‹ Méthode-pratique pour faire le catéchismeChapitre 21 sur 74 · SUR LA SAINTE EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

SUR LA SAINTE EUCHARISTIE

Après le cantique à''invoca1ion , V Oraison dominicale et la Salutation angélique dites lentement par un seul enfant, faites réciter la quinzième Leçon et la cinquième , selon la méthode ordinaire.

Le C. : Dans le dernier Catéchisme, mes chers enfants, nous avons parlé de choses ud peu difficiles, mais bien importantes, et surtout bien propres à intéresser le cœur. Je serais bien content si quelqu'un d'entre vous m'en faisait un peu la récapitulation. Voyons, Augustin , de quoi avons-nous parlé ?

R. M. , nous avons parlé de la sainte eucharistie ; nous avons dit que c'était un sacrement qui produisait la grâce , et même qui renfermait J.-C. , l'auteur et la source de toutes les grâces.

Le C : C'est bien , M. E. : se fait-il un grand miracle pour cela ?

R. M. , il s'en fait plusieurs en même temps : le corps de J.-C. prend la place du pain, il est présent, aussi brillant que dans le ciel , et cependant on ne le voit pas , ce qui est encore un miracle , parce que

J.-C. cache sa gloire par amour pour nous , afin que nous puissions approcher de lui.

Le C. : Pourrait-on dire que le corps de J.-C. est dans la sainte eucharistie en image , en figure seulement ?

R. Oh ! non , M. , ce serait supposer que N.-S. a dit un mensonge quand il a dit à ses Apôtres : Voilà mon corps.

Le C. : Les prêtres ont-ils le même pouvoir que J.-C. , pourfaire venir son corps divin dans la sainte hostie?

R. Oui, M., ils ont le même pouvoir, et ils l'exercent à la sainte messe pendant la consécration.

Le C. : Les Anges ont-ils le pouvoir de consacrer la sainte hostie?

R. Non , ils n'ont pas ce pouvoir.

Le C. : Par quelle parole N.-S. a-t-il donné ce pouvoir à ses Apôtres?

R. Il leur a donné ce pouvoir en leur disant : Faites ceci en mémoire de moi.

Le C. : Comment savons-nous que c'est dans ce sens qu'il faut entendre ces paroles?

R. Nous le savons par la tradition constante de l'Eglise , qui , dans tous les pays et dans tous les siècles, a entendu ces paroles dans le même sens , et célébrait le saint sacrifice de la messe de la même manière.

Le C. : Cependant les protestants ne disent pas la messe et ils ne croient pas à la présence réelle. Ceci vous embarrasse , mes enfants : c'est pourquoi , sans vous faire à cet égard de grands raisonnements, je vous engage à ouvrir votre Catéchisme , à la page 239 : vous y verrez que J.-C. est mort l'an 33 de l'ère chrétienne, et que Calvin , qui est le fondateur des calvinistes ou protestants , est venu au monde plus de quinze cents ans après ; ainsi , on disait la messe et on croyait à la présence réelle, à Genève

et dans les autres pays piolestanis, plus de c.uinzo siècles avant que Calvin enseignât sa fausse doctrine. Celte réponse coupe court à tout, et peut toujours être employée contre les protestants.

( Interrogez plusieurs enfants sur tout ce que nous venons de dire , relativement à la présence réelle , mais ne manquez pas de les engager à lire la chronologie , et faites-leur remarquer le grand nombre de Saints qui disaient la messe , et croyaient à la présence réelle avant la naissance de Calvin. )

Le C. : Quand se fait le changement du pain au corps de J.-C. et du vin en son sang? Comment s'appelle ce changement? Après la consécration , reste-t-il encore sur l'autel du pain et du vin? Qu'entendez-vous par les apparences du pain et du vin?

( Faites ces quatre questions du Catéchisme aux enfants successivement, sans insister beaucoup, surtout à l'égard de ceux qui sont faibles. )

Le C. : François, dans quel moment le corps de J.-C. prend-il la place du pain ?

R. M. , c'est pendant la messe , au moment de la consécration.

Le C. : Pourquoi sonne-t-on la petite clochette dans ce moment là ?

R. C'est pour avertir tous ceux qui sont dans l'église qu'ils doivent adorer J.-C, et lui exposer leurs besoins.

Le C. : Quand J.-C. descend du ciel sur l'autel, croyez-vous qu'il y vienne seul?

R. M. , je ne sais pas vous le dire.

Le C. : Non, M. E. , J.-C. n'est pas seul sur l'autel. Il est le Roi du ciel , et les rois ne vont pas seuls , ils sont accompagnés par les seigneurs de la cour. Or, ce sont les Anges qui forment la cour de J.-C. et qui l'accompagnent sur l'autel. Avez-vous pensé à cela quelquefois quand vous assistiez au saint sacrifice de la messe, François ?

R. Non M. , je n'y avais pas fait altenlion, parce que je ne l'avais pas entendu dire.

Le C. : Comment appelle-t-on le changement qui ' se fait dans la sainte hostie au moment de la consécration ?

R. On rappelle transsubstantiation, c'est-à-dire changement de substance.

Le C. • Aux noces de Cana, y eut-il une transsubstantiation?

R. Oui , M. , puisque le vin prit la place de l'eau.

(Ilfaut peu insister sur cette demande ; cependant i! pourrait se faire qu'il y eût quelque utilité à faire apercevoir les inconvenances des enseignements de Luther qui veut faire croire que le corps de J.-C. est amalgamé avec la substance du pain dans l'eucharistie. )

Le C. : Après la consécration , resle-t-il encore sur l'autel du pain et du vin?

R. Non , il n'en reste plus que les espèces ou apparences.

Le C. : Qu'entendez-vous par les espèces ou apparences ?

R. J'entends ce qui paraît à nos sens comme la figure , la couleur et le goût.

( Faites répéter ces deux demandes dans tous les bancs, afin que les enfants comprennent bien que le corps de J.-C. est dans la sainte hostie d'une manière miraculeuse, etcomme dans une enveloppe qui le dérobe à nos regards. )

Le C. : Qu'est-ce que je tiens à la main , Roch?

R. M. , c'est un petit morceau de bois.

Le C. : Y voyez-vous du feu dans ce morceau de bois?

R. Non , M. , je n'en vois point.

Le C. ; Vous voyez aussi qu'il ne me brûle pas ?

R. C'est vrai , M. , autrement vous ne pourriez pas le tenir à la main.

Le C. : Cependant , quoiqu'on ne voie pas le feu , quoiqu'on ne le sente pas , il y en a ; en voulezvous la preuve? Je n'ai qu'à frotter un peu contre la muraille et vous verrez.

(Le G. frotte l'allumette chimique contre la muraille et aussitôt le feu paraît. )

Le C. : Est-ce la muraille qui a mis le feu à cette allumette ?

R. Non, M. ; il y était auparavant, mais il était caché.

Le C. : Vous voyez donc que le feu qui est si actifs si brillant, peut exister dans un corps sans éclat.

Le C. : Vous avez déjà dit , mes G. E. , pourquoi N.-S. se tenait caché dans la sainte hostie, c'est afin que nous puissions approcher de lui sans crainte ; car s'il se montrait environné de gloire et de puissance , nous n'oserions pas assister à la sainte messe, et encore moins faire la sainte communion ; cependant , mes enfants , de temps en temps il se laisse apercevoir d'une manière frappante pour la consolation de quelques âmes pieuses, et pour la punition de quelques pécheurs coupables de sacrilèges, qui avaient profané la sainte hostie. Il est dit dans la vie de saint Louis qu'on vint lui annoncer un jour que N-S. s'était montré visiblement dans la sainte hostie ; on l'engagea à venir voir ce miracle , il répondit qu'il n'avait pas besoin de venir pour le croire. L'an 1290, il arriva à Paris un miracle signalé , qui est constaté de la manière la plus authentique. Une pauvre femme avait emprunté quelque argent chez un juif qui demeurait dans la rue appelée alors des Jardins, et aujourd'hui des Biltcttes ; elle donna en gage sa plus belle robe qu'elle pria le juif de lui rendre le jour de Pâques , afin de pouvoir aller à l'église et faire la sainte communion ; le juif promet de rendre la robe et d'abandonner la somme prêtée si cette femme voulait lui apporter l'hostie qu'elle recevrait; celte

malheureuse femme y consentit. Le juif, maître de la sainte hostie, la perça avec un canif, et il en sortit du sang en abondance ; il la jeta dans un chaudron plein d'eau bouillante , l'eau devint comme du sang, etrhostie prit la forme de crucifix. Une femme voisine étant allée chercher du feu, fut témoin du miracle, le raconta à d'autres ; le juif fut arrêté, il convint de tout, et fut condamné à être brûlé vif. îl resta endurci ; m.ais sa femme et ses enfants se convertirent. On bâtit une église sur l'emplacement où était sa maison. Voyez les détails de ce miracle dans Fleury , livre 89 , n" 11 , et dans l'histoire de l'Eglise gallicane , livre 35.

On rapporte aussi qu'en 1556, un juif avait une servante mauvaise catholique , qu'il détermina à lui apporter la sainte hostie quand elle aurait fait la sainte communion. Lorsqu'il eut une hostie consacrée ;, il la porta dans la synagogue où plusieurs juifs étaient rassemblés : on la perça avec un canif, et il en sortit du sang avec tant d'abondance qu'on le ramassait avec une cuiller : on trouve un grand nombre de faits miraculeux du même genre dans l'Histoire ecclésiastique et dans la Vie des Saints. Le C. : Si je vous disais que dans une boite il y a une jolie montre, est-ce que vous ne me croiriez pas, Eugène, quoique vous ne vissiez pas la montre? R. Pardonnez-moi, monsieur, je croirais qu'elle y est sans la voir.

Le C. : Si je vous disais que je vous donnerai la boîte avec ce qu'il y a dedans à condition que vous saurez bien votre catéchisme , ne me croiriez- vous pas sur parole ?

R. Pardonnez-moi, M., et certainement j'étudierais bien.

Le C. : Si, en vous remettant la boîte, je vous disais qu'il y a en effet une belle montre , mais qu'il ne faut ouvrir la boîte que dans trois mois ^ ne croi-

riez-vous pas être maître d'une belle montre , quoique vous ne l'eussiez pas vue?

R. M. , le temps me durerait un peu de la voir, mais je serais bien persuadé que vous ne me tromperiez pas.

Le C. : Il n'est donc pas nécessaire de voir et d'entendre la montre pour croire qu'elle existe , et que vous en êtes le maître.

R. Non, M. , cela n'est pas nécessaire ; je crois bien que mon camarade est dans sa maison quand sa mère me le dit , quoique je ne le voie pas.

(Le Catéchiste demande à plusieurs enfants s'ils auraient fait les mêmes réponses qu'Eugène? Tous répondent affirmativement; cependant, pour s'en assurer, il fait les mêmes questions littéralement à quelques-uns : quand ils ont répondu avec exactitude, il dit alors : )

Le C. : Comprenez-vous, mes eniants, ce que j'ai voulu dire en employant cette comparaison? Qui va me répondre?

(Cinq ou six filles se lèvent tout de suite , la première en rang est Clotilde qui ne cède pas sa place aux autres , qui a d'ailleurs une grande facilité pour rendre ses idées. )

R. M. , il me semble que vous avez voulu nous faire comprendre que N.-S. J.-C est un trésor caché sous les apparences du pain ; que nous devons croire qu'il y est, quoique nous ne l'apercevions pas; que nous devons nous croire riches même avant que le moment arrive où ncus pourrons le voir.

Le C. : Et quand est-ce que la boite s'ouvrira , et que nous pourrons voir le trésor?

R. Nous ne pourrons le voir qu'au moment de la mort ; c'est alors que tous les voiles tomberont , qu'il n'y aura plus pour nous de mystère.

Le C. : Que pensez-vous de tout cela, François? R. M. , je pense que l'application qu'on vient de faire est très-juste et très-belle.

Le C. : Vous croyez donc qu'Eugène n'a pas fait

une imprudence quand il a cru ce que je lui disais?

R. Non , monsieur, nous vous devons tous cette

marque de confiance, bien persuadés que vous ne

voudriez pas nous tromper.

Le C. : Cependant convenez, François, que s'il m'était arrivé de temps en temps d'ouvrir la boîte bien rapidement , et de vous laisser voir briller la montre un petit moment, cela augmenterait un peu votre foi.

R. Cela est vrai , monsieur; et c'est ce qui arrive quand le bon Dieu fait de temps en temps quelques miracles , qui laissent apercevoir la présence de J.-C. dans la sainte hostie.

Le C. : Je suis bien aise, mon enfant, que vous ayez fait cette application , je voulais vous la proposer ; mais je vais vous faire une autre question.

Quand vous croyez sur ma parole que la montre est dans la boîte, ne me témoignez-vous pas plus de confiance que ceux qui ne le croient fermement qu'après l'avoir aperçue ?

R. Oui , M. , il y a plus de mérite à croire sans voir, comme fit saint Louis.

Le C. : Bien , très bien : voilà encore une application très heureuse. Puisque vous me répondez si bien, il faut que je vous fasse une question que j'ai sur le cœur : vo'us dites bien que N.-S. nous donne une grande marque d'amour en s'anéantissant pour l'amour de nous dans la sainte hostie ; cependant il me semble que s'il se montrait à nous sous une forme sensible , et surtout resplendissant de gloire et de lumière , nous le respecterions davantage ; on n'oserait pas l'offenser ^ manquer de respect dans l'église et faire tant d'autres choses qui l'outragent. ( François est un peu embarrassé ; on voit que tous les enfants cherchent la réponse, et voilà qu'Antoine se lève et dit : )

DE CATÉCmSME. 201

R. M. , le Gros-Pierre m'a dit que les juifs ne respectaient pas tous N.-S. J.-G quand il était sur la terre , puisqu'ils le cruciûèrent ; il m'a dit encore , que si N.-S. J.-C. était brillant comme le soleil , on s'accoutumerait à le voir et qu'on n'y ferait presque plus attention ; et il me citait cet exemple du soleil : il est bien beau le soleil , il est bien nécessaire pour nous échauffer, pour faire croître les plantes, et malgré cela on n'y fait presque pas attention ; il se lève, il se couche et on ne pense pas à remercier Dieu qui l'a créé pour l'amour de nous.

Le C. : Que pensez -vous de cette réponse, François ?

R.Je voudrais l'avoir faite tant elle est juste.

Le C. : Et vous, Augustin, qu'en pensez-vous?

R. Je pense qu'on ne peut rien dire de mieux.

R. Je crois en effet que les juifs n'ont pas respecté N.-S. de son vivant, malgré les miracles qu'il faisait, et qu'il est bien vraisemblable que nous ferions comme eux si N.-S. vivait au milieu de nous. On s'accoutume facilement aux choses qui tombent sous nos sens , on est empressé de les voir et de les entendre et bientôt on s'en dégoûte ; au lieu que les choses qui occupent l'esprit et le cœur , comme les objets de la foi , on s'y attache plus long-temps et plus fortement ; nous le voyons par les personnes qui se consacrent au bon Dieu , toutes les années elles renouvellent leurs vœux avec plaisir , avec empressement; il n'en serait pas de même, leur disait ces jours -ci un prédicateur, d'un grand nombre de personnes qui sont dans le monde et qui souvent aimeraient mieux être ailleurs.

( Le Catéchiste ferait bien de reprendre quelquesunes des questions qu'on vient de faire , afin d'affermir la foi des enfants sur la présence réelle de J.C., quoique nous ne puissions pas le voir; je lui conseillerais de faire chanter dans ce moment le cantique: Dans ce profond mystère, p. 136.

Le C. • N'y a-t-il que le corps de J.-C. sous les espèces du pain , et n'y a-t-il que son sang sous les espèces du \m ?

R. J.-G. est tout entier, etc.

( Faites répéter cette demande et cette réponse. )

Le C. : Nous avons dit, mes chers enfants, que J.-C. était vivant dans la sainte hostie ; mais s'il est vivant, son corps ne doit pas être séparé de son sang ; il y a donc darrs la sainte hostie en même temps , son corps , son sang , son ame et sa divinité. On peut dire la même chose du calice , J.-C. y est vivant comme dans la sainte hostie ; il y a donc son corps , son sang , son ame et sa divinité ; on doit donc Tadorer dans le calice comme dans la sainte hostie. Je vous dirai bienlùl pourquoi, pendant le saint sacrifice de la messe , on consacre le pain et le vin séparément ; mais en attendant nous devons savoir et croire que c'est la même chose, de recevoir la sainte hostie ou de recevoir le précieux sang; aussi dans les premiers siècles de l'Eglise, quand on avait donné le baptême à un enfant de naissance, on lui donnait !a communion en faisant entrer dans sa houche quelques gouttes du précieux sang. Reprenons.

Le C. : N'y a-t-il que le corps de J.-C. sous les espèces du pain dans la sainte hostie, Pierre ?

R. Il y a, etc.

Le C. : Pourquoi croyez-vous que le sang s'y trouve en même temps que le corps?

Pv. M. , jene sais pas.

Le C. : Et vous , André , avez-vous fait attention à la demande que j'ai faite ?

R. Oui , M. , vous avez demandé pourquoi le sang de J.-C. était dans la sainte hostie, et je réponds que la foi nous l'enseigne et qu'il faut le croire.

Le C. : Ce que vous dites est juste, mais il y a une autre raison que j'ai donnée et que je crois importante. Quelle est cette raison , Louis ?

R. M. , VOUS avez dit que J-G. étant vivant dans la sainte hostie , son corps et son sang doivent y être en même temps.

Le C. : En est-il de môme du calice?

R. Oui , M. , J.-G. est vivant dans le calice comme dans la sainte hostie, et son corps, son sang, son ame et sa divinité s'y trouvent comme dans ia sainte hostie.

Le C. : J'aime beaucoup à vous rappeler, mes chers enfants, que J.-C. est vivant dans la sainte hostie, qu'il voit des yeux du corps tout ce qui se passe autour de lui, qu'il entend tout ce qu'on dit, qu'il voit môme ce qu'on ne dit pas et qu'on a envie de dire , qu'il voit enfin tout ce que nous pensons et désirons. Ce souvenir nous engage à nous tenir plus respectueusement à l'église quand nous y entrons , et surtout pendant la bénédiction du saint sacrement , pendant la procession et pendant la sainte messe. Voyons les dernières demandes de cette leçon ; Quand le prêtre lompt ou divise la sainte hostie, divise-t-il le corps de J.-C. ?

R. Non, J.-C. demeure, etc.

( Faites répéter à plusieurs la demande et la réponse. )

£e C. : Joseph, quand vous étiez enfant de chœur et que vous serviez la messe, n'avez- vous pas aperçu que le prêtre divise la sainte hostie.

R. Oui , M. , je l'ai vu souvent ; et quelquefois, quand il y a beaucoup de gens qui veulent communier et qu'il n'y a pas assez d'hostie , on les divise en deux.

Le C. : Eh bien , l'autre jour on avait divisé les hosties et on n'en avait donné qu'une petite portion à une fille, et elle pleurait de n'avoir pas reçu l'hostie entière : avait-elle raison ?

R. Non, M., elle avait tort, parce que N.-S. J.-C. est dans les petites hosties comme dans les grandes ,

il est dans une portion de Thoslie comme dans l'hostie tout entière.

Le C. : Vous croyez qu'il est dans une petite particule comme dans une hostie entière?

R. Oui , M. ; aussi quand j'arrangeais le calice et que je voyais une particule sur la patène, je ne manquais pas de le dire à M. N., parce qu'il n'y voit pas bien.

( Faites les mêmes questions à plusieurs. )

Le C. : Il est difficile de comprendre, mes enfants, comment il arrive que N.-S. se trouve ainsi dans toutes les parties de l'hostie ; mais c'est un article de foi , ainsi il n'y a pas moyen d'en douter ; cependant, j'aime assez donner une idée des mystères par des comparaisons , et c'est ce que je vais faire. Clotilde , vous n'avez pas vu de grands miroirs , et d'autres qui étaient petits?

R. Pardonnez-moi , M. , on eu voit partout.

Le C. : Il ne vous est jamais arrivé de voir des miroirs cassés?

R. Pardonnez-moi , M. , l'autre jour une petite en a laissé tomber un qui se mit en plusieurs pièces.

Le C. : Quand le miroir est entier , se voit-on plus d'une fois dans le miroir?

R. Non , M. , on ne se voit qu'une fois.

Le C. : Quand le miroir est cassé , est-ce qu'on ne se voit pas également dans chaque pièce delà glace ?

R. Pardonnez-moi , M.

Le C. : Le grand miroir avait donc la faculté en lui-même de reproduire la figure plusieurs fois?

R. Il paraît que cela est ainsi, puisque c'est le même miroir.

Le C. : Quand on présente un grand miroir au soleil , combien de fois le soleil est-il représenté dans ce miroir?

R. Il n'y est qu'une seule fois.

Le C, : Si ce miroir était brisé en quatre pièces ,

est-ce que le soleil ne serait réprésenté qu'une fois ?

R. Il serait représenté une fois dans chaque pièce, et par conséquent il serait représenté quatre fois ; le grand miroir avait donc la faculté de représenter le soleil autant de fois qu'il a de partiesquile composent.

Le C. . Pourriez-vous faire l'application de cetle a)mparaison , à ce qui se passe quand on rompt la sainte hostie ?

R. Il me semble qu'on pourrait le faire , M. , en disant que N.-S. est dans la grande hostie quand elle est entière, et qu'il est aussi dans chaque partie quand elle est divisée.

Le C. : Cette comparaison n'explique pas le mystère , mais elle aide à le comprendre ; je vais en employer une autre qui est peut-être moins belle et moins claire, mais qui, cependant, pourrait être utile, écoutez bien: Mes enfants, je vous recommande d'être bien sages : combien de fois ai-je dit ces paroles , Jules?

R. M. , vous les dites bien souvent.

Le C. : Mais aujourd'hui, combien de fois les ai-je prononcées ?

R. Je crois, M., que c'est la première fois aujourd'hui.

Le C. : Vous ne répondez pas bien à ce que je demande , peut-être aussi que je m'explique mal ; quand je dis : Mes chers enfants , soyez bien sages ; combien y en a-t-il qui entendent mes paroles?

R. Nous les entendons tous.

Le C. : Vous êt^s donc environ soixante qui les entendez ; et cependant, je ne les prononce qu'une fois : mes paroles se reproduisent donc dans vos oreilles comme si je les avais prononcées soixante fois ; il se fait donc une reproduction et une division qui n'en détruit pas l'intégrité, et qui a quelque rapport avec la reproduction du corps de J.-G. dans la sainte eucharistie; de même aussi le soleil est dans

le firmament, il se reproduit dans tous les miroirs et dans tous les yeux , et cependant il reste entier ; on peut dire également que le corps adorable du Sauveur est dans le ciel , qu'il se reproduit et se disperse sur la terre ; nous le recevons tous dans tous les pays du monde sans qu'il perde sou intégrité ; on pourrait citer une foule de phénomènes naturels qui sont inexplicables , qui sont de véritables mystères pour nous , et qui doivent nous consoler de ceux que nous trouvons dans la religion, et qui nous seront dévoilés un jour.

(Cette application e-t un peu difficile : il n'est pas à propos d'insister pour la faire comprendre aux faibles. )

Pendant la révolution , mes cbers enfants, il est arrivé plusieurs événements qui manifestaient la présence de J.-C. dans la saints eucharistie ; mais je crois devoir vous en rapporter un qui est peu connu , et qui doit attirer votre attention : des soldats français se trouvant en Italie pendant la guerre , furent assaillis, en marche^ par un orage épouvantable , qui les détermina à entrer dans une église de village qu'ils trouvèrent ouverte; là ils se conduisirent comme on le faisait alors sans respect pour le lieu saint. On proposa de faire venir du vin , et comme on n'avait pas assez de gobelets pour boire , un des soldats enfonça le tabernacle , prit le saint ciboire , jeta les saintes hosties par terre ; mais au moment où il plongea le ciboire dans la jatte qui contenait le vin, il tomba mort devant tousses confrères qui furent épouvantés. Ce qui prouve que c'était un etîet de la vengeance divine contre le profanateur, c'est qu'il tenait le ciboire si serré après sa mort, qu'on ne pouvait pas le lui arracher ; ce fut le curé du lieu qui le lui ôta, et ne manqua pas de faire une exhortation qui fit une vive impression. Ce fait a été raconté par un prêtre émigré qui était sur les lieux.

Demain nous ferons réciter la dix-septième Leçon et la sixième. Dites le Symbole lentement , Eugène. Chantez le cantique : Dans ce profond mystère , p. 36.

Page 1