LA FERME DU PERE MICHEL
Paul a 6 ans, Jeanne en a 8.
Un jour, ils s'échappent de chez eux avec l'intention d'aller hicii loin, bien loin, dans la campagne.
Ils se donnent la main et marchent tout droit devant eux; ils sont bientôt à la rivière qui passe à travers la ville, et dont les deux rives sont reliées ensemble par un beau pont de pierre.
Leur maman leur à toujours défendu de s'arrêter sur ce pont et de se pencher sur le parapet, mais leur maman n'est-pas là, et ils restent une demi-heure à regarder couler l'eau et à voir nager les poissons, puis ils se remettent en route et arrivent, après quelques minutes de marche, à la dernière maison de la ville. C'est aussi le bout de la rue et deux chemins non pavés en sont la continuation. Choisissons le plus large et le moins raboteux, dit Paul. — Oh ! le joli tapis vert, s'écrie Jeanne en montrant une prairie ; quelles sont ces fleurs qui forment une grande tache blanche au milieu ? — Ne vois-tu pas que ce sont des marguerites, répond le petit Paul, nous allons eu faire un gros bouquet pour maman.
Après avoir cueilli des marguerites ils poursuivent des papillons, mais ces beaux papillons aux ailes brillantes ne sont pas faciles à saisir ; ils fuient devant les deux enfants qui, dans l'ardeur de leur course, ne s'aperçoivent pas qu'ils s'éloignent toujours de chez eux. Quand le dernier papillon a disparu, ils commencent à sentir leur fatigue, et pensent à retourner à la maison, mais n'apercevant plus les clochers de la ville, ils ne savent de quel côté se diriger.
J'ai une idée, dit Paul, et il grimpe sur un arbre. Que voistu? lui crie la petite Jeanne. — Je vois quelque chose de pointu là-bas, mais je ne puis distinguer si c'est un arbre ou le clocher de la cathédrale. L'embarras des enfants est trèsgrand car ils ne voient personne autour d'eux pour les renseigner. Tout à coup la petite fille pousse un cri d'effroi : un animal s'avance vers elle, la gueule béante, les yeux brillants. Paul, Paul, un loup ! — Paul est courageux, il descend de l'arbre pour défendre sa soeur. — Mais ce n'est pas un loup ! dit-il aussitôt, n'aie donc pas peur, c'est le chien du fermier Michel, c'est Toto que tu vois tous les matins avec son maître, quaud celui-ci vient nous apporter du lait.
Tiens, regarde, voilà même le père Michel derrière son chien. — Eh! père Michel, bonjour! — Bonjour, mes enfants, que faites- vous tout seuls si loin de la ville? — Nous nous sommes égarés. — Je vais vous montrer votre chemin, mais aupa-
ravant je vous emmène à la ferme qui est tout près d'ici ; vous boirez une bonne tasse de lait et vous vous reposerez un moment.