‹ Méthode pour prérarer les enfants à la première communionChapitre 11 sur 98 · I. DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS LA SAINTE EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

I. DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS LA SAINTE EUCHARISTIE

Aujourd'hui, nous allons donc commencer, chers enfants, à vous parler de l'admirable mystère qui étonne les anges eux-mêmes, mais qu'ils ne peuvent comprendre, Ah ! Je voudrais qu'un ange du ciel vint à ma place vous dire, ce que c'est que ce mystère et vous l'exposer ! Que le bon Dieu daigne du moins m'accorder les paroles et l'esprit nécessaires, qu'il daigne ouvrir votre âme, afin que cette instruction soit saisie et comprise, non-seulement par votre intelligence, mais

(!) Ces prières on les lit à haute voix, et ou les explique, pour autant que cela paraît nécessaire.

(2) Au lieu de cinq Pater, on pourrait, pour changer, réciter une dizaine du chapelet, ou bien les litanies de la Sainte Vierge.

qu'elle pénètre en même temps dans votre cœur. Puissiezvous bien en profiter, pour vous préparer dignement à la première Communion ! Dans cette intention, disons attentivement notre prière, avant de commencer l'instruction.

Quest. De quel sacrement, N...., allons-nous parler aujourd'hui? — C'est du très saint Sacrement de l'autel, qu'on appelle aussi la sainte Eucharistie. — Pourquoi l'appelle-t-on: très-saint Sacrement de l'autel? — Quand le prêtre veut distribuer la sainte Communion aux fidèles, où va-t-il prendre le saint Sacrement? — C'est bien; à l'autel comme vous venez de dire. Là on conserve ce sacrement dans un ciboire, c'est-à-dire un calice avec couvercle, et ce ciboireest déposé dans le tabernacle. Tabernacle, qui est un mot formé du latin, signifie proprement tente ou pavillon. Dieu (sous l'ancienne Loi), faisait sentir particulièrement sa présence dans la tente où se gardait l'Arche d'alliance, mais notre divin Sauveur est présent clans le saint Sacrement substantiellement, et d'une manière bien plus admirable.

Ainsi c'est à l'autel que l'on conserve le très saint Sacrement. Mais comment y devient-il présent? Que fait le prêtre, quand il n'y a plus de saintes hosties? Il en consacre, c'est-àdire qu'il change le pain au vrai corps de Notre-Seigneur, dans le très saint Sacrement. Quand et où cela se fait-il? C'est pendant la sainte Messe, au moment de la Consécration. Et la messe, où la dit-on? à l'autel. Voici donc comment vous pouvez répondre à la question : pourquoi ce sacrement est-il appelé sacrement de V autel? C'est parce qu'il est préparé (offert) et conservé à l'autel.

Mais vous avez dit que ce Sacrement s'appelle aussi Eucharistie; pourriez vous dire, pourquoi on l'appelle ainsi? Ecoutez, chers enfants. Le mot Eucharistie vient de deux mots grecs qui signifient action de grâces ; or rendre des actions de grâces à quelqu'un, c'est le remercier, c'est lui témoigner notre reconnaissance. Eh bien ! quand Jésus-Christ institua ce Sacrement, il rendit grâces à son Père, comme il est dit dans l'évangile, et voilà pourquoi ce sacrement s'appelle Eucharistie, c'est-à-dire : sacrement d'actions de grâces. D'ailleurs quand le prêtre offre ce sacrement à Dieu, quand les fi-

dèles le reçoivent, ils l'offrent et le reçoivent aussi en action de grâces, pour remercier Dieu de tous les biens que nous tenons de son infinie bonté; et en lui offrant ainsi le corps et le sang de Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, sous les espèces du pain et du vin, nous lui offrons un don qui surpasse tous ceux que nous avons reçus de lui, de sorte que l'Eucharistie c'est le remerciement de l'homme à Dieu. — Qui sait comment on appelle encore la sainte Eucharistie? — Le très saint Sacrement Bien ; et cela, parce que, parmi tous les sacrements, c'est vraiment le plus saint. Les autres sont des signes et des instruments de la grâce, mais celui-ci renferme substantiellement Jésus-Christ qui, étant Dieu, est l'auteur, la source de la grâce et la sainteté même.

Anciennement on appelait aussi ce sacrement la sainte Table, la Cène du Seigneur. Ce nom de sainte Table lui fut donné, parce que Jésus-Christ l'institua à table, après avoir mangé l'Agneau pascal avec ses apôtres, et parce que les fidèles, s'approchent d'une espèce de table pour le recevoir. Vous savez aussi, chers enfants, que ce fut après avoir fait la Cène, c'est-à-dire, un festin ou un repas avec ses disciples, que le divin Jésus institua ce sacrement, et c'est de cette circonstance que lui vient le nom de Cène du Seigneur. On pourrait également dire qu'on l'appelle ainsi, parce que Notre- Seigneur en invitant les fidèles à communier, les invite à un festin, à un repas mystérieux où il les nourrit de son corps et de son sang.

On appelle encore la sainte Eucharistie le pain des anges, non que les anges communient, mais parce que, comme Jésus-Christ est la nourriture spirituelle, la félicité des anges dans le ciel, ainsi il est ici-bas, dans ce Sacrement, la nourriture de nos âmes, notre félicité en ce monde. En lui donnant ce nom de pain ou de nourriture des anges, on veut signifier aussi, qu'il est tellement saint, qu'il n'y a proprement que les hommes, purs comme les anges, qui devraient le recevoir. De plus on l'appelle la sainte hostie; or hostie signifie victime, ce qui veut dire que Jésus-Christ dans ce Sacrement s'offre comme une victime à son père céleste. Enfin comment appelle-t-on ce sacrement quand il est porté aux malades ? On l'appelle le

l)'2 MÉTHODE POUR PRÉPARER LES ENFANTS

saint Viatique; pourquoi lui donne-t-on ce nom? Viatique signifie proprement les provisions que Ton porte avec soi pour faire un voyage. Or comme les malades sont sur le point de faire le grand voyage de l'éternité, et qu'avant leur mort on leur donne la sainte Eucharistie, pour les soutenir dans ce passage difficile, on l'appelle pour cela le saint Viatique. De même que vos parents, lorsque vous devez entreprendre un chemin bien long et difficile, vousdonnentdes provisions, du pain et de la viande pour vous fortifier au besoin; ainsi notre divin Sauveur nous a donné ce sacrement, comme une nourriture sur la route pénible qui conduit au ciel, surtout lorsque la dernière station de cette route, lorsque la mort approche. Alors il vient lui-même, il tend la main au malade, le fortifie et le console, afin que celui-ci fasse sans crainte son entrée dans l'autre monde.

N.. lisez la réponse à la question suivante :

Q. \ . Qu'est-ce que la sainte Eucharistie ?

R. C'est le vrai corps et le vrai sang de Notre Seigneur Jésus Christ, qui est réellement et substantiellement présent sous les apparences du pain et du vin, pour servir de nourriture à nos âmes.

Donc qui est présent ? Gomment ? où est-il présent ? Pourquoi ?

Vous dites d'abord : le vrai corps ; que voulez-vous dire par là ? Regardez tous de ce côté-ci (le catéchiste montre le crucifix). Qui est suspendu là à la croix? C'est Notre Seigneur Jésus-Christ, c'est son corps. Mais est-ce là son vrai corps ? Non, ce n'est qu'une image du corps de Jésus, ce n'est pas son véritable corps (car le véritable corps de Jésus n'est pas fait de bois, comme ce crucifix, mais de chair et de sang). Or il y a des hommes qui disent : dans le saint Sacrement, il n'y a que l'image ou la figure du corps de Jésus- Christ; cela est-il vrai? Non; dans la sainte Eucharistie, ce n'est pas simplement l'image du corps de Jésus, mais c'est son vrai corps qui est présent, donc le même corps qui a reposé dans la crèche, qui a été cloué à la croix, et qui est

maintenant dans le ciel. Ainsi vous pourrez répondre à ma question : Que voulez-vous dire par ces mots : le vrai corps etc.? par ces mots : je veux dire, que ce n'est pas simplement la figure du corps de Jésus-Christ, mais le même corps qui a été couché dans la crèche, cloué à la croix et qui est maintenant dans le ciel.

Le vrai sang (expliquez de la même manière que ci-dessus).... Donc ce n'est pas simplement la figure du sang, mais Je même sang qui fut dans le corps de Jésus-Christ, qui fut versé sur la croix, et qui est maintenant dans son corps glorieux au ciel.

Ce vrai corps et ce vrai sang de Jésus-Christ sont présents dans la sainte Eucharistie « sous les apparences du pain et du vin; » je vous expliquerai ceci plus tard avec plus de détail. Pour le moment remarquez seulement, que lorsque je dis : ce jeune homme a l'apparence d'être fort et bien portant, je veux signifier parla qu'il a l'air d'être fort et bien portant. De même quand je dis : le corps de Jésus-Christ est présent sous les apparences du pain et du vin, il a (à nos yeux) les apparences du pain et du vin, je veux dire : qu'il paraît être comme du pain et que le sang de Jésus-Christ a l'air d'être du vin. Quand Jésus vivait encore sur la terre, son corps ressemblait au corps des autres hommes et dans le ciel il y ressemble encore maintenant, excepté qu'il est brillant et rayonnant d'une gloire inexprimable; mais dans la sainte Eucharistie il a l'apparence du pain et du vin. Lorsque le prêtre distribue la sainte Communion, que voyez-vous dans sa main? Quelque chose de rond, de blanc, qui auparavant était du pain (non du pain noir, mais du pain blanc, fait de farine de froment et sans levain) et qui a l'air d'être encore tel, mais ce n'est pas du pain, c'est (1) le corps de Jésus-Christ. Et quand 4e prêtre boit au saint calice, si vous pouviez voir dans l'intérieur du calice, vous verriez quelque chose qui a l'air d'être

(1) On peut raconter ici aux enfants, avec quel saint respect le pain, qui devait être changé au corps de Jésus-Christ, était anciennement préparé dans les monastères et comment des rois eux-mêmes, tel que S. Wenceslas, regardaient comme un honneur de pouvoir préparer le pain destiné au saint Sacrifice de la Messe.

du vin, mais qui n'est plus du vin, puisque c'est le sang de Jésus-Christ.

Dans la sainte Eucharistie Jésus-Christ est réellement présent. Dans votre sommeil, vous rêviez que vous voyiez votre frère, qui est dans un pays étranger; le matin vous le racontez et vous dites : j'ai vu, cette nuit, notre Charles, et si vivant, qu'il me semble le voir encore maintenant devant moi; dites : avez vous vu alors votre frère réellement? Non, vous vous êtes imaginé l'avoir vu ; cela vous a semblé ainsi.

En est-il de même dans la sainte Eucharistie? Est-ce simplement en imagination, que nous nous représentons Jésus- Christ présent sur l'autel? Non, ce n'est pas simplement ainsi que nous nous le représentons, mais nous croyons que Jésus est là corporellement, véritablement présent. Donc quand nous disons que Jésus-Christ est réellement présent, cela signifie

Nous disons ensuite que Jésus Christ est substantiellement présent dans la sainte Eucharistie, c'est-à-dire avec toute sa substance. Par la substance d'un objet, d'un homme, par exemple, on entend sa nature, ce qui fait qu'il est homme et le distingue de ce qu'il n'est pas. Donc quand on dit que Jésus Christ est présent avec sa substance, cela signifie qu'il y est présent avec tout ce qui lui est propre, avec tout ce qui lui est essentiel. Or qu'est-ce que Jésus-Christ? Il est Dieu et homme? Et que doit-il avoir pour être Dieu et homme? Il doit avoir la nature divine et la nature humaine. Mais que faut-il pour avoir la nature humaine? Il faut un corps et une âme. Que faut-il pour avoir un corps? Il faut de la chair et du sang, car si vous n'aviez pas de la chair et du sang, vous n'auriez pas de corps. Donc quand on dit que Jésus est substantiellement présent, cela signifie qu'il est présent avec toute sa substance, avec sa divinité et son humanité, avec son corps et son âme, sa chair et son sang (ou bien ce qui revient au même : avec sa chair et son sang, c'est-à-dire avec son corps; avec son corps et son âme, comme homme; avec son humanité et sa divinité, comme Homme-Dieu).

Ainsi où Jésus-Christ est-il présent? Il est présent sous

les apparences de pain et de vin, là où le saint Sacrement se trouve. Comme Dieu, c'est-à-dire, à cause de sa nature divine, il est présent partout; avec sa divinité et son humanité unies ensemble, ou selon son humanité, c'est à dire avec son corps et son âme, il est seulement présent dans le ciel et dans les endroits où se trouve le saint Sacrement de l'Eucharistie ; par conséquent il est présent dans l'église voisine,... à N... en un mot dans chaque église, où Ton conserve le saint Sacrement. Mais pourquoi donc Jésus-Christ y est- il présent? » Pour servir de nourriture à nos âmes, c'està-dire pour les nourrir, pour leur servir d'aliment. Vous savez, chers enfants, que le corps a besoin de nourriture, et pourquoi? Qu'arrive-t-il lorsque l'homme ne mange plus? Il meurt, il perd la vie. Nous avons donc besoin de nourriture, d'aliments, pour conserver la vie. Mais vous rappelez- vous encore ce que j'ai dit, en parlant de la grâce? Ne vous ai -je pas dit que nous avons une double vie? Une vie corporelle, naturelle, terrestre, que chaque homme possède et qui cesse avec la mort (quand l'âme se sépare du corps) ; puis une vie spirituelle (la vie de l'âme), surnaturelle, céleste, que possèdent seulement les enfants de Dieu et qui se perd par la mort spirituelle, par le péché mortel, et cette vie-là, c'est la grâce sanctifiante ou habituelle. (Si on le juge nécessaire, on répétera brièvement ce qui concerne la nature et les effets de cette grâce.) Maintenant faites bien attention : pour conserver la vie du corps, la vie naturelle ou terrestre, on a besoin d'une nourriture corporelle, naturelle, terrestre, par exemple : on a besoin de pain ; ce pain vient de la terre, et nourrit le corps, etc ; mais pour conserver la vie spirituelle, surnaturelle, céleste, nous avons besoin d'une nourriture spirituelle (qui nourrisse l'esprit, l'âme), d'une nourriture surnaturelle, céleste, « du pain qui est descendu du ciel, » et cette nourriture, ce pain, c'est Jésus-Christ lui-même. (De là vous pouvez conclure de nouveau, combien la grâce sanctifiante est un magnifique présent de Dieu, un don précieux, puisque Jésus-Christ lui-même vient dans notre cœur, pour conserver et augmenter cette grâce en nous.)

Ob MKTIIODE POUR PREPARER LES ENFANTS

Q. -2. Trouve-t-on dans la sainte Eucharistie tout ce qui est nécessaire pour que ce soit un sacrement?

R. Oui : car on y trouve 1) le signe visible, à savoir les apparences du pain et du vin;

2) la grâce invisible, — Jésus-Christ lui-même, V auteur et le dispensateur des grâces;

3) V institution par Notre-Seigneur.

La sainte Eucharistie est un des sept sacrements. Vous savez ce que c'est qu'un sacrement. Vous P...., dites-le moi exactement. — Très-bien.

Mais que faut-il pour tout sacrement? Il faut trois choses, à savoir 1° un signe sensible; 2° une grâce invisible; 3° qu'il soit institué par Notre-Seigneur (î). Donc si la sainte Eucharistie est un véritable sacrement, il faut qu'on y trouve ces trois conditions, et nous verrons que c'est réellement ainsi.

1) Il y a d'abord un signe visible, à savoir, les apparences du pain et du vin. Celles-ci sont visibles, on peut les voir. (On ne voit pas le corps de Jésus-Christ, non plus que le pain et le vin, car le pain et le vin n'existent plus; mais on voit la blancheur, la rondeur du pain, la couleur du vin, qui ne sont autre chose que les apparences ou espèces.) Elles sont aussi un signe, c'est-à-dire qu'elles signifient quelque chose. Et que signifient-elles? Le pain, vous le savez, est destiné à être mangé, le vin à être bu, et c'est ainsi que les apparences du pain et du vin signifient qu'ici dans ce sacrement, nous obtenons quelque chose à manger et à boire pour la nourriture ou la vie de notre âme, à savoir le corps et le sang de Jésus-Christ.

2) Dans les autres Sacrements nous recevons la grâce, c'està-dire, ce secours, ce don surnaturel par lequel Dieu nous assiste, afin que nous devenions saints, agréables à ses yeux et ses enfants; afin que nous gardions ses commandements, que nous pratiquions le bien pour arriver ainsi au ciel. Eh bien ! dans la sainte Eucharistie nous recevons aussi cette grâce,

(i) S'il est nécessaire, on pourrait rappeler de nouveau comment on trouve ces trois conditions réunies dans le baptême.

A LA PREMIÈRE COMMUNION. o7

mais nous y recevons encore bien plus; nous y recevons Jésus- Christ lui-même, l'auteur de la grâce (c. a. d. celui qui a créé la grâce; comme Dieu est appelé l'auteur du monde, puisqu'il a créé le monde) et le dispensateur de la grâce, c'est-à-dire qui distribue toutes les grâces (un distributeur d'aumônes, etc., qu'est-ce?) Imaginez-vous, chers enfants, deux personnes qui, au milieu des fortes chaleurs de l'été, ont de l'eau pour apaiser leur soif; l'une en a un peu au fond de sa cruche, l'autre possède une fontaine, un puits ; laquelle des deux aura de l'eau en plus grande abondance? — Or, sachez chers enfants, que dans les autres Sacrements nous n'avons qu'une petite partie de l'eau vivifiante de la grâce divine, mais dans la sainte Eucharistie nous avons la source inépuisable d'où découlent toutes les grâces. Celui qui répandit de si riches trésors de grâces sur un saint Louis de Gonzague, sur une sainte Catherine de Sienne et sur tant d'autres saints, celui-là vous appartient tout entier dans la sainte Eucharistie. Apprenez donc, dès maintenant, combien vous serez riches, chers enfants! quelle grande confiance, quelles espérances vous pouvez mettre dans cet auguste Sacrement, dans la sainte Communion qui vous sera bientôt donnée.

3) La sainte Eucharistie a été instituée par Notre-Seigneur. Je vais nous en parler.

Q. o. Quand Jésus-Christ a-t-il institué ce Sacrement?

R. // l'a institué à la dernière cène, la veille de sa douloureuse passion.

(Racontez d'abord l'histoire de cette institution, d'après l'évangile.)

Quand l'institua-t-il? Quel jour? C'était un jeudi. Le jour anniversaire de l'institution du très saint Sacrement, c'est proprement le jeudi de la semaine sainte. Néanmoins nous en célébrons solennellement l'institution, un autre jour qui tombe également le jeudi, à savoir à la Fête-Dieu. Pourquoi donc ne célébrons-nous pas ce souvenir le Jeudi Saint? L'institution de la sainte Eucharistie est pour nous (comme vous l'apprendrez plus tard), ce qu'il y a de plus heureux, de plus

consolant ; — or, le Jeudi-Saint tombe dans la semaine sainte, qui est une semaine de tristesse et de deuil, où nous pensons à la passion douloureuse de Jésus-Christ, et à nos péchés qui ont été la cause de toutes ses souffrances. Puisque, à cetteépoque, nous ne pouvons pas nous réjouir comme il convient, l'Eglise en a transféré la fête solennelle et joyeuse à un autre jour de Tannée.

Mais pourquoi donc, le divin Sauveur, a-t-il institué la sainte Eucharistie, le jour où il fit la dernière cène avec ses apôtres? Voici pourquoi, chers enfants: Chaque année les Juifs faisaient à Pâques un repas (ou une cène), en souvenir de leur sortie de l'Egypte, où ils avaient gémi dans l'esclavage et la misère; alors ils tuaient et mangeaient un agneau pascal, en mémoire de ce qui s'était passé (car durant la nuit où ils sortirent de l'Egypte, ils avaient dû immoler et manger un agneau, dont le sang servit à marquer les portes des maisons, et les maisons qui avaient été marquées du sang de l'agneau, furent préservées delà colère divine, puisque personn • n'y mourut). Cet agneau pascal était la figure de Jésus-Christ et faisait d'avance allusion au divin Sauveur. (La raison pour laquelle Jésus est ordinairement comparé à un agneau, on la suppose connue.) De même qu'autrefois les Juifs ont été délivrés de la servitude en Egypte, ainsi nous avons été délivrés de la servitude du démon. Comme le sang de l'agneau préserva de la mort les Israélites, ainsi le sang de Jésus-Christ nous préserve de la mort éternelle. De même que l'agneau fut immolé, offert et servi en même tempsen nourriture, de même l'agneau de Dieu, Jésus-Christ fut immolé, offert tout sanglant sur la croix; il s'offre encore d'une manière non-sanglante dans la sainte Messe, etse donne à nous en nourriture dans la sainte Communion. Or, cet agneau pascal, Jésus le mangea d'abord avec ses apôtres, puis il institua la sainte Eucharistie.

Lorsque le soleil est prêt à descendre derrière l'horizon, il envoie encore ses plus beaux rayons, ses plus ravissantes clartés, pendant son magnifique coucher. C'est ainsi que le divin Sauveur nous a donné les plus éclatants témoignages de son amour, peu de temps avant sa mort. Imaginez-vous

un moment, que vous étiez là dans la salle, où Jésus-Christ institua cet auguste Sacrement. Lui, le Fils de Dieu, devant Jequel fléchissent tous les genoux, venait dans un moment •d'inexprimable humilité et de charité, de laver les pieds à ses disciples, afin de les purifier, et de les rendre dignes de recevoir cet adorable Sacrement. Il savait que ses souffrances allaient commencer bientôt, et qu'il devrait, dans peu de temps, se séparer de ses disciples. Quand un père est sur le point de quitter ses enfants, pour entreprendre un long voyage, ou quand il sent qu'il va mourir, il les réunit encore une fois tous autour de lui, et il leur donne un souvenir, un portrait, une bague, afin de les faire penser d'autant plus souvent et plus vivement à leur père. Voilà ce que Jésus Christ a fait. Avant de quitter cette terre, avant de souffrir la mort douloureuse de la croix pour nos péchés, il a fait son testament, il nous a laissé un souvenir, mais ce n'a pas été simplement son portrait, ni sa robe, comme Eue qui laissa son manteau à Elisée, ni simplement une bague de grand prix; non il nous a laissé ce qu'il y a de plus précieux au ciel et sur la terre, il nous a laissé son corps sacré et son sang adorable, il s'est laissé lui-même en souvenir. 11 nous a tellement aimés, qu'il n'a pas voulu nous abandonner. De même que, lors de son incarnation, il vint sur la terre, sans quitter le ciel, de même il voulut monter au ciel, sans quitter la terre, sans quitter les enfants des hommes, qu'il aimait si tendrement. 11 fit plus encore; pendant le cours de sa vie mortelle, il n'était qu'en un seul endroit; par exemple, il était à Jérusalem, mais il n'était pas en même temps à Nazareth; aujourd'hui il est en même temps dans beaucoup d'endroits à la fois, réellement vivant dans la sainte Eucharistie, afin d'être bien rapproché de tous les hommes. Au-dessus du tabernacle, on aperçoit dans quelques églises, un oiseau ressemblant assez à un cygne, et qui se déchire la poitrine avec le bec, c'est le pélican; il s'ouvre lui-même la poitrine pour nourrir ses petits de son propre sang. Ce qu'on raconte à tort ou à raison de cet oiseau, Jésus-Christ l'a fait réellement et le fait encore aujourd'hui (voilà pourquoi le pélican est la figure ou le symbole de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie) ; il nous nourrit, nous

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qui sommes ses enfants, de sa propre chair, de son propre sang. — Rappelez- vous, chers enfants, que lorsque Jésus, lui qui sait tout, nous laissa cet auguste Sacrement, il pensa à tous les hommes qui recevraient ce Sacrement; il pensa aussi à vous, à chacun de vous avec un amour tout divin, et c'est à vous aussi qu'il laissa ce présent, ce souvenir précieux. Il savait très bien que les hommes, par leurs affreux péchés, allaient le clouer à la croix, que des milliers de chrétiens paieraient son amour de la plus noire ingratitude, qu'ils l'insulteraient dans ce Sacrement, l'y recevraient indignement, et le maltraiteraient delà manière la plus révoltante; il a prévu aussi les péchés, par lesquels vous l'avez déjà offensé et vous l'offenserez encore; il a peut-être vu alors, o pensée qui me fait frémir, que plusieurs d'entre vous le recevraient indignement dans la Communion et commettraient un sacrilège. Imaginezvous, chers enfants, quelle peine cela doit avoir causé à son cœur aimant! Quelle peine n'auriez-vous pas, quelle ne serait pas votre tristesse, si un enfant que vous aimez beaucoup, auquel vous avez fait beaucoup de bien et donné un riche cadeau, si cet enfant venait vous insulter en face et vous cracher à la figure ! Que feriez-vous, si vous saviez d'avance que cet enfant ne cesserait de vous injurier et de vous maltraiter? Et cependant Jésus -Christ a institué la sainte Eucharistie également pour vous. — Un homme rich^ avait adopté un pauvre enfant abandonné, et l'avait comblé de bienfaits. L'enfant grandit, mais au lieu d'être reconnaissant, il causa à son bienfaiteur beaucoup de chagrin ; même, lorsqu'il fut devenu assez fort, il osa un jour le maltraiter, lui fit une profonde blessure et s'enfuit de crainte d'être puni. Après deux jours on le trouva, et il crut qu'on allait le châtier sévèrement. Mais quel ne fut pas son étonnement, quand on lui dit que son bienfaiteur, dont il avait causé la mort, avait prié et insisté pour qu'on ne le punît pas, et qu'il lavait institué héritier de tousses biens! — O mes chers enfants! Ce n'est pas simplement une comparaison, mais c'est une histoire véritable. Jésus- Christ est celui-là même qui nous a comblés de tant de bienfaits; par nos péchés nous lui avons donné la mort, et il a prié son père céleste de nous pardonner, et même un peu avant

de mourir, il nous a légué dans son testament tout, oui tout : il s'est donné lui-même. Quel amour, chers enfants! Si pour tant d'amour vous n'aviez pas un peu de reconnaissance, quels enfants seriez-vous? Supposez que, vous trouvant dans la salle où se fit la dernière cène, le Seigneur Jésus vous eût appelé aussi à lui, et vous eût dit: Prenez, mon enfant et mangez ; car ceci est mon corps; comme vous auriez été émus et touchés ! Quels durent être alors les sentiments des apôtres? Comme ils durent être étonnés de cet amour infini, et contempler Jésus avec des regards remplis de respect et de reconnaissance! Lorsque, aujourd'hui nous irons à l'église, devant le saint Sacrement, remerciez-y tendrement le divin Sauveur, d'avoir pensé à vous, d'avoir institué aussi pour vous cet admirable mystère, et renouvelez alors votre ferme propos et votre pieux désir de recevoir un jour, dignement et saintement, votre aimable Sauveur dans la sainte Communion.

Q. 4. Gomment a-t-il institué ce saint Sacrement?

R. Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. » Puis il prit le calice où était le vin, le bénit et le donna à ses disciples, en leur disant : « Buvezen tous, ceci est mon sang Faites- ceci en mémoire

de moi /. . . »

Q. 5. Que devinrent le pain et le vin, lorsque Jésus prononça ces paroles : « Ceci est mon corps. — Ceci est mon sang ? »

R. Le pain fut changé au vrai corps, et le vin au vrai sang de Jésus-Christ.

Ainsi, qu'est-ce que Jésus-Christ prit en main? Il prit du pain. Et que dit-il alors? Ceci (c'eat-à-dire ce que j'ai maintenant en main pour vous donner à manger) est mon corps. Lorsque Jésus dit quelque chose, cela doit être vrai, puisqu'il sait tout et qu'il ne peut mentir. Ainsi qu'était-ce, ce que Jésus avait en main, après qu'il eut prononcé ces paroles?

C'était son corps (si ce n'eût pas été son corps, mais encore du pain, Jésus Christ aurait menti, ce qu'il serait impie de penser). Est-ce que cela a été toujours son corps? Non ; ainsi le corps de Jésus y est devenu présent, quand? (Un papillon n'a pas toujours été papillon; auparavant c'était une chenille; ainsi la chenille s'est changée en papillon.) Auparavant c'était du pain — maintenant c'est le corps de Jésus-Christ; ainsi le pain est devenu le corps de Jésus-Christ. Comment puis-je dire encore au lieu de: la chenille est devenue papillon? Je puis dire: la chenille a été changée en papillon. De même, au lieu de dire : Le pain est devenu le corps de Jésus-Christ, on peut dire : Le pain a été change au corps de Jésus-Christ. Ce changement de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, on l'appelle transsubstantiation, c'est-à dire changement de substance. (Exposez l'exemple de différentes transubstantions naturelles et surnaturelles, telles que celle de la nourriture qui se change en notre sang et notre chair; celle du bois qui se change en pierre; surtout racontez le changement miraculeux de l'eau en vin aux noces de Cana.i Comment se fit ce changement? Il se fit par la parole de Jésus-Christ. (On doit expliquer de la même manière le changement du vin au sang de Jésus-Christ.)

Q. 6. Après ces paroles de Jésus-Christ, que restait-il encore du pain et du vin ?

R. Rien que les apparences ou les espèces.

Etait-ce encore du pain (du vin) ? Non ; le pain (le vin) a été changé au corps (au sang) de Jésus-Christ. Ne restait-il donc plus rien du pain et du vin? Oui, il restait les apparences ou espèces du pain et du vin.

Q. 7. Qu entendez -vous par les apparences du pain et du vin ?

R. Tout ce qui dans le pain et le vin tombe sous nos sens, comme la forme Ja couleur, le goût, rôdeur, etc.

Combien de sens avez-vous? Nommez-les. Qu'est-ce qui

tombe sous le sens de la vue? Ce que je vois par mes yeux. Que voyez-vous maintenant, par exemple à ce livre? Qu'il est carré, gros, etc. — Eh bien! c'est ce qu'on appelle sa forme; puis, cet habit est noir, etc., c'est sa couleur. Donc, la forme et la couleur tombent sous le sens de la vue. Qu'est-ce qui tombe sous le sens du goût? Ce que je goûte par la bouche; par exemple, quand je sens qu'un mets est doux, aigre ou amer. Qu'est-ce qui tombe sous le sens du toucher? Ce que je touche, ainsi quand je m'aperçois, en y passant la main, que tel objet est poli ou rude, tendre ou dur, etc.

Maintenant, faites-y attention : tout ce qui, dans la sainte Eucharistie, tombe ainsi sous les sens, comme la forme, la couleur, etc., ce sont les apparences du pain et du vin et non du corps de Jésus-Christ, c'est-à-dire, que la sainte Eucharistie a l'air d'être encore du pain et du vin, et non un corps humain ; elle a le goût, l'odeur du pain et du vin ; en la touchant on sent la même chose, que si c'était du pain et du vin. A nos yeux, à notre langue, à nos mains, elle se présente comme du pain et du vin ; mais ce n'est plus du pain et du vin, c'est le vrai corps vivant et le vrai sang de Jésus-Christ. Nous ne pouvons pas comprendre cela, chers enfants, c'est un grand mystère; à nos sens il parait que c'est du pain et du vin, mais notre foi nous dit que c'est tout autre chose, que c'est Jésus-Christ, Dieu et homme, qui s'y trouve présent. C'est ainsi que nos sens nous trompent bien souvent, tandis que la raison nous dit le contraire. Ainsi en voyant ce cadre doré, vos yeux voudraient vous faire croire qu'il est tout en or, tandis que la raison appuyée sur l'expérience, nous dit que c'est simplement du cuivre appliqué sur le bois. Les colonnes du maître-autel ont l'apparence d'être en marbre, parce qu'elles en ont la couleur et le poli, et cependant ce n'est réellement que du bois, recouvert d'un peu de couleur à l'huile et de vernis; bien des gens s'y laissent prendre; vous voyez donc, qu'on ne doit pas se laisser tromper par les apparences, g. Mais pourquoi donc Jésus-Christ n'a-t-il pas voulu demeurer présent dans la sainte Eucharistie avec ses propres apparences, c'est-à-dire avec son corps visible, que l'on pût toucher, etc.?

IH MÉTHODE l'OLP, PRÉPARER LES ENFANTS

i) Afin que notre foi eût plus de mérite. Vous le savez, après la Résurrection de Jésus-Christ, saint Thomas n'avait pas voulu croire que le divin Sauveur fût sorti vivant du tombeau, jusqu'à ce qu'il l'eût vu de ses propres yeux. Or Jésus-Christ l'en réprimanda et dit: « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »Si nous voyions des yeux de notre corps Jésus dans la sainte Eucharistie, nous serions bien forcés de croire qu'il y est présent. Mais maintenant nous ne voyons que les apparences du pain, nos sens voudraient nous faire accroire, que ce n'est que du pain. Or si, malgré cela, nous croyons fermement, que c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, nous montrons par là, que nous accordons plus de foi aux paroles de Jésus, qu'à nos sens et à notre raison ; par là nous honorons le divin Sauveur, et un jour il nous en récompensera.

2) Jésus s'est caché sous les apparences du pain, afin de nous inspirer un désir toujours plus grand, de le voir dans le ciel. De même qu'une mère se cache et crie à ses enfants de la chercher, de mêmeJésus cache ses formes visibles, sa gloire, sa beauté, afin de faire naître en nous un grand désir de le voir un jour dans le ciel.

3) Jésus s'est caché sous les apparences du pain, afin que nous venions à lui et que nous le recevions avec une confiance d'autant plus grande. S'il se montrait dans la sainte Eucharistie avec toute sa gloire et sa majesté, comme il se montre maintenant dans le ciel, qui oserait encore s'approcher de lui? Lorsque le bon Dieu parla au peuple d'Israël, au milieu des foudres et des éclairs, on s'effraya et l'on dit: « Le Seigneur ne doit plus s'entretenir avec nous, de peur que nous ne mourions. » C'est ainsi encore que les deux disciples s'enrayèrent sur le mont Thabor, quand Jésus-Christ se montra transfiguré; que les bergers de Bethléem furent remplis de crainte lorsque « la lumière divine les environna. »Et nous, nous serions également saisis de crainte et d'effroi, si Jésus-Christ se montrait avec toute sa gloire dans la sainte Eucharistie. Or pour chasser toute crainte de nos cœurs, qu'at-il fait? Comme il cacha à Bethléem sa divinité, sous l'extérieur d un petit enfant pauvre et faible, ainsi il se cache ici

sous les apparences d'un petit morceau de pain. Qu'il est donc grand l'amour de Jésus-Christ pour nous ; d'avoir fait de si grands miracles, et cela pour que nous puissions nous approcher de lui sans crainte, et l'aimer avec une tendresse toute filiale ! De même que les bergers doivent avoir considéré, salué et serré dans leurs bras, sans crainte et avec beaucoup d'amour le cher enfant Jésus, de même vous aussi, approchez-vous, avec une tendre confiance et un ardent amour, de la sainte Eucharistie; car Jésus s'y est caché par amour pour vous. Et lorsque tantôt nous nous rendrons à l'église, imaginez- vous que vous entrez avec les bergers dans rétable, et adorez l'enfant Jésus avec un cœur plein d'amour et de joie; demandez-lui avec une naïve confiance tout ce dont vous avez besoin.

4) Jésus s'est caché sous les apparences du pain, afin que nous puissions le recevoir comme nourriture, et nous rappeler, par ce signe extérieur de la manducation, ce que nous recevons pour notre âme. Car ce que le pain est et produit pour le corps, la même chose l'Eucharistie l'est et le produit pour l'âme. Mais je vous en parlerai plus tard.

Q. 8. Comment savons-nons que Jésus-Christ en disant ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » donna à ses apôtres son vrai corps et son vrai sang ?

R. Nous le savons ;

i) Parce que Jésus-Christ avait déjà promis auparavant à ses Apôtres, de leur donner réellement sa chair à manger, et réellement son sang à boire (t) ;

(i) « Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. Sur cela les Juifs disputaient entre eux, disant : Comment cet homme-ci nous peut-il donner sa chair à manger? Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. .. Car ma chair est véritablement une nourriture et mon sang est véritablement un breuvage. » (S* Jean 6-5:2 et suiv.)

2) Parce qu'il déclara, à la dernière cène, que ce qu'il leur donnait à manger et à boire, était réellement sa chair et son sang ;

3) Parce que les Apôtres Vont enseigné ainsi (î);

4) Parce que V Eglise Catholique Va toujours cru ainsi depuis ce temps (2).

Chers enfants, il y a des hommes qui ne croient pas que Jésus est véritablement, réellement et substantiellement présent dans la sainte Eucharistie, mais ils s'imaginent, que, dans l'Eucharistie, il y a uniquement du pain et du vin, et que eeci nous fait penser au corps et au sang de Jésus-Christ, ou à la dernière cène et à la mort du divin Sauveur ; nu bien que nous nous représentons seulement Jésus-Christ quand nous recevons la Communion, tandis qu'en réalité ce n'est pas Jésus-Christ, que c'est uniquement du pain et du vin. Ils disent : ces paroles du Sauveur, « Ceci est mon corps » doivent être comprises de la manière suivante : « Ceci signifie mon corps. » Ont ils raison? Non. Et pourquoi donc leur opinion est-elle fausse? D'où savons-nous etc..

i) Parce que Jésus a promis et dit expressément qu'il nous donnerait réellement (et non en figure) sa chair (non du pain) à manger. Or quand Jésus promet quelque chose, il tient sa parole. Et puisqu'il nous a promis de nous donner réellement sa chair à manger, il s'en suit que, dans la sainte Eucharistie, il ne nous a pas donné seulement la figure de son corps (du pain), mais son vrai corps en nourriture. Cependant, cette promesse, Jésus-Christ l'a-t-il réellement faite? — Un jour, un

(1) Voici ce qu'écrit S. Paul : » Le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas la participation du Sang de Jésus-Cbrist ? Et le pain que nous rompons, n'esl-il pas la participation du corps du Seigneur? » (1. Cor. 10-19. Conf. I. Cor. 11-2.)

(2) la cioyance de l'Eglise sur ce point, se prouve par ses prières et ses usages liturgiques, par les décrions des Conciles, par les nombreux témoignages des SS. Pères et des écrivains ecclésiastiques. Un témoignage qui prouve infiniment pour l'antiquité de la croyance Catholique, c'est que l'Eglise schismalique Grecque ci oit et enseigne la même chose. Voyez Gousset; Théologie dogmatique. Tom. H, p. 523, n° 709 et suiv.

grand nombre de personnes avaient suivi le bon Jésus, pour entendre sa doctrine ; ces pauvres gens n'avaient rien pris avec eux pour manger et avaient faim. Jésus eut alors compassion d'eux, et fit un miracle étonnant. Il multiplia cinq pains et deux poissons, de telle manière, que 5000 personnes en furent rassasiées et qu'on remplit encore douze corbeilles avec les restes. Ce miracle avait fait grand plaisir à la foule, c'est pourquoi ils voulurent faire de Jesus-Christ leur roi, s'imaginant qu'ils obtiendraient toujours du pain de cette manière, sans être obligés de travailler. Aussi, le jour suivant, se mirent-ils de nouveau à suivre Jésus Christ; mais il leur dit : « Vous me cherchez, parce que vous avez eu à manger et que vous avez été rassasiés » (donc à cause de la nourriture matérielle ou terrestre). Alors il les avertit de ne pas tant s'inquiéter de la nourriture matérielle, destinée au corps, mais plutôt de la nourriture céleste qu'il leur donnerait, et qui serait bien préférable à la manne, que les Juifs reçurent de Dieu, dans le désert. Or quelle était cette nourriture dont il voulait parler ?

« Le pain (c'est-à-dire la nourriture, — pain est pris dans le même sens que pain quotidien,) que je vous donnerai est ma chair pour la vie du monde, » à savoir la même chair, que je sacrifierai sur la croix, afin que le monde, c'est-à-dire les hommes aient la vie, — en ce monde la vie de la grâce, dans l'autre monde la vie du bonheur éternel. Vous le voyez donc, chers enfants, Jésus-Christ a promis de nous donner en nourriture sa chair, la même chair qui fut crucifiée dans la suite. Mais écoutez le reste ! « Alors les Juifs se disputèrent entre eux. » Pourquoi se sont-ils disputés? C'est qu'ils ne voulaient pas croire ce que Jésus venait de dire; ils pensaient qu'il était impossible à Jésus-Christ de leur donner sa chair à manger : « Comment dirent-ils, cet homme ci nous peut il donner sa chair à manger? « Or réfléchissez-y, chers enfants! Si Jésus avait voulu nous donner simplement à manger du pain comme la figure de son corps, qu'aurait-il dû dire aux Juifs ? Si l'instituteur disait. « La semaine prochaine vous apprendrez votre catéchisme comme il faut : » et qu'un enfant répondît en murmurant : « Comment cela est-il

possible, comment pourrais-je apprendre par cœur tout le catéchisme? » Que devrait dire l'instituteur? « Mon enfant, vous m'avez mal compris : je n'ai pas voulu entendre parla, le catéchisme tout entier. » Eh bien, voilà aussi ce que Jésus aurait dû dire aux Juifs, s'il n'eût pas voulu nous donner réellement sa chair à manger; il aurait dû dire: « Vous m'avez mal compris ; je veux vous donner à manger seulement du pain qui est la figure de mon corps. » Mais Jésus-Christ a-til parlé ainsi? Non ; il a tenu ferme à ses paroles, et il les u même confirmées par cette espèce de serment : « En vérité, en vérité, » c'est à-dire : Ce n'est que la pure vérité, et ce que je vous ai dit je le répète encore : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous, » ce qui voulait dire : Vous n'aurez point en ce monde la vie de la grâce, ni dans l'autre celle de la gloire. Vous le voyez, chers enfants ! Jésus-Christ a menacé les Juifs; oui, il a confirmé, par une terrible menace, ses paroles qu'on ne voulait pas croire. Puis il ajoute encore une seconde affirmation : « Car, dit-il, ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. » Le bon Jésus pouvait-il parler plus clairement?

Plusieurs de ses disciples qui l'avaient suivi jusqu'alors, le quittèrent à ces paroles, parce qu'ils ne voulaient pas croire qu'il leur donnerait réellement sa chair à manger ; ils partirent donc, et se privèrent ainsi de la grâce du salut. Mais Jésus les laissa partir, et il dit même à ses apôtres : voulez-vous aussi me quitter? tellement il demeura attaché à ses paroles ! Supposez que le Sauveur eût voulu dire seulement, qu'ils devaient manger du pain, qui était une figure de son corps, ou croire simplement en lui, et à sa mort; n'aurait-ce pas été une cruauté de la part de Jésus, si, ayant remarqué que ces pauvres gens l'avaient mal compris (ils ne pouvaient d'ailleurs le comprendre autrement), il les eût laissés partir et courir à leur perte, plutôt que de leur dire simplement ces mots : Vous me comprenez mal ? Serait-il permis de penser seulement quelque chose de pareil du divin Sauveur, lui qui a toujours été si bon, lui qui est venu pour sauver les hommes de la damnation? Non, chers enfants, le Sauveur a dit assez

clairement, que nous devons manger sa chair, — et ceux qui ne veulent pas ajouter foi à sa parole, le quittent aussi, renonçant à lui, comme le tirent les Juifs incrédules; mais nous, nous lui dirons avec saint Pierre : « Seigneur, vous avez les paroles de la vie éternelle; nous avons cru et nous avons reconnu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. »Nous croyons votre parole, parce que vous êtes la vérité éternelle (1).

2) Lors de la dernière cène, Jésus -Christ a déclaré « expressément » que c'était réellement son corps, etc., c'est-à-dire, il ne l'a pas fait entendre d'une manière obscure ou douteuse, mais il l'a dit de la façon la plus claire, la plus déterminée et de telle sorte que tous puissent le comprendre (comp, l'explication de la question 4, p. 61) (2).

(1) C'est au catéchiste déjuger s'ilconvient de répondre à cette objection tirée des paroles de Jésus-Cbrist, quand il a dit : « La chair ne sert de rien, etc. » Dans le cas où cette objection se présenterait, la manière la plus facile d'expliquer ce texte serait de dire: « Les Juifs ont très bien compris le Sauveur dans la chose principale, à savoir qu'ils devaient manger sa chair. C'est pourquoi aussi le divin Sauveur ne les a pas redressés dans leur manière de comprendre, au contraire il a toujours dit qu'ils devaient croire ses paroles. C'est ce qu'ils auraient dû faire, et ne pas lui demander encore: « Comment nous peut-il donner sa chair à manger? » Ils auraient dû se dire : Jésus saura bien comment s'y prendre. Mais au lieu de cela, ils ont commencé à réfléchir, à se métier et ils se sont imaginés que Jésus christ voulait leur donner à manger des lambeaux de son corps mort. C'est en cela que Jésus les a repris, en disant : « La chair n'est d'aucun usage sans l'esprit, c'est-à-dire, la chair prise en elle-même et séparément de la divinité et sans l'esprit (ou l'âme) qui la vivifie, est une chair morte, sans vie, elle ne sert de rien ; c'est l'esprit qui donne la vie à la chair. — Je ne veux pas vous donner à manger ma chair morte, comme une viande ordinaire, non, mais vous recevrez d'une manière mystique, ma chair vivante unie à l'esprit, à l'âme et à la divinité.

(2j Lorsque Ste-Jeanne-Françoise de Chantai étant encore petite, un hérétique osa attaquer en sa présence, par des discours impies, la sainte Eucharistie. Alors la jeune Françoise lui répliqua avec une sainte indignation : « Comment? Vous ne croyez pas que Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie? Et cependant c'est lui-même qui l'a dit. Vous le faites donc passer pour un menteur? Si vous aviez accusé le roi d'un mensonge, vous seriez condamné à une forte punition. A quoi devez-vous donc vous attendre, lorsque vous accusez Dieu lui-même d'être un menteur? »

3) Vous l'avez entendu, les paroles de Notre-Seigneur montrent clairement qu'il nous a donné réellement sa chair en nourriture; il n'y a pas de doute là-dessus. Mais si un doute étaitpossible,au sujetdes parolesde Jésus-Christ, par exemplecelui-ci: ne doit on pas les entendre dans ce sens : Ceci est une figure de mon corps; qui devrions nous interroger pour avoir des explications sûres ? Certes, ce sont bien ceux avec qui il a parlé et auxquels il a confié son enseignement, à savoir les Apôtres et leurs successeurs, les évéques de la Sainte Eglise catholique. D'abord, que nous disent les Apôtres? Saint Paul dit . « Le calice de bénédiction, etc. » c'est-à-dire: celui qui boit du calice béni (sur lequel le prêtre a prononcé les paroles de Jésus-Christ) prend part au sang du Sauveur; et celui qui rompt et mange le pain (béni, consacré, sur lequel ont été prononcées les paroles saintes) prend part au corps de Jésus-Christ (i). Et parlant de celui qui communie indignement, qui reçoit le Sacrement de l'Eucharistie en état de péché mortel, saint Paul dit : « Il est coupable du corps et du sang de Notre-Seigneur, » il s'attaque au corps et au sang du Sauveur. Or, il serait impossible de s'attaquer au corps de Jésus- Christ, s'il n'était pas présent dans le saint Sacrement.

C'est ainsi que vous ne pouvez vous attaquer au corps de quelqu'un, en le blessant ou en le maltraitant, que lorsqu'il est réellement présent devant vous.

4) A l'exemple des Apôtres, toute l'Eglise catholique a toujours compris les paroles de Notre-Seigneur dans ce sens : qu'il nous a donné réellement son corps et son sang. Que telle n'est pas seulement la croyance, l'enseignement de l'Eglise depuis aujourd'hui, mais bien depuis le commencement, c'est ce que nous voyons par les prières liturgiques et les cérémonies de l'Eglise. De même que les prêtres ont au-

(I) Mais pourquoi saint Paul dit-il : « le pain » que nous rompons? Car ce n'est plus du pain, mais c'est le corps de Jésus-Christ. 1° Le mot pain, en général, signifie nourriture, aliment (ainsi notre pain quotidien) or, le corps de Jésus-Christ est aussi une nourriture; 2° auparavant c'était du pain et c'est pourquoi on continue de l'appeler ainsi ; l'aveugle-né, guéri par Jésus-Christ (S. Jean, 9; continue d'être appelé aveugle, quoiqu'il eût recouvré la vue; 3° on peut l'appeler pain, parce qu'il en a les apparences.

jourd'hui des Missels (de grands livres de Messe), etc. où se trouve imprimée et expliquée la manière dont ils doivent célébrer le saint Sacrifice de la Messe, ainsi dans les temps les plus reculés, on avait aussi de ces missels, où se trouve écrit comment on disait autrefois la messe, et ces missels on les possède encore. Dans ces derniers Missels, on rencontre beaucoup de prières, qui prouvent que déjà dès ce temps, l'Eglise catholique croyait à la présence réelle de Jésus dans le saint Sacrement. Voici, par exemple, la prière que récitait le prêtre avant la Consécration : « Faites que ce pain devienne le corps précieux de votre Christ, et que, ce qui est dans le calice, devienne le sang précieux de Jésus, votre Fils, en opérant ce changement par votre Esprit-Saint » Ou bien, quand le prêtre montrait la sainte Eucharistie avant la Communion, il devait dire : « Ceci est le vrai et sacré corps, le vrai et précieux sang de Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Ainsi soit-il. »— Ensuite on pratiquait les mêmes cérémonies qu'aujourd'hui eu présence du saint Sacrement; les premiers chrétiens fléchissaient le genou, en signe d'adoration; — or s'ils avaient cru, que ce n'était pas le corps de Jésus-Christ, mais simplement du pain, auraient-ils osé courber le genou devant du pain et l'adorer, eux qui mouraient plutôt que de plier le genou devant une idole?

Nous savons encore ce que l'Eglise a toujours cru, si nous examinons les décisions prononcées par les conciles. Comme vous l'avez déjà appris, chers enfants, on appelle conciles généraux, ces assemblées où les évêques de l'Eglise catholique, sous la direction souveraine du pape, se réunissent et décident quelle est la véritable doctrine catholique, enseignée par Jésus-Christ et les apôtres, et que tous les bons chrétiens sont obligés de croire. Quand les évêques, unis au pape, prononcent unetelle décision, ils ne peuventse tromper, leur décision est infaillible. Or ces conciles ont enseigné unanimement, que dans la sainte Eucharistie Jésus Christ est réellement présent, avec son vrai corps et son vrai sang. C'est ce qu'enseignait le concile d'Ephèse qui fut tenu, il y a plus de 1400 ans :«Nous célébrons le sacrifice non-sanglant (c'est-à-dire la sainte Messe), dans les églises, nous nous approchons de la Table

mystique, et nous sommes sanctifiés, en participant au corps sacré et au sang précieux de notre Sauveur. » Le dernier des conciles, celui de Trente, enseigna ce qui suit : « Si quelqu'un nie que, dans le sacrement de la très sainte Eucharistie, soit contenu véritablement, réellement et substantiellement le corps et le sang avec lame et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ... qu'il soit anathème » (c'est-à dire exclu de l'Eglise catholique).

Enfin nous connaissons quelle est la croyance et l'enseignement de l'Eglise catholique, par les nombreux témoignages des SS. Pères et des écrivains ecclésiastiques. Comme vous le savez, les apôtres ne se sont pas contentés d'écrire la doctrine de Jésus- Christ, dans les livres du Nouveau Testament, mais cette doctrine, ils l'ont transmise aussi de vive voix à leurs sucesseurs, par le moyen de la tradition, et ceux-ci, à leur tour, l'ont confiée à ceux qui sont venus après eux, etc. Or il y a eu des hommes, des saints, éclairés de Dieu, qui ont écrit une partie de ces traditions dans des livres que nous possédons encore aujourd'hui, et attestent, parconséquent,cequi,de leurs temps, était cru dans l'Eglise catholique.

Depuis les apôtres, il y a eu des SS. Pères et des écrivains ecclésiastiques de ce genre, qui tous attestent, dans leurs écrits, que l'Eglise catholique a toujours cru en la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Leurs témoignages sont si nombreux, qu'on en a rempli de gros livres, — si clairs et si précis, qu'il n'est nullement permis de douter. Je ne puis vous les citer tous ; d'ailleurs vous ne pourriez les graver dans votre mémoire, je me contenterai d'en citer quelques-uns.

S. Cyrille, évêque de Jérusalem, lequel vivait il y a 1500 ans, donna aussi l'instruction à ceux qui communiaient pour la première fois, et voici ce qu'il enseigna touchant le très saint Sacrement. « Puisque Jésus-Christ, en parlant du pain qu'il tenait, a déclaré que c'était son corps, qui oserait révoquer en doute cette vérité? et puisque, en parlant du vin, il a positivement assuré que c'était son sang, qui pourrait en douter et dire que ce n'était pas son sang? Autrefois il changea, par sa seule volonté, l'eau en vin, et nous refuserions

de croire, sur sa parole, qu'il a changé du vin en son sang?... C'est pourquoi recevez avec une foi pleine et une entière conviction le corps et le sang de Jésus-Christ. Car sous l'espèce du pain, on vous donne son corps, et sous l'espèce du vin, on vous donne son sang. Donc je vous conjure de ne les plus considérer comme étant simplement du pain et du vin, car c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, selon sa parole. Quoique les sens vous disent que cela n'est pas, la foi doit vous persuader de ne pas juger d'après le goût, mais de croire avec une entière certitude, sans admettre aucun doute à cet égard, que vous recevez le corps et le sang de Jésus-Christ... Sachez donc, et regardez comme une chose tout à fait certaine, que ce qui paraît du pain à nos yeux, n'est pas du pain, quoique le goût le juge tel, mais que c'est le corps de Jésus-Christ, et que ce qui paraît du vin à nos yeux, n'est pas du vin, quoiqu'il en ait le goût, mais que c'est le sang de Jésus-Christ.» — Chers enfants, dites-moi, aurais-je mieux pu vous exposer la doctrine catholique que par ces paroles si claires, si frappantes?

Saint Jean Chrysostôme, évêque de Constantinople, qui vivait vers le même temps, écrivait: « Approchons-nous (de la sainte Eucharistie) avec respect et une grande pureté; c'est le corps qui fut percé de clous, battu de verges..., inondé de sang et percé d'une lance... C'est le même que les sages de l'Orient adorèrent, quand il était couché dans une crèche, et c'est ce même corps qu'il nous a donné en nourriture. » Le même Saint dit dans un autre endroit: « Combien n'y en a-til pas qui disent : je voudrais bien voir sa forme, sa figure, et ses vêtements? Et voici que vous le voyez, que vous le touchez lui-même, que vous le mangez lui-même. Vous voudriez voir ses vêtements! Mais il se donne à vous lui-même, nonseulement pour être vu, mais touché, mais mangé, mais reçu au dedans de vous. » Je pourrais vous rapporter encore des milliers de témoignages de ce genre, chers enfants, tous tirés des écrits des saints Pères. Or, pensez-y; des saints, des hommes qui vécurent peu de temps après les Apôtres, ne doivent-ils pas avoir mieux su quelle est la vraie foi, que des gens qui viennent aujourd'hui nous dire : Jésus-Christ et les

Apôtres n'ont pas cru ni voulu dire que dans la sainte Eucharistie, Jésus est réellement présent avec son corps et son sang (1).

Par là, chers enfants, vous voyez clairement que Jésus-Christ nous a donné en réalité son corps et son sang dans la sainte Eucharistie. Cependant il y a des gens qui disent: mais comment est-ce possible que le corps de Notre-Seigneur s'y trouve? La vue, le goût me disent que c'est du pain. Que répondrons-nous à ceux-là? Ecoutez, chers enfants, ce que saint Jean Chrysostôme répondait aux personnes de ce genre : « Croyons toujours en Dieu et ne le contredisons pas, quand même ce qu'il nous dit, paraît incroyable à nos sens et à notre intelligence ; sa parole doit nous valoir plus que nos sens et notre pauvre raison. Voilà ce que nous devons dire partout, mais surtout quand il s'agit des saints mystères (c.à. d. de la sainte Eucharistie) ; donc nous ne nous arrêterons pas à ce qui s'offre à la vue, à l'apparence du pain, qui frappe nos regards, mais à la parole de Jésus-Christ. Car ses paroles ne peuvent nous tromper, et nos sens au contraire sont très faciles à tromper; ses paroles ne peuvent induire en erreur, tandis que nos sens le peuvent aisément. Donc, puisqu'il a dit: Ceci est mon corps, ne doutons plus du tout, mais croyons. » Oui, chers enfants, il en est ainsi: nos sens, notre raison peuvent se tromper, mais Dieu ne peut pas se tromper.

(1) On peut facilement passer sous silence la preuve de l'accord unanime de l'Eglise schismatique grecque et des autres sectes anciennes. Si on voulait citer cette preuve, voici comment on pourrait l'exposer en quelques mots. Supposez qu'un voyageur rencontre en Amérique toute une commune où les gens portent le même costume, non tel qu'on le porte en Amérique, mais dans les paroisses du Hainaut,ou dans les départements du Berry, et qu'il apprend de l'un d'eux qu'ils ont quitté leur pays natal, il y a oO ans. Aussitôt il devra se dire : puisque ces gens ont émigré, il faut qu'on ail porté dans le Hainaut et le Berry ce costume, car il est évident qu'ils l'ont apporté de là. C'est ainsi qu'il y a des chrétiens égarés, (des sectaires qui ont la même foi que les catholiques, touchant le saint Sacrement de l'autel, mais qui ont abandonné l'Eglise catholique depuis 1400 ans. Par conséquent il faut que la foi en la présence de Jésus-Christ ait existé dans l'église catholique, il y a 1400 ans, sans quoi les schismatiques n'eussent pu la prendre avec eux.

A LA PREMIÈRE COMMUNION. "i O

Il y a bien des objets qui paraissent à nos sens tout autres, qu'ils sont réellement. Un bâton plongé dans l'eau claire, nous paraît brisé et courbé, tandis qu'il ne l'est pas. Il nous semble que le soleil tourne autour de la terre et c'est cependant le contraire qui a lieu, etc. Mais ce que nous savons, c'est que la parole de Jésus-Christ reste éternellement vraie. Voilà pourquoi nous devons être plus fermement convaincus de la présence réelle de Jésus dans la sainte Eucharistie, que de ce que nous voyons par les yeux. En effet ce que nous voyons, ce sont nos yeux qui le disent, et les yeux peuvent se tromper; mais que Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie, c'est Dieu qui nous le dit, Dieu qui ne peut se tromper (i). Et quand un autre dit : Comment cela se peut-il, que le pain se change au corps de Jésus-Christ ? que Jésus soit présent en différents lieux à la fois, etc.? Disons avec l'ange (S. Luc, 1, 37): « Rien n'est impossible à Dieu. » Si nous ne comprenons pas, comment il puisse se faire que du pain devienne le corps de Notre-Seigneur, comprenons -nous mieux comment, après quelques années, un petit pépin de pomme devient un grand et magnifique pommier? Comprenons-nous comment le pain que nous mangeons se change en notre chair et en notre sang? Comprenons-nous comment l'eau puisse se changer en vin? etc. Ne croyons-nous pas tout cela, quoique nous ne le comprenions pas (2) ?

(1) Cette foi si ferme était celle qu'avait Saint Louis, roi de France (d'autres disent le Comte de Montfort). Quand on lui dit de venir vite, parce qu'à l'église le Sauveur se montrait d'une manière miraculeuse, d'une manière visible dans la sainte Eucharistie, il répondit: « Que ceux-là y aillent qui ne croient pas que Jésus-Christ y est présent. Pour moi je crois plus fermement que si je le voyais de mes yeux. »

(2) Le P. Lacordaire, célèbre prédicateur, se trouvait un jour à table dans une grande auberge. Il y avait beaucoup de personnes qui y dînaient en même temps que lui ; quelques-unes mangeaient de la viande, d'autres faisaient maigre, parce que c'était un vendredi. Or, le R. P. Lacordaire se trouvait juste à coté d'un de ces mangeurs de viande. Celui-ci se mit à le tourmenter et à attaquer la religion, surtout les mystères : « Monsieur, ditil en s'adressaut au religieux, n'est il pas absurde de croire ce que notre raison ne saurait comprendre? — Nullement, dit le R. P., je suis d'un avis tout contraire. Comprenez vous seulement comment il se fait, que le feu fait fondre le fer et le plomb, tandis qu'il durcit les œufs? — Non, répond

Oui, chers enfants, nous catholiques, nous croyons plus à Dieu qu'à notre raison et à nos sens. Quand nous irons aujourd'hui à l'église, réveillons devant le saint Sacrement, des sentiments d'une foi ferme et vive en la présence de Jésus- Christ, et disons-lui : « 0 Jésus, je crois fermement que vous êtes présent dans la sainte Eucharistie, quoique je ne vous voie pas et que je ne comprenne point comment cela peut se faire. Je le crois aussi fermement que si je vous voyais de mes yeux, et je suis prêt à mourir, plutôt que de renier ou de perdre cette croyance. Je le crois parce que vous-même, qui êtes l'infaillible vérité, avez dit : « Ceci est mon corps; ceci est mon sang! » — Ensuite, nous prierons un pater pour les malheureux qui ne croient pas en la présence de Jésus-Christ, et qui perdent ainsi la plus grande des grâces que Dieu nous ait accordée, le plus grand bonheur que l'homme puisse goûter ici-bas. Oui priez, afin que Dieu les éclaire, afin que, eux aussi, ils puissent venir près du bon Sauveur et trouver la grâce avec le salut (1).

Q. 9. Jésus-Christ a-t-il donné aussi à ses apôtres le pouvoir de changer le pain et Je vin, dans son corps et son sang adorables?

R. Oui, il leur a donné ce pouvoir par ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi. »

Jusqu'ici vous avez entendu, que ce fut Jésus-Christ luimême qui changea le pain et le vin dans sa chair et son sang. Après qu'il en eut agi ainsi, il dit à ses apôtres : « Faites ceci en mémoire (en souvenir) de moi. » Que voulait-il dire par là? Qu'ils devaient faire la même chose qu'il avait faite. Or,

l'incrédule, mais que concluez-vous de là? — C'est que cela ne nous empêche pas de croire aux omelettes. » — Là-dessus l'impie no tut, pendant que les convives l'accablaient de leurs rires et de leurs quolibets.

\\) Outre ces preuves que nous venons d'exposer, on pourrait également rapporter les nombreux miracles opérés par le Seigneur pour prouver la présence de Jésus-Christ dans le saint Sacrement, par exemple l'apparition d'un enfant dans la sainte Hostie ; le sang qui jaillit abondamment des saintes Hosties poignardées à Bruxelles par les Juifs; ou bien ce trait de

qu'avait-il fait ? Il avait pris du pain et du vin, puis prononcé ces paroles : « Ceci est mon corps etc.; ceci est mon sang etc. » Et par là il changea le pain et le vin en son corps et en son sang. Or, les apôtres devaient faire la même chose. Ainsi ils devaient, eux aussi, prendre du pain et du vin, dire ses paroles : « Ceci est etc. » et changer par là le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur. Mais nul homme ne peut faire ce changement par lui-même; pour cela il faut la puissance et l'autorité divine. Donc cette puissance, les Apôtres ne lavaient pas d'eux-mêmes, Dieu seul pouvait la leur donner. Mais leur a-t-il vraiment donné cette puissance? Oui ; puisqu'il leur a ordonné de changer le pain etc., il a dû aussi leur en donner le pouvoir, sans quoi ils n'auraient pu le faire. (Ainsi lorsque votre père ou votre mère vous envoie acheter quelque chose, il faut aussi qu'ils vous donnent de l'argent, car sans argent vous ne pourriez pas l'acheter, etc.)

Q. 10. Ce pouvoir accordé aux apôtres, à qui a-t-il été transmis ?

R. // a été transmis aux évêques et aux prêtres.

C'est-à-dire que les évêques et les prêtres ont reçu ce pouvoir des apôtres. Or les apôtres ont eu le pouvoir de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, c'est ce que vous avez entendu : c'est Jésus-Christ lui-même qui leur a donné ce pouvoir. Mais, dira-t-on, Jésus n'a pas parlé d'autres personnes, ni des évêques ni des prêtres? Nous verrons si cela est vrai : Savez-vous encore ce que Jésus-Christ a dit, quand les Juifs refusèrent de croire qu'ils devaient manger sa

la vie de saint Antoine de Padoue, où une bête de somme, à qui l'on avait refusé de la nourriture pendant trois jours, refusa de toucher au fourrage qu'on lui présentait d'un côté, et fléchit les genoux devant la sainte Eucharistie que saint Antoine lui montrait de l'autre, prodige par lequel les hérétiques furent confondus. On peut citer aussi les prodiges nombreux que Dieu a opérés par la sainte Eucharistie, par exemple : la miraculeuse nutrition du bienheureux Nicolas delà Flue; le triomphe remporté par sainte Claire sur les Musulmans (Brev. Rom. 12. aug. 6 Lect). On peut rappeler aussi l'histoire des martyrs de Gorcum qui moururent le 9 juillet 1572, pour la foi à la présence réelle de Jésus-Christ dans le saint Sacrement.

chair? « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang vous n'aurez pas la vie en vous. » Ne disait-il cela que pour les personnes qui vivaient alors? Non, il le disait pour toutes les personnes, pour tous les hommes qui vivraient jusqu'à la fin du monde. Conséquemment Jésus, qui veut que tous les hommes deviennent chrétiens, veut aussi qu'ils reçoivent son corps dans la sainte Eucharistie; conséquemment il veut aussi que ce Sacrement, cette sainte nourriture soit préparée dans tous les temps; or, cela se fait quand le pain est changé au corps de Jésus-Christ; donc Jésus veut que dans tous les temps, le pain soit changé en son corps ; donc il veut également que dans tous les temps, il existe des personnes, ayant le pouvoir de faire ce changement. Cependant les apôtres sont morts depuis longtemps ; c'est pourquoi Jésus-Christ a donné ce pouvoir non-seulement aux apôtres, mais il leur a ordonné aussi, de transmettre à d'autres la même délégation et le même pouvoir. C'est ce que les apôtres ont fait, quand ils donnèrent la consécration épiscopale et sacerdotale à des hommes pieux. Dans le sacrement de l'Ordre, ils leur ont communiqué ce pouvoir sacré. Les évêques, à leur tour, ont consacré d'autres hommes, évêques et prêtres, et ainsi de suite jusqu'à nos jours. De qui, moi, par exemple, ai -je ce pouvoir? De Févêque qui m'a fait prêtre. Et cet évêque? De l'évêque qui l'a consacré. Et celui-ci? etc. C'est ainsi que nous arrivons jusqu'aux apôtres et jusqu'à Jésus-Christ lui-même. De sorte, que chaque prêtre tient son pouvoir de Jésus Christ. (Si quelqu'un, qui n'est pas prêtre, prononçait les paroles de la consécration sur le pain et le vin, pourrait il changer le pain et le vin? Non, car il n'a pas reçu le pouvoir pour cela, et il commettrait un grand péché en profanant ces saintes paroles.)

Q. il. Quand donc les évêques et les prêtres exercent-ils

ce pouvoir ?

R. Pendant la sainte Messe, lorsqu'ils prononcent sur le yain et le vin ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. »

Les évêques et les prêtres usent de ce pouvoir, lorsqu'ils

font, ce que Jésus-Christ a fait : Or qu'est-ce que Jésus-Christ a fait? Il a pris du pain etc. (récapitulation). Eh bien ! c'est là ce que le prêtre fait pendant la sainte Messe (dont je vous entretiendrai plus tard) au moment de la consécration. Alors il prend aussi du pain etc. et ce qui était simplement du pain, devient quelque chose de sacré, de là le mot de « Consécration. »

Q. 12. Après la Consécration, ny a-t-il donc plus du pain ni du vin sur l'autel ?

R. Non; il y a sur l'autel le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin.

Comme je vous l'ai dit, le prêtre, au moment de la Consécration, fait la même chose que Jésus-Christ a faite; donc à la consécration doit arriver aussi ce qui est arrivé lors de la dernière cène ; donc aussi, après la consécration doit se trouver sur l'autel, ce qui, d'après les paroles de Jésus-Christ, se trouvait entre ses mains, sur la table qui avait servi à célébrer la dernière cène. (Comparez la q. 5-7.)

Q. 13. Combien de temps Jésus Christ demeure-t-il présent avec sa chair et son sang ?

R. Aussi longtemps que demeurent les apparences.

Jésus-Christ devient présent, dès qu'un prêtre, légitimement ordonné, prononce les saintes paroles sur le pain et le vin. Du pain et du vin, il ne reste plus alors que les apparences. (Q. 7.) Or aussi longtemps que durent ces apparences, c'està-dire aussi longtemps qu'il y a la forme, le goût, l'odeur du pain et du vin, — aussi longtemps Jésus-Christ y demeure présent. Mais du moment que la forme, le goût, l'odeur du pain n'y sont plus, du moment que les espèces sont gâtées, Jésus- Christ cesse d'y être présent. (Pourquoi ? C'est que Jésus- Christ est présent dans le saint Sacrement. Or pourqu'il y ait sacrement, il faut un signe sensible, et ce signe sensible dans le saint Sacrement de l'autel, consiste dans les apparences du pain et du vin. Quand celles-ci ne s'y trouvent plus,

il n'y a plus de signe sensible, conséquemment plus de sacrement, conséquemment Jésus Christ n'y est plus présent.)

Je vous ai déjà dit que le pain est changé au corps, le vin au sang de Jésus-Christ. Il paraîtrait donc que sous l'apparence du pain il y aurait seulement le corps de Jésus- Christ, et sous l'apparence du vin seulement son sang. Estce ainsi?

Q. 14. N'y a-t-il présent sous l'espèce du pain que le corps de Jésus-Christ, et sous l'espèce du vin que son sang ?

lï. Non : Jésus-Christ est présent tout entier et sans division sous chaque espèce, comme il est tout entier dans le ciel.

Jésus-Christ est toutentier présent sous chaque espèce, c'està-dire aussi bien dans la sainte hostie que dans le calice; donc avec tout ce qui lui appartient, avec sa chair et son sang, son corps et son âme, sa divinité et son humanité. Et il y est présent sans être divisé. Si dans l'hostie ily avait seulement le corps de Jésus-Christ, et dans le calice seulement son sang, il n'y aurait dans chacun d'eux qu'une partie de Jésus- Christ, et, en ce cas, Jésus-Christ ne serait plus vivant; car lorsqu'on sépare le sang du corps, l'homme meurt de suite. Vous pouvez le comprendre aussi de la manière suivante : Dans la sainte hostie, se trouve le corps de Jésus-Christ, qui est au ciel, conséquemment le corps vivant. Mais, dans un corps vivant, il y a du sang; donc, il y a dans la sainte hostie le corps, et dans le corps le sang de Jésus-Christ ; puis le corps et le sang sont unis à l'âme et à la divinité (sans quoi le corps serait mort, ou ne serait plus le corps du Fils de Dieu). Ainsi, lorsque, dans la sainte Communion, vous recevez seulement la sainte hostie, recevez-vous aussi le sang de Jésus-Christ ? Pourquoi?

Puis dans le calice est le sang de Jésus-Christ, le sang de JNotre-Seigneur vivant. Or le sang d'un homme vivant se

trouve dans le corps. Donc, dans le calice, le sang de Jésus- Christ est dans son corps. Donc celui qui boirait au calice, n'obtiendrait pas seulement le sang, mais aussi le corps de Jésus-Christ.

De même, dans la grande hostie que prend le prêtre, il n'y a pas plus que dans une petite hostie; c'est ainsi que votre figure se montre aussi bien dans un petit miroir, que dans un grand. Dans deux hosties, il n'y a pas plus que dans une seule, et celui qui, en communiant, recevrait à la fois deux hosties, n'aurait pas plus, que celui qui en reçoit une. Il n'y a qu'un seul etmêmecorpsdeJésus-Christ. Chers enfants, c'est là un grand miracle; pensez-y : des millions et des millions de chrétiens reçoivent, dans le monde entier, le même corps de Jésus-Christ, et néanmoins l'un ne reçoit pas plus que l'autre, et le corps de Jésus-Christ ne s'amoindrit pas, ne devient pas plus petit. Voyez par là, quels étonnants miracles Notre- Seigneur a opérés et opère encore chaque jour, par amour pour nous !

Ce miracle fut préfiguré ou annoncé d'avance par la manne. (Citez l'histoire de la manne du désert.) Ceux qui avaient ramassé beaucoup de manne dans un grand vase, n'en avaientpas plus cependant que ceux qui en avaient ramassé peu.

Q. 15. Quand le piètre rompt ou divise la sainte hostie, ne rompt et ne divise-t-il pas le corps de Jésus- Christ?

R. Non; il rompt ou divise seulement les espèces, et le corps de Jésus-Christ lui-même est tout entier et vivant dans chaque partie des espèces.

On ne peut rompre ou briser que ce que l'on peut voir, toucher et saisir (c'est pourquoi on ne saurait rompre le vent, l'âme, etc.). Or ce que l'on peut voir, toucher, ce sont les espèces ou l'apparence du pain, et non le corps de Jésus- Christ (Q. 7.). Conséquemment on ne peut rompre le corps

de Jésus-Christ, mais seulement l'apparence du pain.

C'est ce que vous pouvez comprendre aussi de cette manières

si le corps de Jésus-Christ était rompu, brisé, il serait mort. Or Jésus-Christ ne peut plus mourir, donc son corps ne peut être rompu. Dites-moi maintenant N... lorsque le prêtre rompt la sainte hostie, que tient-il dans la main droite et dans la main gauche? Est-ce peut-être la moitié du corps de Jésus-Christ ; Non ; et pourquoi pas ? — Nous trouvons quelque chose d'à peu près pareil dans le miroir. Dans le miroir se trouve votre image, votre figure (lorsque vous vous mettez devant lui). Or brisez le miroir ; votre figure sera-t-elle brisée aussi? Non, mais dans chaque partie du miroir brisé, se montre de nouveau votre figure tout entière.

Q. 16. Qu'exige de nous cette présence de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie?

R. Cest que nous le visitions souvent, et que nous l'adorions avec une profonde humilité et un grand amour.

S.Vincent de Paul se présenta un jour dans une prison de ville, où l'on tenait enchaînés de grands criminels. La plupart d'entre eux étaient couchés dans des cachots, ou plutôt dans des trous étroits, obscurs et infects; quelques-uns semblaient à moitié dévorés par la vermine. Quand ils étaient malades, ils n'avaient personne près d'eux pour les soigner et les consoler. S. Vincent eut compassion de ces malheureux, et comme, pour le moment, il n était pas en état de les assister autant qu'il le désirait, il voulut du moins rendre leur couche moins dure. Il leur donna ce qu'il put; il alla même jusqu'à s'enfermer avec eux dans leur affreux cachot, afin qu'ils eussent au moins près d'eux quelqu'un qui les aimât, les instruisît, les consolât, leur donnât des soins, quelqu'un à qui ils pussent confier leurs peines, demander du soulagement et des paroles pour relever leur courage. Et quoique, parmi ces malheureux, il s'en trouvât au commencement, qui ne répondaient à sa charité que par des injures et des moqueries, il ne se laissa pas effrayer ni décourager, mais il continua de demeurer parmi eux. N'est-il pas vrai, chers enfants, que cet amour de S. Vincent pour

ces pauvres gens, était un amour admirable et vraiment saint? — Mais il y a quelqu'un qui nous a montré, à nous pauvres créatures, un amour infiniment plus grand; c'est le Fils de Dieu! Nous aussi, sur cette froide et misérable terre, nous sommes comme dans une prison, nous souffrons beaucoup, nous devons endurer bien des misères en punition de nos péchés. Et voilà que le Fils de Dieu, touché de compassion pour nos maux, est descendu du ciel et nous a obtenu la grâce de pouvoir entrer, après ces quelques années de captivité sur la terre, dans la joie éternelle des cieux. Mais afin de diminuer le poids de nos misères, pendant notre séjour ici-bas, il a voulu s'enfermer lui-même avec nous, dans cette misérable demeure terrestre, et il est devenu captif. Quoiqu'il ne reçoive de tant d'hommes qu'ingratitude et même qu'injures et moqueries pour récompense, néanmoins il ne se rebute pas. Jour et nuit il demeure dans le tabernacle. Et qu'y fait-il? Il y intercède pour nous auprès de son Père céleste ; il envoie en quelque sorte les rayons lumineux et vivifiants de sa grâce dans les cœurs de tous ceux qui viennent à lui, pour lui demander lumière, consolation, force et bénédiction. C'est pourquoi il y a toujours une lampe qui brûle devant le saint Sacrement ; elle nous rappelle que là, bien près de nous, se trouve la lumière du monde, le soleil de la grâce. De même que le voyageur égaré au milieu d'une nuit obscure, s'élance, dans l'espoir de trouver un gîte et du secours, vers la lumière qu'il a aperçue, de même nous devons nous empresser d'aller trouver Jésus-Christ dans le saint Sacrement, afin de trouver chez lui secours et consolation, et de pouvoir revenir dans le bon chemin.

Ainsi, c'est à cause de nous que Jésus-Christ demeure présent dans la sainte Eucharistie. Mais cette sainte présence de Jésus qu'exige-t-elle de nous? que lui devons-nous pour cela? Nous devons le visiter souvent, venir souvent près de lui. Or ce qui doit nous engager à rendre des visites au saint Sacrement, c'est

4) l'amour et la reconnaissance que nous devons à Jésus- Christ. Lorsqu'un enfant demeure dans le même endroit, où restent ses parents (ce qui arrive quand il y est ea

8i MÉTHODE POUR PRÉPARER LES ENFANTS

service ou marié), pouvez-vous dire qu'il aime ses parents, s'il ne va jamais ou presque jamais les voir? Non, s'il les aimait, il irait les voir souvent. Eh bien! Jésus, notre bon, notre aimable père demeure bien près de nous, au milieu de nous.

Quelle espèce d'enfants serions-nous, si nous ne voulions pas lui faire visite? Quand vous aimez quelqu'un, vous êtes volontiers à ces côtés; or celui qui ne tient pas à venir auprès de Jésus, prouve qu'il ne l'aime pas. Supposez que le saint Sacrement ne se trouve que dans un seul lieu, par exemple à Rome, et qu'on vienne vous le dire ; ah ! que vous seriez désireux d'y aller! Combien de personnes seraient contentes d'entreprendre ce voyage si long, si difficile et si dangereux, de sacrifier et leur argent et leur temps, peut-être leur vie, pour pouvoir s'approcher une seule fois de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie. Il y a des milliers de pèlerins qui se rendent à Jérusalem, souvent au milieu de fatigues indicibles, uniquement pour voir les lieux où Jésus- Christ a vécu et souffert; et quand ils sont là, comme leur cœur bat de joie, comme ils prient avec ferveur et dévotion ! Il y en a eu qui sont morts en ces lieux, à cause des transports d'amour qui agitaient leur cœur. Et ceux qui ne peuvent aller à Jérusalem et dans la Terre-Sainte leur envient ce honneur. 0 chers enfants ! Dans la sainte Eucharistie vous n'avez pas simplement un souvenir de Jésus-Christ, un objet qui a été sanctifié par sa présence* tel que sa crèche, sa sainte Croix, etc., mais vous avez, mais vous possédez Jésus- Christ lui-même, réellement vivant. Si vous croyez cette vérité d'une foi ferme, vous irez sans doute le trouver sou* vent avec joie, vous irez le prier avec un cœur plein d'amour.

De plus, Jésus-Christ est encore présent, à cause de nous ; parce qu'il nous aime et qu'il veut nous communiquer ses grâces. Imaginez-vous un père qui a un enfant à l'étranger; plein de la plus tendre affection pour cet enfant, il entreprend un long voyage, pour aller le voir, lui parler et lui apporter des choses qui lui soient agréables. Mais l'enfant salue son père à la hâte, en passant, puis s'en va jouer et courir avec ses camarades, en laissant son père seul. Dites-moi, chers enfants!

cela ne doit-il pas faire de la peine, et beaucoup de peine au père?Eh bien! nous aussi nous sommes à l'étranger, car c'est le ciel qui est notre véritable patrie; et voilà que Jésus-Christ, notre tendre et bon père vient avec l'amour le plus dévoué, pour nous visiter et nous apporter ses grâces ; ah! croyezvous que cela ne lui fasse pas de la peine, quand nous le laissons seul, nous occupant plus du jeu, des amusements, de la toilette que de lui, et quand nous n'allons le voir que rarement, lorsque nous y sommes forcés? C'est pourquoi le Sauveur s'en est plaint, quand il disait, « Tout le jour j'ai étendu mes mains vers un peuple incrédule et obstiné! »

2) Ce qui doit nous engager à visiter souvent la sainte Eucharistie, ce sont encore les grands avantages, les nombreuses bénédictions que nous obtenons par là. Dans la ville où réside le roi, on voit souvent arriver des gens qui ont fait un long et pénible voyage, pour obtenir de lui une grâce, un bienfait. Parfois cependant ils ne parviennent pas à pouvoir lui parler; et alors même qu'il leur est permis de s'entretenir pendant deux minutes avec lui, ils n'obtiennent que rarement ce qu'ils demandent. Or sachez-le, chers enfants ! dans le saint Sacrement se trouve le roi du ciel et de la terre, qui esten état de nous donner tout ce qui peut nous être utile, tout ce que nous pouvons désirer pour le bien de notre corps et de notre âme ; nous n'avons pas besoin de faire un long voyage; nous ne devons pas craindre d'être rebutés; au contraire, tous, même les plus pauvres et les plus méprisés peuvent lui parler, et il a dit d'avance : « Tout ce que vous demanderez, vous sera accordé. » Hélas! cependant il y en a si peu qui viennent le prier ; ils préfèrent prier et mendier chez les hommes, où ils ne peuvent néanmoins obtenir que peu de chose. Chers enfants! n'agissez pas ainsi. Si vous avez quelque peine, soit corporelle (comme une maladie, de la pauvreté, du chagrin, des parents malades, etc.), soit spirituelle (comme des tentations, des péchés, etc.), approchezvous de Jésus qui est toujours disposé à vous écouter, à vous assister; venez, confiez-lui vos peines, et vous verrez que vous n'aurez pas prié inutilement. Quand une jeune fille est, par exemple, en service, qu'elle doit y travailler beaucoup, et

qu'on la maltraite, comme elle se sent heureuse, la pauvre enfant, lorsque, de temps en temps, elle peut retourner chez sa mère pour lui confier ses peines, quand même sa mère ne pourrait pas l'assister. Eh bien! chers enfants! lorsque votre cœur est plein de tristesse, lorsque le chagrin, les soucis et les tentations (qui ne tarderont pas de venir) vous inquiètent, rappelez- vous que, dans la sainte Eucharistie, vous avez quelqu'un qui vous aime mille fois plus que votre père et votre mère ne vous aiment, quelqu'un qui veut et peut vraiment vous aider, vous soulager. 0 venez à lui ! vous ne le quitterez pas sans avoir reçu des consolations et des grâces (1).

3) La visite au saint Sacrement est donc bien agréable à Jésus-Christ, et bien utile à ceux qui la font; aussi a-t-elle toujours été pratiquée avec soi n par des hommes saints et pieux, qui y ont trouvé une source de grâces nombreuses.. Que d'exemples je pourrais vous citer, chers enfants ! S. François de Borgia avait l'habitude de visiter, sept fois par jour, le saint Sacrement de l'autel. S. Alphonse, même lorsqu'il était déjà parvenu à un âge avancé, et qu'il était accablé d'infirmités, passait, jusqu'à sept et huit heures devant la sainte Eucharistie. S. François-Xavier, après avoir prêché et baptisé tout le jour, malgré la fatigue à laquelle il paraissait succomber, veillait fréquemment la moitié de la nuit et des nuits entières, devant le saint Sacrement (2). Et que faisaient

(1} On pourrait rappeler ici les nombreuses guérisons miraculeuses et les grâces, qui ont été obtenues devant le saint Sacrement. Ainsi, il n'y a que peu d'années, une demoiselle de famille noble, Anne de Clary de Metz, qui avait été paralysée pendant plusieurs années et déclarée incurable par les médecins, s'était fait porter à l'église devant le saint Sacrement, exposé pour l'adoration perpétuelle, et fut guérie tout à coup, de sorte quelle put se lever et marcher sans l'aide de personne. D'un autre côté, c'est une chose remarquable qu'une foule d'impies et d'hérétiques ont été subitement convertis en présence du saint Sacrement.

(2) On sait la réponse de ce soldat français à Orléans, qui passait chaque jour au moins une heure devant le saint Sacrement et qui, interrogé par son capitaine sur ce qu'il y faisait, lui dit : Je me mets en faction devant la demeure du bon Dieu. Cela m'a chiffonné de voir que le président eût quatre factionnaires, le général deux, et le bon Dieu aucun. C'est pourquoi je veux être chaque jour, pendant une heure, de service près de lui.

alors ces saints devant le saint tabernacle, où reposait Jésus- Christ? Que devons-nous y faire quand nous visitons Notre- Seigneur? — Une sainte religieuse, qui passait des journées entières devant le très saint Sacrement, et à laquelle on demandait, ce qu'elle y faisait, répondit : « Mon Dieu ! que t'ait un mendiant, quand il va trouver un homme riche et bienfaisant? que fait un malade devant le médecin? un homme qui a faim devant une table bien servie? (Courte explication et application.) — Qu'eussiez vous fait, chers enfants, si vous aviez pu vous rendre avec les bergers de Bethléem devant la crèche? Sans doute, vous eussiez adoré Jésus-Christ avec beaucoup de foi, vous vous seriez étonnés qu'un Dieu si grand, si saint, si puissant fût descendu du ciel, par amour pour vous, enfants pauvres et pécheurs, et vous vous seriez dit : Comment ai-je pu mériter cette faveur, moi qui cependant l'ai offensé si souvent? Et certes, vous l'eussiez remercié de tout cœur, vous l'eussiez aimé et vous lui auriez promis de ne plus jamais l'offenser, mais de lui plaire. Eh bien ! Voilà ce que vous devez faire chaque fois devant le saint Sacrement. Adorez-le «avec une profonde humilité» (Comp. laq. 43, § III), vous rappelant que vous n'êtes que des enfants pauvres et pécheurs, qui avez si souvent offensé Jésus-Christ, en pensant à la grandeur et à l'infinie majesté de Jésus-Christ, qui par amour pour vous est présent dans la sainte Eucharistie. Adorez-le ensuite avec une ardente charité, en vous rejouissant de voir, combien il a de bonté et d'amour pour nous; en lui promettant de ne plus l'offenser; en vous proposant chaque fois, de faire tous les jours quelque chose de particulier par amour pour lui, par exemple, de dire une prière de plus, d'être tranquilles et patients, d'obéir ponctuellement, de faire une légère abstinence aux repas, de donner quelque chose à un enfant pauvre, si vos parents le permettent, etc. Vous pouvez et devez faire aussi des demandes au divin Sauveur, lui confier vos peines, vos tentations, etc. et l'implorer avec beaucoup de confiance, comme autrefois le lépreux, en disant : « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me purifier, » me secourir. N'est-il pas vrai, ô bien-aimé et doux Sauveur, vous qui avez toujours été si bon, que vous m'assisterez aussi, etc.

88 METMODE POLT, PRÉPARER LES ENFANTS

Ces visites, comme vous le savez, nous les faisons déjà ensemble ; plus tard, je l'espère, vous ne les négligerez pas. Tous du moins pourront les faire, les dimanches et les jours de fête, soit avant, soit après la grand' messe ou les vêpres, et ceux qui demeurent près de l'église, en ont aussi l'occasion les jours ouvrables (1). Formez dès maintenant le ferme propos de ce que vous voulez faire plus tard. Ce que vous pouvez encore pratiquer à chaque visite, c'est la communion spirituelle, dont je vous parlerai plus au long dans la suite.

Mais il y a encore d'autres circonstances particulières où vous pouvez témoignera Jésus, dans le saint Sacrement, votre respect et votre amour. Non-seulement il faut que vous vous conduisiez avec respect dans l'église, que vous ôtiez votre casquette ou que vous vous incliniez quand vous passez devant une église, que vous vous mettiez à genou et que vous priiez en silence lorsque vous entendez le son de la cloche qui annonce le moment de la consécration, etc, mais je veux parler principalement de ce que vous devez faire

1) quand le très saint Sacrement est exposé à l'adoration des fidèles, et quand le prêtre l'élève pour donner la bénédiction. Les personnes qui ont été à Rome, s'estiment heureuses d'avoir reçu la bénédiction du Souverain-Pontife. Mais quand la bénédiction vous est donnée avec le saint Sacrement, celui qui vous bénit alors, c'est celui dont le pape n'est que le premier serviteur et le vicaire. Ne devez-vous donc pas vous empresser d'assister à la bénédiction ? Avec quel respect, avec quelle confiance ne devez-vous pas la recevoir? Pour vous, ce doit être un moment comme celui où Jésus, avant de monter au ciel, éleva les mains pour bénir ses disciples. Surtout, lorsque a lieu l'Adoration perpétuelle, vous tâcherez de prendre une heure pour adorer pieusement Jésus- Christ. Dans notre diocèse, la chose est arrangée de telle manière, que pendant toute l'année le très saint Sacrement est exposé à l'adoration, chaque jour, dans une paroisse différente, afin qu'il n'y ait aucun jour dans l'année, où Jésus-Christ ne

(1) On peut engager les enfants qui demeurent loin de l'église (s'ils n'abandonnent pas l'école de suite après leur première communion) à faire une courte visite au saint Sacrement avant ou après la classe.

reçoive, dans la sainte Eucharistie, l'hommage qui lui est dû. C'est pour le même motif que Ton a institué la confrérie du saint Sacrement, dans laquelleles chrétiens pieux s'unissent et s'engagent à honorer le divin Sauveur dans le très saint Sacrement, et à dire, dans ce but, chaque jour, un paterawec ces paroles : « Loué et adoré soit Jésus-Christ dans le très saint Sacrement de l'autel. » Les membres de cette confrérie se proposent de passer pieusement, en présence du saint Sacrement, lors de l'adoration perpétuelle, l'heure qui leur est échue, de recevoir fréquemment et dignement la communion. C'est dans cette confrérie qu'on vous inscrit tous, le jour de votre première Communion. Ainsi que je vous l'ai dit dans la première instruction, récitez dès maintenant, chaque jour, un pater avec la prière ci-dessus, afin d'en avoir déjà la pieuse habitude quand je vous inscrirai dans la confrérie, et que vous n'oubliiez pas de la réciter.

2) Il y a, comme je crois vous l'avoir dit, une fête particulière, instituée par l'Eglise catholique, pour célébrer l'institution de la sainte Eucharistie ; c'est la fête du très saint Sacrement, appelée ordinairement la Fête-Dieu. En ce jour on fait une grande procession solennelle, où l'on porte la sainte Eucharistie dans un ostensoir, et où l'on donne plusieurs fois la bénédiction. Pourquoi fait-on cela? c'est afin de montrer par là notre foi dans la présence réelle de Jésus-Christ au saint Sacrement, et de manifester d'une manière publique et solennelle notre reconnaissance pour son institution. Tout le monde doit voir alors que nous croyons en la présence de Jésus-Christ, que nous y trouvons notre plus grand bonheur ; en même temps nous invitons toutes les créatures des champs, des forêts, des prairies, des airs, à glorifier, autant qu'il est en leur pouvoir, le divin Sauveur et à se réjouir avec nous. C'est pourquoi on chante de pieux et gais cantiques, on jonche les rues de fleurs et de verdure, on orne les façades des maisons de bannières, de bouquets et de bougies allumées, on dresse de magnifiques reposoirs, et l'on fait retentir l'air de joyeux coups de canon. Par là nous voulons offrir au divin Sauveur, une juste réparation pour tant d'insultes et d'outrages, qui lui sont sans cesse

adressés dans le saint Sacrement par les impies, les hérétiques, les blasphémateurs et par ceux qui font une communion sacrilège. Quand un père ou une mère ont été gravement outragés, affligés par un enfant pervers et ingrat, les enfants soumis et dévoués cherchent à leur procurer d'autant plus de joie et de consolation. C'est ainsi que etc. Pensez-y donc lorsque vous faites partie de cette procession de la Fête-Dieu ou de toute autre procession. Soyez heureux et contents de pouvoir rendre cet honneur à votre aimable Jésus, et gardez-vous bien de le déshonorer ou de l'outrager par des irrévérences, au lieu de l'honorer et de l'apaiser (1).

3) Quand le saint Sacrement est porté aux malades et que vous le rencontrez, mettez-voüs aussitôt à genoux, adorez humblement le divin Sauveur en disant : « Loué et adoré etc ; » demandez qu'il vous bénisse, et restez à genoux, jusqu'à ce que le prêtre soit passé avec le saint Viatique; puis priez en silence un Pater pour le malade et poursuivez tranquillement votre chemin. Si vous pouvez accompagner le saint Sacrement jusque chez le malade, c'est encore mieux. Un jour le comte Rodolphe de Habsbourg se rendait à cheval à la chasse; dans son chemin il rencontra un prêtre qui portait le saint Viatique à un malade. Aussitôt Rodolphe s'empressa de mettre pied à terre, fléchit humblement les genoux, fit monter le prêtre à cheval et conduire ainsi jusque chez le malade. Quand plus tard le prêtre voulut lui remettre le cheval, il refusa de le reprendre, en disant : « Il ne convient pas que je me serve encore de ce cheval qui a porté Notre-Seigneur, » et Dieu récompensa sa piété dès cette vie. Il devint un grand et puissant empereur dont descendent les empereurs actuels d'Autriche. Je pourrais vous citer encore des exemples nombreux de plusieurs rois et empereurs qui ont adoré et accompagné, avec un profond respect, la sainte Eucharistie que l'on portait en viatique aux malades (2). Que c'est pitoyable, ingrat

(1; Si le temps le permet, on pourrait faire une description de la Fête- Dieu, telle qu'elle se fait solennellement dans beaucoup de paroisses. Voyez Walsch : les Fêtes chrétiennes.

(2) C'est ainsi que dans les derniers temps (en 1857) on a vu le roi des

et honteux au contraire, quand certaines gens rougissent de fléchir le genou devant le saint Sacrement, alors qu'ils croient cependant à la présence de Jésus-Christ! Ce sont des lâches, qui craignent plus les hommes que Dieu, et qui aiment mieux de l'offenser, que d'entendre une raillerie de la part des hommes. Les animaux mêmes pourraient les confondre, puisque plus d'une fois on en a vu, qui témoignèrent au saint Sacrement leur respect d'une manière merveilleuse (ainsi l'agneau de S. François d'Assise, le mulet de S. Antoine de Padoue). Chers enfants, n'ayez pas peur de témoigner partout et toujours à votre divin Sauveur le respect qui lui est dû, et rappelez-vous ses paroles : « Celui qui m'aura reconnu devant les hommes, je le reconnaîtrai aussi devant mon Père céleste; et celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père céleste. » (S. Matth. 10, 3-2).

Deux-Siciles aider à soutenir le baldaquin au-dessus du saint Sacrement qu'un prêtre portait à un soldat malade, et les princes de la famille royale accompagner avec respect le Dieu eucharistique. On raconte la même chose de notre Saint-Père, le pape Pie IX. Mais il est bon aussi de citer le trait suivant qui est l'opposé de ce qui vient d'être dit.

Il y a quelque temps un prêtre portait le saint Viatique à un malade. -En chemin il rencontra un homme qui, dès qu'il eut aperçu le saint Sacrement, s'élança de côté dans la forêt. Le sacristain avait remarqué l'individu et se dit en lui-même : ce drôle-là n'aura pas sans doute sa conscience bien en règle, autrement il ne s'enfuirait pas ainsi. Or quand le prêtre et le sacristain furent arrivés près de l'endroit où l'étranger avait pris son élan dans le bois, ils entendirent des gémissements et comme une faible voix qui appelait au secours. Ils se dirigèrent aussitôt de ce côté, et trouvèrent notre homme qui perdait son sang par une profonde blessure. Le malheureux désira de suite se confesser (il ne l'avait plus lait depuis lo ansi. Pendant que le prêtre entendait sa confession, le sacristain alla quéiir un médecin aux soins duquel le prêtre abandonna ensuite le malheureux. C'était un homme vicieux et ennemi de la religion ; pour ne pas être obligé de fléchir le genou devant le saint Sacrement, il s'était précipité dans la forêt, où il heurta contre la racine d'un arbre et alla frapper avec la tête contre une pierre qui servait de borne. Il mourut le lendemain.

Q. 17. Est-ce seulement pour demeurer avec nous, que Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie?

R. // y est aussi présent 1° pour s'offrir comme victime pour nous dans le saint Sacrifice de la Messe, et 2° afin de se donner comme nourriture à nos âmes dans la sainte Communion.

Le bon Jésus en agit comme un homme riche qui visite un pauvre paysan dans sa cabane. Le riche sait bien que le pauvre n'a rien à lui offrir, et c'est pourquoi il apporte avec lui au pauvre, ce que celui-ci devra lui servir et lui présenter (comme du vin, des mets, etc.), et il le fait dîner avec lui. C'est ainsi que Jésus nous visite; sachant combien nous sommes pauvres, combien nous avons peu de chose à offrir à Dieu, il se donne lui-même à nous dans le saint Sacrement, afin que nous ayons un don, une véritable victime que nous puissions présenter à Dieu, qui lui soit agréable, et en même temps il se donne à notre âme comme nourriture. La première chose il le fait dans la sainte Messe, la seconde dans la Communion. Nous allons en parler bientôt.

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