‹ Méthode pour prérarer les enfants à la première communionChapitre 7 sur 98 · RECOMMANDATIONS AUX CATÉCHISTES · texte numérisé non relu

RECOMMANDATIONS AUX CATÉCHISTES

D'après ce qui a été dit, on comprend que toutes les recommandations qu'il y a à faire au catéchiste, quand il s'agit pour lui de donner l'instruction religieuse aux enfants, ont une importance bien plus grande encore, quand il s'agit de les préparer à la première Communion. Si, avant tout, il est nécessaire d'avoir du zèle en donnant l'instruction, du courage à s'y préparer, un amour sincère des âmes, une intention pure, une grande tendresse pour les enfants, afin de pouvoir réussir dans l'enseignement catéchistique, ces qualités sont doublement et même triplement nécessaires ici. Comme nous ne voulons pas traiter au long tous ces points, qu'il nous soit permis d'attirer du moins l'attention sur quelques-uns d'entre eux.

Toute leçon de catéchisme, .donnée sèchement, qui s'adresse seulement à l'intelligence et laisse froid le cœur des enfants, qui ne cherche pas à influer sur leur conduite, est une leçon défectueuse et mal donnée ; or, si elle est donnée de cette manière, quand il s'agit de la préparation à la première Communion, le défaut et le mal qui s'en suit, sont encore bien plus grands, parce que alors, selon l'expression des théologiens, il y a lucrum cessans et damnum emergens. 11 s'agit en effet d'inspirer aux enfants une grande horreur du péché, un profond respect et un ardent amour pour le Dieu eucharistique, un vif désir de s'unir à lui, de préparer quelquefois tout un changement de vie en eux, de les former aux joies pures et saintes, à une vie de prière, à la pratique des vertus, et d'élever dans leurs cœurs un rempart contre les

assauts de l'ennemi et contre les dangers des chutes. Or, ce n'est pas par des explications arides et sèches qu'on atteindra ce but; pour cela il faut une parole chaleureuse, vive, animée qui aille au cœur des enfants ; car rien ne va au cœur, rien n'y pénètre, que ce qui vient du cœur. Et c'est seulement lorsque le catéchiste lui-même a un cœur ardent, lorsqu'il est lui-même pénétré des vérités qu'il annonce, et rempli de saintes dispositions, oui, c'est alors seulement qu'il peut enflammer le cœur des enfants, les saisir, les transporter et les mettre aussi dans de saintes et sublimes dispositions. C'est seulement lorsque lui-même porte dans son cœur une sainte horreur du péché, un profond amour pour Jesus-Christ, une grande ardeur pour la prière, qu'il peut communiquer ces sentiments aux enfants qui lui sont confiés. C'est pourquoi, surtout à l'époque où il les prépare à la première Communion, le catéchiste doit s'efforcer de ranimer ces vertus et ces sentiments dans son âme, veiller sur lui-même, méditer de temps à autre sur l'importance et le mérite de sa tâche, sur la responsabilité qui pèse sur lui ; il doit chercher, par le moyen de la méditation, à se mettre dans les dispositions qu'il veut inspirer aux enfants, à nourrir surtout au dedans de lui, avec un redoublement de soins, la dévotion et l'amour envers la sainte Eucharistie. Dans la persuasion que nous bâtissons en vain, si le Seigneur n'édifie la maison, et que tous nos travaux sont inutiles, s'il ne les bénit, le catéchiste comprend qu'il doit souvent offrir à Dieu des prières pressantes pour la réussite de ses instructions, et pour les enfants qui lui ont été confiés. C'est là surtout ce qu'il ne perdra pas de vue, en récitant son bréviaire, en célébrant la sainte Messe, en faisant sa visite au saint Sacrement. Certes, ce serait une excellente chose, si, en commençant à préparer les enfants, il célébrait le saint sacrifice à leur intention, s'il les avertissait, eux et leurs parents, de vouloir unir leurs prières aux siennes. Dans certaines instructions épiscopales, il est prescrit aux curés de recommander du haut de la chaire, aux prières de tous les paroissiens, les enfants qui se disposent à faire leur première Communion. Quant aux autres recommandations touchant la conduite à

tenir envers les enfants, la manière de les traiter au confessionnal, etc., nous en parlerons plus loin.

3° QUELS SONT LES ENFANTS QUE L'ON DOIT ADMETTRE A LA PREMIÈRE COMMUNION.

Dans l'admission à la première communion, il s'agit d'une affaire purement ecclésiastique, puisqu'il s'agit de recevoir un sacrement ; les lois civiles, les règlements communaux n'ont rien à y voir. Quand même l'Etat prescrirait le temps et l'âge où les enfants peuvent quitter l'école, comme cela a lieu dans les pays où l'instruction est obligatoire, cela ne peut et ne doit avoir aucune influence directe sur l'admission des enfants à la première Communion. La question est celle-ci : Existe-il une loi ecclésiastique, qui indique quand et à quels enfants on doit donner la permission de faire leur première communion? Oui; car le quatrième Concile général de Latran a établi, que tous les chrétiens des deux sexes, parvenus à l'âge de discrétion, sont obligés de s'approcher, au moins une fois par an, de la sainte Table et cela vers le temps de Pâques. L'opinion commune et la plus probable des théologiens, entend par l'âge de discrétion, où commence l'obligation de communier, non l'époque où les enfants ont déjà acquis l'usage de la raison, et sont capables de pécher grièvement, de se confesser, mais l'époque où ils sont en état de distinguer le corps de Jésus-Christ de la nourriture ordinaire, et de recevoir la sainte Eucharistie avec respect et avec fruit. Or, en règle générale, cette époque se trouve entre 10 et 14 ans, chez quelques enfants plus tôt, chez d'autres plus tard (î). Ce serait donc une erreur, une bévue, lorsqu'il s'agit de l'admission à la première communion, de faire attention seulement à l'âge, et de vouloir fixer le même âge pour tous les en-

(1) Voici comment s'expriment à ce sujet les Statuts du diocèse de Liège d179 : « Juxtaregulam diœcesanam, puellae non anteannumundecimum saltem a quatuor meneibus incœptum, pueri non ante duodecimum etiam sic incœptum, communiter admitti possunt. Si ante hanc œtatem admitti cupiunt, et digni judicantur, dispensatio super régula petatur abOrdinario qui eam libenter concedet. » Conf. S. Alphonse de Liguori. Thcol. Mor. Lib. 6, tract. oCp. 2 IY° 501.

fants indistinctement. Ce à quoi il faut plutôt faire attention, c'est de voir si le degré d'instruction religieuse que possède l'enfant, si ses dispositions morales peuvent donner l'espoir qu'il recevra la sainte Eucharistie dignement et avec fruit. Quant au minimum et au maximum de l'âge fixé par les autorités ecclésiastiques, le curé comprend naturellement qu'il ne lui est pas permis d'y faire des exceptions de son autorité privée (1).

Les enfants qui n'ont qu'une faible intelligence, doivent être instruits en particulier si c'est nécessaire, afin qu'ils soient en état de communier au moins à l'âge de 14 ans. Quant aux enfants paresseux et méchants, lors même qu'ils posséderaient les connaissances requises, on ne doit les admettre que lorsqu'ils ont donné des preuves d'amendement. Il est bon d'ailleurs de faire envisager aux enfants leur admission à la première Communion, comme une récompense de leur application, de leur conduite modeste et pieuse, et leur nonadmission comme une punition de leur paresse et de leur mauvaise conduite, de sorte que, dans l'un comme dans l'autre cas, c'est un moyen d'exciter les enfants à bien se préparer à cette grande action (2).

(1) Souvent dans les campagnes, l'époque de la première Communion est celle aussi, où les enfants quittent définitivement l'école pour aller servir, ou travailler dans les fabriques. Cette coïncidence offre de graves inconvénients. En effet, il arrive, que pour un grand nombre de parents, le gain qu'ils vont faire au moyen de leurs enfants est l'affaire principale, et la première communion l'affaire accessoire. De là il arrive aussi que les enfants sont soustraits presque entièrement à la surveillance immédiate et à l'influence de leur pasteur; il n'a plus guère le moyen de leur faire conserver les fruits de la première communion, de les préparer à s'approcher saintement de la Table sainte, et de les habituer à communier fréquemment. — Au reste, on peut tomber aussi dans une autre erreur, celle d'admettre les enfants trop tôt à la première communion, lorsqu'ils sont encore trop volages et incapables de ressentir des impressions nobles et profondes. Ceci pourrait influer d'une manière funeste sur les communions suivantes, tout comme chez les enfants qui, après avoir assisté trop jeunes aux cérémonies de la première communion, y restent presque insensibles plus tard. Au surplus, dans le doute, mieux vaut d'admettre les enfants trop tôt que trop tard.

(2) « Pro rudibus, ignaris et tardo ingenio impeditis, annus extendatur,

Au reste le catéchiste doit faire une attention spéciale aux enfants qu'il croit aptes à être admis à la sainte Table; il faut que, déjà longtemps avant de les y préparer, il ait un œil vigilant sur eux, à l'école, à l'église, sur leur manière de se conduire au confessionnal et ailleurs; qu'il les engage, selon les circonstances, à venir d'eux-mêmes se confesser plus souvent que les autres enfants, qu'il se serve en un mot de la future première Communion, comme d'un moyen pour les encourager, les avertir, les corriger, leur montrant, lorsqu'ils ont le malheur de s'oublier, combien cela est inconvenant pour quelqu'un qui doit faire sa première Communion.

4. OU, QUAND ET EN QUOI DOIT-ON INSTRUIRE LES ENFANTS POUR LES PRÉPARER A LA PREMIÈRE COMMUNION?

Lorsqu'il s'agit de choisir un local, pour donner l'instruction religieuse aux enfants qui se disposent à la première Communion, on doit tâcher d'en choisir un qui soit assez vaste, pour y mettre les enfants à l'aise, et où l'on puisse faire du feu. Dans quelques paroisses, on choisira, s'il se peut, le local de l'école, dans d'autres la sacristie, si elle est dans les conditions voulues. Ce n'est qu'à défaut de l'un et de l'autre de ces locaux, que l'on doit choisir l'église. Le catéchisme étant donné pendant une grande partie de l'hiver, et l'église étant généralement un édifice trop vaste pour qu'on puisse le chauffer, le froid que les enfants y ressentiraient, pourrait nuire à leur santé, et faire tort à l'attention, à la tranquillité avec laquelle ils doivent écouter. Donc si l'on se trouvait dans la nécessité de donner le catéchisme à l'église, il serait prudent de procurer du moins aux enfants un plancher en bois, pour

quantum fieii poterit, usque ad complementum, tumque fiât serium examen, an sic instructi sint, ut liceal sperare, eos, licet catechesi fere valedicturos, tarnen esse in officiis vitae christianae sufficienter pcrseveraturos. Si ejusmodi spes non affulgeat, praeparatio ad alium annum prolongetur. — Ultra annum quartumdecimum prima Communio a parochis, inconsulto ordinario, non differatur. — In mortis periculo prima Communio per modum Viatici ad arbitrium parochi anticipetur. » Ibidem JV° 179.

empêcher le froid des pieds sur les dalles glacées. Cependant lorsqu'il s'agira de préparer immédiatement les enfants pour la retraite spirituelle, de s'occuper avec eux de la confession générale, dont il sera question plus loin, il vaudrait mieux de choisir exclusivement l'église pour ces exercices, la saison n'étant plus d'ailleurs aussi rigoureuse qu'auparavant.

Quant au temps, c'est-à-dire à la durée de l'instruction préparatoire, il existe des pratiques différentes. Dans maints endroits cette instruction commence seulement au carême; dans d'autres à la nouvelle année ; dans d'autres encore, à la Toussaint ou à l'Avent. Dans quelques paroisses, les curés font durer ce catéchisme toute l'année, quelques-uns même deux années et cela sans discontinuer. Sans doute il faut, sous ce rapport, voir les circonstances et les lieux où l'on se trouve. Mais à part cela, pour parler en général, il nous semble qu'exiger des enfants la fréquentation journalière du catéchisme, pendant une ou deux années, c'est exiger trop; c'est d'abord très-fatigant pour les enfants, et ensuite il est à craindre qu'à cause des répétitions continuelles, l'attention ne se perde à la fin, et que les instructions n'offrent plus d'intérêt. D'un autre côté, c'est commencer trop tard que de commencer avec le temps du carême; car, pendant ce court espace, à peine pourra-t-on traiter à fond la doctrine touchant la sainte Eucharistie et préparer les enfants à bien faire leur confession générale. Il me semble qu'il vaut mieux commencer à l'Avent, ou au plus tard, si les circonstances ne le permettaient pas, à l'époque du nouvel an (1).

(1) Voici ce que prescrivent les Statuts du diocèse de Liège, touchant la durée du catéchisme préparatoire à la première communion : « Etsivero per totum biennium pueros catechisare magno studio oporteat, majori tarnen in eorum proximam praeparationem ab Adventu quotidie huic operi incumbendum est.Quoenim accuratius doctrinam Christianam cognoverint et ea praesertim quae ad S. Eu( haristiam spectant, eo majore veneratione fide, amore ac fiducia ad divinum Mysterium accèdent; eo uberiores fructus percipient, ut postea in fide fundati, et stabiles et immobiles in semitis Justitiar permaneant. » (N° 180j. Par cette fréquentation de deux années, on n'entend pas une fréquentation journalière mais hebdomadaire : « Ha±c catechesis per totum annum qualibel hebdomada, die ac hora fixis, locum obtinere débet. Attamen permittimus ut octo dicbus Dominicis sibi non

En quoi doit consister l'instruction préparatoire à la première Communion? Après que les enfants ont appris tout leur catéchisme, pendant deux ans, on le leur fait répéter depuis l'Avent jusqu'au Carême; et dès cette époque, c'est-àdire quelques semaines avant la première Communion, on leur fait de solides instructions sur la sainte Eucharistie. D'abord on récapitule la doctrine sur la Grâce, sur les sacrements en général et l'on dit au moins quelques mots du sacrement de baptême Si l'on a du temps de trop, on répète ce qui regarde la création, la chute de l'homme, le mystère de l'incarnation, et à l'occasion de la confession générale, on pourrait repasser les dix commandements, afin d'aider les enfants dans leur examen de conscience. Naturellement il y aura des points qu'il sera plus ou moins nécessaire de passer de nouveau en revue, et d'inculquer plus fortement. Néanmoins avant tout, il faut que les instructions se rapportent, autant que possible, au très-saint-Sacrement et à la première Communion, que l'on fasse ressortir ces rapports ou ces relations avec la sainte Eucharistie, et qu'on les rende clairs aux yeux de l'enfant. Il serait bon également, quand cela peut se faire, de récapituler les autres parties de la doctrine chrétienne, qu'on n'a pas eu le loisir de développer ou de répéter tout au long, de sorte que l'enseignement se présente dans tout son ensemble et que les enfants puissent embrasser d'un coup d'œil général tout ce que contient la doctrine catholique. En tout cas, il vaut mieux de repasser les traités en quelques mots, d'une manière solide et enchaînée, que de vouloir entrer dans tous les détails, de surcharger la mémoire des enfants et de devenir superficiel.

succedentibusad nutum parochi electis, habeatur relaxatio. » (N° 124). Ce n'est que pendant l'Avent et le Carême que l'instruction doit se faire chaque jour, comme c'est indiqué au n° 127 : « Toto tempore Adventus et a Septuagesima usque ad epocham ipsiusmet primae Communionis, singulis diebus, quantum fieri potest, speciali catechesi proxime prseparabuntur pueri ad tantum Sacramentum suscipiendum. »

(1) Les enfants d'une intelligence très médiocre réclament des soins particuliers, et un pasteur zélé pour !e salut des âmes, les instruira à part.

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