INDICATIONS POUR LE CATÉCHISTE
4. de l'importance de la première communion et de l'instruction préparatoire a la première communion.
Dans ces quelques pages, il ne peut s'agir de faire un traité complet sur la manière dont les Pasteurs doivent préparer les enfants à la première Communion, ni de discuter à fond toutes les questions qui s'y rapportent; nous ne voulons que communiquer simplement à nos vénérés collègues, quelques observations, certaines remarques, pour qu'ils les méditent et les prennent à cœur.
Pour que la première Communion soit faite d'une manière vraimentdigne, qu'elle produise des fruits abondants, etexerce une heureuse influence sur le reste de la vie, sachons-le, cela dépend, en grande partie, de la manière dont les enfants y ont été préparés ; et cette préparation sera plus ou moins bonne, d'après l'instruction préparatoire qui aura été donnée aux enfants. Donc tout ce qui prouve l'importance de la première Communion, prouve aussi l'importance et la nécessité d'une solide instruction à donner à ceux qui s'approchent, pour la première fois, de la Table sainte.
b MÉTHODE POUR PRÉPARER LES ENFANTS
Or l'importance de la première Communion paraît évidente, quand nous considérons :
I. Les enfants. A l'époque où ceux-ci sont admis à la première Communion, ils se trouvent sur le seuil de cet âge qui sert de pierre fondamentale à tout le reste de la vie. Alors s'approche une période où commence dans l'âme humaine un travail mystérieux, où se déclarent des passions que jusqu'alors ils n'avaient que peu ou point ressenties, et où une action plus libre et personnelle va remplacer la contrainte dans laquelle on les a tenus. Ce que la floraison, au printemps, est pour la vigne et pour les autres plantes, les années de la jeunesse le sont pour la vie humaine ; règle générale, les jeunes années décident de toutle restedela vie (4) . Orlapremière Communion décide, elle aussi, en règle générale, du temps de la jeunesse. Un poëte païen en faisait déjà la remarque, lorsque, pour montrer combien les premières impressions demeurent souvent gravées au fond de l'âme, il disait : Quo semel est imbuta recens servabit odorem testa diu; et chacun a pu en faire l'expérience par soi-même. Combien donc n'estil pas important que le calice de ces fleurs si fraîches, qui vont s'épanouir, je veux dire les âmes des enfants, s'ouvrent d'abord à la lumière, à la pure rosée du ciel et non au souffle fétide des principes corrupteurs et des habitudes vicieuses? Combien n'est- il pas important que celui qui, le premier, trouve l'entrée de ces jeunes cœurs, soit, non le démon, mais Jésus-Christ!
Cette importance de l'instruction et de l'éducation des enfants se montre plus évidente que jamais, surtout de nos jours. Or le couronnement de l'éducation à donner à l'enfance, c'est la première Communion, et par conséquent l'instruction qui la précède. Car, dans la sainte Communion, tout le but de l'éducation, qui consiste à conduire les enfants à Dieu, est atteint comme anticipativement.
L'expérience le confirme pleinement. C'est en effet à l'époque de la première Communion, que se lève pour un grand
[i) Aflolescens juxta viam suam, etiam cum senuerit, non recedetab ea.
Prov. 22. 6.
nombre d'enfants la radieuse étoile qui les conduit dans le sentier du salut et ne s'éteint plus devant leurs regards ; alors apparaît en eux l'aurore d'une nouvelle vie surnaturelle, au milieu de laquelle ils sentent une joie toute religieuse, une paix douce et intérieure qui les lie comme par une chaîne étroite et ferme à Jésus- Christ, et les empêche de s'égarer ou de tomber dans l'abîme. Et chez les enfants mêmes qui, dans les orages delà vie, se laissent séparer de leur Sauveur et font naufrage, la première Communion bien faite n'est point perdue pour cela. Comme l'éducation, donnée par une mère réellement vertueuse, influe beaucoup sur tout le reste de la vie, et fait revenir plus aisément dans le bon chemin le pauvre enfant prodigue, ainsi en est-il d'une première Communion bien faite. Que de fois, dans le cœur de cet enfant égaré, s'élèvent des soupirs et des regrets, quand il se rappelle sa première Communion, l'innocence, la sainte joie et la paix céleste qui régnaient alors dans son cœur ! Que de fois viennent s'y joindre des remords de conscience, suivis de cette résolution : Surgam et ibo ad Patrem (S. Luc. 15. 18.). Oui, chez un grand nombre, il faut bien le dire, la racine de leur bonheur ou de leur malheur éternel va toucher à leur première Communion.
Ajoutez à cela que, lors des instructions préparatoires à la première Communion, les enfants se montrent spécialement bien disposés, de bonne volonté et dociles; puis le divin Sauveur leur accorde pendanteette époque des grâces en abondance. Tel le soleil, avant de semontrer au-dessus de l'horison, envoie au-devant de lui les doux rayons d'une lumière rosée, pour annoncer sa prochaine venue : tel le divin Sauveur, avant de se lever comme soleil de la grâce divine dans les cœurs. Aussi tout prêtre, qui s'est déjà occupé de préparer les enfants à la première Communion, aura pu remarquer qu'ils sont plus assidus, plus zélés, plus tranquilles, plus appliqués à se corriger de leurs défauts, plus exacts et fervents à dire leurs prières et à faire leurs exercices de piété. 11 s'agit donc de bien profiter de ce temps et de cette circonstance, car l'occasion ne s'en présentera plus dans la suite.
2. Pour le reste de la paroisse, la première Communion des enfants et l'instruction qui la précède, sont également d'une grande importance.
Je ne veux point parler ici de l'impression si vive, si profonde, si émouvante que la solennité de la première Communion produit sur le cœur des grandes personnes, même sur le cœur de celles qui ne sont pas facilement impressionnables sous ce rapport. Je ne prétends pas faire ressortir longuement , comment les enfants bien préparés à la première Communion, opèrent souvent, comme de petits apôtres, des prodiges de conversion dans leurs familles, par leur zèle, leur foi vive, leur délicatesse de conscience, leurs prières, leurs exhortations (1).
Il n'y a qu'un point sur lequel je voudrais surtout attirer l'attention. On se plaint beaucoup de la corruption de la génération actuelle, du développement de l'impiété et des mauvaises mœurs, etc. Si ces plaintes sont fondées, il est évident qu'il faut surtout y remédier, en donnant des soins tout particuliers à l'éducation de la génération nouvelle, en plantant, en nourrissant et en conservant dans le cœur de la jeunesse qui s'élève, la foi, la piété et les mœurs pures. Or l'un des plus puissants moyens pour y arriver, c'est la première Communion ; c'est là le grand levier. De même que le respect envers la sainte Eucharistie, le fréquent usage de cet auguste Sacrement, est en général, non-seulement le thermomètre qui montre où en est la vie chrétienne, mais encore le moyen le plus efficace pour y faire des progrès ; de même la première Communion est une pierre de touche, pour savoir jusqu'à quel pointlaviereligieuse s est éveillée dans l'âme des enfants ; et, quand ils l'ont bien faite, c'est la meilleure garantie qu'ils la recevront encore fréquemment. Ainsi la vie de leur âme, après s'être épanouie comme un arbre en fleurs, produira des fruits de piété et de sainteté. Mais une première Communion bien faite jettera surtout dans le cœur d'un grand
(1) Je connais quelques cas où, par exemple, un enfant ne se donna pas do repos qu'il n'eût reconcilié ses parents avec leurs voisins, et où la con version de plusieurs membres d'une famille fut amenée par la première Communion d'un enfant.
nombre d'enfants les bases d'une tendre dévotion envers la sainte Eucharistie, ce qui est d'une importance incalculable. L'ennemi capital que notre siècle doit combattre, c'est le naturalisme et le matérialisme sous toutes ses formes. Pour s'y opposer avec succès il faut que, dans l'enseignement religieux, on fasse ressortir particulièrement le côté surnaturel du Christianisme, dans son origine, dans sa foi, dans sa vie et dans son but ; il faut, en présence des appétits d'une brutale sensualité qui tourmentent la société actuelle, que, dans la pratique, on ait soin surtout de porterie chrétien à régler sa conduite d'après les principes surnaturels, sur la vie de la foi, sur la vie de la grâce. Or comme il n'y a pas de dogme, où notre foi fasse sentir plus vivement à notre esprit combien elle est surnaturelle, élevée au-dessus de la raison et exige de nous une complète soumission, que dans le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, ainsi, dans aucune autre institution du Christianisme, ne se manifeste plus clairement que dans la sainte Communion, que la vie de tout chrétien doit être une vie surnaturelle, mystérieusement unie à Dieu, venant de Dieu et nourrie par Dieu. Il n'est aucune autre institution divine, où la vie surnaturelle de la foi et de la grâce trouve une nourriture plus abondante et plus riche, une vertu et un fortifiant plus efficaces que dans la sainte Communion. Aussi un des problèmes capitaux à résoudre par notre époque, c'est celui de propager et d'inculquer autant que possible dans les cœurs, la dévotion envers le très-saint Sacrement, et l'usage fréquent de la Communion. En effet quand l'Eglise se renouvelle et se fortifie intérieurement dans ses membres, quand dans ses veines coule la vie de la grâce avec une nouvelle vigueur, alors le triomphe est proche, alors elle pourra répandre dans des espaces toujours plus vastes, la lumière surnaturelle, et y réveiller la vie vraiment spirituelle. Mais, d'un autre côté, si l'homme, au jour de sa première Communion, n'a pas appris à recevoir saintement son Dieu, s'il n'est point parvenu à ressentir, au pied de la Table sainte, ces pieuses jouissances de l'âme, cet amour profond pour le Dieu eucharistique, comment serait-ce possible plus tard, à moins d'un secours spécial de Dieu ?
3. Eutin pour le Catéchiste lui-même, c'est quelque chose de bien important que de préparer avec soin les enfants à la première Communion, parce que le succès de ses autres travaux et son propre salut peuvent en dépendre. D'abord, par les soins assidus qu'il prodigue aux enfants, il gagne avec facilité le cœur des parents et se fraye ainsi le chemin à plus d'une influence efficace. Il s'attache ensuite le cœur des enfants ; et que n'a-t-on pas gagné, quand les enfants s'attachent au prêtre avec une affection, une confiance toutes filiales ? quand ils lui ouvrent exactement leur cœur, pour lui faire connaître à temps les dangers et les tentations qui les menacent? Quel puissant moyen de salut le prêtre n'a t- il pas à sa disposition pour ressaisir ou retenir plus tard ces enfants, quand ils descendent dans l'abîme, et pour les ramener à Jésus-Christ ?
Mais la préparation soignée des enfants à la première Communion, influera encore sur l'âme du catéchiste lui-même; elle la rafraîchira, la réjouira, et lui donnera comme une vie nouvelle. Ainsi, lorsqu'il expose aux enfants l'amour infini de leur divin Sauveur et le bonheur qui les attend ; quand il voit la fermeté de leur foi naïve, l'ardeur de leurs désirs, sa foi et sa charité ne doivent-elles pas devenir, à leur tour, plus vives, plus simples et plus généreuses ? De même que le souffle tiède des zéphyrs printaniers, et les chauds rayons d'un soleil d'Avril dissipent le froid, raniment la vie dans les plantes et les fleurs; ainsi son cœur de prêtre sentira la douce influence d'un souffle bienfaisant qui le ranimera, qui chassera de son âme le froid et la sécheresse, qui fera éclore les boutons et les fleurs de la charité. Quand même il éprouverait à cette occasion quelque trouble, quelque agitation inquiète au fond de sa conscience, cela ne lui fera pas de mal. Ainsi il peut arriver, qu'une voix intérieure, la voix du remords, lui dise: Pourquoi donc n'es-tu pas demeuré comme ces enfants ? Pourquoi as-tu laissé se flétrir et tomber les premières fleurs ? Que sont devenus ta ferveur, ton zèle sacerdotal ? Tu vois comment ces enfants se préparent avec soin et ardeur à recevoir Jésus-Christ, et toi tu es devenu tiède et indifférent î Pourquoi ne t'approches-tu plus de l'autel, avec un
cœur aussi pur, un désir aussi ardent qu'autrefois? Cette agitation, ce trouble même sera donc salutaire au catéchiste, et servira à purifier son âme. Tels les vents orageux qui rendent au ciel sa pureté et permettent au soleil de reparaître dans tout son éclat.
Et si le prêtre considère ces enfants avec les yeux de la foi, s'il les aime avec la tendresse d'un bon pasteur et d'un père spirituel, s'il pense qu'il lui est donné de les conduire au divin amant des âmes pures, au Pasteur suprême, de préparer en elles une habitation au doux Sauveur; s'il les dispose avec soin à cette céleste visite ; s'il voit l'affection et la reconnaissance que lui vouent ces enfants; comment ils suivent avec docilité et exactitude ses avis, comment ils font des efforts pour se corriger, comment le souffle de l'Esprit-Saint produit dans ces âmes le travail mystérieux et fécond de la grâce; s'il reconnaît que les germes d'une vie riche en vertus et en piété, se montrent et se développent déjà chez un certain nombre d'enfants; — quelle source de joies pures et ravissantes jaillit alors pour le cœur d'un prêtre ! Vraiment sa joie, son bonheur ne le cèdent pas en douceur à celui qu'éprouvent les parents. Quant à moi, j'avoue, que les heures, consacrées à préparer les enfants à la première Communion, et celles où je les vis s'approcher de la sainte Table, ont été les plus belles de ma vie; à ce dernier moment surtout, des larmes d'une délicieuse émotion venaient baigner mon visage et je me croyais devant l'autel de l'Agneau dans le ciel !
Est-il encore nécessaire de montrer combien cette préparation est une œuvre méritoire pour le prêtre! Ah! qu'elle sera grande la récompense, que le divin Sauveur accordera à celui qui lui aura amené quelques-uns de ces petits qu'il aime tant, à celui qui a cultivé avec soin le jardin de leur âme, orné ces temples vivants, sauvé ces chères petites brebis, qui ont coûté son sang divin! Quelle consolation ce doit être, et pendant la vie et au jour de la mort, pour un prêtre, si , par ses soins , ces jeunes âmes , ne fut-ce même que quelques-unes, ont été conservées dans l'innocence et la pureté, puis admises à partager le bonheur du ciel! Mais d'un autre côté quels cruels remords, quels tristes reproches
ne doit-il pas sentir, s'il a manqué à son devoir! Quelle terrible responsabilité n'assume-t-il pas, quel jugement sévère ne doit-il pas attendre, s'il néglige de préparer ces enfants, et s'il est la cause de leur damnation éternelle! Puissent ces considérations et d'autres encore nous engager, si nous voulons correspondre aux intentions de l'Eglise, à employer toute la sollicitude possible pour préparer dignement les enfants à la première Communion.