CHAPITRE I
£a section bes ingénieurs^mécaniciens 1. Origine bes écoles. Caractère be renseignement
Sous les noms d'-Iiislitutes of TeclinolofiV", de -Technical Collèges-, de "Schools of Engineering", de «Collèges of agriculture", de "Schools of applied Science», les Etats-Unis possèdent une centaine d'écoles techniques supérieures de rang universitaire. La plupart d'entre elles sont installées dans des locaux grandioses. Toutes nos écoles belges spéciales,, polyteclmiques, de mines, réunies, seraient très à l'aise dans les locaux du "Massachusets Institute of TechnologV" (fig. 327 et 328) dont les gigantesques pi'oportions donnent une forte impression de modernité et de richesse. En parcourant les locaux de ces instituts, on est frappé par une particularité significative : la rareté des classes et des auditoires, qui forment le centre d'études de nos écoles. Comme dans les écoles primaires et moyennes, l'enseignement technique supérieur prend la forme mani|iii];itoire expérimentale et le centre de l'activité se trouve dans les ]al)oraloires et les ateliers.
Le matériel d'expériences pour la mécanique et les appareils,^ conservés soigneusement dans les cabinets de physique de nos écoles, réunis, suifflraient à peine à garnir le laboratoire de physique (fig. ;!2r>) ou le laboratoire de mécanique du. -Sibley
LES ECOLES TECHNIQUES SUPERIEURES
LKS KCOI.KS TKCHMOUKS SIPKHIEURES
Fig. 328. — Laboratoires d'électrolechnie et de chimie industrielle de l'Institut de technologie à Boston
Collège- à Ithaca N. Y. (fig. 329) et de la -'Case School of applied Science" à Cleveland, Ohio, qui sont les plus beaux spécimens des institutions supérieures aux Etats-Unis.
Les écoles techniques supérieures sont d'origines diverses. Beaucoup d'entre elles ont été créées dans les anciens Etats de l'Est sous le régime de la personnification civile par des
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€orpr)r;itions. I)'jiiiti'es de tout ordre et, nolftmment des -'Technical C^ollefies", doivent leur existence à de riches particuliers, industriels et commerçants, (jui les ont, non seulement, créés, mais dotés de biens, dont les revenus suffisent partiellement
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OU totalement à leur entretien. Ces sources de revenus privés sont loin d'être taries : les noms d'Eastman, Carnegie, Rockfeller, Williamson, etc., qui brillent parmi les milliers de noms inscrits aux frontispices des laboratoires, ateliers, bibliothèques publiques, disent hautement la générosité éclairée et la prévoyante philanthropie des capitaines d'industrie du Nouveau- Monde. Ces écoles vivent des revenus des fondations établies par des mécènes éclairés et des minervals parfois assez élevés imposés aux élèves.
Dans l'Ouest les écoles techniques supérieures sont en majorité des institutions offlcielles. Les minervals sont variables. Près de la moitié sont gratuites ; 20 % perçoivent un minerval annuel de tOO à 150 dollars. Quelques rares 200 dollars.
Les écoles tecliniques supérieures sont organisées suivant le système polytechnique anglais, qui est le mieux approprié aux situations américaines. Les branches sont groupées en sections qui conduisent à l'étude des diverses spécialités. Les écoles étaient dans le début peu nombreuses, et les universités, alors en formation, n'avaient aucune répugnance à englober tes branches techniques dans leurs programmes.
Par la loi de 1862, appelée "Land Grant Act», le Congrès, pour favoriser le développement de l'enseignement supérieur de l'agriculture, des arts mécaniques et militaires, mit 30,000 acres de terres à la disposition de chaque Etat particulier qui s'engagerait à organiser, dans le délai de 5 ans, une institution dans laquelle l'agriculture et les sciences tecliniques seraient enseignées comme brandies principales. Ces terres pouvaient être vendues, à condition que les revenus des fonds fussent consacrés à la création et à l'entretien de ces institutions. 86,1.38,473 acres, soit 134.500 milles carrés anglais, furent successivement répartis parmi les Etats et 50 écoles nouvelles virent le jour. Cette loi a eu une influence décisive sur le développement des établissements d'instruction supérieure.
Déjà dans la période 1860-70, l'industrie était paralysée dans son développement par la pénurie d'ingénieurs que les écoles, créées sous l'impulsion du Gouvernement fédéral, avaient pour mission de former. Actuellement encore, malgré la multiplication des instituts d'enseignement supérieur, la demande d'ingénieurs scientifiquement cultivés est restée si forte que
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les élèves diplômés trouvent iiniiiérJi;itoiii(;iit un en;^;i^enient comme apprentis dans les usines, aux cheinins de fer, dans les exploitations minières, et parviennent enccjre à se placer dans de Lonnes conditions, ai)rès un sta^-e de travail i)ratique.
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L'Amérique ne connaît ni la hiérarchie sociale, ni le fétichisme des diplômes : l'homme y est jugé d'après ce qu'il est capable de réaliser; le travail pratique intelligent y est coté au-dessus des capacités purement intellectuelles. L'ingénieur est avant tout praticien et ouvrier. Actuellement encore, le praticien organisateur, instruit et entreprenant, est le maître des situations industrielles. On le trouve à la tète de la plupart des usines et dans les ])6stes de direction et de responsabilité.
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Fig. 33z. — Laboratoire de chimie industrielle de Boston
Les causes de cette situation sont multiples, mais la principale réside, à notre avis, dans les méthodes commerciales.
Nos industriels construisent les appareils et les machines suivant le désir du client et cherchent à satisfaire ses desiderata, parfois injustifiés, toujours tyranniques, pour conserver leur clientèle; avec pareil système, le nombre de types de machines s'est multiplié à l'infini. Pour créer et modifier les modèles
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suivîinl le i^oùt du client, nos usines possèdent un i)ersonnel spécial, des bureaux d'études peuplés non seulement de dessinateurs, mais de calculateurs et de constructeurs de haute valeur; dans nos ateliers mêmes, le ti-avail des contremaîtres et des ouvi'iers nécessite des connaissances variées et une grande expérience, vu la variation continuelle de types de pièces et d'appareils à construire.
En Amérique, l'industriel lance sur le marché un nombre restreint de types; il les fabri({ue en stock; les essais, préalai)les à la fixation définitive du tyi)e, sont faits expérimentalement par des techniciens-spécialistes ; les calculs n'interviennent qu'accessoirement ; leur exécution est dii'ifiée par des praticiens. De plus, la spécialisation des opérations attache chaque ouvrier à un outil ; l'homme est entraîné par la machineoutil, ce qui rend accessoire la qualité . de la main-d'(fuvre. De haut en lias de l'échelle, le personnel des usines est praticien avant tout. Pour l'aire sa trouée, l'ingénieur doit pouvoir se faire valoir comme un manipulateur expert. (]ette situation explique le caractère pratique des écoles techniques supérieures américaines et indique la raison du délai d'apprentissage que l'ingénieur est tenu de faire, comme praticien, avant ({u'un poste lui soit confié dans les usines. Les méthodes de travail conditionnent les méthodes de la formation des ingénieurs. A ces causes s'ajoutent les conditions de coutumes, de formation historique, de psychologie qui difierencient profondément les écoles techniques américaines des institutions similaires européennes. Quoique les relations d'attaires tendent à uniformiser graduellement la nature des produits industriels échangés et les méthodes industrielles, jusqu'ici l'école technique supérieure des Etats-Unis est i-estée si originale dans son esprit et dans son organisation, qu'il est impossible de la concevoir en dehors de son milieu géographique et ethnique et autrement que comme l'aboutissement d'un régime d'instruction générale adapté aux mœurs et à la vie publique du peuple américain.
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