‹ Méthode pratique de langage et de lecture d'Écriture, de Calcul, etc, a l'usage du cours préparatoire des écoles primaires. Livre du MaîtreChapitre 52 sur 70 · LA LEÇON DE LECTURE · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE LECTURE

Première leçon. — Le maître commencera pai dessiner au tableau noir un I, puis un U, puis un O. Comme sur le livre de l'élève, il en fera un grand, puis un petit audessous ; et tous les élèves diront en chœur : « I grand, i petit ; U grand, u petit ; O grand, o petit . » 11 se bornera à ces trois lettres pour la leçon du matin ; à celle du soir, il les reprendra et y ajoutera l'A et TE, en procédant de la même manière. Après la lecture collective viendra la lecture individuelle. Puis les élèves chercheront et s'exerceront à reconnaître, sur un tableau mural quelconque 2, des A, des E, des I, des O et des U, grands et petits. Enfin viendra la lecture sur le livret : a, e, i, o, u, et, en sens inverse, u, o. i, e, a.

Deaixièiiie leçon. — On a pris de préférence comme premières consonnes à étudier F et V : 1° parce qu'elles sont faciles à écrire, n'étant formées que de bâtons droits ; 2° parce que la voix peut se tenir longtemps sur le sifflement ffff ou vvvv', qui doit précéder l'union de la consonne à la voyelle; 3° parce que, la majuscule et la petite lettre qui lui correspond ne différant pas sensiblement, l'élève qui connaîtra la majuscule saura facilement reconnaître la minuscule.

On ne dira ni eff'e, ni fe ; ni vé, ni ve ; on ne prononcera le F, f et V, V qu'unis à des voyelles. Pour rendre sensible cette union, le maître fera au tableau noir un pointillé semblable à celui qui est dans le livre de l'élève et qui ira : d'abord, de FF majuscule aux cinq voyelles majuscules ; puis, de Vi minuscule aux cinq voyelles minuscules ; et enfin, de l'F majuscule aux cinq voyelles minuscules. Même manière

1. Voir, pour cette question des Méthodes de lecture, notre Traité de j pérlaqogie, p. 286 et suivantes, à la librairie Armand Colin, Paris.

t. Voir notre Tableau mural de lecture, résumant les exercices de I9 méthode.

de procéder pour le V grand et le v petit. La lecture sur le livret ne viendra jamais qu'après la lecture au tableau noir.

Toutes les leçons qui suivent ramenant incessamment les cinq voyelles, grandes et petites, les élèves les connaîtront vite et ne les oublieront pas.

Chaque leçon d'ailleurs ne leur apportera que deux consonnes nouvelles à apprendre, ajoutées à celles qui auront été étudiées précédemment ; et comme la leçon de lecture revient quatre fois chaque jour, il n'y a rien là qui dépasse ce qu'on peut demander à un enfant de six ou sept ans.

Troisième leçon. — La voix peut se tenir longtemps sur L, 1111', mais non sur T, tttt', ce qui amènerait te, te, te, te, etc. On s'est décidé pourtant à rapprocher ces deux lettres dans la même leçon, à cause de la ressemblance qu'elles ont dans leur forme écrite. Du reste, l'élève qui a déjà réuni les trois articulations f, v, 1, aux cinq voyelles, leur réunira facilement le t par analogie. Le maître ne manquera pas de marquer la chose par un pointillé au tableau noir, comme dans la leçon précédente.

Pour donner aux élèves une idée bien nette des articulalions f, V, 1, t, et les leur faire prononcer correctement, le maître leur fera répéter des mots qui auront été employés dans la leçon de langage, en détachant chaque syllabe et en appuyant sur la consonne qu'il veut leur apprendre : la fe-nêtre, le li-vre, la ta-ble, la va-che^, etc.

Après la leçon au tableau noir, la lecture sur le livret. Il n'y avait aucun inconvénient, dans les deux premières leçons, à faire dire d'abord dans leur ordre habituel les voyelles a, e, i, o, u, puisque cet ordre était aussi nouveau que tout autre pour des élèves ne sachant encore rien; mais il ne faut pas tarder à l'intervertir pour empêcher les récitations machinales et de pure mémoire.

1. Inutile de recourir à l'image, tant qu'il s'agit de mots qui expriment des choses qu'on peut mettre sous les yeux des élèves, ou que ceux-ci connaissent fort bien, attendu qu'aucune image ne peut donner une idée aussi nette de l'objet que la vue de l'objet lui-même. Et pour tous les exercices de la méthode, le maître n'a que l'embarras du choix.

lO; Mh'THODE PRATIQUE DE LANGAGE.

i|iinti*ièiiic loçoai. — Aucune difficulté paiiiculière : les lellres M et N sont de celles sur lesquelles on peut tenir la voix, avant de les unir aux voyelles, et elles ne sont formées que de lignes droites.

Le vocabulaire des enfants commençant à s'étendre, le maître fera bien d'insister sur les exercices de syllabation, et de faire appuyer fortement sur les consonnes étudiées : ma tête; ma fi-gu-re; mon men-ton ; Y-von-ne mon-tre la ta-ble, etc.

Ciiifiiilcmc loçou. — Les leçons suivantes amèneront des consonnes plus faciles à prononcer que X et Z; ce qui est contraire à la gradation des difficultés dont on s'est fait une règle. Les raisons pour lesquelles on s'est décidé à les mettre ici, c'est d'abord qu'elles sont de celles sur lesquelles la voix peut se tenir; c'est ensuite qu'il ne faut pour les écrire que savoir faire des bâtons droits.

Sixième et septième leçons. — Quoique la voix ne puisse pas se tenir sur B, D, P, le maître ne manquera pas, comme il Fa déjà fait pour le T étudié précédemment, de les réunir aux cinq voyelles a, e, i, o, u, par un pointillé au tableau noir. Les élèves arriveront vite, par analogie, à former les diverses syllabes ba, di, po, etc., etc.

La lettre H n'a aucune importance au point de vue de la lecture; il faut pourtant que les élèves la connaissent. On n'a pas voulu la rejeter plus loin, parce qu'elle est très facile à dessiner. Il est inutile, pour le moment du moins, de dire qu'elle marque parfois l'aspiration.

Iliiiliùme leçon. — Les lettres R et S sont de celles sur lesquelles la voix peut se tenir le plus facilement et le plus longtemps : rrrrrr'...., sssss'..., et si l'on n'avait considéré que la lecture, on les aurait mises en tête de la métliode. Mais elles sont plus difficiles à dessiner que les précédentes, parce qu'elles présentent des lignes courbes: c'est la raison pour laquelle elles ont été rejetées si loin dans l'étude de l'alpbabet.

Le maître aura soin de faire articuler fortement et nettement ces deux lettres r et s, que très souvent les élèves

CONSEILS AUX MAITRES POUR L'EMPLOI DES LIVRETS. 10b

prononcent mal, non seulement seules et isolées, rrrr'...., ssss'....; mais dans des mots déjà connus des enfants et où elles se trouvent : ma rrrè-gle, la serrrr-rrrru-rrire, un torrrr-chon, le verr-rrrou. En un mot, il fera un peu rouler les r, sans affectation pourtant et sans aller jusqu'au grasseyement. Même recommandation en ce que concerne l's, que les élèves doivent faire entendre nettement et bien distinctement.

Neuvième leçon. — Aucune difficulté. Les lettres J et K sont faciles à dessiner et à prononcer. On prendra garde pourtant au zézaiement, défaut qui est encore assez fréquent chez les enfants, c'est-à-dire au remplacement du J par un z : se ziize pour je juge.

Dixième leçon. — Voici la première difflculté vraiment sérieuse. Il faut que l'élève arrive à comprendre et à retenir que la lettre c, ainsi que la lettre g, correspond à deux sons tout ditlerents, selon qu'elle est devant a, o, u, ou devant e, i. Ce n'est que par des répétitions fréquentes qu'il se gravera la chose dans les oreilles et dans les yeux, et par suite dans la mémoire. Étudier d'abord ca, co, eu séparément; puis ce, ci séparément; ensuite, les entremêler. (Voir le livre de l'élève.) Faire de même pour le g, et comme pour le j, prendre garde au zézaiement, qui résulte de la substitution d'un z au g doux.

On reprendra cette leçon, comme toutes les leçons difficiles, autant de fois qu'on le jugera nécessaire, en variant les exercices.

Onzième leçon. — Nouvelle difficulté. Le maître fera remarquer aux éK''ves que le q et l'u, quoique étant deux lettres distinctes, ne forment pourtant, quand elles sont réunies, qu'une seule articulation équivalant à k, ou à c devant a, o, u. Il ne peut évidemment leur donner aucune explication, puisqu'ils ne comprennent pas encore le français; mais il peut, par des rapprochements nombreux et variés (ka, ca, qua; ko, co, quo, etc. i, leur faire voir et retenir ces équivalences. — Il fera de même pour

l'i et pour l'y grec, qu'il fera prononcer i dans la lecture : ri, ry; si, sy, etc., mais qu'il appellera et fera appeler y grec, quand il le considérera seul et qu'il le fera écrire. Le crochet qui, dans le livre de l'élève, réunit le q et l'u, a pour but de bien marquer que ces deux lettres ne doivent pas être épelées séparément, et qu'elles ne représentent ensemble qu'une seule articulation, qu'on aurait pu représenter par une consonne k. (Pour le moment du moins, on ne tiendra pas compte des exceptions, comme dans quadrilatère, quadruple, etc., où l'on fait légèrement entendre le q et l'u). Le maître aura soin de reproduire ce crochet au tableau noir.

Douzièitie leçon. — Les élèves connaissent maintenant toutes les lettres de l'alphabet; ils n'en ont plus de nouvelles à apprendre. Il faut seulement leur faire remarquer, par de nombreux rapprochements, que p et h réunis n'ont plus du tout le même son que lorsqu'on les prononce séparément, qu'à elles deux ces deux lettres ne valent qu'un i (effe), comme dans un phare, Adolphe, Ph ilippe, etc. que c et h ne forment également qu'un son, une consonne, comme dans torchon, la bouche, un cheveu, le

chapeau, la manche, la poche, etc., tous mots qu'ils

ont entendus et répétés dans les leçons de langage.

Ces articulations ph et ch étant considérées comme des consonnes simples, quoique représentées par deux lettres*, le maître les traitera comme il a fait les précédentes, celles qui sont représentées par une seule lettre : c'est-à-dire que par un pointillé au tableau noir, il les réunira successivement aux cinq voyelles a, e, i, o, u. Elles sont, du reste, de celles sur lesquelles la voix peut se tenir : ph, ph, ph'", ch, ch, ch'". — Appuyer sur le son chuintant du ch.

Treizième leçon. — Même observation en ce qui concerne la consonne gn, qui s'écrit par deux lettres et qui n'en est pas moins une articulation simple ; qui aurait

1. Dans la langue grecque, chacune de ces articulations est représentée par un caractère unique : ç X'

pu, comme en espagnol, par exemple, être représenléc par une seule lettre n. Le maître se gardera donc bien de la décomposer quand il la fera lire; mais quand il la fera écrire, il fera remarquer aux élèves qu'elle s'écrit par deux lettres déjà connues, g et n.

Il en est do même encore pour l'articulation ill, qui se prononce ye. C'est aussi une consonne simple, quoiqu'elle s'écrive par trois lettres. Le maître la traitera donc comme les consonnes précédentes et il l'unira successivement aux cinq voyelles. Il n'y insistera pas trop pourtant, attendu qu'elle est d'un emploi moins fréquent, et que c'est surtout parla pratique que les élèves apprendront à la reconnaître et à la bien prononcer.

Avoir soin de bien couper, en les syllabant, les mots où elle se trouve : de la pa ille, une ba ta ille, sa grande taille; une feuille, un porte feuille, etc.. ^

Quatorzième et ciiiiiizièiiie leçons. — Les

voyelles nasales an, in, on, un, quoiqu'elles soient représentées par plusieurs lettres, sont des sons simples qu'il faut prononcer d'une seule émission de voix et se bien garder de décomposer en lisant. Lorsqu'il fera sa leçon au tableau noir, le maître enfermera donc les deux lettres qui les expriment dans un crochet, dans un arc de cercle ou même dans un ovale, pour bien marquer qu'elles ne font qu'une en tant que représentation du son. Mais ensuite il pourra, les décomposer et même appeler chacune d'elles par son nom usuel, a, enne; i, enne, etc., quand il les fera écrire. C'est là le point essentiel de la méthode.

r Ne jamais décomposer en lisant ce qui, par nature, est un son simple et indécomposable pour V oreille, ce soji fût-il exprimé par deux et même trois lettres : ph, ch, gn, ill, qu.

1. On ajournera les exceptions, comme fi-lle, fa-mi-lle, où l'i s'unit ù la syllabe précédente, les deux 1 qui suivent conservant le son mouillé; comme Prats-de-Mo-llo. ch.-l. de canton des Pyrénées-Orientales, qui se prononce Prats-de-Mo-yo ; et aussi comme vil-le. mil-le, etc., qui ne renferment l'articulation ill que pour les yeux, et où il y a seulement deux syllabes qui se suivent, dont l'une finit et l'autre commence par 1.

pour les consonnes; an, in, on, un, et aussi eu, ou, oi, oin, pour les voyelles.

2° Décomposer ensuite chaque syllabe et appeler successiveme7U chacune des lettres qui V expriment par son nom usuel, quand on veut Vécvire.

Elle donne satisfaction aux partisans de la nouvelle méthode, qui ne veulent pas, et avec raison, qu'on décompose en lisant ce qui est simple pour l'oreille, — et aux partisans de l'ancienne, qui veulent que l'élève s'habitue à voir dans la syllabe les lettres qui la composent et l'ordre dans lequel elles sont rangées, en vue de l'orthographe qui s'apprend ainsi en même temps que la lecture.

Elle présente encore cet avantage, si le maître y tient, de ne pas forcer l'élève à apprendre deux fois le nom des lettres : leur nom ancien et usuel, bé, dé, pé, emme, erre, ixe, zedde, etc., et leur nom nouveau, be,de, pe, nie,re, xe,ze, etc.; ce qui est une complication, et en somme, un travail en plus.

On pourra joindre aux voyelles nasales eu, ou, oi, qui sont aussi de véritables sons simples, et même oin, qui n'est pas l'équivalent de o in. Mais ia n'est autre chose que i et a prononcés vite ; il en de même de i o, i u, i ou, i au, ui, u in, ou i, etc. Il est plus simple de les décomposer d'abord et de les réunir ensuite dans une seule émission de voix.

Seizième leçon. — Étude des équivalents-voyelles. Il en est des équivalents-voyelles, comme des équivalentsconsonnes, ph=:f, qu = k, dont il a été question précédemment. Ce n'est qu'à force de les rapprocher et de les faire répéter qu'on arrivera à les faire reconnaître et retenir. Avoir soin d'enfermer dans un crochet, au tableau noir, comme sur le livre de l'élève, les équivalents formés de deux et même de trois voyelles, o, au, eau, pour que

les élèves comprennent bien que la lettre et les groupes de lettres dits ses équivalents n'expriment qu'un seul et même son .

Au fond, il en est peu parmi ces équivalents qui soient réellement des équivalents. Il y a des nuances dans les sons

qu'ils expriment: ainsi l'o de bobine ou de pelote ne se prononce pas comme eau dans iahkau ; œu n'est pas absolument l'équivalent de e dans nœwd ou dans œuï, etc. ; mais ce sont choses qui ne peuvent pas se figurer dans une méthode et qui ne s'apprendront bien que par la pratique. Il est inutile de s'y arrêter.

Dix-septième et dix-iiiiitlèine leçons. — Élude des consonnes doubles. Ces consonnes sont ainsi nommées parce qu'elles présentent deux sons juxtaposés, pour ainsi dire, et réunis de façon à pouvoir être énoncés d'une seule émission de voix. Dans sa leçon au tableau noir, le maître fera, pour rendre sensible la réunion de ces consonnes, ce qu'il a fait pour la réunion des consonnes avec les voyelles. Il écrira à gauche du tableau, par exemple, sur une ligne verticale, les consonnes b, c. f, g, p, t, v, et, au milieu, la lettre 1. A la droite du tableau, il écrira également sur une ligne verticale, non seulement les cinq voyelles a, e, i, o, u ; mais encore les voyelles nasales, an, in, on, un, et même les autres sons simples eu, ou, oi. Il mènera ensuite un pointillé, des consonnes d'une part et des voyelles d'autre part, au centre 1. Les élèves n'auront plus qu'à lire ffff... mr... a, fia : ppp'... lir... i, pli, etc.. A la leçon suivante, 1 sera remplacé par r, et l'on aura ggg'... rrr'... i,gri; ttt'... rrr'... ou, trou, etc.. On procéderademème pour st, sp et même spr, etc., qu'on unira immédiatement aux diverses voyelles. Le maître variera et multipliera les exercices, sans y insister outre mesure pourtant. 11 faut qu'il se hâte d'arriver le plus tôt possible aux exercices de lecture courante, les seuls qui intéresseront vraiment les élèves.

Dix*neiivièiiie et vîng-tième leçons. — Étude des syllabes inverses. Le maître procédera comme pour l'étude des syllabes directes. Tantôt il réunira, par un pointillé, la même voyelle à toutes les consonnes disposées en colonne verticale ; tantôt ce seront toutes les voyelles qui seront disposées en colonne verticale et qu'il réunira à une même consonne. Il formera ainsi ab, ac, ad,... ar, az; puis ab, id, oc, etc.... et même aug. eul, our, oir, etc.

\{Ct MÉTHODE PRATIQUE DE LANGAGE.

De In vius;-tiènie » la citiaraiiticiuc leçon. —

La méthode est terminée : toutes les difficultés courantes de la lecture ont été successivement abordées et expliquées ; mais il reste à familiariser les él^cs avec ces difficultés, à leur donner l'habitude de les reconnaître et de les résoudre promiilenient. C'est à quoi tendent les vini^t leçons qui suivent.

D'autre part, il est certaines particularités dont il faut encore tenir eomple pour bien lire. Ainsi il faut faire les coupes et les pauses nécessaires : c'est ce que marquent les points et les virgules. Il faut faire certaines liaisons d'un mot à un autre : un signe particulier indique celles qu'on regarde comme nécessaires. 11 y a des lettres nulles, qui ne se prononcent pas; elles sont imprimées en italique. L!nfin il y a des lettres qui se prononcent tantôt d'une manière et tantôt d'une autre : des lettres équivalentes, imprimées en petits caractères au-dessus de toutes celles dont la prononciation doit être modifiée, font connaître comment elles doivent se prononcer.

On a pensé que ce système de notations, qui lève toutes les difficultés à mesure qu'elles se présentent, serait plus efficace que l'étude de règles prétendues générales, auxquelles certaines méthodes essayent de les ramener. Pour la lecture comme pour le langage, c'est sur la pratique qu'il faut surtout compter.

La leçon de lecture sera faite d'abord comme leçon de langage : se garder de faire lire aux élèves des choses qu'ils ne comprennent pas.

De la cfiiaraiite et uiiième à la soixante-cin- (Iiiièine leçon. — Les leçons qui suivent ne présentent plus de caractère particulier : ce sont des exercices de lecture courante.

On engage le maître à faire d'abord syllaber chaque leçon par tous les élèves en chœur. Pour que le travail des autres cours n'en soit pas troublé, il les empêchera d'élever la voix et marquera lui-même le ton, aussi bas que possible. Pour que l'exercice se "fasse avec ensemble et ne devienne pas une vraie cacophonie, il syllabera avec eux, en détachant bien toutes les syllabes, même les syllabes muettes,

et en laissant un petit temps d'arrêt entre chaque syllabe et la suivante : un petit coup sec qu'il frappera sur la table pour chaque syllabe, avec un crayon ou une règle, lui permettra de diriger le chœur et de lui imprimer une marche convenable, ni trop lente, ni trop rapide.

Celte première lecture terminée, simultanée et collective, il s'assurera que les élèves entendent bien tous les mots et tous les tours compris dans la leçon : ce sera pour lui un moyen de revenir encore sur la leçon de langage qui a précédé et dont la leçon de lecture n'est qu'un résumé.

Le texte déchitfré et compris, les élèves le reliront encore en chœur, mais sans syllaber cette fois, avec les flexions voulues, et en liant les mots les uns aux autres, quand il y a lieu. Ils recommenceront la même phrase autant de fois qu'il sera nécessaire, jusqu'à ce qu'ils arrivent à la bien dire. Les élèves liront ensuite, à tour de rôle, individuellement.

Le maître s'attachera d'une manière toute particulière à cette lecture matérielle. Il mettra tous ses soins à faire bien articuler, nettement, distinctement, et à corriger tous les défauts de prononciation. Surtout il se surveillera lui-même pour n'avoir qu'une prononciation correcte, dépouillée de tout accent local. Ses élèves n'entendant parler français qu'en classe, prononceront Décessairement comme il prononcera lui-même. Cette considération l'amènera peut-être à moins regretter que ses élèves parlent en dehors de la classe une autre langue que le français. Au moins ce qu'il leur apprendra sera sien, et il ne partagera avec personne la responsabilité du résultat.

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