‹ Méthode pour l'enseignement de la langue francaise dans les écoles BerlitzChapitre 33 sur 87 · L'ARABE ET SON CHEVAL · texte numérisé non relu

L'ARABE ET SON CHEVAL

La nuit tombait, le soleil venait de disparaître, le grand silence du désert n'était troublé que par les sanglots d'une jeune femme arabe qui, assise près de sa tente, semblait anéantie ; sa poitrine se soulevait â intervalles égaux et de grosses larmes s'échappaient de ses yeux rougis par trois nuits de veilles, ses enfants groupés autour d'elle, silencieux et graves, contemplaient leur mère sans oser la questionner ; les yeux de ces chérubins semblaient refléter la profonde douleur de leur mère : ils étaient tristes parce que leur mère pleurait. Tout à coup, la jeune femme se redressa comme mue par un ressort et interrogea l'horizon, son beau visage s'éclaira d'un rayon d'espoir. Que se passait-il donc ? qu'arrivait-il? Ici nous laisserons la parole au chef de la famille qui, 48 heures plus tard, entouré de sa femme et de ses enfants, commença en ces termes : Après un succès inespéré sur la tribu des Beni-Bouzouf , nous revenions chargés de butin, lorsqu'à environ douze heures de marche d'ici nous rencontrâmes les cava-

liers d'Abdel Kader ; sitôt qu'ils nous aperçurent ils fondirent Star nous, nous nous défendîmes héroïquement, comme vous le pensez, mais que faire un contre dix? Nous vendîmes chèrement notre vie ; tous mes frères d'armes tombèrent à mes côtés, je restai seul, me défendant encore, malgré deux profondes blessures par lesquelles mon sang coulait abondamment ; à bout de force, je tombai, aussitôt les mameluks se jetèrent sur moi, me garrottèrent avec des cordes et m'atta chèrent sur un chameau. Ils s'emparèrent alors de notre butin et prirent mon cheval qu'ils emmenèrent également. Le soir du 2ème jour, ils campèrent avec nous près de X . . . J'avais les jambes liées ensemble par une courroie de cuir, et j'étais étendu près de la tente où couchaient les mameluks, rendant la nuit, tenu éveillé par la douleur de mes blessures, j'entendis hennir mon cheval parmi les autres chevaux attachés autour des tentes ; je reconnus sa voix, et ne pouvant résister au désir d'aller parler encore une fois à mon fidèle compagnon, je me traînai péniblement jusqu'à lui. "Pauvre ami, lui dis-je, que feras-tu parmi les mameluks? Ma femme et mes enfants ne t'apporteront plus le lait du chameau, ils ne te donneront plus l'orge dans le creux de la main ; tu ne courras plus libre dans le désert; qu'au moins, si je suis esclave, tu restes libre. Tiens, va, retourne à la tente que tu connais ; va dire à ma femme que ton maître ne reviendra plus, et passe la tête entre les rideaux de la tente pour lécher la main de mes petits enfants."

Tout en lui parlant, j'avais coupé avec les dents la corde de poil de chèvre qui lui servait d'entrave, et mon noble compagnon était libre ; mais, me voyant blessé et enchaîné à ses pieds, mon fidèle et intelligent coursier comprit, avec son instinct, ce qu'aucune langue ne pouvait lui expliquer; il baissa la tête, me lia ira, et, me saisissant avec les dents par la ceiuture de cuir que j'avais autour du corps, il partit au galop et m'emporta jusqu'ici.

C'est en apercevant mon héroïque coursier que tes larmes

se séchèrent, tu me crus perdu et tu me retrouvas, ma noble femme.

En arrivant et en déposant son maître aux pieds de sa femme et de ses enfants le cheval avait expiré de fatigue. Toute la tribu Fa pleuré ; les poètes l'ont chanté, et son nom est constamment dans la bouche des arabes de X.

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