CATÉCHISME. LEÇON I
D. Qa 'est-ce que la grâce habituelle , qu'on nomme sanctifiante?
R C'est celle qui est répandue dans nos âmes par le Saint-Esprit, qui nous rend Saints aux yeux de Dieu, et nous donne droit à l'héritage éternel.
D. Qu'est-ce que la grâce actuelle?
R. C'est une lumière surnaturelle et un bon mouvement que Dieu nous donne pour éviter le mal et faire le bien.
D. La grâce actuelle est-elle nécessaire à ceux qui ont la grâce habituelle ?
R. Oui : la grâce actuelle est nécessaire aux Justes pour persévérer , comme aux pécheurs pour se convertir.
D. Ceux qui font le bien avec le secours de la grâce, peuvent-ils s'en glorifier?
R. Ceux qui font le bien doivent en rendre toute la gloire à Dieu.
D. Coopérons-nous à la grâce?
R. Oui : nous y coopérons véritablement et librement.
D. Résistons-nous à la grâce ?
R. Oui : nous n'y résistons que trop souvent : et lors même que nous n'y résistons pas, nous pouvons toujours y résister.
D. Dieu nous doit-il sa grâce?
R. Dieu nous a promis sa grâce ; mais il nous la promise et il nous la donne par sa pure bonté , en vue des mérites de Jésus-Christ.
D. A qui Jésus-Christ a-t-il mérité la grâce ?
R. A tous les hommes: il est mort pour tous, il veut les sauver tous.
D. Celui qui offense Dieu, commet-il quelquefois le péché , par ce que la grâce lui manque pour l'éviter ?
R. Non : il offense Dieu , non pas parce que la grâce lui manque , mais parce qu'il résiste à la grâce.
D. Quels sont les tristes effets de la résistance à la grâce ?
R. 1° La résistance à la grâce nous la fait perdre ; 2" elle en diminue les sources pour l'avenir ; 3" elle expose à Taveuglement , à l'endurcissement , à la damnation éternelle.
PREMIER JOUR
SUR LA GRACE
( Après le chant du cantique d'invocation , faites dire tout haut , par un enfant que vous désignerez successivement chaque jour, l'Oraison dominicale et la Salutation anyélique , mais lentement et distinctement. )
Mes chers enfants , Tannée dernière nous avons tâché de vous faire comprendre les premières Leçons du Catéchisme, qui traitent successivement de l'importance du Catéchisme , des perfections de Dieu , du mystère de la sainte Trinité^ du mystère de l'Incarnation et de l'Eglise. Ces quatre Leçons nous ont fourni l'occasion de vous expliquer les vérités fondamentales de la Religion qui intéressent la foi. Mais il ne suffit pas de croire pour aller au Ciel , il faut pratiquer ce que la Religion nous prescrit et prendre les moyens les plus efficaces pour nous affermir dans l'accomplissement de nos devoirs, afin de mériter la récompense que Dieu nous prépare dans le ciel ; car c'est toujours là ce que nous devonsavoir en vue , mes chers enfants. La vie présente dure peu de temps : la mort nous y poursuit sans cesse , même quand on est jeune. Depuis l'année dernière il est
\ PREMIER JOUR
mort parmi vous deux garçons et une fille , qui assistaient au Catéchisme et qui sont allés rendre compte à Dieu de la manière dont ils y assistaient et tâchaient d'eu profiter (1). C'est donc la vie future qui doit nous occuper, en travaillant à nous procurer le bonheur que Dieu nous y promet. Que vous seriez sages , mes chers enfants , si cette pensée était souven t présente à votre mémoire ! avec quel empressement vous mettriez à profit tout ce qui vous sera enseigné et expliqué dans le Catéchisme 1
L'année dernière je fus assez content. On fut exact à se rendre au Catéchisme et on écoutait bien les explications. Il y en eut parmi vous plusieurs qui devinrent plus assidus à faire leurs prières, plus respectueux à l'église, plus obéissants envers leurs parents, plus appliqués à l'étude et au travail manuel. Il me semble que vous aviez assez bien compris l'importance du Catéchisme , la grandeur de Dieu , la divinité de J.-G. , l'autorité de l'Eglise qu'il a établie et qu'il gouverne du haut du ciel par le ministère du Pape , des Evoques , des Curés et autres ecclésiastiques : mais que sais-je , mes enfants , si vous n'avez pas tout oublié ?
( Plusieurs enfants répondent non , Monsieur , non , non. )
Cette parole me fait plaisir , mes enfants. Eh bien , voyons si elle est bien fondée ?
Voyons , François , qu'avez-vous retenu sur les explications que nous avons données Tannée dernière? y a-t-il quelque chose qui vous ait frappé davantage ?
François. M., j'ai souvent pensé que Dieu est
(t; Il est Utile de faire apercevoir aux enfants que leur jeunesse ne les met pas à l'abri de la mort. Si un de ces enfants s'est noyé, s'il a pris une pleurésie faute de précaution, il faut le dire.
partout , qu'il nous voit , qu'il nous entend et qu'ail nous fera rendre compte de notre conduite.
Le C. : C'est bien , mon enfant ; mais dites-moi franchement, ce souvenir vous a-t-ii été utile?
( Le Catéchiste fait cette demande parce qu'il sait que réellement François s'est mieux conduit. )
R. Oh ! oui , Monsieur, j'ai été plus sage aussi : mon père et ma mère m'ont moins grondé.
Le C. : Puisque vous répondez si bien à ma demande , j'en fais encore une : sur quoi vous êtesvous corrigé ?
R. Monsieur , je manquais la messe quelquefois , et ma mère me grondait ; depuis je ne l'ai pas manquée de toute l'année.
Le C. : C'est bien. Et vous, Clotilde, avez-vous retenu quelque chose des explications de l'année dernière ?
R. Il me semble , Monsieur, que j'ai retenu beaucoup de choses , et je vous en rendrai compte si vous voulez.
( Clotilde , sans attendre la réponse , commence à parcourir les Leçons du Catéchisme , parle de la création du monde , du péché originel , de la nécessité d'un Rédempteur, avec une rapidité qui étonne tout le monde. )
Le C. : En voilà assez , mon enfant ; on voit que vous avez repassé dans votre mémoire ce que nous avons dit. Mais voyons si votre cœur a retenu quelque chose : êtes-vous devenue plus pieuse ?
R. Monsieur , je n'ose pas le dire , mais il me semble que j'ai un grand désir d'aimer le bon Dieu et de faire ma première communion pour recevoir Notre-Seigneur Jésus-Christ et les grâces qu'il nous prépare dans la sainte Eucharistie.
Le C. : Si tout le monde me répondait aussi bien que François et Clotilde, je serais fort content ; mais je n'ose pas l'espérer.
G PREMIER JOUR
( Augustin parle à son voisin et a l'air d'être fâché qu on ne l'interroge pas. Le Catéchiste s'en aperçoit et dit : )
Le C. : Augustin, avez-vous retenu quelque chose de l'année dernière ?
R. Oh ! oui, Monsieur; et aussitôt il parle à tort et à travers du soleil , de la lune , des étoiles et d'une foule de choses qui en effet ont été expliquées , mais qu'il expose sans ordre , sans attention et sans application pratique.
Le C. : J'aurais bien envie de vous faire la même question qu'à François et à Clolilde , mais je n'ose pas. J'ai peur de vous embarrasser, par ce que je sais que vous êtes encore bien étourdi , et vous venez de m'en fournir la preuve. Cependant, M. E. , je vois que vous avez retenu beaucoup de choses , et j'espère que peu à peu vous les mettrez en pratique. Joséphine, avez-vous retenu quelque chose de ce que nous avons expliqué Tannée dernière?
R. 11 me semble , ]\Tonsieur, que j'en ai retenu beaucoup ; mais je n'oserais pas les dire. Si vous avez la bonté de m'interroger , j'essayerai de répondre.
Le C. : Je suis content de cette réponse : elle annonce de la modestie et de la réflexion. Je vais en effet vous adresser quelques demandes. Est-il bien nécessaire d'étudier le Catéchisme ?
R. Oui , Monsieur, cela est nécessaire, parce que c'est dans le Catéchisme que nous apprenons ce qui est nécessaire pour aller au Ciel.
Le C. : C'est bien. Suffit-il desavoir par cœur la lettre du Catéchisme?
R. Non , Monsieur, il faut la comprendre et la pratiquer.
Le C. : Pour comprendre le Catéchisme, que fautil faire?
R. 11 faut faire deux choses : il faut prier Dieu ,
afin qu'il éclaire notre esprit , et ensuite écouter avec attention les explications qui nous sont données.
Le C. : A quoi ressemblent ceux qui n'écoutent pas les explications du Catéchisme ?
R. Il ressemblent à la muraille et aux bancs qui reçoivent le son et n'en profilent pas.
Le C. : Vous souvenez-vous de l'histoire de l'aveugle qui était à Rome et qui avait si bien appris le Nouveau-Testament?
R. Oui , Monsieur : cet aveugle , en demandant l'aumône , priait de temps en temps les passants de lui lire par charité quelques versets du Nouveau - Testament ; c'est ainsi qu'il l'apprit par cœur.
Le C. : Comment avez-vous fait pour vous souvenir de ces particularités ?
R. Monsieur , après le Catéchisme , je prenais des notes et ensuite j'en parlais avec mes compagnes ; par ce moyen nous avons retenu beaucoup de choses et surtout les comparaisons et les traits historiques , ce qui nous intéressait le plus.
Le C. : Louis , avez-vous retenu quelque chose? R. Oui , Monsieur ; par exemple l'histoire de la lampe qui est à l'église.
Le C. : Il est bien vrai que nous parlâmes de la lampe qui est à l'église , mais à quelle occasion ? R. Monsieur , je ne sais pas bien le dire. Le C. : Vous en souvenez-vous , Marie ? R. Oui, Monsieur. C'était pour expliquer la demande qui dit que Dieu nous a créés et qu'il nous conserve : quand on allume la lampe on représente la création et quand on y met de Ihuile on représente la conservation.
Le C. : Eh bien ! Louis , l'aviez-vous retenu de cette manière ?
R. Oui , Monsieur , mais je craignais de me tromper.
Le C. : Vous souvenez-vous de l'histoire du pelit musicien ?
8 PREMIER JOUR
R. Oh ! oui , Monsieur : je la raconterai si vous voulez. C'était un petit musicien qui demandait à la Ste. Vierge de bien apprendre à jouer du violon , et puis il avait bien appris, et on voulait l'envoyer à Paris pour jouer à la comédie où il aurait gagné mille écus par an ; mais il eut peur de fréquenter de mauvaises compagnies, et il renonça à mille écus pour ne pas se gâter.
Le C. : Comment avez-vous fait pour vous souvenir de cela?
R. Monsieur , c'est que j"ai un peu imité son exemple : j'ai demandé une grâce à la Ste. Vierge , et je l'ai obtenue.
Le C. : C'est bien , mon enfant. Avez-vous retenu quelque chose du mystère de la sainte Trinité?
R. Monsieur, c'est bien difficile ; cependant je sais bien qu'il n'y a qu'un seul Dieu , qu'il y a trois personnes en l3ieu , qui sont distinctes sans être séparées comme dans un triangle ou dans un cœur.
Le C. : Est-ce la même chose de connaître un mystère ou de le comprendre?
R. Non , Monsieur. Je sais qu'une montre marque les heures, mais je ne comprends pas comment les roues sont arrangées , c'est un mystère pour moi ; de même, je sais qu'il y a trois personnes en Dieu , mais je ne comprends pas comment ce mystère existe.
Le C. : Auriez-vous répondu comme cela, Frédéric ?
R. Je ne sais pas. Monsieur ; mais au moins je sais que j'avais à peu près toutes ces idées : qu'il y a une ditférence entre connaître un mystère et le comprendre ; ainsi je sais qu'en jetant un grain de blé dans la terre , il en sort un épi qui a 30 ou -'tO grains , mais je ne comprends pas comment cela se fait.
Le C. : C'est très-bien , mon enfant , et mieux
DL' CATÉCIIISJIK. 9
que je ii'allendais ; je vois que a ous avez retenu ce que nous avons dit l'année dernière. Maintenant, je demande si, pour aller au ciel, il faut connaître et croire le mystère de la sainte Trinité.
R. Oui , Monsieur ; il faut croire qu'il n'y a qu'un seul Dieu et qu'il y a trois personnes en Dieu.
Le C. : Est-il nécessaire de penser souvent au m} stère de la sainte Trinité ? Oui , mes enfants , il est nécessaire d'y penser souvent , et c'est pour cela que l'Eglise nous fait faire si souvent le signe de la croix, et que sans cesse elle nous bénit au nom du Père, du Fils et du St-Esprit.
( Il faut insister pendant quelques moments sur cela, faire répéter à plusieurs enfants la même chose et les engager à faire le signe de la croix avec plus d'attention. )
Le C. : Je voudrais bien savoir s'il y en a parmi vous qui se souviennent de la parabole de Matliurin? ( Presque tous les enfants répondent oui , oui , oui. Le Catéchiste la fait raconter aux plus forts et à quelques autres qui s'en tirent plus ou moins bien . ) Le C. : Adam et Eve avaient -ils mérité d'être chassés du Paradis , André ?
R. Oui, Monsieur, à cause de leur désobéissance. Le C. : Mais leurs enfants n'avaient pas désobéi , puisqu'ils n'étaient pas encore venus au monde. Pourquoi ont-ils été privés du Paradis ?
R. Monsieur , parce qu'ils n'étaient pas sages. Le C. : Alexandre , auriez-vous répondu comme cela?
R. Non , Monsieur ; j'aurais dit que Dieu était le maître du Paradis, et qu'en chassant Adam et Eve, il avait chassé aussi leurs enfants qui n'avaieut pas plus de droit que leurs père et mère ; comme le grand seigneur avait chassé Mathurin de son jardin et avait par là même chassé tous ses enfants. Le C. : C'est bien ; cependant , cela aurait besoin
10 PBE!arER JOUR
d'être un peu édairci. Voyons, Rosalie, comprenezvous bien pourquoi tous les enfants d'Adam ont été privés du droit d'aller au ciel ?
R. C'est un mystère que nous sommes obligés de croire sans le bien comprendre ; cependant la parabole de Malburio nous en donne une idée naturelle ; Adam étant coupable, il méritait d'être chassé, et par là même, ses enfants devaient partager son sort. Quand les pères et mères sont riches, les enfants le sont aussi ; quand les parents sont esclaves , les enfants le sont aussi ; quand les parents sont privés de leurs biens parles tribunaux, les enfants en sont aussi privés.
Le C. : Vous avez bien retenu ce que nous avons dit , mon enfant , et même vous y avez ajouté quelque chose qui va bien. On voit que vous avez compris et que vous avez réfléchi. Mais, mon enfant, dites-moi si , en venant au monde , nous sommes tous privés du droit d'aller au ciel, à cause de la faute d'Adam ?
R. Oui , M. , nous sommes tous privés du droit d'aller au ciel en naissant à cause du péché d'Adam, qui s'appelle péché originel.
Le C. : Le droit d'aller au ciel est-il perdu pour nous sans ressource ?
R. Non, M. , il nous a été rendu par lamiséricorde de Dieu et par la mort et passion de N.-S. J.-C. Le C. : Augustin , qu'est-ce que J.-C. ? R. Monsieur, c'est le St-Esprit.
Le C. : Vous vous êtes bien pressé , mon enfant , pour mal répondre. François , auriez-vous répondu comme cela?
R. Non , Monsieur ; j'aurais dit que J.-C. est le Fils de Dieu fait homme.
Le C. : Ce que vous dites est vrai ; mais je crains qu'on ne vous comprenne pas bien. Voyons, combien y a-t-il de personnes en Dieu?
DU CATÉCHISME, Il
R. Il y en a trois , le Père , le Fils et le St-Esprit.
Le C. : Quelle est celle des trois personnes qui s'est fait homme ?
R. C'est le Fils , la seconde personne de la sainte Trinité.
(Le Catéchiste fait répéter toutes ces demandes à plusieurs enfants, afin qu'ils les retiennent bien. )
Le C. .-Reprenons, mes enfants. Avons-nous perdu le droit d'aller au ciel , Frédéric ?
R. Oui, Monsieur, à cause du péché originel.
Le C. : Le droit d'aller au ciel est-il perdu pour toujours ?
R. Non , Monsieur. Il nous a été rendu.
Le C. : Comment nous a-t-il été rendu?
R. Il nous a été rendu par le Fils de Dieu fait homme.
Le C. : Comment appelez- vous le Fils de Dieu fait homme ?
R. Nous l'appelons Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Le C. : Comment N.-S. J.-C. nous a-t-il rendu le droit d'aller au ciel ?
R. Il nous l'a rendu en mourant pour nous sur l'arbre de la croix.
( Il faut faire répéter ces notions plusieurs fois. Elles sont nécessaires pour bien faire comprendre aux enfants les Leçons qui traitent de la grâce des sacrements et de la prière. )
Le C. .-Je suis extrêmement content, mesE., de la manière dont vous avez répondu ; aussi mon intention est de vous annoncer une bonne nouvelle. Il y en a un parmi vous qui , dans quelque temps d'ici , sera plus riche que tous les rois de la terre : il ne sera jamais malade ; tout ce qu'il entreprendra lui réussira parfaitement ; il aura de nombreux amis qui ne penseront qu'à le rendre heureux , avant d'arriver là il sera obligé de faire un voyage pendant lequel il rencontrera quelques ennemis qui
12 PRE3IIER JOUR
tâcheront de le détourner de son chemin ; mais il aura tous les moyens nécessaires pour les vaincre , ensorte que rien ne sera capable de troubler son bonheur. N'est-il pas vrai, mes chers entants, que vous voudriez tous être à sa place?
R. Oui , M. ; oui , M.
Le C. : Eh bien ! mes E., tous tant que vous êtes ici présents , vous êles destinés à posséder le Ciel où se trouve le comble du bonheur. Il faut , pour y arriver , faire un voyage dans la vie présente où nous rencontrons des ennemis; mais J.-G. nous a préparé dans la Religion tous les moyens nécessaires pour les vaincre , c'est ce que nous verrons clairement dans l'explication du Catéchisme que nous donnerons cette année. Je vous préviens , mes E. , que demain nous ferons réciter la leçon du Catéchisme sur la grâce. Tâchez de la repasser et de la réciter facilement. Je la ferai réciter d'après la méthode que je suivis l'année dernière (1).
Le C. : Récitez le Symbole des .apôtres lentement et distinctement, François.
( Il faut tous les jours en désigner un alternativement pour le Symbole ou les ^c^es de foi , d'espérance, de charité et de contrition. Chantez le cantique: Sainte cité, demeure permanente , etc. , pag. 55 du Recueil publié pour le diocèse deRelley. Joignezy le refrein : O ma patrie! etc. qui doit être chanté par tous. )
(1) Voyez la première partie de la Méthode-pratique pour faire le Catéchisme , pag. 61 et sairantes.
DE CATÉCHIS31E. 13
SUK LA GRACE.
( Il faut accoutumer les enfants à venir exactement à l'heure. En attendant qu'ils soient tous revenus , il faut faire chanter quelques cantiques , particulièrement ceux qui sont analogues à la leçon qu'on a expliquée ou à celle qu'on doit expliquer. Quand les enfants sont arrivés , il faut faire chanter le cantique d'invocation du St-Esprit. Après le cantique , il faut désigner un enfant pour dire tout haut et lentement l'Oraison dominicale et la Salutation angélique. )
Le C. : Je vous ai dit , mes E., que je ferais réciter la Leçon du Catéchisme qui est sur la grâce et que je suivrais la même méthode que l'année dernière. Commencez, François. Qu'est-ce que la grâce de Dieu ?
R. La grâce est un don surnaturel , etc. ( Quand François a fait la réponse, il fait la demande : qu'estce que la grâce de Dieu ? Augustin , qui vient après, fait la même réponse et ensuite la même demande. Tous ceux du premier banc des garçons font de
même La première fllle du premier banc fait la
réponse et ensuite la demande. Quand toutes les filles du premier banc ont fini, le Catéchiste interroge le premier garçon- du second banc qui fait la réponse et la demande, ainsi que tous les garçons et toutes les filles du second banc. Il en serait de même du troisième banc , etc. Il est impossible que la même réponse et la même demande , ayant été si souvent répétée , ne se grave pas dans la mémoire
li SECOM) JOUR
des plus faibles. De la première demande on passe à la seconde qu'on fait réciter de même ; ainsi des autres. Quand toutes les demandes et réponses de cette Leçon ont été récitées , le Catéchiste fait les mêmes demandes sans suivre ni l'ordre des places ni l'ordre des demandes , comme nous l'avons expliqué plus au long dans la première partie , pag. 62. Cet exercice doit durer demi-heure ou trois quarts d'heure, ayant soin de faire reprendre les enfants les uns par les autres , afin de les tenir tous attentifs.
Le C. : Maintenant que vous savez la lettre de cette Leçon , il faut tâcher de la bien comprendre , mes E. ; je ne puis pas vous dissimuler que c'est ici une des Leçons les plus importantes du Catéchisme , une des plus difliciles , une des plus ignorées , et sur laquelle on a enseigné plus d'erreurs. C'est pourquoi, je vous engage à demander à Dieu bien souvent la grâce de vous aider à la bien comprendre. Nous allons nous mettre tous à genoux pour demander cette grâce au bon Dieu, en disant un Pater et un ylve , Maria...
Je vous engage, mes E. , à dire un u4ve ^ Maria en particulier à la même intention ou le cantique d'invocation : Pour que je sois docile cl sage. Seigneur, donnez-moi votre esprit , etc. Essayons maintenant , Augustin : qu'est-ce que la grâce ?
R. C'est un don surnaturel , etc.
Le C. : MesC. E., tout ce que nous possédons nous vient de Dieu : ainsi les facultés que nous avons de voir, d'entendre, de parler, de marcher, etc. sont des dons de Dieu; la santé, la fortune, la vie, la mémoire , l'intelligence , la faculté de raisonner , sont aussi des dons de Dieu ; mais ce sont des grâces temporelles , des dons naturels qui nous sont accordés pour la vie présente. La grâce dont nous allons parler dans le Catéchisme , et dont il est question dans les sermons et dans les livres de piété , est un don surnaturel qui nous est accordé pour
pratiquer la vertu et pour mériter le ciel. Je vous engage à bien faire attention à la différence qu'il y a entre les dons de Dieu naturels et les dons surnaturels. Voyons si vous m'avez compris.
Le C. : Louis, la faculté de voir, d'entendre, de marcher, de parler, d'apprendre par cœur, etc. , qui nous l'a donnée (1) ?
R. C'est Dieu.
Le C. : Qui nous la conserve ?
R. C'est Dieu.
Le C. : Il faut donc regarder tout cela comme des dons de Dieu?
R. Oui, M. , Dieu nous donne la santé , il nous conserve la vie ; tout ce que nous avons vient de lui.
Le C. : C'est bien , mon enfant ; mais ces dons sont-ils naturels ou surnaturels ?
R. M. , il me semble qu'ils sont surnaturels, puisqu'ils viennent de Dieu.
Le C. : Qu'en pensez-vous, François, le don de marcher, de parler, est-ce un don naturel ou un don surnaturel ?
R. M. , c'est un don naturel.
Le C. : Pourquoi dites-vous que ce don est naturel ?
R. Je l'appelle naturel , parce qu'il est dans la nature de l'homme de marcher , d'entendre , de parler.
LeC. : Auriez- vous répondu comme cela, Clotilde?
R. Oui , M. j mais j'aurais ajouté , comme vous l'avez dit tout-à-l'heure , que ces dons nous sont faits pour la vie présente (2) ; tandis que la grâce nous est donnée pour mériter le ciel.
(1) Quand on fora ces questions aux plus faibles, il est à propos de les faire par sous-demandes, en diyisanl chaque faculté de lame ou du corps.
(2) On pourrait quelquefois faire observer auï enfants que les animaus ont la faculté de voir , d'entendre, de marcher et jouissent comme nous de dons naturels.
Le C. : C'est bien. Peut-on aller au ciel quoiqu'on soit aveugle , quoiqu'on soit sourd, etc.
R. Oui, M.
La C. : Peut-on aller au ciel sans la grâce ?
R. Non , M. , sans la grâce on ne peut rien faire qui mérite les récompenses du ciel.
( La distinction des dons naturels et des dons surnaturels est de la plus haute importance pour bien comprendre cette Leçon. C'est pourquoi le Catéchiste doit faire les mêmes questions à plusieurs autres enfants , même à ceux qui n'ont pas beaucoup d'intelligence. Ils peuvent comprendre facilement que les avantages temporels ne sont pas nécessaires pour se sauver ; qu'ils sont même quelquefois un obstacle pour pratiquer la vertu. )
Le C. : Qu'est-ce que la grâce ? { Il faut faire cette demande à un grand nombre d'enfants, afin que tous retiennent bien la réponse et en comprennent mieux l'explication. )
Le C. : Vous dites, mon E., que la grâce est un don surnaturel , c'est-à-dire un don extraordinaire, un don qui n'est pas naturel à l'homme , un don sans lequel l'homme peut exister, un don d'un ordre supérieur à tous les autres et qui nous place dans un rang plus élevé que toutes les autres créatures qui sont dans ce monde.
Le C. : François , que signifie le mot surnaturel ?
R. Il signifie un don extraordinaire , un don différent de ceux qui sont naturels à l'homme , diffé rent de la faculté de parler , de marcher , etc.
( Il faut faire la môme question à plusieurs. )
Vous dites que la grâce est un don surnaturel que Dieu nous accorde gratuitement ; c'est-à-dire sans aucun mérite , sans aucun droit de noire part ; mais uniquement en vertu des mérites de J.-C. qui s'est fait homme pour l'amour de nous , afin que nous puissions , unis avec lui et soutenus par sa grâce ^ mériter le ciel.
Le C. : Clotilde, que signifie le mot gratuitement?
R. M. , il signifie un don qu'on n'était pas obligé de nous faire : par exemple , je rencontre un pauvre et je lui donne un sou , je le donne gratuitement ; de même Dieu nous accorde la grâce gratuitement, sans que nous la méritions.
( Clotilde prévient les explications et les exemples que voudrait donner le Catéchiste , parce qu'elle a lu quelques bons livres , parce qu'elle a entendu et retenu les explications des sœurs de l'école où elle va. Il ne faut pas craindre que les enfants hasardent quelques explications, quand même ils se tromperaient quelquefois. )
Le C. : Vous dites en vertu des mérites de J-C, ceci demande une nouvelle attention de votre part; j'espère cependant que vous le comprendrez facilement si vous vous souvenez de ce que nous avons dit sur le péché originel ; c'est pourquoi je vous demande , Augustin , si Adam par sa désobéissance avait perdu le droit d'aller au ciel?
R. Oui, M. , il en a été chassé ainsi que toute sa famille.
Le C. : Est-ce que tous les enfants d'Adam, quand ils viennent au monde, sont condamnés à ne pas aller au ciel ?
R. Oui, M. , nous sommes en naissant , esclaves du démon et privés du droit d'aller au ciel.
Le C. : Mais ce droit ne nous a-t-il pas été rendu ?
R. Oui , M., il nous a été rendu par la mort et la passion de N.-S. J.-C. , qui ne s'est fait homme que pour nous sauver.
Le C. : Comment nous a-t-il sauvé ?
R. Il nous a sauvé en s'offrant à son père pour l'expiation de nos péchés et pour nous obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin pour aller au ciel.
Le C. : M. E. , il est rapporté de saint Vincent de Paul , que , visitant les galériens, il en trouva un
qui était au désespoir, en pensant à sa femme et à ses enfants qu'il avait laissés dans le besoin : le Saint eut beau faire pour le consoler, il ne put pas en venir à bout. Touché de son désespoir et du danger qu'il courait pour son salut , saint Vincent demanda la permission de prendre la place de ce malheureux, afin de le délivrer et de le renvoyer à sa famille : n'était-ce pas un grand acte de charité , François ?
R. Oui , M. , il fallait avoir beaucoup de courage pour se faire galérien dans l'intention d'en délivrer un autre.
Zc C. .• Comprenez-vous , François, pourquoi je vous ai raconté cette histoire et pourriez-vous en faire l'application à ce que nous disons?
K. Oui, M., il me semble que vous avez voulu nous faire comprendre ce que N.-S. J.-C. avait fait pour nous.
Le C. : C'est très-bien , mon enfant, mais il faudrait dire quelques mots de plus pour faire bien apercevoir le rapport qu'il y a entre le trait de saint Vincent de Paul et la conduite de N.-S. J.-C.
R. M. , c'est un peu difficile.
( Dans le moment il y en a plusieurs qui remuent la tête, qui disent quelques mois à leurs voisins et semblent disposés à faire cette application. Le Catéchiste s'en aperçoit et dit : j'ai là un joli petit livre que je réserve pour celui ou celle qui me donnera comme il faut celte explication ; aussitôt plusieurs se lèvent, mais François ne veut pas céder sa place, il demande la permission de dire ce qu'il pense. )
François dit : M. , vous avez demandé le rapport qu'il y a entre le trait de St. Vincent de Paul et la conduite de J.-C. envers les hommes. Voici comment je le conçois : nous étions esclaves du démon , et N.-S. J.-C. s'est fait esclave pour nous racheter , pour nous obtenir le paradis.
Le, C. : Qu'en pensez -vous, Louis? qu'en pensezvous , Clo tilde ? qu'en pensez- vous. Marie? etc.
( Tous disent qu'ils auraieut répondu de la même manière. )
Le C. : Mes E. , c'est François qui a répondu le premier et qui a bien répondu , ainsi le livre est pour lui ; mais j'en ai un autre pour celui ou celle qui me donnera la définition de la grâce sans s'arrêter avec les explications que j'ai données.
( Augustin se lève et se presse de commencer ainsi : )
R. La grâce est un don surnaturel que Dieu nous accorde gratuitement en vertu des mérites de J.-C. pour nous faire mériter le ciel ; c'est un don surnaturel qui est ajouté à tous les dons naturels que nous avons reçus pour la vie présente ; c'est un don gratuit , parce que Dieu nous l'accorde sans que nous y ayons aucun droit : voilà ma réponse.
Le C. : Vous vous arrêtez eu beau chemin, M. E. ; vous n'avez pas tout dit, qu'en pensez-vous, Clotilde?
R. Il fallait ajouter deux autres choses trèsessentielles : premièrement, que ce don nous est accordé en vertu des mérites de J.-C. , et qu'il nous est accordé pour obtenir le ciel.
Le C. : La grâce a donc quatre caractères: 1" c'est un don surnaturel ; 2" il nous est accordé gratuitement ; 3** il nous est accordé en vertu des mérites de J.-C. ; i** il nous est accordé pour obtenir le ciel. Les demandes qui suivent nous forceront à revenir souvent sur ces caractères distinctifs de la grâce. Nous allons passer à la seconde demande renfermée dans cette Leçon et qui a rapport au quatrième caractère. Raymond , la grâce est-elle bien nécessaire pour le salut ?
R. Elle est si nécessaire , que sans la grâce il est impossible de faire aucune action qui soit méritoire pour le ciel.
( Il faut faire répéter la demande et la réponse selon la méthode des frères , comme on a fait pour
la demande précédente ; c'est-à-dire que chaque enfant du premier banc des garçons et des filles fait la réponse et ensuite la demande pour Fenfant qui vient à la suite. On fait de même pour le second banc. Quand cela est fini , le Catéchiste fait la demande sans suivre aucun ordre , pour s'assurer que tout le monde fait bien la réponse. )
Le C. : Mes C. E., la grâce est donc absolument nécessaire pour aller au ciel. C'est la grâce qui donne du prix à nos actions et qui fait qu'elles méritent une récompense éternelle. 11 n'en faut pas davantage sans doute pour vous faire bien comprendre la nécessité de la grâce et avec quel soin nous devons la mettre à profit. Je reviens donc à la demande : la grâce est- elle bien nécessaire pour le salut, François?
R. Oui, M., elle est si nécessaire que sans la grâce il est impossible d'aller au ciel.
Le C. : C'est très-bien : la grâce est-elle bien nécessaire pour aller au ciel, Augustin,... Louis,... Raymond,... Clotilde,... Marie,... etc.?
( 11 faut en interroger plusieurs. )
Le C. : Mais si un nomme se conduisait bien , s'il ne faisait tort à personne, s'il rendait service au prochain , s'il faisait l'aumône , etc. d'une manière toute humaine, sans penser ni à J.-C. ni à la grâce , ne pourrait-il pas aller au ciel ? Non , M. E. , c'est un article de foi catholique ; conservez-en bien le souvenir , sans la grâce on ne peut rien faire qui soit récompensé dans le ciel. Qu'en pensez-vous, Louis, quand on se conduit en honnête homme du monde, qu'on ne fait tort à personne, peut-on espérer d'aller au ciel au moment de la mort ?
R. Oui, M.
Le C. : Auriez-vous répondu ainsi, Augustin?
R. ISon , M. , j'aurais dit que si on fait ses actions d'aune manière purement humaine , sans penser à
DE CATÉCHISME. 2i
Dieu , sans le secours de la grâce , on ue peut pas mériter le ciel.
Le C. : Entendez-vous, Louis, et convenez que vous avez répondu sans réllexion. Nous venions cependant de dire que sans la grâce on ne peut pas mériter le ciel. N'allez pas si vite une autrefois , mon enfant. Voyons si les autres répondront mieux. Suffit-il d'être honnête homme selon le monde et de ne faire tortàpersonnepour aller au ciel, François,. . André,.... Joseph,.... Clotilde ,.... Joséphine,.... Julie,... etc.?
(Tous répondent que cela ne suffit pas et que sans la grâce on ne peut rien faire de méritoire pour le ciel. Quand on a bien inculqué cette doctrine, il faut revenir sur la différence qu'il y a entre les dons naturels et les dons surnaturels ).
Le C. : Joseph, la faculté que nous avons de marcher, de parler, d'entendre, de voir, etc. est-ce un don naturel ou un don surnaturel?
R. C'est un don naturel.
Le C. : Peut-on aller au ciel quand on est sourd , aveugle , etc.
R. Oui , M.
Le C. : La grâce est- elle un don naturel ou un don surnaturel ?
R. La grâce est un don surnaturel qui nous est donné gratuitement en vertu des mérites de J.-G. ^ ; pour nous faire mériter le ciel. j^
Le C. : C'est très-bien : quelle différence y a-t-il donc entre les dons naturels et les dons surnaturels? Les uns et les autres viennent de Dieu ; mais les ; dons naturels ne nous sont donnés que pour la vie présente , tandis que la grâce nous est donnée pour la vie future et pour nous faire mériter le ciel. Voyons si on a bien saisi cette différence. Quelle est la destination des dons naturels , Alexandre , et celle des dons surnaturels ?
R. T.es dons naturels nous sont accordés pour la vie présente , et les dons surnaturels pour la vie future et pour nous conduire au ciel.
( Faites répéter cela à plusieurs. Si on faisait un Catéchisme de persévérance pour des filles ou pour des jeunes gens instruits, il faudrait leur parler de Terreur des Pélagiens qui enseignaient que la grâce n'était pas absolument nécessaire pour le salut, doctrine qui a été condamnée comme hérétique. On ferait observer que c'est l'erreur des incrédules modernes et même d'un grand nombre de Catholiques qui , par ignorance, ne connaissent pas la nécessité de la grâce et s'imaginent que pour aller au ciel il suffit d'être honnête homme selon le monde).
Le C. : En voilà assez pour aujourd'hui ; retenez bien ce que nous venons de dire sur le caractère de la grâce et sur sa nécessité pour aller au ciel. Je crois que vous ne me faites pas grâce d'une histoire et je vais vous en raconter une.
Il y a quelque temps qu'un jeune homme de bonne famille se mit dans la tête d'entrer dans un régiment et de prendre le rang d'officier ; mais il n'avait pas la nomination du Roi et il ne voulait pas prendre l'uniforme du régiment où il voulait entrer. On lui dit qu'il ne pouvait pas être reçu. Il en parut fort étonné et déclara que c'était sa volonté d'entrer dans ce régiment; mais il ne voulait ni le consentement du Roi ni prendre le costume , soutenant que cela n'était pas nécessaire ; qu'il savait tirer des armes , qu'il était résolu à se bien battre contre les ennemis, que cela devait suffire. On eut beau lui dire que personne n'était reçu sans cela , il s'obstina dans sa résolution. Qu'en pensez-vous, Louis, cela était-il raisonnable ?
R. Non, M. , quand on entre dans un corps, il faut se conformer à la volonté des chefs.
Le C. : Eh bien , mes E. , ceux qui veulent aller
DE CATÉCniSilE. 23
au ciel sans la grâce sont aussi déraisonnables que ce jeune homme. Ils le sont même davantage, parce que la volonté de Dieu mérite plus de respect que celle des princes de la terre , et que le droit d'entrer au ciel est plus important que celui d'entrer dans un régiment.
( Quelques personnes penseront que nous disons des choses trop difficiles pour que les enfants puissent les comprendre ; mais nous leur opposerons l'expérience que nous avons faite. Nous avons trouvé des enfants de la campagne qui ne savaient pas lire et qui comprenaient très-bien tout ce que nous venons de dire. Il est vrai que ce n'est pas sans peine qu'on en vient là ; mais il ne faut pas se décourager, il faut compter beaucoup sur la grâce du bon Dieu, qui nous assiste particulièrement dans l'exercice de cette fonction , et qui accorde aux enfants des lumières surnaturelles pour leur faciliter l'intelligence de cette vérité capitale qui n'est pas assez connue même par les personnes qui font profession de piété. )
( Demain je ferai réciter la première Leçon. Dites le Symbole des apôtres, Augustin, mais bien lentement ; chantez : Oh que Jésus est un bon Maître ! etc.
TROISIE]\Œ JOUR ^ V^ '-y' ^
Le, C, : Louis, récitez VOraison dominicale et la Salutation angélique bien lentement.
( On commence par faire réciter la première Leçon du Catéchisme selon la méthode des frères. On interrogera ensuite sans ordre, tantôt d'un côté
tantôt de l'autre pour s'assurer que tous les enfants savent bien la lettre de cette première Leçon. )
Le C. : Mes enfants, aujourd'hui je ne fais réciter que la première Leçon, parce que je désire que vous la sachiez tous parfaitement. Je vous engage beaucoup à apprendre toutes les leçons suivantes sur les Sacrements. J'aurai même soin d'en faire réciter au moins une nouvelle tous les jours de Catéchisme , avant de vous donner les explications. Nous allons passer à la troisième demande de la Leçon sur la grâce, mais auparavant je voudrais être assuré que vous avez retenu et compris ce que j'ai expliqué hier. Voyons, qu'est-ce que la grâce, Nicolas (1)? Z' R. C'est un don surnaturel , etc.
/ Le C. : La faculté de parler , de voir , d'entendre ,
.( etc., est-ce un don surnaturel?
R. Non, M., ces dons sontnaturelset sont donnés à tous les hommes et même aux bêtes.
\^ Le C. : A quelle intention nous sont accordés les dons naturels?
(R. M. , ils nous sont donnés pour vivre sur la t erre.
Le C. : Pourquoi dites- vous que la grâce est un , don surnaturel ?
R. Je dis que la grâce est don surnaturel, parce qu'elle nous est donnée pour mériter le ciel.
Le C. : C'est bien et très-bien. Oh que je serais content si vous répondiez aussi bien à la demande que je vais vous faire ! Avons-nous droit naturellement à la grâce qui nous fait mériter le ciel?
R. Oui , M. , à cause du Raptême que nous avons reçu.
Le C. : Vous me répondez mieux que je ne voulais, M. E. , parce que je ne voulais pas encore parler du
(1) Quand on fait une demande , il faut souvent ne dire qu*à la fin le nom de l'enfant qu'on interroge , afin que tous les enfants soient tous plus attentifs.
Baptême. Voyons, qu'est-ce que la grâce, Rosalie? La grâce est-elle un don naturel ? Pourquoi ditesvous que c'est un don surnaturel?
( Rosalie répond fort bien , ainsi que beaucoup d'autres qui sont interrogés de même. )
Le C. : Voyons, Rosalie, que répondez-vous à la question que j'ai faite à Nicolas tout à l'heure ? Avons-nous droit à la grâce qui nous fait mériter le ciel?
R. Non , M. , nous n'y avons pas droit. C'est N.-S. J.-C. qui nous a obtenu ce bonbeur en mourant pour nous sur la croix.
Le C. : Voilà qui est bien répondu. Nous n'avons pas droit à la grâce, et c'est pour cela que nous na l'avons pas en venant au monde. Nous sommes alors sous l'empire du démon. Nous sommes exclus du ciel en qualité d'enfants d'Adam. Comprenez-vous tout cela, Rosalie?
R. Oui , M. , il me semble que je le comprends bien.
Le Ça.'. Avez-vous retenu. le trait de St; Vincent de Paul qui se mit parmi les galériens pour obtenir la grâce d'un autre galérien qui était au désespoir?
R. Oui , M. , je le raconterai si vous jugez à propos.
( Rosalie le raconte fort bien , et elle ajoute qu'il y a dans la parabole de Mathurin quelque chose qui aide aussi à bien comprendre comment N.-S. J.-C. nous a mérité la grâce. )
Le C. : Vous dites qu'il y a quelque chose dans la parabole de Mathurin qui a rapport au trait de St. Vincent de Paul : vous vous en souvenez bien?
R. Oui, M. , quand Mathurin fut chassé, il se retira dans une cabane où il était bien pauvre. Il avait plusieurs enfants. Le fils du grand seigneur , surpris par la pluie, entra dans la cabane, fut touché de la misère de ces gens là , demanda grâce à son père qui ne voulut pas l'accorder. Alors le fils du
seigneur prit de mauvais habits de Mathurin ; il engagea Mathurin à l'accompagner au château avec quelques-uns de ses enfants. Et quand le grand seigneur vit son fils dans cet état , il fut touché et fit grâce à Mathurin et aux enfants qui l'avaient accompagné. ( Voy. la Méthode-pratique , p. 188. )
Le C. : Cette parabole a-t-elle rapport à ce que vous dites sur la grâce ?
R. Oui, M. , elle représente N.-S. J.-C. qui s'est fait homme semblable à nous et a demandé grâce au Père céleste pour chacun de nous.
Le C. : C'est fort bien, mon E. , et j'en suis d'autant plus surpris qu'on m'assure que vous ne savez pas lire. Comment avez-vous fait pour retenir tout cela?
R. M. , j'ai fait comme le petit musicien , j'ai eu recours à la Sainte Vierge bien souvent , et ensuite j'ai une bonne voisine, m*^^^ Clotilde, qui a la bonté de m'interroger et de m'expliquer ce que je ne comprends pas.
( Ce que nous disons là est arrivé plus d'une fois : le Catéchiste en prend occasion pour recommander la prière à tous les enfants et pour engager les plus instruits à venir au secours des autres. Il leur annonce qu'on gagne sept ans d'indulgence quand on enseigne le Catéchisme ou quand on écoute ceux qui l'expliquent. Après avoir interrogé encore quelques enfants sur la définition de la grâce et sur sa nécessité , le Catéchiste passe à la troisième et à la quatrième question qu'il fait réciter à tous selon la méthode ordinaire. )
Le C. : Combien y a-t-il de sortes de grâces?
Le C. : Qu'est-ce que la grâce habituelle qu'on appelle grâce sanctifiante ?
{ Quand tous les bancs ont répondu à ces deux quêtions , on en commence l'explication ).
Le C. : Vous avez certainement compris, mes C. E., que tout ce que nous avons dit sur la nature (Je la
grâce et sur sa nécessité était très-important ; cependant , ce que nous allons dire l'est encore davantage ; ainsi, il faut redoubler d'attention et de prière ; néanmoins ne vous découragez pas , cela n'est pas aussi difficile à comprendre que vous pouvez le croire.
Le C. : François , combien y a-t-il de sortes de grâces ?
Il y en a , etc.
Le C. : Qu'est-ce que la grâce habituelle qu'on appelle sanctiCante ?
R. La grâce habituelle ou sanctifiante est celle qui est répandue dans notre ame par le St-Esprit, qui nous rend saints aux yeux de Dieu et nous donne droit à l'héritage éternel.
Le C. : François , peut-on aller au ciel sans la grâce sanctifiante ?
R. Non , M. , il est impossible d'aller au ciel sans cette grâce.
Ze ^. .' M. E. , vous faites- vous une idée de l'effet que la grâce sanctifiante produit dans notre ame ?
R. Il me semble que la grâce sanctifiante produit dans notre ame un effet qui ressemble à celui que le feu produit dans un fer rouge.
Le C. : Et quel efl"et le feu produit-il dans un fer rouge ?
R. Le fer rouge a les mêmes qualités que le feu ; il brûle comme le feu et il éclaire comme le feu.
Le C. : Où avez-vous trouvé cette comparaison?
R. Je l'ai trouvée dans une note qui est au bas de la page de notre Catéchisme ; je l'ai trouvée également dans le Pieux Souvenir des Ames du purgatoire.
Le C. : Le fer reste-t-il toujours rouge ?
R. Non , M. , il se refroidit peu à peu quand il n'est plus dans le feu.
Le C. : Quand nous avons la grâce sanctifiante , reste-t-elle toujours dans notre ame?
R. Non, M. , la grâce santifiaDte est affaiblie par le péché véniel , et elle est détruite par le péché mortel.
Le C. : Qui vous a dit cela , M. E. ?
R. M. , c'est le frère de l'école, et aussi je l'ai vu dans le Pieux Souvenir des Ames du purgatoire.
Le C. : C'est bien , M. E. Voyons , Clotilde , qu'est-ce que la grâce sanctifiante ? Peut-on aller au ciel sans la grâce sanctifiante? Quel effet produit dans notre ame la grâce sanctifiante ?
( Clotilde répond parfaitement à toutes ces questions ; elle emploie la comparaison du fer rouge , celle du charbon allumé et celle de la lampe de l'église. )
Le C. : Quel effet le péché véniel produit-il dans notre ame ?
R. Le péché véniel produit dans notre ame l'effet d'une goutte d'eau sur le fer rouge, c'est-à-dire qu'elle affaiblit la grâce.
Le C: Quel effet produit dans notre ame le péché mortel ?
R. Le péché mortel fait dans notre ame ce que fait une grande quantité d'eau sur le fer rouge , sur le charbon allumé , Teau éteint le feu et rend noirs et le fer et le charbon ; de même le péché mortel détruit la grâce dans notre ame et la rend noire au\ yeux de Dieu.
( Il faut faire les mêmes questions à plusieurs , jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que les enfants comprennent bien ).
Le C. : Voyons, Antoine, comprenez-vous ce que c'est que la grâce sanlifîante ?
R. M. , c'est un grand feu que le bon Dieu met dans notre ame.
( Tous les enfants partent d'un éclat de rire; le Catéchiste baisse Jes veux , prend un visage triste et dit :
Le C. : Mes E. , vous savez que je n'aime pas qu'on se moque de ceux qui répondent , quand même ils répondraient mal. Vous avez manqué à la charité envers le prochain et de respect envers J.-C. qui est ici présent. Mettons-nous tous à genoux et faisons un acte de contrition.
( Tout le monde se met à genoux et fait l'acte de contrition. )
Le C. : Mes enfants , vous vous êtes peut-être trop pressés pour condamner la réponse qu'on vient de faire. Auloine, vous avez dit que la grâce sanctiliante est un grand feu que le bon Dieu met dans noire ame : mais entendez -vous que ce soit un feu matériel comme celui de la cheminée , comme celui qu'on met au four ?
R. Oh non , M. , c'est un feu qui vient du ciel et qui conduit au ciel.
Le C. : Ce feu là brùle-t-il notre ame ?
R. Non, M. , il la purifie et la rend agréable à Dieu.
Le C. : Y a-t-il quelque chose dans notre ame que la grâce sanctifiante doit brûler et détruire ?
R* Oui, M. , la grâce doit brûler et détruire nos mauvais penchants ; par exemple , l'habitude de jurer, de dire des mensonges, etc.
Le C. : Eh bien , mes enfants , a-t-il mal répondu , Antoine ? a-t-il une juste idée de la grâce sanctifiante ? Qu'en pensez- vous, Augustin?
R. Oui , M. , il a bien répondu, et je voudrais bien avoir répondu comme lui.
Le C. : Cependant Antoine ne sait pas lire : n'estil pas vrai , mon enfant ?
R. C'est vrai que malheureusement je ne sais pas lire.
Le C. : Et comment faites- vous pour comprendre votre Catéchisme aussi bien ?
R. M. , je le demande à S. Antoine mon patron ,
et ensuite je parle souvent avec le Gros-Pierre qui est dans mon village et qui sait beaucoup d'aÉFaires.
Le C. : Vous apprend-il la lettre du Catéchisme ?
R. Non, M. , parce qu'il ne la sait pas bien, n'étant pas de ce diocèse.
Le C. : Voilà, mes enfants , le grand avantage de bien comprendre les explications du Catéchisme. Les mots ne sont pas les mêmes dans tous les diocèses , mais le sens est le même partout» Je reprends donc maintenant la première réponse qu'a faite Antoine, et vous allez voir qu'elle est plus juste que vous n'avez cru d'abord. Marie, quand vous êtes à l'école, est-ce que les sœurs ne vous font pas invoquer le Saint-Esprit ?
R. Pardonnez -moi. M., nous l'invoquons dans une prière et dans un cantique.
Le C. : Récitez la prière.
R. Venez , Esprit Saint , remplissez les cœurs de vos fidèles , et allumez-y le feu de votre amour.
Le C. : Que demandez-vous à l'Esprit Saint par cette prière ?
R. Je lui demande la grâce.
Le C. : La grâce est donc un feu, mes C. E. ; mais c'est un feu surnaturel, comme disait Antoine, un feu qui vient du ciel, qui nous purifie, qui nous donne de la force, de l'activité. J'invite les choristes à chanter le cantique d'invocation du Saint-Esprit.
Esprit Saint, descendez en nous, Embrasez nos cœurs de vos feux , De vos feux les plus doux, etc.
(Après le premier couplet , le Catéchiste fait observer que cette invocation parle aussi d'un feu. Il en est de même du cantique E&prit Saint, comblez nos vœux ; dans le Feni Creator, et dans beaucoup de prières de l'Eglise , la grâce de l'Esprit Saint est désignée comme un feu. Ces observations peuvent
DE Catéchisme. 31
disposer les enfants et même les grandes personnes , sans en excepter le Cathéchiste , à donner un peu plus d'attention à Tinvocation du Saint Esprit , soit dans le cantique, soit en récitant le Feni Sanctc ou le Feni Creator. )
Le C. : Mes C. E. , vous avez dit lout-à-rheure que le fer rouge prenait la couleur et la nature du feu : eh bien , la grâce sanctifiante venant de Dieu , nous fait participer à la nature de Dieu , selon le langage de St. Pierre. Vous avez comparé la grâce sanctifiante à la lampe de l'église quand elle est allumée. C'est aussi pour cela qu'on allume des cierges à l'autel , qu'on en fait prendre aux enfants qui font leur première communion. On veut leur donner une image de l'effet que la grâce doit produire dans notre ame. Je reviendrai surtout cela plus tard. Mais il faut que je vous raconte une histoire. 11 y a quelque temps qu'un jeune soldat était en Italie , et quand il pouvait , il allait dans les églises et surtout les dimanches et les fêtes. De retour , il racontait à son curé que dans les églises d'Italie , ou allumait beaucoup de cierges, surtout les jours de grandes fêtes. J'en ai compté jusqu'à cinq ou six centSj et on m'a assuré qu'il y en avait plusieurs mille.— Ne trouvais-tu pas tout cela bien beau? lui dit le curé. — Oh , c'est magnifique ! répond le soldat , quand on voit cela , il semble qu'on est dans le ciel.— Te souviens-tu de ton Catéchisme, Ernest? , — Oui , M. , je me souviens surtout des histoires i que vous nous racontiez et des comparaisons dont | vous faisiez usage. — Te souviens-tu de la compa- j raison de l'ame qui a reçu la grâce sanctifiante et de j la lampe de l'église? — Ah , si je m'en souviens ! je i vous assure , M. le curé , que j'y pensais quand j'étais dans l'église : je me disais , ceux qui sont en état de grâce, ressemblent à un cierge allumé, ce qui fait une illumination spirituelle qui est l'objet de
32 TROISIÈME JOIR
l'admiration des anges. — Cette pensée te donnaitelle un peu de dévolion ? — Pas autant que j'aurais voulu ; mais cependant je faisais des actes de contrition et d'amour de Dieu , afin d'allumer le cierge de mon ame.
Faites la même chose, mes C. E. , et n'oubliez jamais l'illumination spirituelle de l'église : tenez votre ame en état de grâce eu évitant le péché et en pratiquant la vertu. Demain je ferai réciter la seronde et la troisième Leçon du Catéchisme en commençant.
Antoine, dites le Symbole des Jpôtres tout haut, lentement et distinctement ; chantez le cantique : Esprit Saint , descendez en nous.
fi^
QUATRIÉ^IE JOUR
SUR LÀ GRACE
Le C. : Chantez le cantique ^''invocation du Saint- Esprit et chantez-le avec plus d'attention. Jacques , dites VOraison dominicale et la Salutation angélique.
Le C. : Je désire , mes enfants , qu'on récite encore aujourd'hui la première Leçon.
( On la récite comme à l'ordinaire , c'est-à-dire la réponse et ensuite la demande à laquelle répond le voisin. Il faut faire réciter de même la seconde et la troisième Leçon , le tout pendant demi-heure. )
Le C. : Je ne sais si je me trompe, mesE., mais il me semble que le dernier Catéchisme vous a intéressés , vous avez appris des choses qui vous ont étonnés; pour moi j'ai été fort content de l'attention avec laquelle on écoutait et des citations qui m'ont été faites par quelques-uns d'entre vous , parce que j'en ai conclu que vous faisiez attention à ce que
VOUS disaient vos maîtres et maîtresses d'école. Je désirerais savoir ce qu'on a relenu de particulier sur le dernier Catéchisme. Voyons , qu'avez- vous retenu , Frédéric ?
R. M. , j'ai retenu que , sans la grâce , on ne peut pas aller au ciel.
Le C. : Et vous , Claude , qu'avez-vous retenu ?
R. M. , la même chose.
Le C. : La même chose , c'est bientôt dit ; mais il faudrait s'expliquer plus clairement : que vient de dire Frédéric ?
R. M. , il a dit qu'il fallait être bien sage pour aller au ciel.
Le C. : Roch , auriez-vous répondu comme cela?
R. Non, M. , j'aurais dit, comme Frédéric, que sans la grâce on ne peut pas aller au ciel.
Le C. : Répétez la même chose, Claude?
R. Sans la grâce , nous ne pouvons pas être sages et nous ne pouvons pas aller au ciel.
Le C. : Qu'est-ce que la grâce , Roch ?
R. La grâce est , etc.
Le C. : Combien y a-t-il de sortes de grâces ? Qu'est-ce que la grâce santifiante ? A quoi peut-on comparer la grâce sanctifiante ?
R. On peut la comparer au feu qui fait rougir le fer et enflamme le charbon ; on peut la comparer aussi à la lampe de l'église, au cierge allumé.
Le C. : C'est très-bien. Voyons, Antoine, qui me répondîtes si bien hier, quoique vous ne sachiez pas lire : qu'avez-vous retenu de ce que nous avons dit ?
R. J'ai retenu l'illumination de l'église : je l'ai racontée à Gros-Pierre qui en a été bien content.
Le C. : Mais comment l'avez-vous racontée?
R. J'ai dit que notre ame , en état de grâce , était comme les cierges qu'on allumait à l'autel , et Gros- Pierre m'a dit que dans le temps de Pâques l'illumination devait être plus belle que dans les autres temps, et moi je lui ai dit oui.
3i QUATRIÈME JOUR
Le C. : Avez-vous retenu quelque chose de ce que nous avons dit hier , Marthe ?
R. M. ^ j'ai retenu que je voudrais bien être en état de grâce , afin de brûler devant Dieu comme la lampe de l'église et le cierge de l'autel.
Le C. : Savez- vous ce qui nous fait perdre la grâce ?
R. On a dit que c'était le péché mortel et le péché véniel.
Le C. : Le péché véniel nous fait-il perdre la grâce en entier ?
R. Je crois que non.
Le C. : On dirait que vous n'êtes pas bien sûre de ce que vous répondez , et cependant il faut l'être. Qu'en pensez-vous , Ursule ?
R. M. , je regarde comme certain que le péché véniel ne nous fait pas perdre entièrement la grâce sanctifiante ; mais ce péché la diminue et i'afl*aiblit. 11 n'y a que le péché mortel qui nous fait perdre la grâce entièrement; par exemple, une goutte d'eau affaiblit le feu dans le charbon allumé et dans le fer rouge , mais il faut beaucoup d'eau pour éteindre l'un et l'autre.
Le C. : C'est bien.
( On fait la même question à Marthe pour l'affermir dans sa réponse ; on fait aussi cette question à quelques autres filles et garçons , afin de faire apprécier aux enfants la grâce sanctifiante et de les éloigner autant qu'il est possible de commettre des fautes ).
Le C. : Il me semble, mes E. , que vous comprenez tous assez bien ce que c'est que la grâce sanctifiante , c'est-à-dire la grâce habituelle , la grâce qui réside dans notre ame , quand nous sommes exempts de péché mortel , quand nous sommes en état de grâce. Il s'agit maintenant de vous donner une idée juste de la grâce actuelle , afin de ne pas la confondre avec la grâce habituelle.
DE CATÉCHISME. 3o
Le C. : Qu'est-ce que la grâce actuelle , François ?
R. C'est une lumière surnaturelle et un bon mouvement intérieur que Dieu nous donne , etc.
( Il faut faire répéter à tous la même réponse , en ajoutant la demande à laquelle l'enfant qui suit doit répondre).
Le C. : Apercevez-vous une différence essentielle entre la grâce habituelle et la grâce actuelle , Joséphine ?
R. Il me semble que j'en vois une , M. ; mais j'ai peur de me tromper.
Le C. : Il est vrai que cela est un peu difficile : je vais vous l'expliquer. Faites -y bien attention, et surtout n'oubliez pas ce que je vous ai souvent recommandé, de vous adressera la Sainte Vierge, à votre Ange gardien , pour demander la grâce de bien comprendre les explications. La grâce actuelle est un don surnaturel comme la grâce habituelle ; c'est aussi un don qui nous est fait gratuitement en vertu des mérites de N.-S. J.-G. ; mais quand on a reçu la grâce habituelle ou sanctifiante , elle réside habituellement dans notre ame tant que nous ne commettons pas de péché mortel ; au lieu que la grâce actuelle ne fait pour ainsi dire que passer dans notre esprit ou dans notre cœur : c'est comme un éclair dans notre esprit , un remords , un bon désir de faire le bien que Dieu met dans notre cœur. Comprenez - vous cette première différence , Joséphine ?
R. Oui, M., la grâce sanctifiante reste dans notre ame, au lieu que la grâce actuelle ne fait qu'y passer comme un éclair qui nous fait voir les choses un instant, tandis que le soleil nous les fait voir d'une manière fixe et permanente.
Le C. : Votre comparaison du soleil et de l'éclair est assez bonne : qu'en pensez -vous , François ,... Augustin,... Marie,... Clotilde,... etc.?
3(3 QIATRIKME JOUR
{ Quand plusieurs enfants ont bien saisi cette diflérence , on passe à une seconde qui n'est pas aussi aisée à définir. )
Le C. : 2° La grâce sanctifiante n'est accordée qu'à ceux qui sont convertis ; c'est même cette grâce qui purifie leur conscience , qui les convertit , qui les rend saints et agréables à Dieu ; mais la grâce actuelle est accordée aux pécheurs pour les exciter à se convertir.
Augustin , avez- vous fait attention à ce second caractère de la grâce actuelle ?
R. Oui , M. , la grâce actuelle nous est donnée pour nous convertir , au lieu que la grâce habituelle nous donne la sainteté.
( Faites répéter la même chose à cinq ou six enfants. )
Le C. : 3° La grâce sanctifiante, en nous rendant saints , nous donne le droit d'aller au ciel si nous la possédons au moment de la mort; tandis que la grâce actuelle qui ne nous a pas convertis , ne nous purifie pas de nos péchés et ne nous empêche pas d'être condamnés aux peines de l'enfer.
Le C. : Pour vous faciliter le souvenir de ces trois raractères, je vais vous les répéter. 1° La grâce sanctifiante reste dans Tame , au lieu que la grâce actuelle ne fait que passer. 2° La grâce sanctifiante est accordée aux justes , et c'est ce qui les rend saints et agéables à Dieu , au lieu qu'elle n'est accordée aux pécheurs qu'au moment où ils se convertissent. 3** La grâce sanctifiante nous donne le droit d'aller dans le ciel , au lieu que la grâce actuelle ne nous le donne pas. Quand vous aurez bien retenu ces trois différences , mes enfants , je vous ferai ([uelques observations de plus, et je chercherai quelque comparaison qui vous aide à mieux comprendre. Voyons, quelle ditférence y a-t-il entre la grâce actuelle et la grâce habituelle , Clolilde ?
R. M., la grûce actuelle est un don surnaturel qui nous est accordé en vertu des mérites de J.-C. comme la grâce habituelle ; mais il y a trois différences entre ces grâces : 1** La grâce habituelle habite dans l'ame et la grâce actuelle ne fait qu'y passer; 2° La grâce habituelle est accordée aux justes et les rend saints, tandis qu'elle n'est pas accordée aux pécheurs qui ne se convertissent pas ; 3" La grâce habituelle nous donne droit d'aller dans le ciel si nous la possédons au moment de la mort , tandis que la grâce actuelle ne nous donne pas ce droit.
Le C. : C'est bien ; vous n'avez pas répété les mots , mais vous avez rendu les mêmes pensées , et c'est l'essentiel. Dites -moi la différence qu'il y a entre la grâce habituelle et la grâce actuelle, François? • ( François répond comme Clolilde , Augustin de même , Joséphine de même , ainsi que deux ou trois autres qui sont plus intelligents. )
Le C. : MesE. , cette réponse est un peu longue, et je suis persuadé qu'il y en a plusieurs parmi vous qui se découragent et qui ne croient pas pouvoir la retenir. Eh bien , je vais vous faire voir que vous la comprenez. Voyons , Frédéric , la grâce actuelle est-elle un don surnaturel comme la grâce habituelle ?
R. Oui , M. , c'est aussi un don gratuit qui nous est donné en vertu des mérites de J.-G. comme la grâce habituelle.
( On fait la même demande à plusieurs qui font la même réponse. )
Le C. : La grâce actuelle reste-t-elle dans l'ame comme la grâce habituelle , Frédéric ?
R Non , M. , elle ne fait que passer comme un éclair.
Le C. : Dites-moi, Frédéric, est-ce qu'il ne vous est pas arrivé d'apercevoir dans votre ame que vous aviez tort de parler pendant le Catéchisme, comme vous le faisiez tout-à-l'heure ?
R. Pardonnez-moi , M.
Le C. : Etait-ce une grâce habituelle que vous receviez ou une grâce actuelle ?
R. Cette grâce ne faisant que passer dans mon esprit, c'était une grâce actuelle.
Le C. : François , vous avez dit l'autre jour que votre mère vous grondait quand vous manquiez la messe les dimanches , et je suis persuadé que vous receviez des reproches intérieurement dans la conscience : eh bien , ces reproches ne devez- vous pas les regarder comme une grâce actuelle?
R. Oui, M. , et maintenant je suis bien content de m'êlre corrigé.
Le C. : Vous pouvez juger par ces exemples , mes enfants, en quoi consiste la grâce actuelle : toutes les bonnes pensées que nous avons , tous les bons désirs y tous les remords , ce sont tout autant de grâces actuelles que Dieu nous accorde pour nous convertir , et nous faire pratiquer la vertu ; mais ce n'est qu'une grâce passagère , une grâce actuelle , et non la grâce sanctifiante.
Le C. : Louise , quand l'idée vous est venue d'aller accompagner le Saint-Sacrement qu'on portait à un malade , cette idée était-ce une grâce actuelle?
R. Oui , M. , et aussi l'idée de ne pas aller au bal quand on m'y engageait.
Le C. : Sulfit-il d'avoir une bonne idée , un bon désir pour avoir la grâce sanctifiante?
R. Non, M., ces idées et ces désirs ne sont que des grâces actuelles.
Le C. : Quand on a la grâce sanctifiante au moment de la mort , a-t-on droit d'aller au ciel?
R. Oui , M. , on a droit d'aller au ciel ; mais on irait en purgatoire si on avait encore sur la conscience des péchés véniels.
Le C. : Un pécheur qui fait le projet de se convertir au moment de la mort, n'a-t-il pas une bonne pensée?
R. Il a une bonne pensée , mais c'est une grâce actuelle qui ne suflit pas pour lui donner le droit d'aller au ciel.
Le C. : Que faut-il donc qu'il fasse de plus ?
R. Il faut qu'il se convertisse réellement en demandant pardon à Dieu et en se confessant.
Le C. •• 11 y a donc une ^rande différence entre la grâce habituelle ou sanctifiante , et la grâce actuelle?
R. Oui , M. , il y a une grande différence : les grands pécheurs reçoivent la grâce actuelle , mais ils n'ont pas la grâce sanctifiante ; on va au ciel avec la grâce habituelle , on n'y va pas avec la grâce actuelle toute seule.
( Faites bien saisir cette distinction à tous vos enfants, en leur faisant des questions équivalentes à celles qui viennent d'être proposées ; vous finirez certainement par leur donner une idée claire de la grâce sanctifiante et de la ^râce actuelle. )
Le C. : 11 y a encore une différence , mes E. , entre la grâce habituelle et la grâce actuelle que je dois vous faire remarquer, pai'ce qu'elle est essentielle, y Nous avons dit que la grâce sanctifiante résidait dans Tame et la rendait belle aux yeux de Dieu et des Anges qui la voient; mais nous ne pouvons pas la voir , cette grâce : elle est toute intérieure ; nous ne la verrons que dans le ciel. Tant que nous sommes dans cette vie , nous ne savons pas si nous la possédons. Nous pouvons le croire et l'espérer lors- \ que nous n'apercevons aucun péché mortel sur notre conscience ; mais nous devons toujours un peu craindre et demander miséricorde au bon Dieu.
La grâce actuelle est quelquefois intérieure et quelquefois extérieure. Elle est intérieure quand elle agit directement sur notre ame en l'éclairant sur nos devoirs, en nous excitant à les remplir , en nous inspirant des remords quand nous sommes infidèles.
La grâce actuelle est extérieure , quand elle nous ,
VO QIATBIÈME JOIR
éloigne du mal ou nous porte au bien par les bons conseils que nous recevons , par les bons exemples que nous avons devant les yeux, par les bonnes lectures de piété que nous faisons , etc. ; ceci n'est pas bien dilKcile , mes enfants , aussi je suis persuadé que vous allez tous me bien répondre. Voyons, Juli« , pouvons-nous voir la grâce sanctifiante dans notre ame ?
R. Non , M. , il n'y a que le bon Dieu ou les anges qui la voient. '
Le C. : Cependant , on dit quelquefois : Voilà un jeune homme qui est un saint.
R. On le dit, M. , mais on n'en est pas certain ; on ne voit pas en lui la grâce sanctifiante.
Le C. : Mais pourquoi dit-on qu'il est un saint ?
R. On le dit par conjecture, parce qu'on voit qu'il se conduit comme faisaient les Saints ; mais on ne le sais pas positivement.
Le C. : La grâce actuelle est-elle toujours intérieure ?
R. Non , M. , elle est quelquefois extérieure.
Le C. : Citez-moi quelques exemples d'une grâce actuelle extérieure.
R. M. , la mission qu'on vient de donner dans la paroisse est une grande grâce extérieure , à cause des bons discours que nous avons entendus et des bons exemples que nous avons eus sous les yeux.
Le C. r Le Catéchisme où vous assistez , est-ce une grâce ?
R. Oui , M. , c'est une grande grâce , parce que nous y apprenons ce qu'il faut faire pour aller au ciel , mais c'est une grâce extérieure.
( Faites les mêmes questions à plusieurs , avec quelques variétés en citant les diverses grâces intérieures ou extérieures que les enfants reçoivent. )
Le C. : Je voudrais bien savoir , mes enfants , si la maladie est une grâce actuelle : qu'en pensezvous , Roch ?
R. M. , je ne sais pas , mais je sais que c'est bien ennuyeux ; j'avais la fièvre il y a quelques jours , et le temps me durait d'en être débarrassé.
Le C. : Je vois bien que Rocb conserve un peu de rancune contre la fièvre , ce qui l'empêche de me bien répondre. Voyons, Mélanie , les afflictions , les maladies, sont-elles quelquefois une grâce actuelle?
R. Oh oui , M. , quelquefois. Nous avions un voisin qui était méchant comme tout; depuis qu'il a été malade il n'est plus le même.
Le C. : Il est vrai que les afflictions sont quelquefois une grande grâce, dont le bon Dieu se sert pour nous détacher des créatures , et nous rapprocher de la Religion. L^autre jour , mes E. , le temps paraissait bien mauvais , on craignait la grêle : eh bien , tout le monde courait à l'église pour demander la grâce d'être préservé.
( Faites encore quelques questions sur cela à divers enfants , afin qu'ils comprennent bien qu'ils sont entourés de grâces actuelles intérieures et extérieures qui les disposent à remplir leurs devoirs. )
Le C. : Passons maintenant à une autre demande du Catéchisme. La grâce actuelle est-elle nécessaire à ceux qui ont la grâce sanctifiante , François ?
(François répond et fait la question à son voisin , / et ainsi de suite rapidement du premier banc au f^ ^ „ second, etc.) f,' "t^
Le C. : Cette demande n'exige pas beaucoup' V*^^ d'explications, parce qu'elle est claire. Cependant je j^iJ»^ demande â François si une fois qu'on est converti et qu'on a reçu la grâce sanctifiante , on ne peut pas vivre tranquille sans faire de prières et d'autres bonnes œuvres.
R. Non, M. ; au contraire , quand on est convertij il faut prier et faire des bonnes œuvres pour persévérer dans la vertu.
Le C. : Qu'en pensez-vous, Augustin,... Louis,... Frédéric,... Marie, Julie,... Cécile... ?
Le C. : Si on ne mettait point d'huile à la lampe , qu'arriverait-il , Régis ?
R. Elle s'éteindrait.
Le C. : Si , quand on s'est bien confessé , on ne faisait plus rien pour Dieu, qu'arriverait-il ? conserverait-on la grâce sanctifiante ?
R. Non , M. , on a comparé la grâce sanctifiante à un feu : pour l'entretenir , il faut y mettre du bois , c'est-à-dire faire des bonnes œuvres.
Le C. : Quand on est bien portant, que faut-il faire pour se maintenir en santé , Glotilde?
R. 11 faut prendre de la nourriture, faire de l'exercice , se reposer , etc. Il en est de même de la sainteté : il faut l'entretenir par des lectures pieuses, par les Sacrements et autres bonnes œuvres.
Le C, : La comparaison de la lampe à laquelle il faut mettre de l'huile , celle du feu qu'on entretient en y mettant du bois, celle de la santé qu'il faut soutenir par la nourriture, toutes ces comparaisons nous font comprendre la nécessité de faire des bonnes œuvres pour persévérer dans la vertu ; et pour cela il ne suffit pas d'avoir la grâce sanctifiante, il faut en outre avoir la grâce actuelle , c'est un article de foi ; il faut donc demander souvent à Dieu la grâce , afin de persévérer dans la vertu.
(Demander à plusieurs si la grâce actuelle est nécessaire , et ensuite leur rappeler que c'est un article de foi , que nous ne pouvons rien faire dans l'ordre du salut sans la grâce de Dieu : les pécheurs la demandent pour se convertir, et les justes la demandent pour persévérer dans la vertu. )
Le C. : Quelle est la question suivante, François? faites-la ainsi que la réponse.
D. Ceux qui font le bien avec le secours de la grâce peiivent-ils s'en glorifier ?
R. Ceux qui font le bien doivent en rendre la gloire à Dieu.
( Faites répéter la demande et la réponse à tous les enfants , soit en suivant les bancs , soit en les interrogeant sans ordre. )
Le C. : D. Coopérons-nous à la grâce , François?
R. Oui, M. , nous y coopérons yéritablement et librement.
( Faites encore répéter cette demande et la réponse. )
Le C. : Il me semble, M. E. , que ces deux demandes se contredisent : d'un côté , on dit que nous coopérons avec la grâce ; de l'autre côté, que lorsque nous faisons le bien , il faut en rapporter à Dieu toute la gloire : qu'en pensez -vous , Augustin ?
R. M. , je ne comprends pas bien ces deux demandes.
Le C. : Et vous , Louis , les comprenez-vous ? y a-t-il une contradiction dans ces deux demandes ?
R. M. , c'est bien difficile à comprendre.
Le C, : Clotilde , comprenez-vous ce que je demande?
R. M. , vous demandez s'il n'y a pas contradiction ^ de dire que toute la gloire du bien que nous faisons doit être rapportée à Dieu , quoique nous y coopérions librement.
Le C. : C'est cela. Eb bien , apercevez- vous une contradiction dans cette proposition ?
R. Je le vois bien un peu; mais d'un autre côté je ne puis pas croire que le Catéchisme se contredise , et alors j'aime mieux dire que je ne comprends pas bien.
(Il est bon de faire ainsi ressortir l'embarras des enfants qui sont plus instruits, pour les rendre tous plus attentifs. )
Le C. : Mes E. , il y a quelques jours que je vis un petit enfant qui voulait pousser une grosse pierre , mais il ne pouvait pas en venir à bout ; son père vint et lui dit : Continue à pousser et je t'aiderai ; l'en-
faDl pousse la pierre conjointement avec son père, et elle changea de place ; Tenfant alla le dire à sa mère pour lui faire voir qu'il était devenu bien fort. Dites-moi , Clotilde , cet enfant avait-il raison de se vanter ? était-ce lui qui avait fait changer de place la grosse pierre ?
R. Non , M. , l'enfant aurait eu beau faire , il n'en serait pas venu à bout si son père ne lui avait pas aidé.
Le C. : Mais n'est-ce pas le père qui a eu la plus grande part au changement de la pierre ?
R. Oui , M. , c'est le père qui en aurait la gloire , et le pauvre petit n'a presque rien fait.
Le, C. : Clotilde , n'avons-nous pas dit que sans la grâce nous ne pouvons rien faire qui soit méritoire pour le ciel?
R. Oui , M. , nous l'avcms dit , et je vois bien maintenant que Dieu étant tout puissant, tandis que nous sommes faibles et incapables de faire le bien , la gloire de tout ce que nous faisons doit revenir à Dieu.
Ze C. : C'est très-bien , vous avez fait une juste application de la comparaison que je vous ai citée. Augustin , y a-t-il contradiction à dire que nous coopérons avec la grâce que Dieu nous donne , et que cependant nous devons rapporter à Dieu la gloire de tout le bien que nous faisons.
R. ÎSon, M., il n'y a pas contradiction, parce que , sans la grâce , nous ne pourrions pas pratiquer la vertu , et que c'est Dieu qui nous en donne le pouvoir.
Le C. : Avez- vous bien compris comment nous coopérons à la grâce , et que cependant nous ne pouvons nous glorifier des vertus que nous pratiquons, Louis?
R. Oui , M. , je le comprends : puisque nous ne pouvons pas faire le bien sans le secours du bon
Dieu et de sa ^ràce , il est évident qu'il faut eu rapporter la gloire à Dieu.
Le C. : N'oubliez pas la comparaison de la pierre et du petit enfant , et vous répondrez facilement à toutes les questions que je vais vous faire. Je connais, mes chers enfants, une jeune fille qui sait bien son Catéchisme , qui répond bien quand on l'interroge , même quand on lui fait des demandes qui ne sont pas dans le Catéchisme : l'autre jour elle se vantait de cela, elle en tirait vanité , elle se préférait à toutes les autres. Eh bien , je demande si elle avait raison , si elle pouvait s'attribuer la gloire d'être plus forte que les autres. Voyons , qui va me répondre à cette question? Je m'adresse à François. Qu'en pensez- vous? cette fille a-t-elle raison de se vanter et de se préférer aux autres ?
R. Non , M. ; c'est comme si le petit enfant voulait faire croire que c'est lui qui a fait changer de place la grosse pierre qui est au-dessus de ses forces.
Le C. : Mais est-ce un péché de se vanter du bien que l'on fait , des vertus qu'on pratique ?
R. Oui , M. , c'est ôter à Dieu la gloire qui lui revient.
Le C. : Mes E. , cette première décision peut vous aider à en donner beaucoup d'autres. Mélanie , je sais que vous avez résisté l'autre jour aux personnes qui voulaient vous mener au bal : pourriez-vous en 4irer vanité ?
R. Non , M. , c'est la grâce de Dieu qui m'a soutenue ; aussi j'en ai bien remercié le bon Dieu.
Le C. : J'aime bien ce que vous venez d'ajouter : j'en ai bien remercié le bon Dieu. Oui, mes enfants, il faut témoigner au bon Dieu votre reconnaissance de tout le bien que vous faites ; c'est le moyen sûr d'attirer sur soi de nouvelles grâces. Charles, l'autre jour l'un de vos camarades vous donna un coup de poing : vous aviez bien envie de vous mettre en
colère , et cependanl vous ne le fîtes pas : pouvezvous tirer gloire de votre modération ?
R. Non, M. , c'est bien le bon Dieu qui me retint, car le sang me monta à la tête ; mais je m'étais confessé peu auparavant, et alors je m'arrêtai.
Le C. : M. E. , avez-vous remercié le bon Dieu de la grâce qu'il vous a faite ?
R. Je vous promets bien que je le ferai ce soir.
( On peut multiplier les exemples de ce genre qui sont doublement utiles pour corriger de quelques défauts et exciter à la reconnaissance. )
Le C. : Mes enfants , tenons-nous-en là pour aujourd'hui ; nous y reviendrons demain , parce que c'est un objet important.
Je vais vous raconter une histoire que vous connaissez tous , mais dont vous ne tirez pas toutes les conséquences qu'il faudrait dans la pratique.
Saint Pierre était un pauvre artisan qui passait sa vie à la pêche des poissons. N.-S. J.-G. l'engagea à le suivre, et il le fit très-promptement. Il aimait beaucoup N.-S. , et il était dans l'admiration de tous les miracles qu'il lui voyait faire. N.-S. lui ayant annoncé sa mort prochaine et les tourments qu'on allait lui faire souffrir , il ajouta ces paroles : Vous serez tous scandalisés , effrayés cette nuit , et vous m'abandonnerez. St. Pierre répondit : Quand tous les autres prendraient la fuite et vous abandonneraient, je tiendrai ferme et je vous suivrai partout. N.-S. lui répondit : Avant que le coq chante tu m'auras renié trois fois(l). S. Pierre protesta qu'il n'en serait rien. Quand N.-S. fut arrêté au jardin des Olives , St. Pierre montra encore du courage ; quelques moments après , il ne le suivit plus que de loin ; pendant que notre divin Maître était entre les
(1) Faites remarquer aux enfants que les coqs se couchent de bonne heure et chantent de grand matin.
mains des soldats qui se moquaient de lui , qui le frappaient et lui faisaient toutes sortes d'outrages, une servante dit à St. Pierre, vous êtes le disciple de cet homme et St. Pierre le nia; une autre servante lui tint le même langage quelques moments après , St. Pierre protesta que cela n'était pas vrai ; enfin quelques hommes lui dirent : Vous êtes le disciple de Jésus , nous vous avons vu dans le jardin ; alors St. Pierre prit une grande vivacité , non seulement il renia J.-C. , mais il fit serment qu'il ne le connaissait pas. Convenez , mesE. , que St. Pierre commit là un grand crime. Mais savez-vous pourquoi il tomba dans ce crime ? c'est qu'il se laissa aller à l'orgueil , à la présomption ; au lieu de prier Dieu pour demander la grâce dont il avait besoin , il s'imagina être assez fort de lui-même , et il fit l'expérience de sa faiblesse.
( Demain je ferai réciter la quatrième Leçon. Pierre , dites les actes de foi , d'espérance , de charité et de contrition , mais bien lentement et bien distinctement ; chantez le cantique : Que Jésus est un bon Maître ! etc.
SUR LA GRACE
Le C. : Après le cantique àHnvocaiion , dites V Oraison dominicale et la Salutation angélique ^houis.
( Faites réciter la troisième et la quatrième Leçon du Catéchisme , en suivant la méthode ordinaire.
Le C. : Mes E. , le dernier Catéchisme vous a beaucoup intéressés, parce qu'il était facile de le mettre
.fju 'J^
iS CINQUIÈME JOUR
eu pratique. Vous n'avez pas oublié la grosse pierre et le petit enfant qui ne pouv ait pas la remuer, et le père qui est venu à son secours et qui a plus fait que lui ; vous avez compris que nous ne pouvons rien faire sans la grâce , et que la grâce venant de Dieu qui est tout puissant , lorsque nous pratiquons la vertu, Dieu fait plus que nous, et que nous devons lui témoigner sans cesse notre reconnaissance. Mais voyons si on a bien retenu.
Le C. : Pouvons-nous observer les commandements de Dieu sans la grâce , André ?
R. Non , M. , sans la grâce nous ne pouvons rien faire qui soit méritoire pour le ciel.
( Faites la même demande à plusieurs. )
Le C. : Quand nous avons fait une bonne action, pouvons-nous en tirer vanité , Alphonse?
R. Non, M. , parce que c'est la grâce qui nous donne le pouvoir d'agir.
Le C. : Mais ne coopérons-nous pas avec la grâce ?
R. Oui , M. , mais la grâce fait plus que nous.
Le C. : Que faut- il donc faire quand on s'est préservé du mal ou quand on a pratiqué le bien ?
R. Il faut en remercier le bon Dieu comme l'auteur de tout bien.
Le C. : Pourriez-vous donner une comparaison qui nous fasse comprendre cela?
R. Oui , M. , c'est la comparaison d'une grosse pierre qu'un enfant voudrait faire changer de place ; il a beau faire , il n'en vient pas à bout si son père ne lui aide pas.
Le C. : Que représente la pierre?
R. La pierre représente les commandements de Dieu et de l'Eglise , que nous ne pouvons pas pratiquer sans la grâce.
Le C. : Que représente le petit enfant?
R. Le petit enfant représente chacun de nous qui sommes faibles comme des enfants.
Le C. : Si Tenfant se vantait d'avoir remué la pierre , que lui diriez-vous ?
R. Je lui dirais qu'il est une bête.
Le C. : Il ne faudrait pas vous exprimer ainsi , M. E. ; il faudrait lui dire que vous ne le croyez pas , qu'il est trop faible pour cela ; vous pourriez même lui dire : Eh bien , essaye encore et nous verrons si tu es bien fort ; mais il ne convient pas de dire à qui que ce soit , vous êtes une bête. Vous ne parleriez pas ainsi au fils de M. le maire , au fils de M. le comte qui habite le château. Tous les chrétiens sont enfants de Dieu, tous les pauvres peuvent posséder la grâce qui est un riche trésor, tous ont droit d'aller au ciel , ce qui vaut mieux que tous les châteaux de l'Univers (1).
Le C. : Que représente le père de l'enfant?
R. Le père représente Dieu qui est notre Père à tous et qui nous aide à faire le bien.
Le C. : Je suis fort content de vos réponses , M. E. , malgré le petit mot que vous avez laissé échapper faute d'attention.
( Faites les mêmes demandes à quelques autres enfants, et particulièrement à ceux qui ne savent pas lire. ) ^a;^
Le C. : Vous voilà bien persuadés , mes CE., que" sans la grâce nous ne pouvons rien faire de méritoire pour le ciel. C'est une vérité fort importante dont il faut se souvenir bien souvent. Mais il en est une autre qui n'est pas moins importante et à laquelle on fait peut-être moins d'attention, quoi qu'elle soit fort encourageante : c'est qu'avec la grâce nous pouvons tout; voilà donc deux propositions, mes
(1) Un Catéchisme bien fait vaut souvent un bon cour» d'éducation ; on apprend aux enfants à être polis les uns envers les autres ; on leur apprend à faire des raisonnneraents justes, ce qui leur tient lieu d'un cours de logique.
enfants, qui sont faciles à retenir et que je vous conseille de ne jamais oublier: sans la grâce nous ne pouvons rien; avec la grâce nous pouvons tout. Nous avons , insisté pendant plusieurs jours sur la première proposition ; je vais maintenant fixer votre attention sur la seconde : avec la grâce nous pouvons tout dans l'ordre du salut éternel , nous pouvons résister aux tentations les plus délicates , aux passions les plus enracinées, aux persécutions les plus violenfes ; nous pouvons pratiquer les vertus les plus héroïques : cela n'est pas bien étonnant , puisque la grâce vient du ciel ; c'est un don de Dieu, elle nous communique en quelque sorte la puissance de Dieu. Ah ! mes E. , que cette pensée est belle ! qu'elle est consolante ! qu'elle est propre à nous encourager dans l'accomplissement de nos devoirs ! . . . pénétrons-nous-en bien. Voyons , Julie , avons-nous le pouvoir de surmonter toutes les tentations ?
R. Oui , M. , avec le secours de la grâce de Dieu.
Le C. : Mais le démon est si fort, si habile , si persévérant , qu'il est comparé à un lion rugissant qui rode sans cesse autour de nous : malgré cela pouvons-nous le chasser et le surmonter ?
R. Oui , M. , parce que , comme dit le proverbe , Dieu est plus fort que le démon , et c'est Dieu qui nous aide à vaincre les tentations.
( Faites les mêmes questions à plusieurs. )
Le C. : Oui , mes E. , quelque fort , quelque rusé que soit le démon , nous pouvons toujours le vaincre. Il est dit dans la vie de saint Antoine que le démon employa tous les moyens possibles pour lui faire commettre un péché et qu'il ne put jamais en venir à bout. Saint Antoine se décourageait presque ne voyant tout ce que faisait le démon dans son esprit, dans son imagination et même à l'extérieur , pour le séduire, lorsque tout-à-coup il aperçut une lumière qui le consola, et il dit à N.-S. J.-C. : Où
DE CATÉCHIS3IE. 51
étiez-vous donc, mon Sauveur, pendant que le démon me livrait de si terribles assauts?— J'étais près de toi , répondit J.-C. , et c'est moi qui l'ai fait remporter la victoire.
Le C. : Augustin , aviez-vous entendu parler des tentations de St. Antoine ?
R. Oui, M. , j'ai vu une grande image qui les représente : cela fait peur à voir.
Le C. : Mais croyez-vous que nous puissions surmonter toutes les tentations ?
R. Oui , M. , avec le secours de la grâce.
Le C. : Le démon ne nous tente pas toujours intérieurement, mesC. E., il se sert quelquefois des méchants pour nous séduire , pour nous entraîner dans le mal par leurs conseils , par leurs exemples. Pouvons-nous surmonter tout cela?
R. Oui , M. , nous pouvons résister à tout avec la grâce de Dieu.
Le C. : Mais si on s'expose à la tentation, si on fréquente sans nécessité les impies , les libertins , pourrait-on surmonter les tentations?
(François hésite de répondre ; il comprend qu'alors il y a quelque chose d'irrégulier dans notre conduite qui nous rend indignes de la grâce , et nous livre à notre faiblesse. )
Le C. : Je ne suis pas étonné , mon E. , que ma question vous mette dans l'embarras ; je vais essayer de vous en tirer. N'est-ce pas un péché , quand ou fréquente les impies et les libertins ?
R. Oui , M. , c'est un péché , et je comprends qu'alors on est indigne de la grâce : on est plus faible , et on succombe à la tentation.
Le C. : Je vais vous faire comprendre cela par une comparaison que je vous invite tous à retenir. N'avez-vous pas vu ce gros chien qui est à la porte du château de M. le comte ?
R. Oui, M. , et qui est bien méchant.
Le C. : Que fait- il quand on aborde le château ?
R* Oh , M. , il aboie comme un démon , il se tortille , il montre les dents.
Le C./Peut-il vous faire du mal quand vous êtes loin ?
R. Non , M. , ce n'est que lorsqu'on s'approche.
Le C. : Comprenez -vous pourquoi j'ai fait cette comparaison, François?
R. Oui , M. , vous voulez dire que le démon , les impies et les libertins ne peuvent nous faire du mal qu'autant que nous les fréquentons.
Le C. : Voilà pour les tentations , mes E. , la grâce nous suffit pour les combattre et les surmonter ; mais les passions , il y eu a plusieurs qui sont dans notre tempérament : comment faire ? Il y a des personnes qui pensent qu'il faut gronder ceux qui se mettent en colère, qui sont paresseux, vindicatifs, jaloux ; d'autres qui disent qu'il faut les engager à réfléchir sur les suites des passions qui sont quelquefois si fâcheuses , si horribles même. Pour moi, mes E. , je crois qu'il est utile de réfléchir, de recevoir des réprimandes, mais je crois aussi que tout cela ne suffit pas pour vaincre nos passions , et que nous avons besoin d'une grâce particulière qui nous fortifie et nous aide à les surmonter. Qu'en pensez-vous , André ? croyez-vous qu'il suffise de dire à un jeune homme : Ne soyez pas étourdi , ne vous mettez pas en colère ?
R. M. , ces mots-là ne vont souvent pas plus loin que l'oreille : quand on est bien en colère , il est bien difficile de se retenir.
Le C. : Croyez-vous qu'il soit au-dessus de la puissance de Dieu de vous retenir?
R. Non , M. , quand Dieu parle , c'est toute autre chose , parce que Dieu parle au-dedans.
Le C. : Puisque Dieu parle au-dedans, il faut s'accoutumer à l'écouter, à suivre ses inspirations , et alors on prend l'habitude de se surmonter. St. François de Sales était très-vif par tempérament ,
mais à force de le demander à Dieu , il se corrigea. St. Augustin était sujet à beaucoup de vices dans sa jeunesse. Il lutta pendant quelque temps contre la grâce qui le poursuivait ; mais enfin il se rendit et iinit par devenir un grand Saint. Il en fut de même de St. André Corsini , il avait toutes sortes de vices ; dès qu'il voulut sincèrement se convertir, la grâce vint à son secours et il se corrigea parfaitement. Non , il n'est aucun vice dont nous ne puissions triompher avec le secours de la grâce. Qu'en pensezvous , Augustin , en êtes- vous persuadé ?
R. M. , je le crois parce que vous le dites.
Le C. : M. E. , je le dis , parce que c'est un article de foi ; je le dis , parce que cela est prouvé par l'expérience , et particulièrement par l'exemple de saint Augustin , votre saint patron ; je le dis, parce que la grâce nous fait participer à la puissance de Dieu , et qu'on est bien fort quand on a le secours du Tout- Puissant. Répondez maintenant, croyez- vous que, par le secours de la grâce , on puisse surmonter toutes les passions.
R. Oui, M. , maintenant je le comprends mieux, à cause que la grâce est un don de Dieu , et qu'on est bien fort quand le Tout-Puissant nous aide. C'est comme le petit enfant qui pousse la grosse pierre , il ne peut pas en venir à bout tout seul, mais quand son père lui aide , il fait ce qu'il veut.
( Faites les mêmes questions à plusieurs : demandez si on peut se corriger de l'orgueil , de la vanité, du respect humain , de l'envie , et tâchez de citer quelques exemples qui leur soient connus , afin que les enfants soient bien persuadés qu'il n'est aucun vice qu'on ne puisse surmonter avec le secours de la grâce. )
Le C. : Croyez -vous, mes enfants, qu'on puisse supporter les plus violentes persécutions avec le secours de la grâce? Qu'en pensez-vous , Louis?
R. M. , il me semble qu'on est tout puissanl quand on a le bon Dieu pour soi.
Le C. : C'est très-bien et très-vrai. Pourriez-vous, me citer quelques exemples ?
R. Ma grand'-mère m'a dit plusieurs fois qu'on l'aurait mise en morceaux pendantla terreur, plutôt que de la faire aller à la messe des constitutionnels.
Le C. : Voilà un exemple domestique. Est-ce le seul que vous connaissiez?
R. Ma grand'-mère et ma mère m'en ont cité plusieurs autres. Ma mère avait un frère qui est mort et qui aima mieux aller en prison plutôt que de faire le serment ; on m'a cité de même plusieurs prêtres qui ont mieux aimé mourir que de faire le serment.
Le C. .-Quand vous lisez la Vie des Saints, mes E., vous pouvez observer que, parmi les martyrs, ily en a beaucoup qui sont morts très-jeunes et qui ont fait le sacrifice de leur vie plutôt que de renoncer à la foi. En connaissez-vous quelques-uns, Clotilde?
R. Oui j M. , par exemple , sainte Pbilomène qui souCTrit toute sorte de tourments à 13 ans, plutôt que de renoncer à la foi; Ste. Agnès fut martyrisée à 13 ans, Ste. Eulalie à 12 ans ; Ste. Agalbe, sainte Rlandine , sainte Perpétue moururent jeunes pour conserver la foi.
Le C. : On dirait, M. E. , que vous réservez le ciel pour les filles. Voyons si les jeunes gens ne trou- \eront pas des exemples déjeunes Saints.
R. François se lève et dit : M., St. Sympborien d'Autun mourut courageusement à la porte de cette ville, j'ai vu l'endroit où il avait été martyrisé; St. Ponticus, âgé de 15 ans, soufi"rit le martyre à Lyon ; sainte Félicité eut trois fils qui furent mis à mort à cause de leur foi.
Le C. : Et les frères Machabées ne comptent-ils pas aussi?
R. J'ai bien pensé à eux , et c'est bien beau de lire leur vie.
Le C. : Vous voyez donc, mesE., qu'avecla grâce il n'y a point de persécution qu'on ne puisse endurer courageusement.
(Il serait bon de faire quelques questions sur les martyrs qu'on a cités , et d'autres peut-être que les enfants citeraient soit de l'ancien temps, soit même de notre siècle. )
Le C. : Mes E. , la grâce ne peut-elle pas nous faire pratiquer de grandes vertus ? Qu'est-ce qui détermina St. Paul , ermite, et St. Antoine à quitter leur fortune pour vivre dans le désert? S. François d'Assises , St. Bruno, St. Dominique et une foule d'autres Saints ont quitté leur fortune et une position agréable , pour se livrer à la pénitence ; un simple coup-d'œil sur la Vie des Saints suffit pour nous faire apercevoir les merveilles de la grâce. Il en est une cependant sur laquelle je veux particulièrement attirer votre attention.
Roch , quelle était l'occupation de St. Pierre ?
R. M. , il allait à la pêche comme mon père.
Le C. : Votre réponse me fournit une bonne occasion de développer ma pensée : M. E. si votre père vous disait : Viens" avec moi à Lyon, j'ai envie de faire changer de conduite à tous les habitants de la ville ; nous irons sur la place publique , nous leur prêcherons la pénitence et nous les engagerons à se convertir. Que répondriez-vous à votre pèie , s'il vous disait cela?
R. M. , je lui répondrais que nous entreprendrions une chose impossible , que les gens se moqueraient de nous , que les enfants nous poursuivraient à coups de pierre, et qu'il vaut mieux rester tranquilles.
Le C. : Vous êtes donc bien persuadé qu'il est impossible qu'un pauvre paysan , un pêcheur de pois-
sons puisse prêcher de manière à convertir beaucoup de monde. C'est cependant ce qu'a fait St. Pierre. 11 a abandonné sa barque et ses filets , il a prêché sur la place publique à Jérusalem, et dès le premier sermon , trois mille personnes se convertirent. Au second sermon , il en convertit cinq mille. C'est lui avec les autres Apôtres qui ont établi partout la Religion chrétienne. Comment cela a-t-il pu se faire?
R. Je ne le sais pas , mais c'était bien difficile.
Le C. : Voyons, qui de vous va me répondre? Voilà une belle image de la Sainte Vierge pour la meilleure réponse.
(Aussitôt, il y en a six qui se lèvent et qui demandent à repondre. François répond que ce fut un miracle. Augustin dit que St. Pierre avait beaucoup d'éloquence , quoiqu'il n'eût pas beaucoup d'éducation ; qu'il a entendu dire que ses discours étaient très-beaux. Clotilde parait impatiente de répondre et dit : M. , il me semble que c'était la grâce qui accompagnait les paroles de St Pierre , qui remuait les cœurs et les convertissait. Louis, qu'en pensezvous? Louis répond que c'était peut-être la grâce , mais qu'il y avait quelqu'autre chose. Marie dit qu'elle ne voit pas bien comment cela pouvait se faire, qu'elle a entendu dire que c'était un moment d'enthousiasme. Joséphine dit qu'elle croirait comme Clotilde , que c'est la grâce qui agissait , si toutes les prédications convertissaient les auditeurs. )
Le C. : Je suis étonné , mes E. , que dans un moment où nous parlons de la puissance et de l'efficacité de la grâce , vous n'ayez pas tous répondu comme (Clotilde. C'est elle qui aura l'image, après m'avoir expliqué pourquoi tous les sermons ne convertissent pas les auditeurs.
R. M. , c'est que les auditeurs ne profilent pas toujours de la grâce.
Le C. : Vous croyez donc qu'il y a toujours une sràce attachée aux sermons ?
R. Oui , M. , parce que c'est la parole de Dieu.
Le C. : C'est très-bien , nous reviendrons sur cela lout-à-l'heure; je voudrais auparavant faire encore quelques questions : les paroles qui composent un sermon , un prône , peuvent-elles convertir, Frédéric?
R. Non, M. , c'est la grâce qui est attachée aux paroles.
(On fait cette question à plusieurs.)
Le C. : Il est dit dans la vie de St. François de Sales, qu'il convertit, de son vivant, plus de soixante mille hérétiques. Etait-ce sa parole qui convertissait, Caroline ?
R. Non, M. , c'était la grâce qui était attachée à ses paroles.
Le C. : Il est dit que St. François-Régis faisait des conversions innombrables partout où il faisait la mission ; il est dit dans la vie de St. François-Xavier, qu'il convertit plusieurs royaumes. Etait-ce ses sermons qui convertissaient?
R. Non, M. , non, répondent beaucoup d'enfants.
Le C. : De tout ce que nous venons de dire , mes enfants, il s'ensuit que sans la grâce nous ne pouvons rien faire de méritoire pour le ciel , et qu'avec le secours de la grâce nous pouvons tout.
(Faites répéter à plusieurs enfants ces maximes fondamentales ; sans la grâce nous ne pouvons rien , avec la grâce nous pouvons tout. )
Oui , mes enfants , avec la grâce nous pouvons tout , nous pouvons surmonter toutes les tentations, vaincre toutes les passions, supporter toutes les persécutions, pratiquer les vertus les plus héroïques, et contribuer aux plus étonnantes et aux plus nombreuses conversions. Retenez bien tout cela , parce que je le demanderai encore demain. Je ne raconte pas de faits historiques, parce que je vous ai parlé de la conversion de St. Augustin, de celle de saint iVndré Corsini , des prédications de saint Régis , de St. François de Sales, de St.François-Xavier.ïâchez
o8 ClîîQl'IÈME JOUR
(le VOUS en souvenir; demain je ferai réciter en commun la cinquième Leçon. Dites les Jetés de foi, d'eS' pvrance, de charité et de coH^ri/jon, Nicolas, mais Lier distinctement ; chantez le cantique : Reviens, pécheur. ( Après quelques versets, les garçons se retirent et les filles continuent à chanter. )
DE CATÉCHISi^IE.
SCR LA GRACE
Après le cantique d'invocation et la récitation bien distincte de VOraison dominicale et de la Salutation angélique par un seul enfant désigné par le Catéchiste, on fait réciter la cinquième Leçon selon la méthode des frères.
Le C. : Mes chers enfants , nous avons déjà beaucoup parlé de la grâce ; mais pas tout-à-fait assez. Commencez par me dire quelles sont les deux maximes fondamentales dont il faut nous souvenir sur la grâce. Dites-les, François?
R. Sans la grâce nous ne pouvons rien dans Tordre du salut, avec la grâce nous pouvons tout.
' Quand plusieurs ont répété ces maximes , il faut faire des sous-demandes aux plus faibles. )
Le C. : Pouvons-nous résister à toutes les tentations du démon..., Raymond, Claude, Cécile..., etc?
R. Oui, M., avec le secours de la grâce.
Le C. .-Pouvons-nous vaincre toutes nos passions, par exemple, Torgueil, la jalousie, l'amour des plaisirs criminels, la colère, la paresse, la gourmandise, l'ivrognerie, la vengeance, etc. , quand même nous en aurions contracté l'habitude depuis long-temps ?
( Demander à plusieurs enfants tantôt une chose tantôt l'autre en détail. ]
R. Oui, M., avec le secours de la grâce, la vie des Saints nous en fournit la preuve.
( Demandez-leur quelques exemples des Saints et citez leur en quelques-uns. )
Le C. : Pouvons-nous supporter avec patience les moqueries, le respect humain, les calomnies^ les tourments les plus cruels?
R.Oui, M.^ avec le secours de la grâce, les Saints nous en fournissent la preuve et surtout les Martyrs.
Le C. : Pouvons-nous pratiquer les vertus les plus héroïques , pardonner à nos ennemis , pratiquer la pénitence, vivre dans la solitude, travailler à la conversion des pécheurs , des infidèles?
R. Oui , M. , avec le secours de la grâce rien n'est impossible.
( Il faut citer quelques exemples des Annales de la Propagation de la Foi, parce qu'on les lit avec intérêt dans la plupart des paroisses et qu'il faut apprendre à en faire l'application. )
Le C. : Est-ce que les prêtres pourraient convertir les villes et les campagnes ^ comme autrefois les Apôtres, St.Bernard, St. François de Sales, St. François-Xavier, St. François-Régis?
R. Oui , M. , avec le secours de la grâce , et nous l'avons bien vu dans la mission qu'on a donnée ici et dans la paroisse voisine. C'était un plaisir de voir comme on allait en tendre les prédicateurs, comme on se confessait, on communiait, on faisait la procession.
Le C. : Il est bien certain , mes enfants, que sans la grâce on ne peut rien , mais qu'on peut tout avec le secours de la grâce ; je ne me lasse pas de le dire et de l'entendre dire. Je vous préviens qu'il m'arrivera souvent de vous rappeler ces deux articles de foi, ainsi que la différence qui se trouve entre la grâce sanctifiante et la grâce actuelle ; tâchez d'en conserver le souvenir. Nousallons maintenant expli-quer la question suivante.
60 SIXIÈ3IE JOUR
D.Résistons-nousquelquefoisàlagrâce, François? (François doit faire la réponse et ensuite la demande pour son voisin , comme les autrefois.)
Le C. : Est-il bien vrai que nous pouvons résister à la grâce, Claude?
R. Oui , M. , parce que le Catéchisme le dit. Le C. : Mais mon E. , ne peut-on pas le prouver par expérience ?
R. M., je ne sais pas.
Le C. : Comment, vous ne savez pas, est-ce que vous croyez que tous ceux qui ont de bonnes pensées les suivent toujours?
R. Oh certainement non ; il y a des fois qu'on a la pensée d'aller à la messe le dimanche et qu'on n'y vas pas ; on a la pensée de ne pas travailler le dimanche et on travaille.
Le C. : Vos exemples sont bien choisis , Claude , et prouvent qu'en effet on résiste souvent à la grâce. (Il est bon d'encourager les faibles qui, par timidité , répondent souvent qu'ils ne comprennent pas une chose , quoiqu'ils la comprennent, surtout si on leur aide à faire des applications pratiques. Après avoir fait les mêmes questions à plusieurs et leur avoir fait comprendre qu'on peut résister à la grâce , on leur fait une objection qui pourrait se présenter naturellement. )
Le C. : Clotilde , ètes-vous bien persuadée qu'on peut résister à la grâce?
R. Oh oui. M., nous n'y résistons que trop, comme le prouve l'expérience journalière.
Le C. : Mais vous m'avez dit loul-à-l'heure qu'avec la grâce nous pouvions tout , parce que la grâce vient de Dieu qui est tout puissant. Est-ce qu'on peut résister au Tout-Puissant ?
(Clotilde, quoique très-intelligente, est un peu déconcertée, mais on se hâte de la tirer d'embarras, ainsi que tous les autres , en disant qu'il n'y a point de mérite à faire les choses par force, que Dieu nous
laisse la. liberté de lui résister, afin que nous puissions mériter la récompense qu'il nous prépare dans le ciel. On pourrait dire dans un grand Catéchisme quelque chose sur les protestants et les jansénistes qui, par leur doctrine, anéantissent la liberté de l'homme. )
Le C. : Les hommes n'aiment pas qu'on leur donne des marques de respect par force ; ils veulent au contraire qu'on les serve librement et du fond du cœur. Eh bien , mes enfants, il en est de même du bon Dieu , il veut que nous l'aimions et que nous le servions librement et volontairement. Or, si nous ne pouvions pas résister à sa grâce , alors nos prières et nos bonnes œuvres ne seraient pas libres et elles n'auraient aucun mérite. Comprenez -vous bien cela , Clotilde ?
R. Oui , M. , il me semble que je le comprends. L'autre jour je vis un petit homme en plâtre , qui remuait la tête et qui avait toujours l'air de vous saluer ; mais on ne lui avait aucune obligation , parce qu'il fesait ce salut par force et sans savoir pourquoi ; il en serait de môme si la grâce nous forçait à faire nos prières et nos bonnes œuvres. Il faut donc que notre volonté y soit pour quelque chose , il faut que nous ayons le pouvoir de faire ou de ne pas faire.
Le C. : L'exemple que vous citez peut en effet vous aider à comprendre l'action de la grâce sur notre ame ; la grâce nous aide , mais elle ne fait pas tout. Quand une mère tient un petit enfant par le bras pour lui aider à marcher, elle le soutient, elle l'empêche de tomber ; mais si l'enfant ne voulait pas marcher, s'il se roulait par terre, la mère aurait beau faire, il lui résisterait. Il y a un autre exemple qui nous aide à comprendre l'action de la grâce , c'est celui des petits enfants qui apprennent à écrire : le maître leur donne une plume , et ensuite il prend leur main pour la guider ; si l'enfant se laisse faire ,
récriture sera belle; mais s'il remue, s'il résiste, récriture ne vaudra rien. Qu'en pensez-voûs?
R. M. , cette comparaison me rappelle une sottise que je fis étant bien petite , j'avais pris une plume pour écrire et je n'y entendais rien ; la maîtresse alors prit ma main comme vous venez de le dire, et j'écrivis : je le fis pendant trois jours, mais le quatrième jour cela m'ennuyait, je ne fus pas docile ; quand la maîtresse poussait ma main à droite , j'allais à gauche et je ne fis que du barbouillage.
Le C. : Voilà eu effet ce qui arrive dans notre ame, quand nous résistons à la grâce , elle nous pousse à droite et nous allons à gauche ; nous faisons tout de travers. Augustin , avez-vous compris ce que nous venons de dire ?
R. M. , j'ai bien compris que tout ce que nous faisons par force n'a aucun mérite , et que si la grâce nous forçait, nous serions comme des machines, comme ce petit homme qui branle la tète.
(Le Catéchiste fait la même demande à quelques autres , et il n'insiste pas s'il voit que les enfants ont l'air de s'ennuyer faute de comprendre. ) ^-.^ Le C. : Mes enfants , quand vous avez entendu -"''^ lire la passion deN.-S. , avez-vous fait attention aux paroles que N.-S. adressa au traître Judas : Mon ami, pourquoi êtes-vous venu ici? Quoi, Judas, vous me trahissez par un baiser ! Y avez-vous fait attention , Marie ?
R. Oui , M. , cela crève le cœur , on ne comprend pas comment ce malheureux fut aussi aveugle et aussi ingrat.
Le C. : Judas ne résista-t-il pas à la grâce dans ce moment?
R. Oui , M. , il résista à une grâce bien fwte ; il me semble que je n'y aurais pas tenu.
Le C. : La grâce qu'il reçut alors était-elle inté-^ pleure ou extérieure ?
R. M. , elle était extérieure , puisque c'étaient des paroles que N.-S. adressait à Judas.
Le C. : Qu'en pensez-vous , François?
R. Il me semble qu'elle était en même temps extérieure et intérieure.
Le, C. : Et vous, Augustin, qu'en dites-A^ous?
R. M. , je pense comme François , parce qu'il me semble que la grâce extérieure ne peut agir efficacement qu'en étant unie à la grâce intérieure.
Le C. : Qu'en pensez-vous , Clolilde?
R. Je pense comme François et comme Augustin, que les paroles de N.-S. étaient une grâce extérieure et intérieure qui agissait sur l'ame de Judas.
Le C. : Et vous , Marie , ne changez-vous rien à votre première réponse ?
R. Pardonnez-moi , M. , les paroles de N.-S. renfermaient une grâce extérieure et intérieure.
( Faites les mêmes questions à plusieurs. )
Le C. : Tout-à-l'beure vous parliez de mission : ceux qui n'en ont pas profité , ont-ils résisté à la grâce, Charles?
R. Oui , M. , ils ont résisté à la grâce extérieure et intérieure.
( Faites des questions équivalentes à plusieurs : quand on manque la messe le dimanche , quand on ne fait pas ses Pâques , lorsqu'on va au cabaret et qu'on s'enivre ; quand on a de mauvaises fréquentations malgré les avertissements de ses parents, quand on a dit des mensonges, etc. )
Le C. : La question suivante du Catéchisme ne vous embarrassera pas beaucoup. Quelle est-elle , François? faites la demande et la réponse, et encore la demande, afin que tout le monde suive.
R. Dieu nous doit-il sa grâce , etc. ?
( Quand tout le monde a répété cette question , on revient sur la définition de la grâce , sur sa gratuité , sur ce que J.-C. a fait pour nous la mériter.
6i SIXIÈME JOUR
Cette répétition ne peut être que très-utile, surtout dans un âge qui oublie si facilement. Voyez pag. 18 et suivantes. )
Le C. : A qui J.-C. a-t-il mérité la grâce, François? faites la réponse et ensuite la demande comme à l'ordinaire.
( Quand on s'est assuré que tout le monde sait bien la demande et la réponse , on fait des applications plutôt que des explications. )
Le C. : J.-C. est-il mort pour vous, Martin?
R. Oui, M. , il est mort pour moi comme pour tous les autres.
Le C. : Si J.-C. n'était pas mort pour vous sur la croix, que seriez -vous devenu après la mort?
R. M. , ce que le bon Dieu aurait voulu.
Le C. : Si J.-C. n'était pas mort pour vous, seriezvous allé au ciel après votre mort?
(Martin balbutie, et ce n'est qu'en faisant des sous-demandes qu'on le mettra en état de répondre. )
Le C. : Si J.-C. n'était pas mortpourvous, auriezvous reçu la grâce ?
R. Non, M. , et je sais que sans la grâce, on ne peut pas mériter le ciel.
f Faites les mêmes demandes à plusieurs , afin de bien inculquer ces principes. )
Le C. : J.-C. est-il mort pour ceux qui sont au ciel, Benoît?
R. Oui, M. , et c'est à cause de cela qu'ils sont au ciel.
Le C. : C'est très-bien répondu. Mais J.-C. est-il mort pour ceux qui sont dans l'enfer?
R. iSon , M. , parce qu'ils ne sont pas sauvés.
Le C. : Cette fois, M. E., vous êtes allé trop vite, vous n'avez pas bien réflécbi. Je reprends : ceux qui sont dans l'enfer, n'ont-ils pas reçu la grâce ?
R. Oui , M. ; mais ils en ont abusé.
Le C. : Ils en ont abusé , cela est vrai ; mais ils n'en auraient pas abusé s'ils ne l'avaient pas reçue,
et ils ne l'auraient pas reçue si J.-C. ne la leur avait pas méritée par sa mort.
R. C'est bien vrai , M. , je vous demande pardon ; je suis allé trop vite. J.-C. est mort pour tous les iiommes. Il veut le salut de tous, comme dit le Catéchisme.
( Faites répéter ces réponses à plusieurs. )
Le C. : Voyons la question suivante, François.
Faites la demande , la réponse , et ensuite de nouveau la demande pour votre voisin.
R. Celui qui offense Dieu commet-il, etc. ?
Le C. : Faites-y une grande attention , mes cliers enfants : jamais la grâce ne nous manque , et c'est toujours par notre faute et parce que nous résistons à la grâce que nous manquons à notre devoir , aux commandements de Dieu et à ceux de l'Eglise. Qu'en pensez-vous, Pierre : ceux qui jurent et blasl)hèment le saint nom de Dieu à chaque instant , n'ont-ils pas la grâce nécessaire pour se corriger?
R. Pardonnez-moi, M.
Le C. : Pourquoi ne se corrigent-ils pas ?
R. C'est parce qu'ils résistent à la grâce.
( Faites la même question à plusieurs enfants, ayant soin de changer les fautes qu'on commet ; c'est le moyen de leur faire faire un examen de conscience pratique dont ils pourront tirer plus de fruit que de la lecture qu'ils feraient dans un livre. Ainsi la colère, la jalousie , la vengeance, la désobéissance aux parents , le vol , le mensonge , les fréquentations dangereuses, les conversations, les lectures de romans, etc. doivent trouver leur place dans ces questions. )
Le C. : Quels sont les tristes effets de la résistance à la grâce , Augustin ?
Faites la réponse et la demande à votre voisin , et ainsi successivement.
( Il faut s'appesantir un peu sur cette réponse,
parce qu'elle fournit l'occasion de faire beaucoup d'applications pratiques. )
Le C. : Vous dites que la résistance à la grâce nous la fait perdre. Je vais vous faire sur cela une question un peu difficle , mais j'ai là un joli crucifix pour la meilleure réponse. Je demande donc qu'elle est la grâce que nous perdons quand nous résistons à la grâce ? Est-ce la grâce sanctifiante ou la grâce actuelle que nous perdons ? Voyons qui veut me répondre. Cinq ou six se lèvent. Augustin dit : M. , nous perdons la grâce sanctifiante.
Le C. : Qu'en pensez-vous, François?
R. François répond: C'est la grâce actuelle que nous perdons , puisque c'est la grâce actuelle qui nous excite â fuir le mal et à faire le bien.
Le C. : Qu'en pensez-vous , Clotilde ?
R. Je crois en effet que c'est la grâce actuelle que nous perdons.
Le C. .-Qu'en dites-vous, Louis? quand nous résistons à la grâce , perdons-nous la grâce sanctifiante ?
R. Quand nous résistons à la grâce, c'est une goutte d'eau qui affaiblit le fer rouge qui représente la grâce sanctifiante.
Le C. : Vous approchez de la vérité, M. E.... Qu'en pensez-vous, Julie?
R. Oui , M. , on en perd un peu par le péché véniel , mais on la pert entièrement par le péché mortel ; ainsi quand la grâce actuelle nous porte à éviter le péché mortel , si nous y résistons , nous abusons de la grâce actuelle, et de plus nous perdons entièrement la grâce sanctifiante.
Le C. : C'est bien cela , M. E. , je voudrais avoir dix récompenses à vous donner , pour une si bonne réponse. Qu'en pensez-vous , Clotilde?
R. C'est bien vrai , M. ; cependant il me semble qu'il faudrait dire que nous perdons la grâce sanctiiiante , non-seulement quand la grâce actuelle nous
porte à éviter le mal , mais aussi quand elle nous porte à faire un bien qui est d'obligation rigoureuse. Le C. : Qu'en dites-vous, François?
R. Je pense en eCfet qu'on peut commettre un péché mortel ou en faisant une mauvaise action ou en omettant de faire celles qui sont d'obligation. Par exemple , la grâce nous porte à ne pas voler le bien d'autrui : si nous y résistons , nous péchons mortellement et nous perdons la grâce sanctifiante. Quand la grâce actuelle nous porte à aller à la messe, à nous confesser à Pâques, si nous y résistons, nous commettons aussi un péché mortel et nous perdons la grâce sanctifiante.
( On pourrait simplifier tout cela dans un catéchisme fait aux jeunes enfants , surtout à la campagne où l'esprit est moins ouvert. Pour le simplifier, il faudrait faire des sous-demandes qui facUiteraient l'intelligence ; par exemple , demander si on perd la grâce sanctifiante, eu commettant un péché véniel ou uu péché mortel. Les enfants répondraient d'après ce qui a été dit plus haut, que le péché A'éniel en fait perdre une partie , et que le péché , mortel la fait perdre tout-à-fait. )
Z,e C. : Encore une question sur cela. Quand on a perdu la grâce sanctifiante , ne reçoit-on plus de grâces actuelles , Louis ?