II. DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
Ainsi que je vous l'ai dit la dernière fois, Jésus Christ est présent dans la sainte Eucharistie, afin de s'offrir comme victime pour nous dans le saint Sacrifice de la Messe. Pour bien comprendre ceci, il faut que je vous explique d'abord ce qu'on entend en général par sacrifice.
Q. 1. Qu est- ce qu'un sacrifice?
R. Un sacrifice, en général, est un don visible que Von offre à Dieu pour ïhonorer et l'adorer comme le maître suprême de toutes choses.
Vous savez, chers enfants, que vous devez honorer votre prochain, et surtout quelques personnes (tels que vos parents, vos supérieurs) d'une manière toute spéciale. D'abord vous les honorez intérieurement, en les estimant, en pensant bien d'eux; mais ce sentiment vous le montrez aussi au dehors,
vous le manifestez, par exemple, en les saluant, et ainsi vous les honorez aussi extérieurement. Une manière toute spéciale dont on peut honorer quelqu'un extérieurement, consiste à lui offrir un don, à lui faire un présent. C'est ainsi que chez les anciens peuples de la Perse, quand le roi voyageait quelque part, les habitants devaient lui offrir des présents, pour montrer qu'ils le reconnaissaient comme le seigneur et le propriétaire de leur pays et de leurs biens, conséquemment pour l'honorer comme leur maître.
Or vous le savez, nous devons honorer Dieu plus que tous les hommes, puisqu'il est notre maître suprême, auquel nous appartenons de corps et d'âme, auquel nous sommes assujétis en tout et devons obéir plus qu'à nos parents et aux princes etc. Nous l'honorons intérieurement, quand nous pensons avec respecta Lui et à ses perfections, et que nous nous soumettons à lui ; nous l'honorons extérieurement, quand nous montrons extérieurement notre respect et notre soumission, soit par des paroles, des prières, des chants que l'on entend, soit en pliant le genou, et en joignant les mains, ce que l'on peut voir.
Cependant si nous témoignons aux hommes notre respect, non-seulement par des paroles et des mouvements du corps, mais aussi par des dons visibles ; si autrefois les sujets devaient témoigner par des présents, tout l'honneur qu'ils portaient à leur roi, comme au maître du pays ; combien plus devons- nous honorer Dieu par des dons, Lui à qui appartient le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment, Lui qui est avec bien plus de raison le maître de l'univers qu'un roi ne l'est de son pays.
Cependant, il y a une grande différence, chers enfants, dans la manière d'offrir des dons aux hommes et celle d'en offrir à Dieu. En présentant des dons aux hommes, nous ne leur témoignons qu'un honneur restreint et borné, comme à des supérieurs, à des hommes dont nous avons reçu des biens temporels, et auxquels nous devons obéir dans les choses temporelles ; mais par les dons offerts à Dieu, nous honorons celuici comme notre souverain maître à qui nous appartenons tout entiers et devons obéir en tout ; comme le maître de notre
corps et de notre âme, de la vie et de la mort ; nous lui témoignons les plus grands honneurs, nous l'adorons. C'est pourquoi, pour les dons qui sont offerts aux hommes, nous les leur remettons simplement, tels qu'ils sont; tandis que pour les dons que nous offrons à Dieu, ils sont détruits, ou changés. Ainsi, par exemple, quand les Juifs offraient un agneau, ils l'apportaient dans le temple, où les prêtres l'immolaient, versaient son sang et quand il était mort, on le brûlait en entier ou en partie. Pourquoi cela? Si celui qui faisait l'offrande, avait donné simplement l'agneau, il aurait seulement montré par là que l'agneau ne lui appartenait plus, mais qu'il appartenait à Dieu ; puis en l'offrant, il semblait vouloir dire : ce n'est pas seulement cet agneau que j'offre, mais tout le reste que j'ai reçu de Dieu; je lui en suis redevable ; c'est pourquoi je veux et je dois le lui donner, s'il le désire. Mais en tuant et en brûlant l'agneau dans le temple, on voulait dire de plus : Dieu est le maître de la vie et de la mort de cet animal, de la vie et de la mort de toutes les créatures, et aussi de ma vie. Je serais obligé proprement de sacrifier ma vie à Dieu ; mais comme Dieu ne le veut pas, je lui offre maintenant la vie de cet agneau au lieu de ma propre vie, et par là je montre que je suis prêt à sacrifier également ma vie à Dieu, s'il le désire. Or, comme vous l'avez entendu, puisque les dons que nous offrons à Dieu, puisque les sacrifices sont les marques de l'honneur suprême, les signes de l'adoration, il est facile de comprendre qu'on ne peut offrir de tels sacrifices qu'à Dieu seul. Des dons on peut les faire aussi aux hommes. C'est ainsi que les premiers chrétiens ont pu offrir des dons et des présents à leurs empereurs païens, afin de les honorer comme empereurs, comme souverains du pays; mais jamais ils ne leur ont offert des sacrifices, ils préférèrent plutôt endurer tous les tourments; car ils leur auraient rendu parla des honneurs divins, ce qui aurait été une véritable idolâtrie.
Observation. Lorsque celui qui offre un sacrifice, n'a d'autre intention en l'offrant, que d'honorer Dieu, on appelle cela un sacrifice latreutique ou d'adoration. Lorsque, outre cette intention, il a encore le dessein spécial de remercier Dieu, il offre un sacrifice pacifique ou dactions de grâces. Il
semble dire : 0 mon Dieu, je sais et je reconnais que vous êtes le souverain Seigneur, de qui vient tout bien, de qui j'ai reçu tout ce que je possède, entre autres tels bienfaits, par exemple, une riche moisson. Je serais tenu de vous restituer tout cela, et je suis prêt à le faire. Mais comme vous ne le demandez pas, je vous offre cet agneau, ces fruits, etc. pour montrer que j'ai tout reçu de vous, que je vous en suis très reconnaissant, et que je suis prêt à donner tout pour vous, si vous le désirez. Lorsque celui qui présente une offrande, veut obtenir de Dieu quelque chose de particulier, un bienfait, par exemple, la santé, il offre un sacrifice impétratoire, il semble dire en même temps : Vous êtes, o mon Dieu, le maître et le dispensateur suprême, de qui vient tout bien, ainsi que ce don dont je vous fais l'offrande. Il n'est que vous qui puissiez m'accorder la santé. C'est pourquoi, je vous prie de me la donner etc. Quand il s'agit d'apaiser Dieu que l'on a offensé par le péché, on lui öftre un sacrifice propitiatoire, comme pour lui dire : Vous êtes le maître absolu, à qui tous doivent obéir, et que moi aussi j'aurais dû écouter. Mais je ne l'ai pas fait, j'ai péché; par là je vous ai offensé et j'ai mérité vos châtiments. O, mon Dieu, je voudrais, si je le pouvais, réparer cette offense, me réconcilier avec vous, vous procurer autant d'honneur et de joie, que je vous ai causé de déshonneur et de déplaisir par le péché ; j'aurais dû sacrifier ma vie, mon sang, pour vous apaiser; j'ai mérité la mort. Je vous en conjure, veuillez accepter la mort de cet animal à la place de la mienne, à la place du châtiment que j'ai mérité. En même temps je reconnais par là, que je vous prends de nouveau pour mon souverain maître, que je veux vous obéir et que je suis prêt, si vous le désirez, à sacrifier ma vie (i).
(1) D'après ce qui vient d'être expliqué, il sera facile de faire voir clairement aux enfants, la différence qui existe entre les sacrifices et les aumônes (celles-ci ne sont pas offertes à Dieu), la prière, la contrition (qui ne sont pas des dons visibles).
Q. 2. Y a-t-il toujours eu des sacrifices?
R. Il y a eu des sacrifices depuis le commencement du monde, et, sous V Ancienne Loi, Dieu lui-même les avait prescrits rigoureusement.
Comme vous lavez appris par l'histoire de Gain et d'Abel, ils offrirent des sacrifices à Dieu, peu de temps après la création du monde, et depuis lors il y a toujours eu des sacrifices. Les païens eux-mêmes offrirent des sacrifices à leurs faux dieux. Et comme il n'y a pas eu de peuple assez barbare et assez sauvage qui n'ait cru à l'existence de la Divinité (alors même qu'il s'en faisait une fausse idée), ainsi il n'y en a pas eu qui n'ait offert à son dieu ou à ses divinités des sacrifices. Aussi est-ce tout naturel. Car si notre raison nous dit que nous ne devons pas seulement honorer les hommes, en leur offrant des dons, mais que nous devons aussi de cette manière témoigner à Dieu , l'honneur suprême ; cette même raison a toujours persuadé à des païens d'en agir aussi de cette manière. Dieu d'ailleurs a approuvé les sacrifices; il les a même prescrits rigoureusement aux Israélites. Il leur déclara, par la voix de Moïse, quels sacrifices ils devaient lui offrir. C'étaient des sacrifices sanglants, lorsqu'on immolait un animal, et qu'on versait son sang; ou des sacrifices non-sanglants, — quand on offrait de la farine, du pain, du vin, etc. Et pourquoi donc Dieu a-t-il prescrit si rigoureusement ces sacrifices?
1) C'est afin que les Juifs n'oubliassent jamais que Dieu est leur souverain maître, auquel ils devaient tout, de qui ils avaient reçu et devaient espérer tout bien, qu'ils étaient tenus d'honorer et pour lequel ils devaient même sacrifier leur vie.
2) Comme vous l'avez appris, Dieu avait promis spécialement aux Juifs le futur Messie. Or, pour que cette promesse ne sortît pas de leur mémoire et entretînt en eux un vrai désir de voir le Sauveur, il leur prescrivit les sacrifices, surtout les sacrifices de propitiation ou d'expiation. En offrant ces sacrifices, les Juifs semblaient faire cet aveu :
A LA PREMIÈRE COMMUNION. Ul
Nous sommes pécheurs, Dieu nous a en horreur et nous devons craindre qu'il ne nous punisse sévèrement, si nous ne l'apaisons, si nous n'obtenons de lui le pardon. Mais en même temps ils savaient bien, que de telles victimes n'étaient pas en état de les réconcilier avec Dieu et d'effacer leurs péchés. C'est pourquoi ils se rappelaient la promesse de Dieu qui devait leur envoyer un Sauveur ; un Sauveur qui, en se donnant comme victime, prendrait sur lui les péchés du monde, et par sa mort nous délivrerait du péché et des châtiments du péché. Les Juifs désiraient ardemment de voir arriver ce Sauveur promis. Ces sacrifices les excitaient dorn- au repentir de leurs fautes, ranimaient leur foi dans le futur Sauveur, et le désir de le voir venir; c'est en vue de cette foi et de ce repentir, que Dieu leur a pardonné leurs péchés, à cause de Jésus-Christ et en considération de sa mort sur la croix.
0- 3. Pourquoi les sacrifices de V ancienne Loi ont-ils été abolis ?
R. Parce qu'ils n'étaient que des figures du sacrifice sans tache de la nouvelle Loi, et que, par conséquent, ils ne devaient pas durer plus longtemps que la Loi ancienne,
Les sacrifices de l'ancienne Loi ou de l'ancienne Alliance ique Dieu avait conclue, avec les Juifs par l'entremise de Moïse) ne pouvaient honorer complètement Dieu, ni lui plaire entièrement. Ecoutez, chers enfants i Quand je veux taire plaisir à un enfant, je lui donne une image ; puis-je faire plaisir aussi à un roi ou à un empereur en lui donnant une petite image? Non, à un roi, à un empereur, il faut quelque chose de bien plus distingué, de plus précieux ; il faut un don vraiment royal et princier, qui puisse leur faire honneur. Or quel don, quel honneur convient-il de rendre à Dieu ? C'est un don, un honneur divin, un honneur qui soit aussi grand que Dieu, donc un don, un honneur infiniment grand. Mais l'offrande d'un agneau, le sacrifice d'un
bœuf, tels qu'en faisaient les Juifs, est-ce un honneur, un don qui convienne à Dieu ? Nullement. En outre, ceux qui offraient ces sacrifices, étaient des hommes pécheurs, souvent même des ennemis de Dieu ; mais les dons des pécheurs, de ses ennemis, peuvent-ils lui être agréables ? Non. Cependant si Dieu a désiré et ordonné les sacrifices sous l'ancienne Loi, pourquoi était-ce ? C'était uniquement, parce qu'ils étaient les figures du sacrifice sai nt, pur et sans tache du Nouveau Testament, sacrifice qui seul plaisait à Dieu. Mais qu'entend-on par figures ? Voyez ; ce crucifix est aussi une figure de Jésus mis en croix ; cela lui ressemble, cela fait penser à lui, c'est une figure de ce qui est arrivé ; ce crucifix a été fait seulement après la mort de Jésus-Christ et il nous rappelle son sacrifice sanglant. Les sacrifices de l'ancienne Loi ont été aussi les figures de Jésus Crucifié, mais elles l'annonçaient d'avance ; ils existaient avant le crucifiement de Jésus-Christ, ils ont indiqué sa mort plusieurs siècles aupavant,et montré au peuple qu'il viendrait et qu'il mourrait pour nous. (Voyez la question précédente.) Voilà aussi pourquoi on ne s'en est plus servi, lorsque le bon Jésus lui-même fut mort, de même qu'on n'avait plus besoin de prophètes, pour annoncer Jésus-Christ, après qu'il était venu. L'ancienne Loi ne devait durer que jusqu'à ce que le Sauveur (promis par elle) fût venu et eût conclu la nouvelle alliance avec les hommes. 11 en est de même des sacrifices de l'ancienne Loi, etc.
Q. 4. Quel est le sacrifice de la nouvelle Loi ?
Et. Le sacrifice de la nouvelle Loi, c'est Jésus-Christ luimême le Fils de Dieu, qui, en mourant sur la croix, s'est offert pour nous à son Père céleste.
Vous savez, chers enfants, que déjà, du temps de nos premiers parents, Dieu avait demandé une espèce de sacrifice : ils ne devaient pas manger du fruit défendu, ils devaient y renoncer, l'offrir en quelque sorte à Dieu, en s'abstenant d'y toucher, d'en manger, et montrer ainsi qu'ils voulaient reconnaître et honorer Dieu comme leur souverain maître, lui
obéir en tout. Mais les premiers hommes refusèrent de lui faire ce sacrifice (i).
Ils ne témoignèrent pas à Dieu l'honneur qui lui était dû, ni la soumission nécessaire ; ils lui ont fait un outrage, une offense, ils lui ont causé un déplaisir (un chagrin) infiniment grand, grand comme Dieu lui-même. Or, c'est pour cela que le Fils de Dieu a satisfait, c'est-à-dire, qu'il a fait autant qu'il fallait, pour apaiser Dieu ; il lui a procuré autant d'honneur, autant de joie, que le péché lui avait causé de déshonneur et de déplaisir, et même davantage. Pour la désobéissance d'Adam et des autres hommes, il est devenu obéissant. Adam n'avait pas voulu soumettre sa volonté à Dieu, il avait refusé de lui faire un léger sacrifice ; et nous combien de fois» comme Adam, n'avons-nous pas transgressé la loi divine, méprisé la volonté de Dieu, à cause d'un gain sans importance, d'un misérable plaisir, d'un honneur imaginaire. Jésus-Christ a complètement soumis sa volonté à celle de Dieu son père, il a renoncé à tout ce que les hommes poursuivent avec ardeur, et dont ils se servent pour offenser Dieu (comme les plaisirs, les richesses, les honneurs, etc.) ; il a sacrifié à son Père ce qu'il avait de plus cher, à savoir, sa vie, son corps, son sang ; il a pris sur lui le châtiment que nous avions mérité pour nos péchés. Et tout cela, il l'a offert en sacrifice à son Père céleste, pour l'honorer et l'apaiser, il l'a offert pour nous et au lieu de nous. Il disait en quelque sorte : Père céleste, les hommes ne vous ont pas honoré ; ils vous ont désobéi , ils ont mérité vos châtiments, c'est vrai . Mais voyez ! Je vous honore maintenant à leur place, je vous suis obéissant, je fais le sacrifice de ma vie selon votre désir ; je souffre tout pour eux. Prenez donc ma vie au lieu de leur vie, l'honneur que je rends, au lieu de l'honneur qu'ils auraient dû vous rendre, mon obéissance au lieu de l'obéissance qu'ils eussent dû vous témoigner, mes douleurs, au lieu des châtiments qu'ils eussent dû endurer, et pardonnez-leur, adoptez-les de nouveau comme vos enfants etc. Ce sacrifice, chers enfants, a rendu seul à Dieu l'hon-
(V, C'est ce qui arrive chaque lois que l'on commet un péché; le pécheur refuse à Dieu le sacrifice de l'obéissance.
neur convenable, puisqu'il était d'une grandeur infinie, car il était divin. En effet, qui lui a rendu cet honneur? Ça été le Fils de Dieu, le Saint des saints, en qui Dieu a mis toutes ses complaisances. Et qu'a t-il offert? Un don réellement digne de Dieu, vraiment divin ; il s'est donné lui-même. Ce don ou ce sacrifice a plu infiniment à Dieu, et c'est à cause de lui, qu'il a jeté sur nous un regard de miséricorde, qu'il a été disposé à nous pardonner, à nous recevoir de nouveau en grâce (l).
0 chers enfants! que serions-nous devenus si Jésus-Christ ne s'était pas sacrifié pour nous? Jamais, non jamais, nous n'aurions pu trouver grâce ; nous eussions été éternellement exclus du ciel, éternellement chargés de la colère de Dieu, éternellement perdus. Si maintenant nous sommes les enfants de Dieu, et si nous pouvons l'appeler notre aimable Père, si nous pouvons de nouveau lever des regards de joie vers le ciel, si nous pouvons aspirer à un bonheur sans fin, tout cela nous le devons au bon et doux Sauveur! Par son sacrifice, par sa mort cruelle sur la croix, il nous a obtenu grâce et salut. Et pourquoi donc a-t-il tant fait, tant souffert pour nous? C'a été uniquement par amour, parce qu'il avait compassion de nos misères. Autrefois vivait un chrétien, appelé Sérapion. Il avait une grande compassion des pauvres païens et pour en sauver quelques-uns, il s'en alla bien loin et se vendit comme esclave à un de ces païens. Il servit celui-ci avec tant de fidélité , le gagna si bien par ses prières, sa douceur et ses discours charitables, que son maître devint chrétien, lui accorda la liberté et lui offrit une grosse somme d'argent ; mais Sérapion n'accepta que sa liberté. Une fois libre, il se vendit de nouveau comme esclave à un infidèle, pour gagner encore celui-ci; n'est-ce pas, chers enfants, c'était là une charité, un amour bien grands? Mais l'amour de Jésus-Christ a été bien plus grand encore. Sérapion n'était qu'un homme pauvre, et Jésus est le Fils de Dieu; Sérapion n'avait quitté que la maison misérable de
il) Les détails doivent être expliqués dans la leçon sur la chute de Thomme et dans celle de la Rédemption. Une courte récapitulation sulfit
son Père, et Jésus a quitté la splendeur des demeures célestes; Sérapion n'avait supporté que les peines d'un service désagréable, et Jésus a enduré les tortures et les maux les plus cruels ; Sérapion avait recueilli du moins un grand avantage , la reconnaissance de son maître et la récompense éternelle; Jésus-Christ ne reçoit en récompense que de Tingratitude et des outrages ; il ne recueille pour lui-même aucun avantage, puisque le ciel lui appartient déjà sans cela. C'est pourquoi n'oubliez jamais , chers enfants , ce que Jésus-Christ a fait et souffert pour vous (aujourd'hui, quai fi nous irons à l'église, nous l'en remercierons spécialement;, saluez-le de tout cœur quand vous passez devant un crucifix, ^t dites cette petite prière :
Gloire, louange, honneur à Jésus, roi des rois, Qui, par amour pour nous, mourut sur une croix.
Q. 5. Tous les sacrifices devaient-ils cesser avec la mort de Jésus-Christ ?
tt. Non; dans la nouvelle Loi de grâce il fallait aussi un sacrifice permanent, pour perpétuer celui qui avait été offert une fois sur la croix, et nous en appliquer les mérites.
Vous savez que le sacrifice de la nouvelle Loi, c'est Jésus- Christ, qui, par sa mort sur la croix, s'est offert pour nous à son Père céleste. Mais Jésus n'est mort qu'une seule fois ; une seule fois, il a offert ainsi sa vie en sacrifice. Mais tout devait-il se borner à cela, et ne devait-il plus exister de sacrifice après la mort de Jésus-Christ? Certes, il fallait qu'il existât, sous la Loi nouvelle, un sacrifice perpétuel qui durât toujours; car, sous la Loi nouvelle, nous devons avoir également un sacrifice journalier. Pourquoi? Vous avez entendu, que le sacrifice est le meilleur et le principal moyen d'honorer Dieu ; or si le christianisme, la Loi de grâce de la nouvelle alliance (que Dieu a conclue par pure grâce avec les hommes, et dans laquelle la grâce divine se répand avec bien plus d'abondance, que sous l'ancienne alliance), si, dis-je, le christianisme n'avait pas un tel sacrifice, la religion
102 MÉTHODE l'OUR PRÉPARER LES ENFANTS
chrétienne serait moins parfaite que la religion juive, qui possédait réellement des sacrifices. Nous ne pourrions pas rendre à Dieu, le véritable culte qui lui convient (et cependant le Sauveur est venu afin que nous puissions connaître, aimer et honorer Dieu; « gloire à Dieu dans les cieux ».) Conséquemment, la religion chrétienne doit avoir aussi un sacrifice qui soit offert journellement, et par lequel les chrétiens puissent rendre à Dieu la gloire qui lui convient.
Mais devait-ce être encore un sacrifice, comme l'étaient ceux des Juifs, et qui consistaient à immoler des animaux, etc? Non, chers enfants! La religion chrétienne est la religion parfaite, elle doit donc avoir un sacrifice parfait, même le plus parfait (car si elle avait un sacrifice moindre que celui de la religion juive, ou en général un sacrifice de peu de valeur et imparfait, elle ne serait pas parfaite sous tout rapport ; de même qu'une personne qui est belle mais possède un membre mal conformé, n'est pas parfaitement belle). Vous avez entendu déjà que les sacrifices des animaux n'étaient pas en état de glorifier Dieu ou de lui plaire. Or il existe un sacrifice, qui est entièrement pur, qui honore parfaitement Dieu, qui lui plaît infiniment, c'est le sacrifice de Jésus- Christ. Nous ne pouvons en effet rien lui offrir, rien lui présenter qui lui plaise davantage, qu'en lui présentant son Fils bien-aimé. C'est pourquoi, si la religion chrétienne devait avoir un sacrifice perpétuel, il ne devait et ne pouvait être autre que le sacrifice de Jésus-Christ. Ainsi, remarquez-le bien, chers enfants; nous devions avoir un sacrifice que nous pussions offrir chaque jour continuellement à Dieu, et néanmoins ce sacrifice ne pouvait être convenablement que le sacrifice offert par Jésus-Christ sur la croix. Mais comment cela se peut-il? Dieu, dans sa merveilleuse sagesse et son amour inépuisable a rendu possible ce qui semble impossible aux hommes. Il nous a donné un sacrifice, par lequel celui qui a été autrefois accompli sur la croix par Jésus-Christ, se perpétue, ou continue toujours d'être offert.
Qu'est-ce que cela signifie? cela signifie que le sacrifice que Jésus Christ offrit il y a plus de 1800 ans, loin de nous, à Je-
rusalem, se renouvelle dans l'église, sur l'autel, d'une manière tout à fait mystérieuse et admirable, aussi souvent que le sacrifice de la nouvelle Alliance est offert. De même que ce Jésus, qui, il y a 1800 ans, fut attaché à la croix, est présent d'une manière mystérieuse, ici, là dans telle église, dans tous les lieux où repose le saint Sacrement; de même aussi et, d'une manière non moins miraculeuse, le sacrifice de la croix se renouvelle partout où l'on célèbre la sainte Messe. Et puisque le sacrifice de Jésus sur la croix se renouvelle à la sainte Messe, c'est par la sainte Messe que nous est rappelé, de la manière la plus vive, le souvenir de la mort de Jésus sur la croix. Comme Dieu voulut en effet, que les Juifs se souvinssent du futur sacrifice de la croix, ainsi il veut bien plus encore, que nous pensions continuellement à ce saint Sacrifice, que nous nous y unissions, que nous le lui offrions. Mais la plupart des hommes l'oublieraient bientôt, puisque le grand Sacrifice s'est fait à plusieurs centaines de lieues de nous, et depuis plusieurs centaines d'années. C'est pourquoi Dieu a eu soin, que ce sacrifice se renouvelât pour nous tous. Mais comme nous n'avions pu être présents sur le Calvaire, ni contempler notre Sauveur mourant, ni l'offrir à Dieu, Dieu a voulu que ce Sauveur et son sacrifice, fussent mis souvent et à différentes reprises sous les yeux de chacun. Et en effet, maintenant le souvenir du sacrifice de la croix nous est continuellement rappelé, et nous pouvons l'offrir au Père céleste.
Ensuite, le sacrifice de la croix est renouvelé dans la sainte Messe, afin de nous en appliquer les mérites, c'est-à-dire afin que nous participions aux fruits et aux bénédictions que le sacrifice de la croix doit produire pour nous. C'est ce que je vais vous expliquer par un exemple. Un mendiant, tourmenté horriblement de la faim, demande une assistance au fils d'un homme riche. Le jeune homme lui remet une lettre pour son père, afin que celui-ci, par considération pour lui, donne du pain à ce malheureux. Est-ce que dès lors la faim du mendiant est apaisée? Non, il faut d'abord que la lettre ou l'écriture du fils soit montrée au père ; c'est après cela que celui-ci doit lui donner du pain, et alors
104 MÉTHODE POÜB PRÉPARER LKS ENFANTS
seulement le pauvre est aidé. Or voyez; nous étions plongés dans une profonde et affreuse misère; Jésus, le Fils du Dieu tout-puissant a eu pitié de nous et, par sa mort à la croix, il nous écrivit avec son sang une lettre pour son Père céleste, afin qu'il nous fît grâce. C'est ainsi qu'il nous a mérité ou obtenu toute la grâce dont nous avons besoin. Mais pour cela même avons-nous déjà cette grâce? Non, nous devons montrer au Père céleste la lettre du Fils, sa mort sur la croix, ses mérites, et c'est là ce qui se fait dans le saint Sacrifice de la Messe; là le divin Sauveur montre à Dieu son père, ce qu'il a fait et souffert pour nous, et il lui dit en quelque sorte : Voyez, ô Père céleste ! j'ai souffert aussi pour ces hommes, je suis mort pour eux, et j'offre mes douleurs, ma mort à leur intention, afin que vous ayez pitié d'eux, que vous leur accordiez la grâce que je leur ai méritée. Et cette grâce, le Père céleste nous l'accorde ensuite dans les sacrements, dans la sainte Messe même, et dans la prière.
Q. 6. Ce sacrifice nous a-i-il été annoncé?
R. Oui, car, sous V ancienne Loi, il a été figuré d'avance par. le sacrifice de Melchisédech (t), et prédit par le prophète Malachie (2).
ij II a été figuré d'avance par le sacrifice de Melchisédech. Celui-ci qui était en effet prêtre et roi tout ensemble, offrit en sacrifice du pain et du vin. Par là, il a indiqué d'avance un sacrifice du même genre et que Jésus-Christ (également roi et prêtre) devait offrir plus tard. Car le Saint-Esprit a dit du Sauveur : « Vous êtes prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. » C'est-à-dire : vous offrirez
(1) C'est pour cela qu'il est dit de Jésus-Christ: « Vous êtes le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech. » (Ps, 109).
(2) « Mon affection n'est plus en vous (Juifs), dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai point de présents de votre main; car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les nations, et l'on sacrifie et l'on offre en tout lieu une oblation pure à mon nom. » (Mal. I, 10-11).
continuellement, jusqu'à la fin du monde, un sacrifice pareil à celui de Melchisédech (car vous êtes prêtre, donc vous offrez des sacrifices, la fonction principale du prêtre étant d'offrir des sacrifices ; — de même que chez nous le prêtre n'a rien de plus saint, de plus important à faire que de célébrer la sainte Messe). Ainsi par là il a été annoncé d'avance que Jésus-Christ offrirait perpétuellement un sacrifice. Est-ce peut-être sa mort sanglante à la croix? Non ; car celle-là, il ne l'a soufferte qu'une seule fois. Mais c'est le saint Sacrifice de la Messe; celui-ci, il l'offre continuellement jusqu'à la fin du monde. Et il ressemble à celui de Melchisédech, car Jésus-Christ offre aussi son sacrifice sous les espèces du pain et du vin.
2) Le prophète Malachie a prédit le saint Sacrifice de la Messe. Dieu a annoncé par sa voix qu'il ne voulait plus des sacrifices juifs, mais qu'à leur place il voulait un autre sacrifice; voici les paroles du prophète : « Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher (c'est-à-dire aussi loin que paraît le soleil, donc en tous lieux) l'on offrira une oblation pure, en l'honneur de son nom, »c'est-à-dire, pour l'honorer et le glorifier, comme il convient. Or ce sacrifice ne peut être que le sacrifice de Jésus- Christ, car c'est celui-là seulement qui a remplacé le sacrifice judaïque ; seul il est entièrement pur et saint, capable de glorifier réellement Dieu. Mais est-ce peutêtre le sacrifice de la croix? Nullement; celui-ci n'a été offert qu'en un seul lieu (sur le mont Calvaire) et en un jour, tandis que le prophète a dit que le nouveau sacrifice devait être Offerten tous lieux et dans tous les temps. D'ailleurs le sacrifice de la croix n'est pas un sacrifice d'oblation, consistant à offrir des aliments. Or quel est donc l'autre sacrifice de Jésus- Christ? C'est celui de la sainte Messe, et il n'en est pas d'autre. 1° Celui-ci est un sacrifice tout pur et saint, qui honore infiniment Dieu (comme vous l'apprendrez plus tard) ; 2° C'est une oblation, puisque le corps de Notre-Seigneur qui est offert, sert en même temps de nourriture aux âmes, dans la sainte Communion ; 3° il est offert « depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher » c'est-à-dire dans tous les pays qui se trouvent sur le globe terrestre, chez les nègres sauvages dö
l'Afrique, chez les Chinois, etc., comme chez nous; car partout il y a des prêtres chrétiens qui le célèbrent ; et « depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, » cela veut dire encore qu'il n'y a pas d'heure, pas même de minute dans la journée, où il ne soit offert. Ainsi pendant que chez nous descend le soir, chez d'autres, du côté opposé du globe, apparaît le matin, et on y célèbre la sainte Messe ; pendant que chez nous régnent les ténèbres de la nuit, dans d'autres lieux règne la clarté du jour; en un mot, il n'y a pas de minute où ce saint Sacrifice ne soit célébré dans un lieu sur la terre. Voilà avec quelle exactitude et quelle majesté, la prédiction du prophète a été réellement accomplie ! Pensez comme c'est beau! Dieu est glorifié ainsi à chaque minute; à chaque minute le divin Sauveur s'offre pour nous à son Père céleste ; à chaque minute la voix de son sang monte vers le ciel, pour que Dieu fasse descendre ses grâces sur nous. Ah, combien Dieu est grand, infiniment glorieux! et combien grand, infiniment grand est l'amour de Jésus-Christ ! — Combien grand, infiniment grand est notre bonheur !
Q. 7. Quel est ce sacrifice perpétuel prédit par Malachie?
iï. Cest le saint Sacrifice de la Messe.
Le nom de « Messe » pour désigner notre saint Sacrifice vient du mot latin Missa, qui signifie renvoi. On donna ce nom au sacrifice chrétien, parce que, dans les premiers siècles, on renvoyait de l'assemblée des fidèles, tous ceux qui n'étaient pas encore baptisés, ainsi que les pécheurs publics. Après le prône, le diacre les faisait sortir, et probablement il prononçait alors ces paroles, Itet missa es/, que depuis on a mises à la fin du sacrifice. Ainsi le nom de Messe est très ancien ; il y a plus de 1500 ans, il était déjà d'un usage général; ce nom même doit nous rappeler que ce sacrifice est très saint, très redoutable, et qu'on ne doit y assister qu'avec des sentiments de grande piété, de profond respect et avec attention.
Q. 8. Qui a institué le saint Sacrifice de la Messe?
H. Le saint Sacrifice de la Messe a été institué par Jésus- Christ lui-même, lorsque, à la dernière Cène, il s'offrit lui-même à son Père céleste, sous les apparences du pain et du vin, et quil ordonna à ses apôtres de continuer dans la suite à célébrer le même sacrifice.
Ainsi la première Messe a été célébrée àla dernière Cène. Sans doute Jésus-Christ n'a pas employé les mêmes prières et les mômes cérémonies que celles dont se servent aujourd'hui les prêtres, quand ils disent la messe ; mais pour ce qui regarde la substance, l'affaire principale, Jésus-Christ a fait la même chosequeeequisefait danschaque messe. (On peut indiquer les trois parties principales de la Messe qui sont : l'offrande, la consécration, la communion). En effet Jésus comme vous le savez (Q. 4. § I), a changé le pain et le vin en son corps et en son sang ; ce corps et ce sang, il les a offerts et présentés pour nous à son Père céleste, sous les apparences du pain et du vin, de sorte qu'il s'est offert lui-même. Il avait dit : « Ceci est mon corps, qui sera livré pour vous, » — que je livrerai demain à la mort et que je livre, offre et sacrifie dès maintenant à mon Père céleste, afin qu'il vous soit propice; et pareillement : «Ceci est mon sang, qui sera versé pour vous, pour la rémission des péchés, » que je verserai demain pour vous, que maintenant je verse et offre déjà pour vous d'une manière mystérieuse, afin que vous obteniez le pardon de vos péchés. Et Jesus- Christ ne s'est pas contenté d'offrir lui-même ce saint Sacrifice, mais il a dit encore : « Faites- ceci, » c'est-àdire faites de même que j'ai fait ; par conséquent changez aussi le pain et le vin en mon corps et en mon sang, offrezles à mon Père céleste. Il leur a donc commandé de célébrer depuis ce temps le saint Sacrifice de la Messe.
Q. 9. Ainsi qu'est-ce que la sainte Messe?
R. La sainte Messe est le sacrifice perpétuel de la nouvelle alliance, dans lequel Jésus-Christ s'offre, par les mains des prêtres, sous les apparences du pain et du>
vin, à son Père céleste, d'une manière non-sanglante, comme il s'est offert un jour d'une manière sanglante sur la croix.
Tout ceci, chers enfants, j'ai essayé de vous l'expliquer clairement; maintenant je veux voir si vous le savez encore. J'ai dit : la Messe est un sacrifice; que faut-il pour un sacrifice ; 1° un don visible, 2° qui soit offert à Dieu, 3° pour l'honorer comme votre souverain maître. Eh bien, ces trois conditions se rencontrent-elles dans le sacrifice de la Messe? quel est le don visible?... Oui, mais cependant peut-on voir le corps de Jésus-Christ? Il est visible, non par lui-même, mais par les apparences du pain et du vin. A qui ce don estil offert?... Pourquoi?... On dit ensuite que la Messe est un sacrifice perpétuel: pourquoi ?... de la nouvelle alliance, pourquoi?... Dans lequel Jésus-Christ s'offre ; qui s'offre? qu'offre-til? A qui? par qui? Par les mains du prêtre. Quand un riche donne de l'argent à son enfant, pour le remettre comme une aumône aux pauvres, quel est proprement celui qui a donné cette aumône? Est-ce l'enfant ou est-ce son père? C'est son père. Mais l'a-t-il donnée parlui-même?Non; il l'a remise par les mains de son enfant; il s'est servi de l'intermédiaire ou du ministère de son enfant. Eh bien! c'est ainsi que Jésus-Christ offre toujours le saint Sacrifice de la Messe ; il offre son corps, son sang; mais c'est par les mains du prêtre, il se sert du ministère des prêtres ; car par les paroles de la consécration, que prononce le prêtre, il change le pain et le vin en son corps et son sang, il devient présent sur l'autel et s'offre à son Père céleste. Ainsi, de même que ce riche fait des aumônes par les mains de son enfant, ainsi Jésus-Christ s'offre par les mains du prêtre; et comme cet enfant distribue des aumônes, en tant que remplaçant et instrument de son père, ainsi le prêtre n'offre le saintSacrificedelaMesseque comme un remplaçant ou un instrument dont se sert Jésus-Christ. C'est pourquoi l'on dit : le prêtre offre, en la personne de Jésus-Christ, ou Jésus-Christ offre par lui; voilà aussi pourquoi le prêtre, à la consécration, c'est-à-dire au moment où s'opère proprement le sacrifice, ne dit pas : Ceci est le corps
de Jésus-Christ, mais il dit : « Ceci est mon corps, » pour signifier qu'il parle et offre au nom de Jésus-Christ, que Jésus- Christ offre par lui. — // s'offre sous les apparences du pain et du vin, ainsi il ne s'offre pas sous ses propres apparences, sous l'aspect d'un corps que l'on puisse voir, comme la foule des juifs le voyait quand il était attaché à la croix, mais il s'offre, comment? — D'une manière non-sanglante, c'est-à-dire sans verser réellement son sangr sans mourir de nouveau. Il s'offre dans la messe d'une manière non-sanglante comme il s'est offert un jour d'une manière sanglante sur la croix, — il ne meurt plus en effet, tandis qu'alors il mourut et versa son sang. — A l'exception de cette différence, c'est tout à fait le même sacrifice, comme vous allez l'entendre.
Q. 10. Quelle différence y a-t-il entre le saint Sacrifice de la Messe et le sacrifice de la croix ?
R. Le saint Sacrifice de la Messe est, de sa nature, le même sacrifice que celui de la croix; il n'y a de différence que dans la manière de l'offrir.
(C'est pourquoi S. Paul en le comparant aux sacrifices de l'ancienne Loi disait : « Jésus-Christ ne s'est sacrifié qu'une seule fois. » (Hebr. 7 — 27.) En effet le christianisme n'a quun seul sacrifice, qui a produit une seule fois sur la croix, d'une manière sanglante, l'œuvre de la rédemption, et dont les fruits nous sont continuellement communiqués dans la sainte Messe.)
De sa nature, le sacrifice de la Messe est le même sacrifice; ce qui constitue proprement le sacrifice, ce qui lui appartient essentiellement, est le même dans le sacrifice de la messe que dans celui de la croix. Celui qui offre le sacrifice, est le même, car c'est Jésus Christ ; il présente la même victime, le même don, à savoir son corps et son sang; celui auquel il l'offre est le même, puisque c'est son Père céleste; il l'offre aux mêmes fins, car c'est pour honorer Dieu et nous obtenir grâce. Seulement la manière d'offrir, c'est-à-dire, la manière dont Jésus-Christ se présente à son Père céleste, est autre et différente, comme vous l'avez entendu dans la ques-
tion précédente. Oui, chers enfants, c'est tout à fait le même Jésus qui fut cloué à la croix; il est là avec le même cœur brûlant d'amour, qui le porta à se vouer à la mort pour nous, la même soumission à son Père céleste, avec laquelle il s'humilia jusqu'à la mort infâme de la croix, car il s'humilie maintenant sous les viles apparences de pain, il adore son Père céleste, il reconnaît sa souveraine majesté. Comme il ne peut de nouveau sacrifier sa vie en l'honneur de son Père, il lui montre et lui offre néanmoins son corps tué sur la croix, son sang versé sur la croix; toute l'obéissance, tout l'honneur qu'il lui a témoignés, tous les mérites qu'il a acquis par là, il les présente encore à son Père céleste. Il le fait, non pour nous racheter une seconde fois, ou nous mériter de nouveau notre pardon, ce qu'il lit sur la croix; mais il le fait, pour que le Père céleste, en considération de la mort de Jésus et de ses mérites, nous donne et nous communique réellement la grâce que Jésus nous a méritée, et pour l'acquisition de laquelle il nous a donné en quelque sorte une lettre signée de sa main.
Ainsi vous le voyez, chers enfants, la sainte Messe n'est pas un autre sacrifice que celui de la croix; dans la Religion chrétienne nous n'avons pas deux sacrifices, mais un seul que Jésus-Christ a accompli par sa mort sur la croix pour nous racheter, et qu'il renouvelle, qu'il offre à son Père céleste, en cent, en mille endroits à la fois, d'une manière mystérieuse et admirable. Il n'y a pas deux corps de Jésus - Christ; le corps qu'il a au ciel, est le corps qu'il a dans le saint Sacrement; oui, c'est un seul et même corps, mais au ciel il est dans sa forme propre et naturelle, — dans le saint Sacrement sous la forme du pain ; de même il n'y a pas deux sacrifices, — le sacrifice de la croix et le sacrifice de la messe, — mais il n'y a qu'un sacrifice, puisque Jésus-Christ s'offrit sur la Croix d'une manière sanglante, dans la forme de sa nature humaine et de sa propre personne, et dans la Messe il s'offre d'une manière non-sanglante, sous la forme ou les voiles du pain qui le cachent à nos yeux.
Chers enfants, si nous pensions bien à tout cela, chaque fois que nous assistons à la sainte Messe, de quel respect ne
devrions-nous pas être pénétrés? La fête de Noël avec la petit«* rrèche, nous rappelle simplement la naissance de Jésus- Christ, mais ne fait pas renaître réellement Jésus, ne le rend pas présent comme enfant, tandis que le saint Sacrifice de la Messe nous rappelle, non-seulement le sacrifice de Jésus sur la croix, mais il renouvelle ce sacrifice sous nos yeux, oui alors sur l'autel, se passe de nouveau réellement, quoique d'une manière non-sanglante, ce qui s'est passé sur la montagne du Calvaire. Quels sentiments dut éprouver au pied de la croix S. Marie-Madeleine! Quels eussent été vos sentiments, chers enfants, si vous aviez été présents à la mort de Jésus- Christ, si vous aviez su qui mourait là, et qu'il mourait ainsi pour nos péchés! Sans doute vous eussiez pleuré vos péchés par des larmes amères, vos péchés qui firent souffrir si cruellement le Sauveur; vous eussiez demandé pardon au bon Jésus, vous l'eussiez remercié de son amour infini, et assuré que désormais vous lui seriez plus obéissants, que vous ne lui causeriez plus de chagrin. Eh bien? faites tout cela, chers enfants, pendant la sainte Messe, car retenez-le bien : là se trouve le même Jésus mort pour vous sur la croix; il y offre au Père céleste, son corps crucifié, son sang versé pour vos péchés. Aussi S. Guillaume, évêque, lorsqu'il entendait ou célébrait la Messe, versait toujours des larmes amères et douces, produites par la douleur et l'amour. « En effet, disait-il, lorsque, pendant la sainte Messe, je pense que Jésus-Christ s'offre lui-même sur l'autel à son Père céleste comme une victime, je n'éprouve pas moins de douleur que si je le voyais mourir sur le Calvaire, suspendu à la croix. » Je vais vous citer encore une histoire qui convient ici : Dans une paroisse où les gens étaient très méchants, arrivèrent un jour deux prêtres missionnaires pour exciter, par leurs prédications, les habitants au repentir et à la pénitence. Hélas ! leurs sermons n'aboutirent à rien ; on les écouta, mais on ne voulut pas se corriger ni s'améliorer. C'est pourquoi, désirant tenter un dernier effort, l'un des deux missionnaires remonte en chaire, il prêche avec tant de force, tant d'efforts, qu'un vaisseau (ou une veine) du cœur se rompt, et que le sang jaillit en abondance de sa bouche. On l'emporte mourant de
la chaire de vérité. Que fit alors l'autre missionnaire? Il prit la robe de son confrère décédé, robe encore toute couverte de son sang, et du haut de la chaire il la montra aux auditeurs, en leur disant : « Ce sang vous l'avez versé, vous êtes cause de cette mort. » Alors la foule se sentit profondément ébranlée; « Nos péchés, crièrent-ils tous, lui sont allés tellement au cœur, qu'ils sont cause de sa mort ; et nous ! nous sommes si indifférents, nous ne voulons pas faire pénitence.' » Dès ce moment ils se précipitèrent en masse vers le confessionnal, et ils se convertirent sincèrement. Eh bien, chers enfants! dans la sainte Messe, au moment de la Consécration, le prêtre vous montre, non la robe ensanglantée de Jésus-Christ, mais il vous montre son corps qui a été déchiré à coups de verges et percé de clous ; il vous montre le sang qui a été versé pour vous, au milieu des plus horribles supplices. Et vous voudriez rester indifférents, et continuer de vivre dans vos péchés, sans vous soucier de rien ? Oh ! non, non î Toutes les fois que vous assistez à la sainte Messe et que le prêtre vous montre, à la consécration, le corps et le sang de Notre-Seigneur, rappelez-vous que Jésus-Christ a beaucoup souffert, qu'il est mort pour vos péchés et que, dans ce moment, il offre à son Père céleste son corps crucifié et son sang versé; frappez-vous alors avec repentir la poitrine et dites: « Jésus, ayez pitié de moi, Jésus, faites-moi miséricorde! Jésus, pardonnez-moi mes péchés? » Promettez-lui de vous corriger, de l'aimer fidèlement, et dites-lui : « Jésus, je veux vivre pour vous! Jésus, je veux mourir pour vous ! Jésus, je suis à vous, pour la vie et pour la mort ! »
Q. 11. Pourquoi le sacrifice de la Messe est- il le même sacrifice que le sacrifice de la croix ?
R. Parce que dans tous les deux c'est Notre Seigneur Jésus- Christ qui offre et qui est offert.
Q. 12. Quelle est la différence dans la manière d'offrir dans les deux sacrifices ?
R. C'est que, sur la croix, Jésus-Christ s'offrit d'une manière sanglante, tandis que sur l'autel il s'offre d'une manière non-sanglante, en renouvelant le sacrifice accompli sur la croix, sans souffrir ou mourir de nouveau.
(Ces questions ont déjà été expliquées précédemment ; il y a seulement le mol renouveler qui n'a pas reçu d'explication ; la voici : il renouvelle, cela signifie : il fait de nouveau ce qu'il a fait sur la croix, il offre au Père céleste, son corps et son sang, quoiqu'il ne meure plus.)
Q. 13. Puisque J ésus- Christ ne meurt plus, comment donc le sacrifice qu'il accomplit sur la croix, peut-il être renouvelé par la sainte Messe ?
R. // est renouvelé, parce que dans la sainte Messe Je sus-Christ se sacrifie réellement sous les apparences du pain et du vin, séparées et distinctes, qui sont les figures de la mort sanglante qu'il souffrit sur la croix.
Le sacrifice de la croix a consisté en ce que Jésus- Christ s'est livré lui-même à la mort la plus cruelle, afin d'honorer et d'apaiser Dieu. Mais comment le sacrifice de la croix peut-il être renouvelé, puisque Jésus ne meurt plus ? D'abord, chers enfants, je dois vous faire remarquer qu'il s'agit ici de quelque chose de mystérieux et d'étonnant, que nul homme ne peut expliquer complètement. Voici du moins ce que vous êtes en état de comprendre : si Jésus- Christ mourait de nouveau, en ce cas le sacrifice de la Croix et celui de la Messe ne seraient plus un seul sacrifice, mais ce seraient deux sacrifices ; d'ailleurs Jésus-Christ ne peut plus mourir. Sur la croix, son sang a coulé et s'est séparé réellement de son corps ; mais cela n'est plus possible ; cependant cela se fait en quelque sorte, sur l'autel, mais d'une manière sacramentelle (par un signe extérieur). En effet Jésus est présent sous les espèces du pain et du vin séparées, c'est-à-dire, spécialement sous l'espèce du pain et spécialement sous l'espèce du vin. Sans doute Jésus tout entier, le corps avec le sang, est dans l'hostie aussi bien que dans le calice (Q. 14, § 1) mais l'espèce du pain (comme étant
quelque chose de solide, un aliment) indique seulement, représente uniquement le corps de Jésus-Christ ; et l'espèce du vin (comme étant quelque chose de liquide, une boisson) n'indique, ne représente pas le corps de Jésus- Christ, mais seulement son sang. La sainte Hostie nous représente donc particulièrement son corps, et le calice son sang, c'est-à-dire son sang séparé du corps. Mais quand son corps et son sang furent-ils séparés ? Quand il mourut sur la croix. Ainsi les espèces, séparées l'une de l'autre, représentent le corps et le sang de Jésus-Christ, tels qu'ils furent à la croix quand il souffrit la mort sanglante. Le divin Sauveur est donc présent avec le même corps qui mourut sur la croix, avec le même sang qui fut versé sur la croix, et il est présent sous les figures de sa mort sanglante , c'est-à-dire , qu'il y est représenté (au moyen des espèces séparées) tel qu'il mourut sur la croix, quand son sang se sépara du corps. C'est ainsi qu'il s'offre maintenant à son Père céleste, réellement (non pas seulement pour nous servir de réprésentation) et véritablement (c'est-à-dire que ce n'est pas une simple figure de son sacrifice, destinée à nous rappeler seulement le sacrifice de la croix) ; il s'offre, il se sacrifie avec la même soumission, la même obéissance, la même humilité et charité qu'il manifesta sur la croix.
Q. 14. Comment prouvons-nous que la sainte Messe a été constamment célébrée depuis le temps des Apôtres?
R. Nous le prouvons :
1° Par les paroles de S. Paul, qui montrent clairement que déjà du temps des Apôtres, les chrétiens avaient un autel qui leur était propre (î) ; or là où il y a un autel, il faut aussi qu'il y ait un sacrifice.
2Ü Par les témoignages irrécusables des SS. Pères, les dé-
<\) « Nous autres chrétiens, nous avons un actel dont ceux qui servent au tabernacle (c'est-à-dire les Juifs) n'ont pas le pouvoir de se nourrir » (Hebr. 13-10; comp. 1 Ep. Cor. 10. 18-21'.
cisions des conciles, les anciennes prières de la Messe, et beaucoup d'autres monuments ecclésiastiques de l'Orient et de l'Occident.
Il y a des gens qui croient en Jésus-Christ et qui regardent l'Ecriture sainte comme la parole de Dieu ; néanmoins ils s'imaginent qu'il n'y a pas de saint Sacrifice de la Messe. Qu'ils ont tort de penser ainsi, vous le savez déjà, puisque je vous ai prouvé que Dieu, sous l'ancienne Loi, avait promis le saint Sacrifice de la Messe (or ce que Dieu promet, il l'accomplit aussi), et que Jésus-Christ a institué le saint Sacrifice de la Messe. Aujourd'hui je veux vous montrer que depuis les Apôtres, le saint Sacrifice de la Messe a été constamment célébré dans l'Eglise parles chrétiens.
i) L'apôtre S. Paul écrit dans son épître aux Hébreux : « Nous autres (chrétiens) nous avons un autel, dont ceux qui servent au tabernacle (les Juifs) ne peuvent se nourrir ». Or un autel à quoi sert-il ? à offrir des sacrifices, donc celui des chrétiens servait aussi à offrir des sacrifices. Mais l'apôtre S. Paul voulait-il peut-être parler de la croix ? Non, car comment pourrions-nous manger de la croix ? 11 veut donc signifier un autel de sacrifice, sur lequel on offrait une victime, dont les chrétiens, et les chrétiens seuls pouvaient se nourrir. Ainsi déjà du temps de l'apôtre S. Paul, les chrétiens avaient un sacrifice, un sacrifice d'oblation dont les chrétiens seuls pouvaient manger. Or ce ne peut être que le saint Sacrifice de la Messe.
2) Nous avons les témoignages irrécusables des SS. Pères (1), c'est-à-dire les expressions formelles des SS. Pères qui ne permettent pas le moindre doute et qui prouvent l'existence du saint Sacrifice de la Messe. Plusieurs saints Pères nous rapportent dans leurs écrits, comment de leur temps et dans leur pays, on célébrait le saint Sacrifice ; ils racontent que Dieu, par la sainte Messe, opéra des guérisons miraculeuses et accorda des grâces signalées ; ainsi S1 Grégoire de Nazianze, raconte comment son père fut subitement guéri d'une
(t ) Voyez les mêmes preuves à la question 8 ; lre partie.
maladie, par le saint Sacrifice de la Messe. S. Augustin rapporte que S1 Monique, sa mère, le conjura avant sa mort de se souvenir d'elle à l'autel, c'est-à-dire, de prier pour elle, pendant la sainte Messe ; et que réellement « le sacrifice de notre rédemption» fut offert pour elle, après sa mort. Le même Augustin, ce grand et saint docteur (qui vivait il y a plus de 1400 ans), dit : « Au lieu de toutes les victimes et des dons (de l'Ancien Testament), on offre maintenant le corps de Jésus- Christ, et on le distribue à ceux qui y prennent part (qui communient). » Le saint évêque et martyr Irenée, qui fut instruit dans la foi chrétienne par un disciple de l'apôtre S. Jean, et qui devait connaître conséquemment l'enseignement des Apôtres, écrit : « Jésus-Christ prit du pain, rendit des actions de grâces et dit ; ceci est mon corps ; et il dit de même du calice que c'était son sang. Vous le voyez, il enseigna le nouveau sacrifice de la nouvelle Alliance que l'Eglise a reçu des apôtres et offre à Dieu dans le monde entier, le sacrifice que Malaehie avait prédit longtemps d'avance, etc. » Mais je ne finirais pas, si je voulais citer tous les témoignages des SS. Pères.
Quant aux décisions des Conciles touchant le saint Sacrifice de la Messe, je vous en ai déjà rapporté une, les jours précédents (P. 71). Je veux vous en citer encore deux autres. Le premier concile général de Nicée défendit aux diacres (ecclésiastiques qui ne sont pas encore prêtres, qui ont la permission de distribuer la sainte Communion, mais ne peuvent célébrer la messe) de donner la communion aux prêtres; « Car ni les canons ni les coutumes (de l'Eglise) n'ont permis que ceux qui sacrifient (c'est-à-dire les prêtres) reçussent le corps de Jésus-Christ de ceux qui n'ont pas encore le pouvoir de sacrifier (c'est-à-dire les diacres) Et le saint Concile de Trente a dit : « Si quelqu'un soutient que dans la sainte Messe on n'offre pas un véritable sacrifice,... qu'il soit anathème. »
Les anciennes prières de la Messe qui viennent en partie du temps des Apôtres, témoignent également en faveur du S. Sacrifice de la Messe (ce sont en grande partie les mêmes prières que celles qui se trouvent encore aujourd'hui dans le missel).
Ainsi par exemple, on rencontre dans un très vieux missel, ces paroles après la Communion : « Nous vous avons offert (o Dieu) le corps immaculé et le sang précieux de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ ». Et dans un autre missel : « Prions, remercions et louons l'Agneau vivant de Dieu, qui est offert sur l'autel. » Et un peu plus loin : « Dieu, soyez propice aux âmes des défunts pour lesquels nous vous offrons ce saint Sacrifice ». Puis : « C'est vous (Jésus-Christ) qui offrez et qui y êtes offert, qui acceptez le sacrifice et qui êtes distribué » (dans la sainte Communion). Partout, comme vous le voyez, il est question du saint Sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, qui est offert à Dieu, donc du Sacrifice de la Messe.
Enfin il y a beaucoup d'autres monuments ecclésiastiques , en Orient et en Occident, qui témoignent pour le saint Sacrifice de la Messe ; ainsi on a conservé des images, des autels qui datent des temps les plus reculés et nous rappellent l'Eglise de ces époques ; ils. nous disent comment alors on célébrait la Messe dans les Églises d'Asie, d'Afrique et d'Europe Autour de Rome se trouvent des catacombes (4) qui sont des allées souterraines, s'étendant à plusieurs lieues de loin sous le sol ; c'est là que dans les premiers temps les chrétiens ont enterré leurs morts, surtout les SS. martyrs; qu'ils ont célébré les offices divins, parce qu'ils n'osaient le faire publiquement, à cause des païens. Là, on peut voir encore des autels où les chrétiens ont célébré le saint Sacrifice de la Messe. Aujourd'hui existe encore à Rome l'autel sur lequel S. Pierre et les premiers papes ont célébré la sainte Messe. Ce n'est qu'une simple table de bois, mais naturellement elle est entourée d'une grande vénération et c'est le pape seul qui peut dire la messe à cet autel.
Ainsi vous le voyez, chers enfants, depuis les temps les plus anciens on a constamment célébré le saint Sacrifice de la Messe ; celle-ci ne peut donc venir que des Apôtres et
(4) Si le temps le permet, ce serait quelque chose d'intéressant, d'instructif et d'édifiant pour la jeunesse, de lui faire une courte description des catacombes d'après les récits de Jl«r Wiseman dans « Fabiola • ou l'ouvrage de Spencer Northcote « Les catacombes romaines. »
ceux-ci ne peuvent l'avoir reçue que de notre divin Sauveur.
Q. 15. A qui offrons-nous le saint Sacrifice de la Messe ?
R. Nous l'offrons à Dieu seul ; cependant nous y célébrons aussi la mémoire des saints.
Vous avez entendu une autre fois, pourquoi on ne peut offrir un sacrifice qu'à Dieu seul (Q. 1, p. 92), puisque nous honorons comme notre souverain Maitre celui à qui nous offrons le Sacrifice. Or Dieu seul est notre Maître suprême. Ce serait une véritable idolâtrie, si nous offrions le saint Sacrifice de la Messe à un autre qu'à Dieu, tel qu'à un ange, à un saint. Mais n'avez-vous pas encore entendu que les gens disent parfois : « le prêtre doit dire une messe en l'honneur de la sainte Vierge, etc. ? » Sans doute ; mais cela ne veut pas dire que le saint Sacrifice lui est offert ; cela signifie seulement que le souvenir de la sainte Vierge y est rappelé, que l'on y célèbre la mémoire de Marie, la Mère de Dieu, que dans les prières le prêtre appelle surtout en aide l'intercession de cette bonne Vierge.
Q. 16. Comment célébrons-nous dans la sainte Messe, la
mémoire des saints ?
H. 1° En remerciant Dieu des grâces et du bonheur qu'il
leur a accordés.
2° En invoquant leur intercession.
Lorsque, par exemple, le prêtre dit une messe en l'honneur de Marie conçue sans péché, il n'offre le sacrifice qu'à Dieu seul, mais en remerciant Dieu de tous les bienfaits, |il le remercie tout spécialement d'avoir accordé à la sainte Vierge une grâce si grande, et de l'avoir élevée si haut dans le ciel ; en même temps il prie Dieu de nous accorder aussi sa grâce par l'intercession de Marie immaculée, afin que comme elle, nous puissions être purs, sans tache et un jour heureux avec die durant toute l'éternité. Certainement que Marie est honorée par là, quand nous pensons aux grâces qu'elle reçut, à ses vertus, à sa gloire, mais nous ne l'honorons pas de telle ma-
nière, comme si nous lui offrions le saint Sacrifice delà Messe, car ce culte appartient à Dieu seul. D'ailleurs, alors même que la Messe n'est pas célébrée en l'honneur d'un saint, cependant on y fait toujours mémoire des saints. C'est ainsi que S. Augustin a écrit dans un de ses ouvrages : « Le peuple chrétien rappelle le souvenir des martyrs dans les solennités religieuses, afin de s'exciter à les imiter, d'avoir part à leurs mérites et d'être soutenu par leur intercession, de telle manière cependant que nous n'offrons pas de sacrifice à ces martyrs, mais seulement au Dieu des martyrs, quoique nous élevions des autels en des endroits mémorables (sur les tombes où reposent les corps). »
Q. 17. Pourquoi offrons-nous à Dieu le saint Sacrifice de la Messe ?
H . Nous l'offrons à Dieu :
1 " Comme sacrifice de louange^ pour V honorer et le glorifier.
4° Comme sacrifice d'actions de grâces, pour le remercier des bienfaits que nous avons reçus de lui.
3° Comme sacrifice de propitiation, pour obtenir le pardon des nombreuses offenses qui lui ont été faites.
4° Comme sacrifice d'impétration, pour obtenir de lui des secours dans tous les besoins du corps et de lame.
Ainsi le saint Sacrifice de la Messe est 1° un sacrifice de louanges, offert pour louer Dieu, l'honorer et le glorifier.
Chers enfants, nous sommes les créatures de Dieu, faites pour sa gloire. C'est pourquoi nous avons la stricte obligation d'honorer Dieu. Et quel honneur devons-nous témoigner à Dieu ? L'honneur tel qu'il lui convient. Un enfant, je puis l'honorer, en lui donnant une image. Cependant le don doit être plus distingué quand je veux témoigner de l'honneur à un homme qui est considéré. A un prince, à un empereur, il convient de donner un présent princier, impérial, digne d'eux. Ur quel don, quel honneur convient à Dieu ? Un don
divin, un honneur divin qui soit infiniment grand, pur et élevé. Mais comment pouvons-nous présenter à Dieu un tel don, un tel honneur ? Quand même tous les anges et les hommes, pendant des milliers d'années, loueraient et béniraient continuellement Dieu, quand môme tous sacrifieraient leur vie pourDieu, ce ne serait pas encore rendre à Dieu l'honneur qui lui convient, car ce sont de simples créatures, qui, aux yeux de Dieu, sont comme un rien. Et d'abord quant à nous que sommes-nous ? Nous sommes de faibles et misérables créatures, bien plus misérables devant Dieu, que le plus vil insecte écrasé sous les pieds, ne l'est devant le plus sublime d'entre les anges. Et de plus nous sommes de malheureux pécheurs, qui avons offensé bien souvent et très grièvement le Dieu de toute sainteté, des misérables dont il devrait détourner les yeux avec horreur. Or comment pourrions-nous louer et honorer Dieu ? Vraiment, nous sommes bien moins en état de le faire que ce pauvre serviteur dont il est parlé dans l'Evangile (Matth. 18. 24), n'était en état de payer à son maître dix mille talents (plusieurs millions de francs). Mais autant nous sommes pauvres par nous-mêmes, chers enfants, autant nous sommes riches par la sainte Messe. En effet, dans la messe, Jésus-Christ se donne lui-même à nous, il nous donne son sacrifice, ses mérites, et voilà que dès lors nous pouvons rendre à Dieu l'honneur qui lui convient; car nous lui offrons Jésus-Christ lui-même, le Saint des saints, qui est la pureté même, en qui il n'y a pas l'ombre du péché, qui lui-même est Dieu, infiniment grand, saint et glorieux comme le Père ; nous lui présentons toute l'obéissance avec laquelle Jésus- Christ s'est soumis à son Père céleste, a honoré et glorifié sa sainte majesté ; toutes ses prières, tous ses travaux, toutes ses souffrances, sa mort cruelle, endurée pour honorer son Père ; et comme son Père éprouvait une jouissance infinie, lorsque le Fils accomplissait tout cela, ainsi il doit encore avoir une joie infinie, quand le Fils les lui présente de nouveau. Oui, chers enfants, supposez que la très sainte Vierge Marie, que les chœurs glorieux des saints Anges, que les troupes ravissantes des bienheureux, s'avancent devant le trône de Dieu, qu'ils lui présentent toutes les prières ferventes
qu'ils ont jamais récitées, et tous les cantiques de louange qui ont jamais retenti dans la vaste étendue des demeures célestes ; supposez que les apôtres lui offrent tous les travaux qu'ils ont soutenus, les saints martyrs tous les tourments qu'ils ont endurés, les saints confesseurs toutes leurs prières et leurs mortifications, les vierges saintes leur pureté éclatante comme le lis ; supposez même que le bon Dieu crée encore des millions de cieux, remplis de saints anges, et que tous ceux-là viennent et se réunissent ensemble, pour louer constamment Dieu pendant des milliers d'années ; eh bien ! ils ne rendraient pas à Dieu, autant d'honneur que lui en procure une seule messe ; c'est que dans la sainte Messe, Jésus-Christ lui-même, le Fils éternel de l>ieu, loue et honore son Père céleste ; il lui offre un don d'une valeur infinie, et dans lequel le Père met ses complaisances infinies.
Nous aussi nous honorons, dès lors, Dieu, comme il le mérite. Car le sacrifice de Jésus-Christ est notre sacrifice ; c'est lui qui nous la donné. Il se sacrifie pour nous, il loue, il honore son Père céleste en notre nom. Et nous, avec le prêtre, nous pouvons, d'une manière spirituelle, l'offrir lui et son sacrifice, le présenter à Dieu. S. Ignace et quelques autres hommes d'une eminente sainteté, avaient entrepris un voyage, quand un pauvre paysan vint à eux et ne se donna de repos que lorsqu'il pût porter leurs bagages. Pendant qu'ils s'étaient tous mis à genoux durant plusieurs heures pour prier, le pauvre homme, lui, s'était mis aussi à genoux à côté d'eux durant tout ce temps. Ils en furent étonnés et lui demandèrent ce qu'il disait dans ses prières ; il leur répondit : « Je dis au bon Dieu : voyez, Seigneur, je ne suis que la bête de somme de ces saints personnages, je ne puis prier comme eux ; c'est pourquoi je vous offre tout ce qu'ils prient ; acceptez-le comme si je priais aussi de cette manière ». Voilà, chers enfants, ce que nous pouvons et devons faire également dans la sainte Messe. Nous aussi, disons a Dieu : voyez, Seigneur, nous sommes de pauvres pécheurs ; nous ne pouvons vous louer et vous honorer aussi bien que nous le voudrions. Mais nous avons ici votre divin Fils ; c'est lui que nous vous offrons ; les prières qu'il a dites durant sa vie mor-
MÉTHOKE, ETC. 6
telle, ses travaux, ses souffrances, sa mort, son obéissance^ sa charité, etc, tout ce qu'il nous a donné, nous vous l'offrons ici ; acceptez tout cela comme si nous l'avions t'ait nousmêmes; à Jésus nous unissons les faibles prières, les travaux, que nous ferons aujourd'hui, les souffrances que nous endurerons en ce jour, et par là nous voudrions vous honorerr vous glorifier, autant que le fait votre divin Fils. 0 nous vous en conjurons, acceptez-le avec bonté etc.
2° La sainte Messe est un sacrifice d'actions de grâces, ou de reconnaissance. Lorsque vous avez reçu de quelqu'un des bienfaits, c'est un devoir pour vous de l'en remercier, et vous devez être d'autant plus reconnaissants, que les bienfaits qu'on vous a accordés, ont été plus grands. On remercie bien plus pour une pièce d'or que pour une pièce de cuivre qu'on nous a donnée, et celui qui vous a donné la vie, mérite sans doute plus de reconnaissance que celui qui vous a donné une aumône. Or rappelez-vous les grâces et les bienfaits que nous avons reçus de Dieu ! D'abord les bienfaits corporels et temporels. Pensez à cette nourriture qu'il vous accorde chaque jour. Que de personnes souffrent cruellement de la faim! Dans la ville de Londres, si riche, il meurt de faim au moins une personne par jour, et vous avez de la nourriture suffisamment! Quant à la santé... Que vous seriez malheureux, si vous étiez aveugles etc.... Puis rappelez vous les grâces que Dieu accorde à votre âme, comptez, si vous le pouvez, ces grâces si nombreuses que chaque jour vous obtenez de lui ; pensez à la grâce du Baptême, par lequel vous êtes devenus les enfants de Dieu, les héritiers du ciel etc.... Sachez bien, chers enfants, qu'une telle grâce vaut plus que tout ce monde visible. Mais surtout et avant tout, n'oubliez pas cette grâce-ci ; c'est que Dieu a sacrifié, pour vous, pauvres enfants, son Fils unique sur la croix, et qu'il veut bientôt vous le donner pour qu'il devienne la nourriture de votre âme. Oui, chers enfants, vous seriez plutôt en état de compter les flocons de neige qui tombent en hiver, les gouttes d'eau qui se trouvent dans les rivières et dans la mer, que les bienfaits de Dieu. C'est pourquoi nous devons aussi l'en remercier , et lui témoigner une reconnaissance qui
vaille autant, que les bienfaits dont nous lui sommes redevables. Mais que pouvons, que voulons-nous lui donner? C'était ce que demandait le jeune ïobie, quand il revint à la maison paternelle, et qu'il voulut témoigner sa reconnaissance au guide, qui lui avait fait tant de bien. Il lui offrit la moitié de sa fortune, sachant bien cependant, que cela ne suffisait pas. Mais nous donc, que donnerons-nous à Dieu? Quand même nous voudrions lui donner toute notre fortune, notre vie, qu'est-ce que tout cela pour Dieu? Tout cela lui appartient déjà. Eh bien, chers enfants ! voici que Jésus- Christ nous vient de nouveau en aide. Dans la sainte Messe, il se donne lui-môme à nous avec tous ses mérites, et dès lors, nous pouvons offrir au Père céleste quelque chose qui vaut autant que ses bienfaits; dès lors, nous pouvons le remercier suffisamment. Nous pouvons lui dire : « 0 Père bien-aimé ! de nous-mêmes, nous ne pouvons vous remercier assez de toutes vos grâces, de tous vos bienfaits, mais voici votre Fils bien-aimé! il vous remercie pour nous. Nous vous l'offrons, avec toutes les actions de grâces qu'il vous a adressées pendant toute sa vie, et vous adresse encore ; acceptez-le comme notre tribut de reconnaissance; nous y joignons en même temps nos remerciements pour tel bienfait... et pour tous ceux que nous vous avez accordés ; nous vous en serons reconnaissants pendant toute l'éternité. »
3° La sainte Messe est un sacrifice de propitiation, un sacrifice destiné à nous rendre Dieu propice, c'est-à-dire, destiné à l'apaiser , s'il est irrité à cause des nombreuses offenses qu'on lui a faites. — 0 mon Dieu! que de péchés n'avons-nous pas commis chaque jour ! combien en avonsnous commis, depuis que nous sommes en vie! — Et maintenant rappelez-vous, ce que c'est qu'un seul péché aux yeux de Dieu. A cause d'un péché il a précipité, dans les abîmes brûlants de l'enfer, une foule innombrable d'anges qui étaient beaux et heureux au-dessus de toute expression ; et là, dans cet enfer, ils sont si hideux et tellement malheureux, qu'aucune langue ne peut l'expliquer (Punition d'Adam, etc.). Et de combien de péchés ne sommes-nous pas coupables? Et c'est ainsi que nous oserions paraître devant Dieu, que nous avons offensé si grièvement! Que faire donc pour l'a-
paiser? Lui donnerons-nous notre vie? Mais notre vie n'a pas de valeur devant Dieu; et quand même nous en ferions le sacritice au milieu des plus cruelles tortures, ce ne serait pas une expiation assez grande, pour réparer l'offense faite au Dieu d'infinie majesté, au Dieu trois fois saint. Oui, nous tomberions victimes des justes châtiments dus à nos péchés, nous serions éternellement damnés, si nous n'avions pas, en Jésus-Christ, un moyen d'apaiserDieu. Un jour, pendant qu'Alphonse Albuquerque, un héros distingué, se trouvait, avec un grand nombre de personnes, au milieu de la mer, voilà que tout à coup une tempête furieuse s'éleva; tout le monde croyait que le navire, qui les portait, allait être brisé à chaque instant, et que tous allaient descendre dans l'abîme. Que lit Alphonse dans cette extrémité? Il prit un petit enfant qui se trouvait sur le vaisseau, et l'éleva vers le ciel, en s'écriant : « 0 Dieu I si nous sommes pécheurs et si nous avons mérité votre colère, cet enfant du moins est innocent et vous l'aimez; en considération de ce pauvre petit innocent, ayez pitié de nous !» Et voyez! la tempête se calma et tous furent sauvés. Or, si Dieu se laissa apaiser par un enfant plein d'innocence comme l'était celui-là, à combien plus forte raison doit-il s'apaiser, lorsque le prêtre élève vers lui son propre Fils, si innocent, si saint, si aimable! Oui Jésus-Christ lui-même, crie, en quelque sorte, à son Père céleste : « 0 mon Père, il est vrai que les hommes vous ont gravement offensé et qu'ils ne méritent aucun pardon, mais par considération pour moi, pardonnez-leur, excusez-les! Souvenez-vous que pour réparer leur désobéissance, j'ai été obéissant durant trente-trois ans, obéissant jusqu'à la mort de la croix ! Souvenez -vous, que j'ai pris sur moi et souffert les châtiments qu'ils avaient mérités! Voyez ces plaies, voyez ce sang que j'ai versé pour eux, et faites-leur miséricorde! Ne les punissez pas, mais accordez-leur grâce et pardon ! » Et le Père fait miséricorde, il pardonne en considération de son Fils, et il retient les foudres de sa justice vengeresse. Oui, chers enfants, c'est à la sainte Messe que nous sommes redevables de ne pas être livrés aux terribles jugements de Dieu» mais d'avoir le temps de faire pénitence et de nous corriger. Sous l'ancienne Loi Dieu punissait souvent avec une redoutable
sévérité : David pécha par orgueil et ostentation; une peste horrible qui enleva 70,000 hommes dans son royaume, fut le châtiment de son orgueil. Aujourd'hui cependant ce vice règne au loin et au large, et Dieu épargne les coupables. Les fils de Benjamin commirent une action honteuse, contraire à la pureté, et 25,000 hommes expirèrent d'une mort affreuse ; de nos jours ces abominables péchés d'impureté se commettent par milliers, et néanmoins Dieu ne frappe pas les coupables. Les Bethsamites jetèrent sur l'arche d'alliance un regard irrespectueux et téméraire, et 50,000 hommes durent expier par la mort leur audace sacrilège. Aujourd'hui il y a des milliers de chrétiens, qui regardent sans respect, non une simple arche d'alliance, mais le Saint des saints, le Fils de Dieu caché dans le saint Sacrement, ils le reçoivent même indignement, ils le profanent, ils le maltraitent par leurs sacrilèges, et Dieu les épargne, il attend, il leur donne le temps de se corriger. Pourquoi donc Dieu punit-il moins aujourd'hui? pourquoi est-il, pour ainsi dire, plus patient pour nous et plus débonnaire qu'à l'égard des Juifs! Parce que chaque jour, à chaque heure, oui sans cesse le Fils de Dieu apaise, dans le saint Sacrifice de la Messe, la colère de son Père et retient sa main prête à frapper.
C'est pourquoi, chers enfants, profitons de la sainte Messe pour obtenir de Dieu le pardon. Nous lui montrerons, nous lui offrirons son divin Fils, en disant : « O mon Père! je vous ai offensé et j'ai méritéd'être puni ; mais épargnez-moi et soyez-moi propice en considération de Jésus-Christ ! Voici votre Fils ; à cause de son obéissance, de sa pureté, de sa douceur, pardonnez-moi ma désobéissance, mes péchés : Voici ses plaies, son sang! souvenez-vous qu'il a souffert tout cela pour moi, épargnez-moi, ne me châtiez point, mais donnez-moi la grâce de me repentir de mes péchés, de les confesser, et de devenir de nouveau votre enfant. Je regrette infiniment de vous avoir offensé, surtout par tel et tel péché. Aussi je me propose de devenir tout autre, de me corriger et de ne plus vous offenser etc.
4° Enfin la sainte Messe est un sacrifice d'impèlration, ou de prière, pour obtenir du secours dans tous les besoins du
corps et de l'âme. Or ces besoins, ces nécessités où il nous faut de l'aide et du secours, sont bien nombreux. Chaque jour nous avons besoin de nourritureetde vêtements, de santé, etc ; puis à combien de dangers, de maladies, d'infortunes ne sommes-nous pas exposés? Dans tout cela, nous avons besoin du secours de Dieu, et même sans ce secours, nous ne pourrions pas vivre un seul moment. Bien plus encore avonsnous besoin, j'ose le dire, de l'assistance de Dieu, quand il s'agit de l'âme. En effet, sans la grâce de Dieu, vous le savez, nous ne pouvons vaincre la moindre tentation, ni faire le moindre bien, tel qu'il est nécessaire de le faire pour être sauvé. Si Dieu ne nous assistait pas continuellement, nous serions perdus depuis longtemps ! Chaque jour, oui, à chaque moment, nous avons besoin de l'assistance de Dieu, et c'est pourquoi nous devons la demander chaque jour dans nos prières. Mai s Dieu voudra-t-il nous exaucer,nous qui l'avons tant offensé, qui avons abusé si souvent de ses bienfaits pour faire le mal? Ah! ici encore, chers enfants, Jésus-Christ vient au secours de notre faiblesse et de notre pauvreté. Il se donne lui-même à nous avec tous ses mérites ; et voilà que nous avons quelque chose que nous pouvons offrir au Père céleste, et par quoi nous pouvons certainement le disposer à nous secourir. Un jour il y avait un père dont le fils unique et bien-aimé partit pour un pays éloigné. Là ce fils apprit à connaître un homme, par lequel son père avait été gravement offensé autrefois; il vivait dans la plus grande misère. Le fils eut compassion de lui et le traita comme son ami, comme son frère, lui promettant d'intercéder pour lui auprès de son père, afin d'en obtenir du secours. Il arriva que ce malheureux fut attaqué par des brigands; le fils vint à son secours et le délivra, mais lui-même fut blessé mortellement. En mourant, il prit une bague qu'il avait reçue de son père, la trempa dans son sang et dit à son ami : « Allez montrer cette bague à mon père; dites-lui que par affection pour vous j'ai versé mon sang; et que, par amour pour moi, il veuille vous pardonner, puis vous donner tout ce dont vous avez besoin. » Pensez-vous, chers enfants, que lorsque le père eut vu cette bague, il n'ait pas accordé volontiers tout
à son ancien ennemi, par considération pour son fils bienaimé? Or faites-y attention : Ce père c'est Dieu, le fils c'est Jésus-Christ; et nous, nous sommes les ennemis de son Père; mais J.-C. nous a aimés et, par amour pour nous, pour nous délivrer dudémon prêta nous saisir, il a versé son sang. Et ce n'est pas quelque chose comme une bague qu'il nous a laissé ; non, mais il nous a laissé son corps, son âme; il s'est donné lui-même à nous, pour que nous le présentions au Père, afin que celui-ci nous accorde tout, par considéralion pour son Fils. Croyez vous que le Père puisse nous refuser quelque chose, quand nous lui présentons un tel don? Si nous lui présentions l'univers entier, ce ne serait rien ; car devant ses regards, l'univers entier n'est que comme un petit grain de sable; en un clin d'œil, il peut, s'il le veut, créer des milliers et des millions de mondes. Mais il y a quelqu'un, à qui son cœur est attaché par un amour infini, un amour divin, et ce quelqu'un c'est son Fils, le même que nous lui offrons dans le saint Sacrifice de la Messe. Or, quand nous lui offrons un don aussi grand, aussi précieux, nous refusera-t-il les grâces et les légers secours que nous lui demandons? Je ne le crois pas. C'est pourquoi un prêtre pieux disait chaque fois à Dieu, pendant la sainte Messe : « 0 Dieu, voici votre Fils ; il m'appartient, je vous le donne, mais donnez-moi aussi telle grâce... » Oui, chers enfants, au moment où le saint Sacrifice est offert pour nous, Jésus- Christ présente lui-même nos prières à son Père céleste et lui dit. « Voyez, 6 mon Père! les hommes implorent votre grâce. Je le sais, ils ne la méritent pas; mais, par considération pour moi, accordez-leur ce qu'ils demandent. Je les aime tellement, que pour eux j'ai souffert tout... et je leur ai mérité cette grâce. C'est pourquoi accordez-la leur, par amour pour moi. »
Si vous saviez, chers enfants, qu'à certaine heure, la très sainte Vierge, accompagnée de tous les anges et des saints se présenterait devant le trône de Dieu, afin de prier pour vous, ne seriez-vous pas animés d'une grande confiance, et ne prieriez-vous pas pieusement, ardemment avec elle? Or, retenez-le : pendant chaque messe à laquelle vous assistez dévo-
tement, Jésus-Christ lui-même prie pour vous, et cela vaut plus que si tous les anges et les saints priaient ensemble. Donc, chers enfants, pendant la sainte Messe prions Dieu avec une grande confiance, dans toutes les circonstances importantes et les dangers qui nous menacent, dans nos besoins et nos tentations ; disons-lui alors : « 0 Père bien-aimé, voici que je viens à vous, au milieu des besoins qui me pressent, et je vous prie de m'accorder telle grâce.... Il est vrai que je ne la mérite pas, mais je vous présente ici votre divin Fils que vous aimez d'une manière ineffable; je vous offre tous ses mérites, et par considération pour lui, accordez-moi ce que je demande, si c'est utile à votre gloire et à mon salut. Oui vous me l'accorderez, vous devez me l'accorder et je ne cesserai de prier ; car votre Fils lui-même m'a promis que vous m'exauceriez, si je priais en son nom. » Chers enfants î dans le saint Sacrifice de la Messe, nous est ouverte une vraie source de grâces divines, où nous pouvons puiser. Que de grâces nombreuses Dieu ne nous a-t-il pas déjà accordées, en considération de la sainte Messe, à nous ou à nos parents etc, peut-être en nous conservant la vie, en nous préservant de grands malheurs, en nous sauvant du péché etc ! Et combien plus de grâces n aurions-nous pas obtenues, si nous avions toujours assisté à la Messe avec une véritable dévotion ! Que de bienfaits nous pourrions obtenir, si nous y assistions et si nous y priions, comme Jésus-Christ le veut, c'est-à-dire avec piété, humilité, confiance et soumission à la sainte volonté de Dieu (surtout quand nous demandons des choses temporelles) !
Q. 18. Quels effets produit la sainte Messe, comme sacrifice de propitiation ?
R. Elle nous fait obtenir de la miséricorde divine:
1° des grâces de repentir et de pénitence pour la rémission de nos péchés;
2 la remise des peines temporelles dues aux péchés. Si le saint Sacrifice de la Messe a, comme sacrifice de
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propitiation ou d'expiation, une si grande efficacité, quelques-uns pourraient se dire : Mais en ce cas je n'ai plus besoin de me confesser de mes péchés, je n'ai qu'à assister à la messe, et tout me sera pardonné. Non, chers enfants, les péchés (du moins ceux qui sont graves) ne sont pardonnes que dans le sacrement de pénitence. Mais afin d'en obtenir le pardon dans le sacrement de pénitence, nous devons, comme vous le savez, avoir un véritable repentir. Or cette grâce d un bon repentir, nous la recevons quand nous assistons dévotement à la messe. C'est pourquoi le catéchisme dit que, par le saint Sacrifice de la Messe (lorsqu'on le célèbre à notre intention ou que nous y assistons avec piété) nous obtenons : 1° les grâces de repentir et de pénitence puur la rémission des péchés, c'est-à-dire que Dieu nous accorde des grâces actuelles, qui nous mettent en état de nous repentir sincèrement de nos péchés et d'en faire pénitence. Quant au péchés véniels, il nous les remet déjà par ce repentir et cette pénitence ; si nous avons des péchés graves, il nous accorde la grâce de pouvoir recourir au sacrement de pénitence, et par l'absolution, nous obtenons de nouveau le pardon (1).
(1) Plusieurs choses sont requises pour la rémission des péchés. D'abord il a fallu que quelqu'un satisfît à Dieu et le disposât à vouloir nous pardonner de nouveau. C'est ce qui s'est fait par le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix; là, Jésus a satisfait pour tous les péchés du monde entier, souffert la punition du péché, et mérité le pardon. Mais malgré cela, les péchés ne nous sont pas encore pardonnes, autrement les hommes n'auraient plus de péchés, puisque Jésus-Christ a satisfait pour tous. Sa salisfaction doit d'abord nous être appliquée; la grâce de la justification, le pardon doit nous être communiqué. C'est ce qui se fait dans les sacrements. Chez les enfants, pour que les mérites de Jésus-Christ leur soient appliqués, il est seulement nécessaire qu'ils reçoivent le baptême. Pour ceux qui sont parvenus à l'âge de raison, ils doivent, avant de recevoir le baptême ou de se confesser, s'y préparer surtout par la contrition, sans quoi ils n'obtiennent pas de pardon. Mais pour la contrition, nous avons besoin de la grâce, et la grâce, Dieu nous la donne principalement par le saint sacrifice de la Messe. Ce sacrifice porte Dieu à nous communiquer de nouveau les mérites de Jésus-Christ, dont nous nous sommes rendus indignes par nos rechutes dans le péché, et à ne pas nous châtier de suite, mais à nous laisser le temps de faire pénitence, et nous donner l'occasion de recevoir le sacrement de pénitence, comme la grâce de nous repentir
2° Nous obtenons la remise des peines temporelles dues aux péchés. Les peines temporelles des péchés sont celles que nous avons encore à souffrir, après même que les péchés et 1rs peines éternelles nous ont été remis. Ces peines temporelles (ainsi nommées parce qu'elles ne durent qu'un temps et ne sont pas éternelles), nous devons les expier dans ce monde ou dans l'autre ; y satisfaire en supportant patiemment les maux de cette vie, en accomplissant des œuvres de pénitence, en gagnant des indulgences, etc ; où, si nous ne le faisons pas, nous devons souffrir dans le purgatoire, jusqu'à ce qu'elles aient été expiées. Or dans la sainte Messe nous avons un moyen facile de satisfaire pour ces peines et de nous préserver des peines sévères du purgatoire. En effet, lorsque nous assistons dévotement à la messe, Dieu nous remet une partie des peines que nous avons méritées. Ah ! combien d'âmes doivent souffrir actuellement dans le purgatoire, et seraient maintenant au ciel, si elles avaient voulu se donner la peine si légère d'assister souvent et pieusement à la sainte Messe ! Si les pauvres âmes pouvaient encore revenir et assister au saint Sacrifice, comme elles le feraient volontiers et avec dévotion ! Vous autres vous êtes encore en état de le faire. Donc... etc (1).
Q. 19. A qui sont appliqués les fruits de la sainte Messe ?
R. Les fruits généraux sont appliqués à toute l'Église, aux vivants comme aux morts ; les fruits spéciaux sont appliqués :
1° au prêtre qui célèbre le saint Sacrifice ;
2° à celui ou à ceux pour lesquels il l'offre spécialement ;
à tous ceux qui y assistent dévotement.
Recueillir les fruits de l'arbre, les produits du champ, voilà ce que ont en vue le jardinier quand il plante, et le labou-
de nos péchés. Le pardon réel des péchés, du moins des péchés graves, nous l'obtenons seulement dans les sacrements.
(1) La remise des peines temporelles dues au péché, est surtout l'effet
rour quand il cultive ; c'est là l'utilité qu'ils en retirent. C'est ainsi que par les fruits de la sainte Messe, on entend l'utilité, les avantages que produit le saint Sacrifice. Or ce sacrifice produit des fruits généraux, c'est-à-dire qu'il a une utilité spirituelle qui est commune à tous les chrétiens Catholiques, une utilité pour toute l'Eglise, pour les vivants (pour les justes, comme aussi pour les pécheurs) et pour les fidèles trépassés qui sont au purgatoire. Tous, ils obtiennent continuellement, à cause du Sacrifice de Jésus-Christ, des grâces nombreuses, et les pauvres âmes la diminution ou la remise de leurs peines. Même, dans un moindre degré, le saint Sacrifice de la Messe profite, à ceux qui ne sont pas dans le sein de l'Eglise. Car, en considération du saint Sacrifice de son Fils, Dieu les épargne et leur donne les grâces nécessaires pour arriver à la vraie foi.
Mais le saint Sacrifice de la Messe a encore une utilité toute spéciale et plus grande, qui ne revient pas à tous. Or ceux qui retirent cette utilité spéciale des grâces particulières du saint Sacrifice, sont :
1° Le prêtre qui célèbre la sainte Messe. Il est en effet le plus rapproché de la source des grâces, puis il a le plus grand besoin de ces grâces pour les pénibles travaux de son saint ministère.
2° Ceux pour lesquels le prêtre offre spécialement le saint Sacrifice (car il l'offre en général pour toute l'Eglise catholique). Ainsi les vivants comme les morts, peuvent en retirer des fruits spéciaux. Les chrétiens pieux prient le prêtre, en mainte occasion, de vouloir bien dire la sainte messe pour eux ou pour leurs proches, en telle circonstance, pour obtetenir telle grâce.... et à cette occasion ils donnent au prêtre quelque argent. Mais ce n'est pas payer la messe, comme des gens peu intruits ou sans esprit s'expriment quelquefois, quand ils disent : « Combien doit-on payer pour une messe ? » ou bien : « Combien coûte une messe ? » Une
que la sainte Messe produit, quand elle est célébrée à l'intention des défunts, puisque ces pauvres âmes ne sont pas capables de recevoir un autre effet de la grâce.
l'>'2 MÉTHODE POUR PRÉPAKEK LES ENFANTS
messe est quelque chose de saint, qu'il est défendu de vendre pour de l'argent ; c'est quelque chose d'infiniment précieux qui ne peut être payé avec tout l'or du monde. Non, ce franc que l'on donne au prêtre est une espèce d'aumône ou de cadeau qu'on lui fait, afin qu'il soit en état de vivre honorablement et d'assister les pauvres.
3° Enfin ceux qui assistent dévotement à la sainte Messe en retirent des fruits particuliers. Ils en retirent d'autant plus de fruits, que leur dévotion est plus grande. Dans la sainte Messe, Jésus-Christ est disposé à répandre les torrents de sa grâce ; mais de même que celui-là seulement obtient beaucoup d'eau, qui vient puiser à la source avec de grands vases vides : de même celui-là seulement obtient beaucoup de grâces, qui apporte un cœur, vide de mauvaises et coupables inclinations, mais grand et large par le bon désir qu'il a d'être juste et de plaire à Dieu. Un jour, le doux et aimable enfant Jésus apparut visiblement, dans la sainte Eucharistie, au vénérable père Balthazar Alvarez ; sa petite main était remplie de perles et de pierres précieuses, il disait : « Hélas ! si quelqu'un voulait seulement me prendre ces trésors ! »
Voilà, chers enfants, comment Jésus est prêt, dans le saint Sacrifice de la Messe, à nous communiquer les plus riches trésors de sa grâce, il le désire même, avec la plus grande ardeur ; mais hélas ! il y a si peu de personnes qui obtiennent ces trésors de grâces, parce qu'il en est si peu qui assistent au saint Sacrifice de la Messe avec une véritable dévotion du cœur. Vous, chers enfants, assistez souvent à la sainte Messe avec toute la dévotion possible, et cherchez à avoir une part abondante à ses fruits précieux. Mais je vous en dirai bien davantage quand nous aurons fini d'expliquer la leçon sur le saint Sacrifice de la Messe.
Q. 20. Quelles sont les parties principales de la Messe ?
R. Les parties principales de la messe sont 1° V offertoire; 2° la consécration ; 3° la communion.
Chers enfants, je vais vous expliquer maintenant ce qu'il y a de plus important dans la célébration de la sainte Messe.
Veuillez bien faire attention. Après que le prêtre a déposé le calice sur l'autel et ouvert le missel, il commence la sainte Messe par une prière, qu'il dit au pied de l'autel, et qu'on appelle Confiteor, Introït. Dans cette prière, où il se frappe la poitrine comme le publicain repentant, il se reconnaît pécheur, indigne par conséquent de célébrer un sacrifice si auguste ; il demande pardon à Dieu et le prie de le rendre digne de cette sainte fonction. En ce moment vous aussi, vous devez vous exciter à la contrition de vos péchés, et demander à Dieu la grâce d'assister pieusement à la sainte Messe. — Alors le prêtre monte à l'autel, et après une courte prière, vient le « Kyrie eleyson » ce qui veut dire : « Seigneur, ayez pitié de nous ; » comme pour nous rappeler le malheurenx état des hommes avant Jésus-Christ ; il récite ou chante ensuite (pourvu que ce ne soit pas une messe célébrée en ornements noirs ou violets, couleurs de deuil et de pénitence) le Gloria, qui est un cantique de joie et de reconnaissance, commençant par les paroles que les anges chantèrent à la naissance du Sauveur : « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, etc. » Pendant ce cantique nous pouvons penser à la naissance et à l'enfance de Jésus ; nous pouvons lour et bénir Dieu avec tous les anges et les saints, et même par Jésus-Christ, de ce qu'il nous a donné cet adorable Fils, pour nous sauver. A ce cantique succèdent quelques oraisons et puis l'Épître, qui est une lecture tirée des lettres des Apôtres aux premiers chrétiens, ou empruntée à l'Ancien Testament. Puis vient l'Evangile. A l'Évangile, nous nous tenons debout par respect pour la parole de Dieu, qui y est contenue, (comme vous vous tenez debout, lorsqu'un prêtre vient à l'école, vous interroge, ou vous appelle ;) ensuite pour marquer que nous sommes prêts à accomplir, à faire ce que l'Evangile nous prescrit. (C'est ainsi que vous vous levez quand on vous commande quelque chose et que vous êtes pressé d'agir etc.) Quand l'Evangile commence, nous marquons notre front, notre bouche et notre poitrine du signe de la croix ; nous voulons indiquer par là, que nous croyons avec l'esprit la doctrine de Jésus crucifié, que nous voulons la professer de bouche, la garder fidèlement dans le cœur, et la mettre en
pratique. Dans les Messes solennelles vient alors le Credo, c'est-à-dire la profession de foi ou le Symbole. Pendant l'Épître, l'Evangile et le Credo nous nous rappellerons comment Jésus-Christ a prêché pendant trois ans, et nous réveillerons notre foi en sa parole sainte. Tout ce que je viens de vous expliquer, est la partie préparatoire à la messe, parce qu'elle précède la messe proprement dite.
La première partie principale de la sainte Messe, c'est VOffrande. 11 ne faut pas entendre par là le moment où Jésus- Christ est offert; ceci ne se fait qu'à la Consécration, puisque c'est alors seulement que Jésus-Christ devient présent sur l'autel. A l'Offrande on ne fait qu'offrir le pain et le vin, afin que Dieu les bénisse, pour être changés ensuite au corps et au sang de Jésus-Christ. A ce moment nous pouvons nous offrir nous-mêmes avec Jésus-Christ à Dieu son Père, c'est-àdire promettre de lui être obéissants comme Jésus-Christ l'a été; d'employer comme lui, à la plus grande gloire de Dieu tout ce que nous avons, l'argent, la fortune, les mains, la langue, l'esprit, le cœur; de ne jamais les faire servir au péché, de lui appartenir corps et âme dans le temps et dans l'éternité. Après l'Offrande, le prêtre lit la Préface, qui est un cantique solennel d'actions de grâces, pour remercier Dieu de ses bienfaits ; elle se termine par ces paroles de louanges : « Sanctus » c'est-à-dire : « Saint, saint, saint etc; » paroles par lesquelles les saints anges louent Dieu dans le ciel. A cette occasion, nous pouvons remercier Dieu des innombrables bienfaits et des grâces précieuses qu'il nous a accordés et nous accorde chaque jour pour le bien de notre âme comme de notre corps.
Alors commence la deuxième partie principale de la sainte Messe. D'abord le prêtre fait le Mémento des vivants, c'est-àdire qu'il récite une prière, commençant par le mot mémento, qui signifie : « Souvenez-vous, o Seigneur, de vos serviteurs et servantes. » Dans cette prière il prie Dieu pour le Pape, pour l'Evêque, pour tous les fidèles chrétiens, pour tous les assistants et pour tous ceux qu'il veut recommander spécialement à Dieu. Prions aussi, en ce moment, pour nos parents vivants, pour nos proches, nos bienfaiteurs, le Pape, l'Evêque,
les ecclésiastiques, les pauvres, les malheureux. Puis vient le moment le plus saint et le plus solennel de la messe, la Consécration, où Jésus-Christ, à la parole du prêtre, devient présent sur l'autel et s'offre à son Père céleste. Le prêtre change d'abord le pain au corps, et ensuite le vin au sang de Jésus- Christ, qu'il élève successivement et montre au peuple, pour qu'il adore le Sauveur descendu sur l'autel. Imaginons-nous alors voir Jésus-Christ suspendu à la croix, adorons-le humblement et demandons-lui pardon de nos péchés. (Voyez la Q. 10, p. 109). Après la consécration, le prêtre prie pour les fidèles trépassés, ce que nous pouvons faire aussi avec lui. Il récite ensuite le Pater noster (notre Père) et l'Agnus Deit c'est-à-dire : « Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous. »
Aussitôt après, vient la troisième partie de la Messe, la Communion. Après quelques prières, où le prêtre demande la grâce de communier saintement, il dit trois fois. « Seigneur, je ne suis pas digne etc, » et il reçoit avec respect le saint Sacrement. Pendant ce temps nous devons faire la Communion spirituelle, c'est-à-dire, réveiller en nous un sincère désir de recevoir le Sauveur, et de nous unir étroitement à lui. Le prêtre dit ensuite quelques prières en actions de grâces, et donne la bénédiction ; représentons-nous alors que Jésus-Christ lui-même nous bénit, et demandons-lui, de tout notre cœur, sa grâce pour tout le reste de la journée. Enfin le prêtre lit le commencement de l'Evangile de S. Jean, où nous est exposée l'incarnation du Verbe, c'est-à-dire du Fils éternel de Dieu, et il plie le genou à ces paroles : « Et le Verbe s'est fait chair. » Remercions alors le bon Dieu, de ce que nous avons pu assister au saint Sacrifice de la Messe, pendant lequel le Fils de Dieu est aussi descendu jusqu'à nous et a voulu demeurer parmi nous; prions-le de nous accorder le pardon de toutes les fautes que nous pourrions avoir commises, en assistant à la sainte Messe (1).
^1) Dans le cas où une description plus détaillée de la célébration de la messe serait possible et convenable, le catéchiste pourra aisément suppléer à ce qui manque ici. Si cette description ne peut se faire dans les
Q. 21. Que doit-on penser des cérémonies que l'Église a ajoutées au saint Sacrifice de la Messe?
R. Ces cérémonies de la Messe ont leur origine dans les temps les plus anciens, un grand nombre même datent du temps des Apôtres ; et leur belle signification, pleine de mystères, excite en nous V attention et le respect.
Les cérémonies sont des pratiques pieuses que Ton observe pendant la sainte Messe, telles que d'allumer des cierges, — (pour le prêtre) de faire des signes de croix, de baiser l'autel, d'encenser, etc. Ces cérémonies nous devons les respecter non-seulement parce qu'elles servent à la solennité du saint Sacrifice et inspirent de la vénération aux fidèles qui y assistent, mais nous devons encore les respecter:
1) parce qu'elles ont leur origine dans les temps les plus anciens et que plusieurs d'entre elles datent du temps des apôtres. Or ce qui nous a été transmis par les SS. Pères et surtout par les Apôtres, nous devons certainement le respecter. Si, par exemple, nous avions un calice dont S. Pierre, le chef des apôtres, se serait servi, où le glaive avec lequel on a coupé la tête à S. Paul, etc.; sans doute, nous en ferions beaucoup de cas. Eh bien! les pieuses pratiques que l'on observe pendant la sainte Messe, sont des souvenirs vénérarables, puisque les Apôtres s'en sont servis et qu'ils nous les ont transmises ;
2) parce que les cérémonies saintes sont pour nous d'une grande utilité; elles nous portent à assister avec plus de piété à la sainte Messe et à recueillir ainsi plus de grâces. Elles ont en effet une belle signification pleine de mystères, c'est-à-dire qu'elles nous font penser à des choses élevées et sublimes. Leur sens, leur signification est pleine de mystères, c'est-à-dire de vérités cachées, car elles nous font penser aux mystères de notre foi. En effet celui qui s'attache au sens des céremo-
instructions préparatoires à la première Communiou, elle doit être faite néanmoins plus tard dans le catéchisme de persévérance.
nies, est naturellement porté à V attention (c'est-à-dire à penser à Dieu et aux vérités saintes, à s'occuper de choses saintes et non frivoles) ; il est porté au respect (c'est-àdire qu'il ressentira un saint effroi, une espèce de crainte en présence du saint sacrifice). Je veux vous le montrer par quelques exemples. C'est une cérémonie que d'allumer des cierges. Or les cierges allumés signifient 1° que Jésus-Christ , la lumière du monde , est présent sur l'autel ; 2° ils nous montrent comment nous devons assister à son sacrifice ; ils signifient en effet la foi (qui éclaire, qui répand la lumière dans les esprits), l'espérance (qui tend à s'élever, à monter toujours), la charité (qui rechauffe et enflamme). Voilà donc un sens élevé et riche en mystères ; celui qui y réfléchit, sera certes rempli de saintes et pieuses pensées, il assistera à l'auguste sacrifice avec un cœur respectueux. De même les signes de croix que le prêtre forme à la Messe, signifient que ce saint sacrifice est le même que celui qui fut offert sur la croix, ils nous rappellent la mort sanglante que Jésus a soufferte sur la croix, et nous montrent que, par cette mort de Jésus crucifié, nous pouvons obtenir la grâce, le pardon et le salut. Il en est de même des autres cérémonies saintes (i).-Si aujourd'hui, vous ne comprenez pas encore tout cela, pensez que ce sont des pratiques saintes et mystérieuses, regardez-les avec un saint respect. Plus tard, quand vous serez plus âgés, et que vous pourrez mieux comprendre tout cela, je vous donnerai des explications plus longues.
Q. 22. Mais pourquoi donc se sert-on de la langue latine en disant la Messe?
R. 1° Parce que cette langue vient de Rome, d'où la foi nous a été apportée ;
2° parce que cette langue ne change pas avec le temps comme nos langues populaires ;
(1) Les autres cérémonies faciles à expliquer aux enfants sont :1a prière au pied de l'autel, le frappement de la poitrine, les génuflexions, le Lominus vobisewn, etc.
3° parce que même dans les cérémonies religieuses, au moyen de cette langue , V unité et l'union de V Église se manif estent et se maintiennent mieux sur toutela terre.
Quand le prêtre, pendant la sainte Messe, lit à haute voix ou chante certaines choses, vous ne lecomprenez pas ; pourquoi? C'est qu'il dit la messe, non en français, langue que vous comprenez, mais en latin. Pourquoi donc en latin?
1° Parce que la langue latine vient de Rome, d'où la Foi catholique nous a été apportée. Nous (nos ancêtres) avons obtenu le don précieux de la sainte Messe, en même temps que nous avons recula Foi catholique. Les hommes pieux qui, il y a plus de 1500 ans, vinrent en France et en Belgique, pour y convertir à la foi chrétienne les païens qui habitaient ces pays, ont introduit aussi chez nous le saint Sacrifice de la Messe. Ces hommes pieux tels que S. Amand, S. Remy, S. Remacle, etc, avaient reçu du Saint-Père, du pape de Rome, le pouvoir et l'ordre de prêcher la religion chrétienne dans notre pays. C'est donc à Rome, au souverain -pontife qui y réside, que nous devons ce bienfait si grand, la Foi catholique et avec la Foi, le saint Sacrifice de la Messe. Or au temps où la Foi et le saint Sacrifice de la Messe nous furent apportés de Rome, on parlait dans cette ville la langue latine. Voilà pourquoi nous employons encore aujourd'hui cette langue pendant la sainte Messe; c'est pour nous rappeler avec reconnaissance d'où cette grâce nous est venue.
2° Nous employons la langue latine pendant la sainte Messe, parce que cette langue ne change pas avec le temps comme les langues vivantes ou populaires. Une langue populaire, c'est celle que l'on parle chez le peuple dans la vie ordinaire; ainsi le français, l'allemand etc. sont des langues populaires parce qu'elles sont parlées par les peuples qui habitent la France et l'Allemagne. On les appelle aussi langues vivantes parce qu'elles semblent vivre, car elle se font entendre dans la bouche du peuple et on les emploie encore de nos jours. Mais ces langues vivantes et populaires changent avec le temps, c'est-à-dire, qu'après quelque temps, on prononce les mots d'une autre manière, on donne aux objets un tout autre nom
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rjue celui qu'ils avaient auparavant. Si on vous donnait, par exemple, un livre français qui a été imprimé, il y a quatre ou cinq cents ans, (on y voit comment les gens parlaient et écrivaient alors,) vous y trouveriez bien des mots que ne vous sauriez comprendre, et qui se prononçaient tout autrement que de nos jours ; si je vous montrais des livres français qui [>nt été écrits, il y a six ou sept cents ans, d'après la manière iont les gens parlaient alors, vous n'en comprendriez rien du :out, et néanmoins c'est toujours la langue française. Voilà comment cette langue a changé; c'est ainsi que changent ;outes les langues populaires, après un certain temps. Or si )n disait la Messe dans une de ces langues populaires et rivantes, on devrait continuellement changer les prières et les eçons qu'elle contient ; par là il pourrait facilement s'y glisser des choses inexactes, fausses et hérétiques. Pour éviter ;et inconvénient, l'Eglise catholique a ordonné que la sainte Hesse fût célébrée en latin. Dans la langue latine, ces changements ne peuvent plus avoir lieu, ce n'est plus une langue >opulaire ni vivante, mais une langue morte; on l'apprend ieulement dans les livres, et ce qui est imprimé dans les ivres, ne change plus. C'est pourquoi ce qui se trouve aujourl'hui dans le missel, ce que les prêtres lisent de nos jours >endant la messe, est exactement le même qu'il y a trois ents ans.
3° Je suppose, chers enfants, que l'un d'entre vous aille jp Angleterre; il n'y entend pas dire un seul mot en fran- :ais ; il observe aussi qu'on ne s'occupe guères de religion lans la vie journalière; il se sent isolé et il commence à entir une certaine tristesse au cœur. Mais voilà qu'arrive le limanche ! il va à l'église ; là il aperçoit le prêtre, revêtu les mêmes ornements sacerdotaux, il l'entend chanter et >rier exactement comme dans son pays natal. Alors il voit lairement dans toute son évidence, que ces gens-là ont, )ieu merci, les mêmes offices et la même religion que dans on pays; dès ce moment il se sent en quelque sorte, comme ransporté de nouveau dans sa paroisse natale, et s'il a en- :ore un peu de bon sens et de cœur, il se réjouira d'apparenir à la grande et sainte Eglise catholique, qui partout
est une et la même dans le monde entier; il se trouvera partout chez lui, là où s'élève seulement une chapelle catholique; il sera rempli d'un nouvel amour pour son Église, et assistera avec bonheur à ses offices religieux. C'est pourquoi le catéchisme dit : « Même dans les cérémonies religieuses, au moyen de la langue latine, l'unité et l'union de l'Eglise se manifestent mieux sur toute la terre, c'est-à-dire, par là même que, chez les peuples catholiques, la sainte Messe est partout célébrée en langue latine, nous voyons que l'Eglise catholique est une, qu'elle possède un seul et même culte publie dans tous les lieux et dans tous les temps ; que tous les catholiques sont unis par les mêmes cérémonies, comme par la même foi. Ensuite, par l'usage de la langue latine, cette unité et cette union de l'Eglise se maintiennent, ce qui veut dire que les Églises des différents pays s'attachent encore plus fermement l'une à l'autre et à l'Eglise romaine; que les catholiques sont raifermis d'avantage dans Yunion, acquièrent plus de zèle et plus de joie pour demeurer fidèles à leur sainte religion et à ses offices. (11 en est de même de deux personnes, qui voyagent dans un pays étranger; quand elles remarquent qu'elles sont compatriotes, elles préfèrent se tenir ensemble que de se mêler à d'autres.)
Vous voyez donc qu'ils est très -avantageux d'employer la langue latine pour dire la sainte Messe. Des gens sans esprit et sans instruction disent parfois : mais ne serait-ce pas au moins aussi bien d'employer la langue française? alors on pourrait tout comprendre. Cette observation n'est pas sérieuse; car s'il était nécessaire de comprendre le prêtre, il faudrait qu'il parlât beaucoup plus haut, qu'il criât comme lorsqu'il prêche; — or cela ne convient pas pour le service divin, on ne saurait y prier pendant ce temps ; si au contraire il y parle à voix basse, comme cela convient, y aurait-il moyen de mieux le comprendre, quand même il se servirait de la langue française? Et d'ailleurs, tout catholique peut comprendre, pour les choses principales, ce que le prêtre prie à l'autel ; car on explique à tous les prières les plus importantes qui se disent pendant la sainte Messe, et on peut les trouver dans la plupart des bons livres de piété.
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Q. 22. Pourquoi l'Eglise a-t-elle prescrit un vêtement particulier au prêtre qui célèbre la sainte Messet
R. Cest afin de nous rappeler que le prêtre, à l'autel, n'agit point par lui-même, mais qu'il tient la place de Jésus-Christ, et célèbre un saint et adorable mystère.
Le prêtre agit par lui-même, par sa personne, quand, par exemple, il mange, boit, travaille, prie le soir etc., c'est ce qu'il fait comme tous les autres hommes. Mais à l'autel, il n'agit pas en sa propre personne, en son propre nom, pour lui-même ; il y agit comme ministre ou remplaçant de Jésus- Christ,!*/ tient sa place, il prie, il offre, il consacre au nom de Jésus-Christ, ou Jésus-Christ offre par lui (Voyez Q. 9. p. 108). ïl célèbre un saint et adorable mystère; car c'est d'une manière mystérieuse qu'il offre celui qui est la sainteté même, le Fils de Dieu, Dieu lui-même. Or il faut que l'on puisse observer cela, même extérieurement. Aussi l'Eglise a-t-elle prescrit qu'il porterait des vêtement particuliers pendant la sainte Messe. Ne vous semble-t-il pas, chers enfants, que ce serait drôle et inconvenant de venir à la distribution des prix, avec vos habits ordinaires de tous les jours, puisque pour vous cette distribution est une solennité? Quand les gens vont à la sainte Communion, ils mettent leurs meilleurs habits, parce que la réception de la sainte Communion est un acte saint et solennel. Or ne serait-ce pas bien plus inconvenant et plus drôle, si le prêtre venait à l'autel célébrer le saint et adorable sacrifice de la Messe, avec les habits ordinaires dont il est revêtu, quand il mange, quand il va se promener? Lorsqu'un employé, un fonctionnaire, se présente publiquement au nom du chef de l'Etat, au nom du roi ou de l'empereur, il faut aussi qu'il ait un costume particulier; et quand un ofticier veut faire son service au milieu des soldats, il doit prendre son uniforme et ne peut ga? der ses habits de bourgeois. Or le prêtre monte à l'autel pour le service et au nom du souverain Roi, c'est pourquoi il convient aussi qu'il ait un costume particulier. Donc, chers
enfants, quand vous voyez le prêtre, revêtu des ornements sacrés, s'avancer vers l'autel, rappelez-vous qu'il porte l'uniforme, les livrées de Jésus-Christ et que ce n'est pas son propre sacrifice qu'il offre; que, lors même que ce serait un homme pécheur, le sacrifice n'en est pas moins saint, puisque c'est Jésus-Christ qui par ses mains s'offre sur l'autel (1).
Vous avez appris maintenant, chers enfants, tout ce qui est le plus nécessaire de savoir touchant le saint Sacrifice de la Messe, et il ne me reste plus qu'à vous avertir et à vous conjurer de tout mon cœur d'assister fréquemment et pieusement à la sainte Messe.
i) Je dis, assistez-y fréquemment. Il est inutile de dire que vous devez assister à la Messe tous les dimanches et jours de fête de précepte; chaque chrétien, s'il n'est pas légitimement empêché, y est tenu, comme vous le savez, sous peine de péché mortel. Il ne s'agit donc pas de cela, mais je voudrais en outre, les jours ordinaires de la semaine, vous voir assister à la messe aussi souvent que cela vous est possible. Je connais peu de dévotions qui soient plus agréables à Dieu, et plus utiles aux hommes. Que de fois Dieu n'a-t-il pas montré par des miracles, combien il est satisfait quand on assiste fréquemment à la sainte Messe. S. Isidore était un pauvre laboureur, chargé de la culture des biens d'un riche seigneur. Chaque jour il allait à la sainte Messe. C'est pourquoi, quelques personnes mal-intentionnées, l'accusèrent de courir trop à l'église, et de négliger sa besogne. Son maître se fâcha, se rendit aux champs dans le dessein de donner à S. Isidore des reproches et des injures. Mais quel fut son étonnement, quand il aperçut, au lieu d'Isidore, un jeune homme vêtu de blanc, qui conduisait la charrue! Dieu avait envoyé un ange visible,, pour montrer combien lui était chère la piété d'Isidore. Et vous, aussi, enfants chrétiens, Dieu vous aimera bien davantage, si vous assistez volontiers et aussi souvent que possible,
(1) Si le temps le permet, on pouira expliquer en détail les différents ornements sacerdotaux, et dire ce que signifient leurs couleurs, ce qui n'est guères difficile. On peut consulter, ainsi que pour le reste, le Catéchisme pratique de L. Mehler, Iraduit par L. Schoofs. 3 vol. Goemaere à Bruxelles.
à la sainte Messe. Il vous accordera beaucoup de grâces, afin que vous deveniez plus sages et plus pieux (de même que les saints qui ont puisé bien souvent des grâces abondantes dans le saint Sacrifice de la Messe, et sont devenus si parfaits). Ah ! si les gens recevaient, chaque fois qu'ils assistent à la sainte Messe, une pièce de deux francs, certes il y en aurait chaque jour un grand nombre à l'église. 0 mon Dieu! que la foi est donc faible parmi les hommes! La grâce de Dieu, ne vautelle donc pas infiniment plus que deux francs? Et d'ailleurs n'y a-t-il pas bien souvent des avantages temporels, des bénédictions terrestres attachés à l'assistance à la sainte Messe?
Il y avait autrefois un brave ouvrier, excellent chrétien, qui prospérait dans ses affaires et vivait plus heureux qu'un roi. Un jour, un de ses voisins vint le trouver et lui dit : « Dis-done, tu dois avoir un secret; tu ne travailles pas plus que moi, tu as beaucoup d'enfants à nourrir, et tu es toujours content, tu fais ta fortune ; et moi, malgré toutes mes peines et mes travaux, je ne réussis en rien, je vais toujours à reculons, à peine puis-je me nourrir moi-même ; je suis triste et découragé. Il faut que tu aies un secret pour devenir si riche! » — « En effet ce secret, je le possède, » répondit le premier, « et si vous désirez le connaître, vous n'avez qu'à venir avec moi demain matin. »Quand l'autre vint le lendemain matin, il le mena avec lui à la messe, après quoi il l'engagea à travailler avec courage. Il répéta la même manœuvre le second et le troisième jour. Le voisin lui dit à la fin : « Mais je sais bien trouver seul le chemin de l'église; ce n'est pas pour que tu me conduises avec toi à la messe, que je viens te trouver, je viens seulement pour connaître ton secret.» — « Eh bien, mon cher voisin! lui dit le brave homme, n'avez-vous donc pas compris ce que je voulais? Mon secret, mon fameux secret c'est précisément d aller entendre chaque jour pieusement la Messe; c'est par ce moyen que Dieu me donne à moi et à mon travail tant de bénédictions, c'est à cause de cela que je vis si heureux et si content (i). » — D'autres pieux et saints personnages ont également éprouvé combien l'assis-
(1, Voyez le Trésor caché par S. Léonard de Port-Maurice. On peut ci-
1 i4 MÉTHODE POUR PRÉPARER LES ENFANTS
tance à la sainte Messe est agréable à Dieu, de combien de grâces et de bénédictions elle est la source ; c'est pourquoi ils tâchaient d'assister à autant de messes que possible. S. Louis, roi de France, Ste Hedwige duchesse, la pieuse Marie-Thérèse impératrice, malgré leurs nombreuses et importantes occupations assistaient chaque jour au moins à deux messes. Sle Zite servante, se levait tous les jours de très-bon matin et se privait du sommeil, afin de pouvoir entendre chaque jour la sainte Messe.
Il y a quelques années un prêtre qui avait été missionnaire en Chine, où les chrétiens venaient d'être cruellement persécutés et martyrisés, racontait que ces nouveaux chrétiens y assistaient avec la plus grande ferveur à la messe. Si le prêtre de son côté ne peut la célébrer qu'en secret au péril de sa vie, ces chrétiens de leur côté savent aussi, disait-il, qu'en y assistant, ils s'exposent au danger d'être pris et livrés aux tortures, mais malgré cela ils ne se laissent pas effrayer. Chers enfants ! ces étrangers nous feront un jour rougir devant le tribunal de Dieu, si nous nous montrons négligents et indifférents à entendre la messe, nous qui ne sommes menacés d'aucun danger; si nous la négligeons parce que nous devons faire un chemin un peu long ; si nous n'allons pas à l'église pour une légère indisposition ; si nous préférons rester au lit (i). — C'est pourquoi je vous en prie, chers
ter aussi l'histoire du page de S,e Elisabeth de Portugal, racontée d'une manière si magistrale par Schiller, dans ses poésies mêlées. — Le bienheureux Antoine de Stroncorio, malgré son grand âge, se levait cependant de très-non matin, afin de pouvoir assister au saint Sacrifice de la Messe. Lorsque ses frères en religion, l'engageaient à se tenir au lit, à cause de sa vieillesse et de ses infirmités, il leur dit : 0, Mes frères! si vous saviez quels profits retire de la sainte Messe l'âme de celui qui l'entend, vous en seriez surpris (et vous n'essayeriez plus de m'en détourner).
il) On peut citer aussi l'exemple des premiers chrétiens, qui, au péril de leur vie, allaient assister aux SS. Mystères dans les catacombes. — Au commencement de ce siècle vivait dans la paroisse de Roibou (diocèse de Grenoble] un homme, qui, quoique éloigné à une lieue de l'église, se trouvait cependant toujours le premier présent à la messe paroissiale. Pendant les dernières années de sa vie il fut empêché de venir aux offices durant l'hiver, à cause d'un grand mal de pied ; mais depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, il se levait vers une ou deux heures de la nuit et se traînait
enfants , proposez-vous sérieusement d'assister , tous les dimanches et les jours de fête d'obligation, à la sainte Messe, d'y assister aussi pendant la semaine. Demandez à vos parents qu'ils vous en donnent la permission. Si plus tard vous devez entrer en service comme domestique ou servante, posez pour première condition, de pouvoir aller à la messe tous les dimanches et jours de fête; assistez-y aussi les jours ordinaires, si vous pouvez y aller. Il s'est trouvé des domestiques, des ouvriers qui ont préféré avoir un gage moins élevé, afin d'avoir la permission de pouvoir aller, les jours ouvrables, à la messe et à la sainte Communion ; aussi Dieu les en a-t-il généreusement récompensés. Si vous êtes dans le cas de ne pouvoir y assister, nourrissez-en au moins le désir sincère, et dites : 0 que ne puis-je aujourd'hui assister à la sainte Messe! — Unissez-vous de cœur à toutes les messes que l'on célébrera ce jour-là, et ayez le désir de les offrir toutes à Dieu pour sa gloire et pour votre salut.
2) Mais il ne suffit pas, chers enfants, d'assister au saint Sacrifice de la Messe, il faut de plus qu'on y assiste bien, à savoir avec attention, respect et piété (voyez 1er* Command. de l'Eglise). Je dis avec attention ; cela veut dire que vous devez être attentifs à ce qui se fait à l'autel, remarquer ce qui s'y passe, et ne pas regarder vos camarades, les habits de vos voisins, etc.; avec respect : vous devez-vous conduire de telle manière, que lorsqu'on vous voit, on puisse dire que vous pensez à Dieu, que vous avez des égards pour le divin Sauveur. Chers enfants, les païens eux-mêmes ont montré un grand respect au milieu de leurs cérémonies religieuses ; les Juifs dans leur temple, se jetaient, la face contre terre et n'osaient lever les regards (1). Et cependant les uns n'adoraient
à l'église, mettant quatre heures pour faire ce chemin pénible. 11 mourut vers la fin de décembre 1809, à l'âge de 75 ans.
Quand le bienheureux Jean Berchmans avait sept ans, on l'envoya à une école latine. On lemarqua bientôt qu'il se levait de très- bonne heure le Hiatin et quittait ensuite la maison. Lorsqu'on lui en demanda le motif, on apprit que le pieux enfant assistait chaque jour à plusieurs messes qu'ordinairement il servait) afin d'attirer la bénédiction de Dieu sur ses études.
(Il On connaît l'histoire de ce jeune païen qui, pendant un sacrifice
que de fausses divinités, les autres n'offraient que des animaux et ne possédaient pas l'adorable Sacrement que nous avons. Mais dans nos églises, Dieu est près de nous d'une manière ineffable et toute mystérieuse ; on y célèbre tout ce qu'il peuty avoir de plus saint dans le ciel et sur la terre ; des troupes de saints Anges y sont présentes d'une manière invisible et adorent l'Agneau qui s'immole sur l'autel pour nos péchés (1). Croirait-on qu'il est possible de rencontrer des chrétiens croyant tout cela et se conduisant néanmoins sans le moindre respect ? qui bavardent, rient et se conduisent comme ils n'oseraient se conduire devant une personne un peu honorable ? Chers enfants ! si vous-mêmes avez été du nombre de ceux qui se conduisent ainsi à la sainte Messe, demandez aujourd'hui au divin Sauveur, lorsque nous nous rendrons à l'église, qu'il veuille vous pardonner, et promettez-lui de vous conduire désormais toujours avec un grand respect à l'église. Pendant la sainte Messe, mettez vous à genoux (excepté pendant l'Evangile) ; ceux-là seulement doivent s'asseoir pendant la sainte Messe, à qui l'une ou l'autre infirmité ou faiblesse ne permet pas de s'agenouiller. La pieuse Eleonore, impératrice d'Autriche se mettait à genoux pendant toute la messe. Quelqu'un lui dit un jour qu'elle ne devait pas se fatiguer ainsi, qu'elle devait plutôt s'asseoir.
offert par Alexandre le Grand, reçut sur le bras ou sur le pied un charbon ardent et n'essaya pas même de le secouer, de peur de troubler la solennité du sacrifice.
Les mahométans (ou Turcs montrent le plus grand respect quand ils font la prière dans leurs mosquées (églises turques). Ils se tiennent immobiles et n'osent pas même tousser ni cracher. Lorsque dans leurs prières ils rencontrent le nom de leur prophète, ils inclinent profondément la tête et au nom de Dieu ils se courbent jusqu'à terre. Ils ont coutume de dire : « Si tu te conduis avec tant de décence et de respect en présence du pacha (gouverneur) combien plus ne dois-tu pas le faire en présence (dans la maison) de Dieu, dont la majesté surpasse infiniment toute grandeur humaine.
(1) Qui d'entre les fidèles pourrait douter, demande S. Grégoire pape, qu'au moment où la voix du prêtre prononce les paroles de la consécration, les cieux s'ouvrent et que les chœurs des anges soient présents à ce sacrifice mystérieux. » S. Ambroise et S. Chrysostôme tiennent le même langage.
Mais la noble femme répondit d'un ton sévère : « Comment ! aucun de mes gens de cour ne se permet de s'asseoir en ma présence, et moi qui ne suis qu'une pauvre pécheresse, j'irais m'asseoir devant mon maître et mon Dieu ! » Enfin assistez à la sainte Messe avec piété, c'est-à-dire efforcez-vous de vous occuper sans cesse de ce qui se fait pendant la sainte Messe, de choses saintes et religieuses, de chasser de votre esprit les pensées étrangères à cette grande action ; ne vous occupez donc ni de jeux, ni de plaisirs, ni du boire, ni du manger, ni de vos devoirs de classe, etc. ; si vous vous apercevez que vous êtes distraits, arrêtez de suite la distraction. Déjà, lorsque vous êtes en chemin pour venir à l'église, pensez où vous allez et ce que vous devez y faire. Si on vous envoyait faire une commission chez un monsieur bien riche, chez un comte, pour lui demander quelque chose, en chemin vous penseriez sans doute à celui devant lequel vous allez paraître, et à ce que vous voulez lui dire. Eh bien ! quand vous irez à la sainte Messe, vous paraîtrez devant le souverain Seigneur, devant celui qui un jour vous jugera, vous condamnera ou vous sauvera pour toujours ; vous lui demanderez tout ce dont vous avez besoin pour 1 'âme et pour le corps. C'est pourquoi pensez-y déjà en chemin. En entrant dans l'église, faites comme S. Etienne abbé, qui disait chaque fois, en y entrant : « Vous, pensées, soucis et préoccupations terrestres, demeurez ici à l'extérieur, jusqu'à ce que je revienne ; je n'ai pas le temps de m'occuper de vous. »
Mais quelles prières devez-vous donc dire pendant la sainte Messe ? D'abord, au commencement de la messe, formez toujours l'intention d'offrir, en vous unissant aux souffrances de Jésus-Christ, la sainte Messe à Dieu 1) comme un sacrifice d'adoration, pour lui rendre hommage et le gloririfier;2) comme un sacrifice de reconnaissance pour tous ses bienfaits, surtout de vous avoir appelés à la Foi catholique, ensuite pour tous les bienfaits particuliers que Dieu vous a accordés à vous, à vos parents, à toute l'Eglise catholique ; 3) comme un sacrifice d'expiation pour tous les péchés par lesquels Dieu a été offensé, surtout pour vos propres péchés, en particulier pour tel... avec le ferme propos...
4) comme un sacrifice d'impétration ou de prière, pour obtenir tout ce qui vous est nécessaire à vous et à vos proches, quant au corps et à l'âme ; demandez en outre toujours l'une ou l'autre grâce spéciale, dont vous ou dont votre prochain avez surtout besoin. Après cela vous pouvez prier de différentes manières. Je vous ai montré ailleurs (Voyez Q. 20, p. 132) comment vous pouvez entendre la messe et y prier. Une autre méthode consiste à se servir d'un livre de prières et à réciter lentement les oraisons pendant la sainte Messe. Après avoir lu un passage ou une partie, arrêtez-vous un moment en silence, et dites à Dieu par vous-même ce que vous venez de lire.
C'est surtout une pratique convenable et belle de prier, pendant le saint Sacrifice de la Messe, le chapelet des cinq mystères douloureux. Et pourquoi cela? La sainte Messe est un souvenir solennel de la douleureuse passion et de la mort sanglante de Jésus-Christ sur la croix; or, dans les cinq mystères douloureux du chapelet, nous méditons cette passion, depuis la sueur de sang que Jésus versa au jardin des Olives, jusqu'au moment où il rendit son dernier soupir sur le mont du Calvaire. Dans la sainte Messe Jésus offre par les mains du prêtre son corps et son sang au Père céleste, il lui présente sa passion, afin qu'il nous pardonne ; — dans les cinq mystères douloureux nous offrons également ce sang adorable, nous présentons aussi cette passion douloureuse au Père éternel, nous prions aussi, pour qu'il nous pardonne à cause de Jésus- Christ qui a sué du sang pour nous, qui a été flagellé pour nous, etc. Donc si vous voulez prier pendant la messe le chapelet des mystères douloureux, voici comment vous pouvez vous y prendre : Au commencement de la messe, formez votre intention comme je vous l'ai indiqué plus haut; ensuite quand vous commencez le premier mystère et chaque fois que vous en commencez un autre, arrêtez-vous un moment, et méditez sur le mystère. Par exemple, imaginez-vous voir comment Jésus est prosterné à genoux dans le jardin des Olives ; il est là pâle, frémissant, tout inondé d'une sueur de sang; pensez aux terribles souffrances qu'il doit y avoir éprouvées et dites: « 0 mon Jésus, c'est pour moi que vous versez ce sang, moi qui en ai été en partie la cause par mes péchés, surtout par
ceux-ci... J'ai un grand regret d'avoir offensé ainsi le bon Dieu et de vous avoir causé tant de douleurs. 0 Père céleste! je vous offre le sang que Jésus a versé pour moi au jardin des Olives, et je vous conjure de vouloir me pardonner en considération de ce sang. Je me propose fermement de ne plus vous offenser comme je l'ai fait. » On peut faire de même à chaque mystère douloureux (i). Ensuite chaque fois que vous dites, «Gloire soit au Père etc. » renouvelez votre bonne intention et unissez de nouveau votre prière à la prière et au sacrifice de Jésus-Christ. Puis priez lentement, pieusement; quand même vous n'auriez pu vous occuper ainsi que de deux mystères douloureux, ce serait mieux que si vous aviez récité à la hâte tout le chapelet. S'il vous survient des pensées étrangères qui vous distraient, dites chaque fois : <( Seigneur, apprenez-moi à prier. »
Il existe encore d'autres méthodes sur la manière de bien entendre la sainte Messe. Plus tard, à ceux qui sont réellement sages et qui s'efforcent de prier comme il faut, j'indiquerai dans le confessionnal, ces différentes méthodes qu'ils seront heureux de connaître et qui peuvent devenir pour eux une source de beaucoup de grâces. Pour le moment, tachez seulement de mettre en pratique ce que je vous ai dit jusqu'ici à ce sujet.