‹ Méthode RadiochronophotographiqueChapitre 8 sur 22 · AL · texte numérisé non relu

AL

à l’aide d'un double diaphragme également en plomb et mobile. De celle facon, nous avons pu réduire l'éclairage de l'écran fluorescent aux proporlions de la région examinée et la vision des phénomènes devenait beaucoup plus nette.

Dans le même but, nous avons fait toutes nos expériences dans la chambre noire et nous avons entouré la table d'un rideau noir afin d'éviter l’action de la lumière directe de l’ampoule sur nos yeux.

Nos recherches ont porté sur toutes les classes des vertébrés. Des types d'animaux très différents, tant au point de vue de l’organisation anatomique de leur tube digestif, comme au point de vue de leur régime alimentaire, ont été choisis pour nos expériences. Tous ces animaux élaient soumis à un jeûne préalable afin de débarrasser plus ou moins leur tube digestif des matières qu'il pouvait contenir, puis nourris avec une pâte alimentaire, formée en général du mélange des substances suivantes : farine, sucre, peptone, sous-nitrate de bismuth, eau ou lait. Dans certains cas, nous avons mélangé le sous-nitrate de bismuth avec la viande triturée ou le pain trempé dans de l’eau ou dans du lait. Rarement, dans quelques expériences sur la truite, nous avons mélangé le sous-nitrate de bismuth directement avec du sang. La proportion dans laquelle nous avons employé le sous-nitrate de bismuth pour rendre au milieu alimentaire l'opacité nécessaire, a varié entre un cinquième et la moilié de la masse totale: mais d'ordinaire notre pâte alimentaire était très riche en bismuth, car nous voulions bien voir ces phénomènes et, pour apprécier les plus fins détails, il faut au moins un tiers de bismuth dans l'aliment. Ces fortes doses de sous-nitrate ne produisent d'ailleurs aucun trouble chez l'animal. Nous avons conservé les espèces les plus différentes longtemps en expérience et nous avons constaté qu'elles se portent très bien.

L'idée courante qui attribue au sous-nitrate de bismuth des propriétés constipatrices est absolement fausse, lorsqu'il s'agit du tube digestif normal. Ce corps, chimiquement très stable et parfaitement insoluble, traverse l'appareil digestif à l’état d'une fine poussière, sans produire la moindre excitation chimique ou mécanique. Si l'on a observé que le sous-nitrate de bismuth arrête Ja diarrhée dans certains cas d'entérile, c'est probablement parce qu'il protège la muqueuse intestinale enflammée contre les irritalions

chimiques des sécrétions et des autres produits qui se forment dans l'intestin.

Les animaux nourris de cette façon étaient portés sur la table d'expérience et soumis à l'observation radioscopique. Le spectacle offert par les organes digestifs en activité est incomparable. Chez les mammifères et chez les oiseaux, les phénomènes présentent une grande complexité et vont avec une rapidité extrême. À peine ces animaux ont fini d’avaler leur repas que déjà la matière alimentaire

remplit les anses de l'intestin grêle. En plus de l'estomac qui

Fic. 1. — Appareil radioscopique à long fonctionnement.

apparait comme une lache noire, dont la forme et l'orientation changent presque incessamment, on voit les anses intestinales animées des contractions les plus diverses et la matière alimentaire qu'elles renferment, osciller continuellement. Vouloir suivre ces phénomènes sur l'écran est aussi difficile que de suivre avec des jumelles les mouvements des divers soldats dans une bataille. On voit bien, en regardant de temps à autre, que des changements importants se produisent, mais la simple observalion radioscopique ne permet pas de reconnaitre la loi de ces changements.

Il est vrai que, si l’on limite la vision à une portion isolée du tube digestif, l'æsophage ou l'estomac, on peut, ainsi que l'ont fait Cannon, Roux et Balthazard, saisir un certain nombre de phénomènes intéressants; mais les principaux caractères de ces phéno-

Page 1