
Rem. Non modo peut être remplacé par nedum, et c'est une des manières de rendre le français bien loin que : Assentatio ne liber o quidem, nedum amico, digna est (... bien loin qu'elle le soit d'un ami).
Nedum est toujours au second membre , et lorsque le verbe est exprimé , il se met au subjonctif : Vix in ipsis tectis frigus vitatur , nedum in mari sit facile abesse ab injuria temporis, Cic. 2 ( on peut à peine se défendre du froid dans les maisons , bien loin qu'en mer on puisse échapper aux injures du temps ; ou , a plus forte raison ne peut-on échapper , etc. ) .
§ 480. Quum... tum.
Quum au premier membre , tum au second , s'emploient dans le même sens que non modo, sed etiam, et les deux verbes se mettent à l'indicatif : Quum te semper amavi dilexique, tum mei amantissimum cognovi, Cic. (non-seulement je vous ai toujours aimé avec tendresse , mais j'ai reconnu que vous m'aimiez beaucoup vous-même).
Comme la seconde proposition enchérit ordinairement sur la première , cette tournure rendra fort bien l'expression française mais surtout : « L'influence de la fortune est grande en toutes choses , mais surtout à la guerre , » Multum quum in
1. On trouve quelquefois non modo pour non modo non , sans que la seconde proposition soit négative; voyez Cic. de Divin. I, 55; Philipp. III, 13 ; et Tit. Liv. XXIV, U0. Mais ce tour, un peu obscur, n'est pas à imiter.
2. Cic. Ep. fam. XVI , 8. — Nedum équivaut à peu près à ne tum, puisque Tit. Liv. III , 52, le remplace par ne nunc, et que Sali. Catil. 11, emploie ne tout seul dans le même sens. L'explication littérale est : « On se défend à peine du froid dans les maisons ; ce n'est pas pour qu'en mer on puisse échapper aux injures du temps. » Voilà pourquoi nedum prend le subjonctif et ne peut être qu'au dernier membre.
24, Burn. Gr. Lat. U
omnibus rébus, tum in re militari potest fortuna, Ces. ; — et la forme comparative aussi. . . que : « La paix est aussi salutaire qu'elle est agréable , » Pax quum jucunda , tum salutaris est, Cic, On remarquera que l'ordre des propositions n'est pas le même dans les deux langues ; cela vient de ce que c'est sur salutaris est que l'attention doit être appelée , ce qui se fait en latin par tum, en français par aussi.
Cet emploi de quum. . . tum est fondé sur la simultanéité de temps exprimée par ces deux mots : « En même temps que la paix est agréable , elle est salutaire, » Souvent , au lieu de tum seul, on dit tum vero, tum etiam, — prœsertim, — maxime, — imprimis.
Rem. Si le quum du premier membre est suivi du subjonctif, il s'expliquera littéralement par quoique (§ A88) : Quum plurimas et maximas commoditates amicitia coutineat , tum Ma nimirum prœ-* stat omnibus, quod bond spe prœlucet inposterum, Cic. (parmi les nombreux et inappréciables avantages dont l'amitié est la source, le plus grand de tous , sans contredit , c'est qu'elle fait luire à nos yeux d'heureuses espérances = quoique l'amitié contienne, etc. )
§ 481. Tum... tum. — Modo... modo. - — Nunc... nunc,
Il ne faut pas confondre quum... tum, qui marquent simultanéité, avec tum... tum, qui marquent succession et signifient tantôt... tantôt: Dissero in utramque partem , tum grœce, tum latine, Cic. (je discute le pour et le contre, tantôt en grec, tantôt en latin).
Modo répété a le même sens : Die mihi quare luna modo rubeat, modo palleat, Sén, ( dites-moi pourquoi la lune est tantôt rouge , tantôt pâle) ;
Ainsi que nunc : Nunc hue, nunc illuc curro, Ovid.
§482. Ut... ita.
Ut et ita comparent deux propositions entre elles. Ut est le relatif et se met au premier membre ; ita est l'antécédent et se met au second : Ut magistratibus leges, ita populo prœsunt magistratus, Cic. (comme, ou, de même que les lois commandent aux magistrats, les magistrats commandent au peuple).
Cette comparaison est souvent exprimée en français par la conjonction si, qui perd alors sa valeur conditionnelle : Hœc omnia, ut invitis, ita non adversantibus patriciis transacta sunt, T. L. ( si les patriciens virent tous ces actes avec déplaisir, du moins ils n'opposèrent pas de résistance).
Ainsi, pour rendre cette phrase : « S'il est beau de rechercher
SYNTAXE PARTICULIÈRE. 32o
la gloire , il est honteux d'y tendre par de mauvais moyens, » on dira: Ut pulchrum est gloriam quœrere , itamalis artibus ad eam niti, indecorum.
Au lieu de ut... ita, on peut employer quemadmodum... sic.
§ Zi83. Tarn. , . quam. — iEque. . . et.
Tarn au premier membre, quam au second, expriment un rapport d'égalité entre deux propositions , et répondent au français aussi... que : «Rien n'est aussi populaire que la bonté, » Nihil est tam populare , quam bonitas (s. est popularis) , Gic.
Quand on compare deux qualités différentes du même sujet , on se sert plus élégamment de œque... et ou ac: «Il n'était pas aussi prudent que brave , « Non aeque prudens , ac fortis erat.
Rem. Aussi, suivi de que, n'indique pas toujours une comparaison. Quand on dit , par exemple : « Etant aussi prudent que vous Têtes , vous verrez facilement. . . , ou : un homme aussi prudent que vous l'êtes verra facilement ce qu'il y a de mieux à faire , » on n'établit pas de comparaison , puisqu'il ne s'agit que d'un sujet (vous) et d'une qualité (la prudence). Il faut traduire , d'après le § 412, R. : Tu, pro tuâ prudentiâ , ou , quœ tua est prudentiâ, quid optimum factu sit, facile videbis.
La même observation s'applique à l'expression, «Un homme tel que vous. » Comme il n'y a pas deux personnes comparées l'une à l'autre, il faut dire : Tu, talis vir : «Ces choses ne conviennent pas à un homme tel que vous,» Hœc te, talem virum, non décent — Sur les autres emplois de tel que, voyez les §§ 236 et 280.
§ k%h. Sive... sive. — Seu... seu.
Les propositions liées par sive répété (ou par seu, contraction de sive) ont leurs verbes à l'indicatif, tandis qu'en français soit que régit le subjonctif : Illo loco libentissime soleo uti, sive quid mecum ipse cogito , sive quid aut scribo , aut lego , Cic. Leg. II , 1 (je me plais beaucoup dans ce lieu , soit que je veuille méditer , soit que je lise ou que Récrive quelque chose ).
Cependant, si les propositions précédées de sive dépendent d'une proposition infinitive, ou en général d'une proposition subordonnée, elles auront leurs verbes au subjonctif, et l'on dira nécessairement : Cicero narrabat illo loco se libentissime uti solere, sive quid secum ipse cogitaret, sive quid aut scriberet, aut legeret.