SIGNIFICATION ET EMPLOI DES TEMPS
Les différentes formes verbales de la langue sanscrite sont loin d’avoir une signification aussi précise , aussi exclusive que celle des langues modernes. En réalité, il n’y a que trois temps dont la valeur soit incontestable : le Présent, le Futur sous ses deux formes, et le Parfait.
(I) Ce procédé ressemble beaucoup à l’emploi de nos verbes auxiliaires; mais si jussum feci peut encore s’expliquer par les règles ordinaires, jussttm fui (pour J’at commandé) serait tout-à-fait de convention.
DES VERBES
Ce dernier a presque toujours le même emploi que le parfait grec ()iXux«), et que le parfait indéfini de la langue française (j’ai délié) ; temps qui expriment Une action faite mais dont le résultat dure encore ; ainsi, le parfait passif snr%, jagfhê (rac. grah, prendre) pourra fort bien signifier je snis pris, on m’a pris, tandis que le présent. îT^j, g\'hyê, signifie on me prend.
La signification naturelle des aoristes est celle du parfait défini (je déliai), forme qui indique une action absolument terminée et n’implique nullement que le résultat dure encore : agrahisam (aor. t" de grah),
je pris ; ®rf^r , balim agrahit, il reçnt le tribut.
La forme de l’imparfait dépend essentiellement de celle du présent; il en est de même des significations : B'avâmi, je suis : afiavam, j’étais ; affût (aor. second) , il fut ; baffûva, j’ai été.
Telles sont en effet les vraies valeurs des temps dans les verbes sanscrits; seulement, ces temps sont soifvent pris les uns pour les autres, sans que l'on puisse apporter d’autre raison de ce mélange que l’exigence de la versification et l’indécision qui régnait encore dans les esprits sur ces questions grammaticales. On peut remarquer, du reste, que cette valeur en quelque sorte flottante des formes verbales, — vague dont il reste bien quelques traces en français même (1), — existe dans la langue grecque
(t) Ainsi, dans la conversation, l’on dit à chaque instant J’at vu, je gui* allé, dans des cas où, selon les règles, il y aurait lieu d’employer le temps historique (je vie, j’allai).
SECONDE PARTIE
primitive, tout comme en sanscrit ; car rien à cet égard ne présente moins de fixité que la langue d’Homère et des Homérides.
INFINITIF, GÉRONDIFS, PARTICIPES.
§ 91. I. Infinitif. Comme en français, il exprime l’action ou l’état, sans aucune détermination : kartum, faire (rac. ky).
Sa terminaison, <tjt , tum, est celle de l’accusatif et d’un nom féminin en g, lu, (seconde décl.), qui a le même sens que l’infinitif; de sorte que celui-ci est un substantif, et rien autre chose : ÎI-HJ7 ^c^TfÏT, gantum iccâmi, je désire aller (je désire l’action d’aller) (1).
Sa légèreté exige le plus souvent que la racine reçoive le gouna : bavitum, de bû ; hartum, de hy, etc.
§ 92. II. Gérondif. Il est en fqq, twâ, ou en ya.
1° Twâe st l’instrumental du nom en tu dont l’accusatif forme l’infinitif; twâ signifie donc à la fois par, avec, après: rtr^^TrôTT. tat kytwâ, ayant fait cela (littéralement, par l’action de faire cela). Cette forme de gérondif sert
(t) C’est la forme latine appelée supin, \e supin des Latins étant l’ancienne forme de leur infinitif; elle est restée en usage après les verbes de mouvement, auxquels elle sert de régime direct. Comparez eo lusum avec eo rus, eo Romam, obsequias eo, etc. Eo est en effet une sorte de verbe actif, qui gouverne l’accusatif.
La déclinaison du suffixe tu se rencontre presque complète dans les Vêdas, où l’on trouve même souvent tivam au lieu de tum.
DES VERBES
principalement, mais non exclusivement, pour les racines simples; elle s’unit à elles soit immédiatement, soit par un i euphonique. (Voyez §§ 93 et i i6.)i)e ces racines, les unes restent pures, les autres prennent le guna,
2° Ya forme surtout les gérondifs des radicaux composés : fo|cRrU. vikftya (ra& wi-kf.) 11 s’unit au radical soit immédiatement, soit par le moyen d’un t euphonique, dont l’insertion a lieu surtout après une voyelle finale brève. On apprendra par l’usage les modifications que subissent certains radicaux dans la formation de ce gérondif.
Quelle est l’origine du suffixe ya ? On peut le considérer comme abrégé de yd, instrumental d’un particijje passif que nous verrons ci-après. Cette analogie est d’autant plus naturelle, qu’elle existe, dans le latin, entre les gérondifs en di, do et le participe en dus, da, dum.
Du reste, ya et twâ ont le même sens, g 93 . III. Participes. En sanscrit comme en grec, les participes sont de voix active, moyenne ou passive, et appartiennent aux divers temps des verbes.
I. Participe présent, UcT , ?FcT • A l’aetif, ce participe se termine en at ( ant ), comme le latin ans, ens, etc. Le féminin est en s&rfb quelquefois anti. Voyez la déclinaison de tudat, frappant, que nous avons donnée cidessus, §44.
Ce participe est soumis aux mêmes règles de formation que le présent des verbes auxquels il appartient; il suit en cela l’analogie du latin et du grec. Cur, dérober; côrayâ-