D. Quelle doit être cette pénitence
Le C. : Quand on a commis plusieurs péchés mortels , combien de fois a-t-on mérité l'enfer ?
R. Autant de fois qu'on a commis de péchés mortels.
Le C. : Y a-t-il une proportion entre la pénitence que le confesseur impose et les peines de l'enfer ?
R. Non, M., puisque les peines de l'enfer sont éternelles.
Le C. : 4. D. Faut-il s'en tenir à la pénitence que le confesseur impose ?
o. D. Qu'en tendez- vous par ces œuvres satisfactoires ?
6. D. Les maladies, les afflictions et même les travaux ordinaires de la vie ne sont-ils pas des moyens de satisfaire à la justice de Dieu ?
( Faites les mêmes questions à plusieurs enfants. Faites-leur observer que la condition des pauvres est plus avantageuse que celle des riches, parce que La vie des pauvres est une pénitence continuelle qui les préserve de beaucoup de fautes et leur fait expier les fautes passées; tandis que les riches qui ne font pas un bon usage de leurs richesses, commettent beaucoup de péchés , font rarement pénitence ; et quoiqu'ils reçoivent l'absolution et soient délivrés de la peine éternelle de l'enfer, ils restent chargés
SLR LA SATISFACTION. 389
de beaucoupdepénitencesàfairedansl'autre monde. C'est ici le cas de parler du purgatoire , dont les enfants ont certainement quelque connaissance. On pourrait même leur faire décider un cas de conscience qui est à leur portée et leur donner une vive lumière sur tout cela. Demandez-leur ce qu'ils pensent de deux hommes du même âge : l'un a été bien sage toute sa vie , a toujours fait sa prière, assiste aux offices , fait régulièrement ses pàques , a bien élevé ses enfants, etc. ; l'autre a passé sa vie dans la débauche, il a négligé tous ses devoirs religieux, négligé d'aller à la messe , de faire ses pàques , etc. Ils sont tous les deux malades ; ils se sont confessés et meurent le môme jour , est-il juste qu'ils entrent ensemble dans le ciel, et dans le même moment? Tous répondront négativement. Et vous profiterez de l'occasion pour leur parler du purgatoire , des souffrances qu'on y endure , pour leur faire voir la nécessité d'éviter le péché , de faire pénitence , puisque sans cela, on la fera plus longue et plus terrible dans l'autre vie. Nous pouvons assurer que ces observations laissent des traces ineffaçables dans la conscience de la plupart des enfants. )
Le C. : 7. D. D'où vient le mérite de nos œuvres satisfactoires , Julie ?
( Il serait à propos de rappeler ici ce qui a été dit sur la mort et les souffrances de J.-C. , et sur le saint sacrifice de la messe, l'oij. plus haut dix-septième jour de catéchisme ^ p. 215 et suiv.
Le C. : Quand nous agissons en union avec N.-S. J.-C, nos actions, quelque petites qu'elles soient, deviennent-elles grandes et agréables à Dieu ?
R. Oui , M. , quand nous ne ferions qu'un soupir , quand nous ne donnerions aux pauvres qu'un centime, qu'un verre d'eau.
Le C. : Peut-on offrir au bon Dieu , en esprit de pénilencç , son travail , ses souffrances ?
R. Oui, M. , tous nos travaux, tout«ï nos souffrances, deviennent agréables à Dieu, quand elles sont unies à N.-S. J.-C.
Le G. : Toutes nos actions, tous nos travaux journaliers seront-ils récompensés dans le ciel ?
R. Oui, M., absolument tout; le bon Dieu nous récompensera de tout ce que nous faisons dans l'intention de lui plaire en union avec J.-G.
Le C. : Je vais peut-être vous embarrasser , mais faites bien attention à ce que nous avons dit encore depuis peu sur l'état de grâce. Ceux qui sont en état de péché mortel seront-ils récompensés dans le ciel de leurs prières , de leurs jeûnes, de leurs aumônes, de leurs souffrances, de leur travail journalier ?
(Julie est embarrassée, elle n'ose pas répondre. )
Le C. : Pourquoi hésitez-vous de répondre, Julie?
R. M. , j'hésite , parce que la réponse que je vais faire me fait peur.
Le C. : Pouquoi vous fait-elle peur ?
R. Parce que je sens, d'après les principes de la foi, que ceux qui sont en péché mortel ne peuvent rien faire qui soit récompensé pour le ciel ; et qu'en cela, ils sont bien malheureux de prendre beaucoup de peine sans aucun profit.
L.e C. : Sans aucun profit, c'est trop dire. Qu'en pensez-vous, Joséphine?
R. Il est vrai que dire sans aucun profit, c'est aller trop loin , parce que les pécheurs qui prient , qui font des bonnes œuvres, obtiendront des grâces de conversion , surtout au moment de la mort.
Le C. : Ne trouvez-vous pas que vous allez trop loin, Julie?
R. Pardonnez-moi , M. , j'allais trop loin dans mes paroles ; mais j'avais bien dans la tête ce que vient de dire ma compagne , que les pécheurs obtiennent des grdces de conversion ; mais on a beau dire : il est terrible de penser que ceux qui restent
SLR LA SATISFACTION. 391
en péché morlel pendant plusieurs années, ne seront jamais récompensés dans le ciel des bonnes œuvres qu'ils font.
Le C. : Et quelle conséquence tirez-vous delà, par la conduite de votre vie ?
R. La conséquence que je lire, c'est d'éviter tant que je pourrai le péché mortel, et de prier beaucoup le bon Dieu pour la conversion de ceux qui en sont coupables.
( Faites répéter équivalemment toutes ces choses là par plusieurs enfants, parce que cette doctrine, si peu connue , devrait cependant influer beaucoup sur notre vie. )
Le C. : Qu'est-ce que la satisfaction, Joseph?
R. C'est une réparation, etc.
Le C. : Que faut-il faire pour réparer ce que l'on doit à Dieu?
R. Il faut faire la pénitence imposée par le confesseur et en ajouter quelques-unes de soi-même.
Le C. : 8. D. En quoi consiste la réparation que l'on doit au prochain ?
R. Elle consiste à lui rendre le bien et l'honneur qu'on lui a ôlés, à réparer les mauvais exemples qu'on lui a donnés.
Le C. : Qui sont ceux qui doivent rendre au prochain le bien qu'on lui a ôlé ?
R. Je pense que ce sont les voleurs.
Le C. : C'est juste, les voleurs doivent rendre ce qu'ils ont pris ; mais ceux qui ont porté préjudice à quelqu'un dans son commerce, ne sont-ils pas obligés de réparer le tort qu'ils ont fait? ceux qui ont rendu uu faux témoignage, ceux qui ont fait des procès injustes ?
R. il. , il me semble qu'on est obligé de réparer tous les torts qu'on a faits au prochain.
Le C. : La bonne réputation est-elle un bien précieux ?
R. Oui, M., il y en a qui aiment mieux Thonneur que Targent.
U C. : Quand on a dit du mal du prochain , comment faut- il faire pour le réparer?
R. Cela me parait bien difficile, mais je m'en tiendrais aux conseils du confesseur.
Ze C. : C'est le parti le plus sage ; mais quand on a fait tort au prochain en le portant au mal, en lui donnant de mauvais conseils , de mauvais exemples , est-on obligé de réparer ce tort là ?
R. Oui , M. ; mais cela est moins difficile , il n'y a qu'à donner de bons conseils et de bons exemples , et tout le monde y gagnera.
Le C. : 9. D. Est-il nécessaire d'avoir accompli la pénitence avant de recevoir l'absolution ?
R. II suffit d'être, etc.
Le C. : Je n'ajoute à cela qu'un mot, c'est qu'il faut suivre l'avis du confesseur : s'il regardait comme nécessaire de faire la pénitence avant de donner l'absolution, il faudrait s'y soumettre sans murmurer.
LeC. : 10. D. L'Eglise a-t-elle le pouvoir de dispenser le pénitent d'une partie de la satisfaction ?
R. Oui, M. , l'Eglise a reçu ce pouvoir de J.-C.
Le C. : 11. D. Comment s'appelle ce pouvoir ?
R. On l'appelle le pouvoir d'accorder des indulgences ?
Le C. : 12. D. Qu'est-ce que les indulgences ?
R. Les indulgences sont, etc.
Le C. : Pourriez-vous m'expliquer l'origine des indulgences , Louis ?
R. Pour vous l'expliquer je n'aurais besoin que de vous rapporter la note qui est au bas de la page du Catéchisme.
Le C. : Que dit celte note?
R. Elle dit que dans les premiers siècles de l'Eglise , pour un seul péché mortel , le confesseur
imposait à ses pénilents Tobligalion de jeûner et de faire d'autres pénitences pendant plusieurs années. Cette pénitence délivrait le pécheur d'une partie des peines ([u'il aurait endurées dans le purgatoire.
Le C. : Pourriez -vous me citer un exemple ou deux?
R. Oui, M. : j'ai vu dans un catéchisme que lorsqu'on avait juré ou blasphémé le saint nom de Dieu, on ne pouvait pas entrer dansPéglise pendant sept dimanches, mais qu'on devait se tenir à la porte en se recommandant aux prières des passants ; on disait aussi que saint Louis faisait percer avec un fer chaud la langue de ceux qui blasphémaient. Lorsqu'on avait travaillé le dimanche , il fallait en faire pénitence pendant trois jours au pain et à l'eau ; celui qui disait des injures à son père ou à sa mère devait en faire pénitence pendant trois ans ; mais aussi c'est si laid de manquer de respect à son père ou à sa mère.
Le C. : Vous n'avez pas remarqué d'autres pénitences ?
R. Il y en avait beaucoup d'autres bien sévères.
Le C. : Quand on compare ces pénitences aux peines de l'enfer qu'on a méritées par ses péchés , peut-on les regarder comme bien sévères ?
R. Oh! non. M.; mais il nr'est pas moins vrai qu'on ne donne plus de pareilles pénitences.
Le C. : On ne donne plus de pareilles pénitences , dans ce monde , maison va en faire de plus terribles dans le purgatoire, et c'est pour cela qu'il est si essentiel de gagner des indulgences : j'espère que vous comprendrez mieux maintenant combien elles sont utiles. Voyons , Roch : 12. D. qu'est-ce que l'indulgence?
Le C. : 13. D. L'intention de l'Eglise, en accordant des indulgences, est-elle de nous dispenser de faire pénitence ?
R. Non : l'intention de TEglise, etc.
Le C. : Est-ce dans ce monde ou dans l'autre que nous devons subir ces peines temporelles .■'
R. C'est dans ce monde et dans l'autre.
Ze C. : Dans ce monde, les peines temporelles que mérite le péché sont-elles toujours volontaires ?
R. 11 y en a de volontaires, et ce sont les pénitences qu'impose le confesseur, et celles qu'on fait de soi-même en jeûnant et en faisant d'autres pratiques de pénitence , et surtout en offrant son travail à Dieu comme une pénitence.
Le C. : Quelles sont les peines du péché involontaire qu'on éprouve dans ce monde ?
R. Ce sont les maladies, les persécutions, les incendies , toutes les afflictions.
Le C. : N'y aurait-il pas moyen de rendre volontaires et méritoires les afflictions ?
R. On le peut facilement en les supportant avec patience et en esprit de pénitence.
Le C. : Quelles sont les peines temporelles du péché dans l'autre monde ?
R. Ce sont les souffrances du purgatoire.
Le C. : Ces peines sont-elles bien terribles?
R. Tous les saints Pères s'accordent à dire qu'elles sont plus terribles qu'aucune des peines de cette vie, surtout à cause de Iftur durée (1).
Le C. : Combien de temps reste-t-on en purgatoire ?
R. C'est en proportion des péchés qu'on a commis ; il y en a qui demeurent en purgatoire plusieurs années plusieurs siècles.
Le C. : Pourrait-on abréger le temps du purgatoire en faisant pénitence, en supportant ses afflictions en esprit de pénitence ? .
(1) On trouve des notions fort étendues sur les peines du purgatoire dans un petit ouvrage intitulé : Pieux Souvenir des âmes du purgatoire.
SLU LA SATISFACTIOX. 393
R. Oui, cela se peut, et c'est même un grand sujet (le consolation pour les personnes pieuses.
Le C. : Quel est l'autre moyen d'abréger les souffrances du purgatoire pour les autres et pour soi ?
R. C'est de gagner des indulgences, de faire des aumônes, de jeûner, de faire dire des messes et de faire toutes sortes de bonnes œuvres.
Le C. : \k. D. L'Eglise en accordant des indulgences dispense-t-elle de satisfaire au prochain ?
R. Non : jamais l'Eglise ne dispense, etc.
13. D. Que faut-il faire pour profiter des indulgences que l'Eglise accorde ?
R. Il faut: 1° participer dignement au sacrement de pénitence; 2° pratiquer fidèlement, etc.
Le C. : Peut-on gagner des indulgences quand on est en état de péché mortel ? Qui va me répondre à cette question ?
Plusieurs enfants se lèvent, les uns disent oui , les autres non ; le Catéchiste les engage à refléchir et à examiner si le pécheur étant ennemi de Dieu , peut satisfaire à sa justice et mériter son pardon.
Le C. : Qu'eu pensez-vous , François ?
R. Je pense que ceux qui sont en péché mortel sont ennemis de Dieu et esclaves du démon , et que dès lors ils ne peuvent pas gagner des indulgences.
Le C. : Quel moyen doivent-ils prendre pour se réconcilier avec Dieu et gagner des indulgences?
R. Ils doivent se confesser.
Le C. : Mais s'ils n'ont pas la possibilité de se confesser , comme les soldats , les marins , n'ont-ils aucun moyen de se réconcilier avec Dieu et de gagner des indulgences?
R. Je ne crois pas. Monsieur.
( Aussitôt il se fait un murmure, le mot d'acte de contrition se fait entendre ; le Catéchiste le fait répéter à plusieurs afin de graver de plus en plus, dans l'esprit des enfants, la nécessité de faire souvenir des actes de contrition. )
Le C. : Nous pourrions vous donner de longs détails sur les indulgences que l'on peut gagner, mais il vaut mieux les lire dans un petit livre intitulé : Dévotion pratique aux indulgences , o\x l'on indique toutes les indulgences que l'on peut gagner dans chaque action de la journée , dans chaque fête de l'année , dans chaque confrérie.
Dès les premiers siècles de l'Eglise , mes enfants , l'empereur Théodose donna un grand exemple de pénitence et de satisfaction.
Les habitants de la ville d'Antioche avaient, dans une sédition , brisé les statues de ïhéodose et celles de l'impératrice ; mais le tumulte fut à peine calmé, que cette malheureuse ville prévit tous les maux qu'allait attirer sur elle une action si coupable, et la consternation la plus profonde succéda à l'emportement. S. Flavien , alors évêque d'Antioche, ne considérant ni son âge ni ses infirmités, partit pour aller implorer la clémence du souverain offensé. Il parut devant l'empereur dans l'attitude d'un suppliant , et avec les marques de la plus profonde afliction. Théodose , ému d'abord par les larmes et le silence de ce vieillard vénérable , le fut plus vivement encore par ses exhortations touchantes ; il surmonta un juste ressentiment, et saint Flavien alla porter à son troupeau consterné la nouvelle du généreux pardon accordé par l'empereur.
Quelque temps après, une ville delà Macédoine, appelée Thessalonique , eut aussi le malheur de s'abandonner à la révolte, et ses habitants portèrent la fureur jusqu'à mettre à mort le gouverneur de la province. Les conseillers de l'empereur lui présentèrent cet événement comme la suite du pardon trop facile qu'il avait accordé à ceux d'Antioche ; la rigueur parut nécessaire ; mais au lieu d'employer les mesures régulières d'une sévère justice, fhéodose, s'abandonnant à l'emportement naturel
de son caractère , donna , dans sa colère , l'ordre barbare de massacrer, au milieu d'une fêle publique , tous ceux des malheureux habitants de Thessalonique que le sort présenterait au fer des soldats. Cet arrêt sanguinaire fut exécuté : un grand nombre de personnes, sans distinction d'âge, de sexe ni de rang, en furent victimes.
Théodose séjournait à Milan , et saint Ambroise , qui était Archevêque de cette ville , crut ne pas devoir permettre l'entrée de l'église à un prince souillé par un si cruel carnage. Egalement incapable de faiblesse dans l'exercice de son ministère, et d'arrogance vis-à-vis d'un souverain d'ailleurs si respectacle , le saint Evêque attendit l'empereur à l'entrée du vestibule du temple, et lui déclara, avec une expression mêlée de fermeté et de douleur, l'impossibilité où il était d'admettre à la participation des saints mystères celui qui , sans examen des coupables , venait par un pur mouvement de colère , de répandre tant de sang.
Le prince , aussi admirable peut-être par sa modération que le prélat par son courage, reconnut sa faute avec l'humilité d'un chrétien. Il retourna dans son palais pour se livrer aux exercices de la pénitence , et ce ne fut qu'après une épreuve de huit mois qu'il osa de nouveau se présenter à l'église , et que saint Ambroise , touché par les marques d'un si noble repentir et par les larmes du peuple , en ouvrit enfin les portes au souverain.
Demain nous ferons réciter les seizième, dix-septième et dix-huitième Leçons sur les indulgences et sur l'extrême-onction. Dites le Je confesse à Dieu tout-puissant, etc. Cette prière étant d'un grand usage dans l'église, il est important de l'apprendre à tous les enfants, et le plus sûr moyen de l'apprendre , surtout à ceux qui ne savent pas lire , c'est de la faire réciter tout haut bien distinctement par
un seul ; il serait même utile de l'expliquer ; chantez le cantique : A tes pieds Dieu que f adore , p. 86.