QUELQUES REMARQUES A PROPOS DE NOS ESSAIS SUR LES NERFS
Avant d'aborder l’étude des différents anésthésiques locaux nous voudrions, comme nous l’avons fait pour la méthode d'essai sur lès yeux de lapin, comparer les principes que nous aVons suivis, dañs nos essais sur les nerfs, à ceux qui ont guidé nos prédécesseurs.
Nous avons déjà dit qu’une expérience d’anesthésie devait être ktudiée d’une part dans son intensité, variable au début et à Ia fin, et d'autre part dans sa durée et particulièrement dans la durée de la période d'état où l’anesthésie est complète. Dans nos essais sur la cornée nous iettions au | contact des éléments nerveux une quantité déterminée d’une solution relativement forte. Nous assistions ainsi à une diminution graduelle de l’exkcitabilité, l'intensité de l’anesthésie augmentait de minute en minute, ét il arrivait bientôt un moment où, ne pouvant plus mesurer l'intensité, nous admettions qu’il y avait anesthésie complète. Cette anesthésie complète se prolongeait un certain temps, puis, sous l’influence de la circulation et des échanges «entre cellules, nous assistions au retour de la sensibilité. Ici, sur les troncs nerveux isolés, nous ne pouvons pas assister à uhe expérience aussi complète. En effet, le nerf isolé ne peut pas,.ou peut très difficilement, se libérer lui-même de l’action anesthésique. De ce fait, les deux dernières phases : durée de l’anesthésie complète et retour del’excitabilité nous.échapperont !. Utilisant des solutions relativement faibles, mais sans cesse remises au contact des éléments nerveux, nous pourrons, cependant, étudier en détails la première phase, c’est-à-dire la marche vers l’anesthésie. |
Les autres auteurs sont placés, évidemment, dans leurs expériences sur
1. Si, en dehors du but que nous poursuivons spécialement (comparaison des valeurs anesthésiques), but que nous considérons comme parfaitement rempli, nous avions le désir d'étudier complètement une expérience d’anesthésie des troncs nerveux, telle qu’elle se passe en pratique, il faudrait agir sur animal vivant. Nous ävons vu cependant que les seulesiméthodes qui remplissent ces conditions (injection intradermique, essais chirurgicaux) ne perméttent pas dé wiesurer exactement l’intensité de l’anesthésie, C’est du reste pourquoi nous n’avons pas choisi ces méthodes. Pour essayer de vaincre cette difficulté il semble bien qu'on pourrait utiliser, avec grands :profits, les techniques de LA- PICQUE, appliquées à! homme ct aux animaux vivants par BoOURGUIGNON (28).
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le nerf isolé, dans les mêmes conditions que nous. Comment ont-ils cherché à étudier cette première phase : la marche vers l’anesthésie ?
Presque tous, comme nous l’avons déjà dit, ont cherché à obtenir l’absence de réponse pour une excitation donnée (faible, moyenne ou forte) du chariot de Du Boiïs-REYMoND. Ils ont donc renoncé à suivre l’évolution de l’action anesthésique, et pour avoir des résultats rapides ét nets ils ont presque toujours travaillé avec des solutions anesthésiques relativement fortes. 4
Seuls parmi tous les auteurs : LŒWEN (161), Escx (67), BAGLroNt et Pizorri (15), pour le nerf moteur, et GRAF (91), KocHMANN et BŒHMINGHAUS (126), pour le nerf sensitif,ont essayé de suivre la progression de l’anesthésie.
Les premiers auteurs, qui maintiennent constante l'intensité, n’ont qu’un point de repère dans l’évolution qui relie l’excitabilité complète à l’inexcitabilité survenue sous l’influence anesthésique. Les autres ont pu, par des chiffres, graduer la marche vers l’anesthésie complète. Mais nous avons vu que l'instrument, dont ils s’étaient servi, ne pouvait leur donner que des indi-
cations peu exactes, ou même dans certains cas (LŒWwEN) complètement fausses. Nous pouvons donc dire ici, comme nous l’avons dit pour la cornée, que l’évolution de l’action anesthésique sur les troncs nerveux n’a pas été suffisamment mesurée, dans son intensité, par les autres auteurs.
Pour nous, les notions théoriques et les techniques, mises au point par L. LAPIGQUE, nous ont fourni des bases d’essai bien supérieures :
Grâce à la rhéobase, non seulement nous savons à quel moment une solution de telle concentration produit l’inexcitabilité pour un courant d’intensité définie, mais de plus, nous pouvons suivre, minute par minute, par des mesures exactes de volts ou d’ampères, l’évolution complète de l’anesthésie. Cependant les résultats, obtenus dans l’étude de l’évolution rhéobasique, dépendent encore beaucoup trop, comme nous l’avons vu, des conditions de contact du nerf et des électrodes. Nous avons donc été amené à nous baser uniquement sur la mesure de la chronaxie, second paramètre de l’excitabilité, aussi bien définie et mesurable que la rhéobase, mais bien plus indépendante des conditions expérimentales 4, Par l’évolution de la chro-
1. Nous avons en effet constaté que la baisse de la chronaxie est bien plus régulière que la hausse de la rhéobase, que la baisse finale de la chronaxie donne, sur la force de la solution, des renseignements plus exacts que la hausse finale de la rhéobase. Mais de plus il faut remarquer que l’étude de la chronaxie nous à permis de saisir avec beaucoup denetteté des états différents du nerf (baisse de la chronaxie, stabilisation, hausse secondaire) qui nous auraient vraisemblablement échappé si nous n’avions considéré que la rhéobase. Enfin, nous avons vu que pour les nerfs sensitifs, d’après LAPICQUE, la rhéobase dépend à la fois de l’excitabilité des fibres sensitives et de l’excitabilité des centres médullaires, alors que la chronaxie, comme nous l’avons expliqué, ne dépend que de l’excitabilité des fibres sensitives. Il est donc évident que, dans le cas des nerfs sensitifs, seule la chronaxie peut nous permettre d’étudier exactement l’état de la fibre nerveuse.
Nous tenons pourtant à faire remarquer que l’étude de la chronaxie qui, au point de vue pratique, nous à donné des résultats si nets, serait insuffisante si nous tenions à caractériser de façon précise l’excitabilité des nerfs. Il serait alors nécessaire, pour cette caractérisation théorique, de faire intervenir les deux paramètres étudiés (chronaxie et rhéobase). Sans entrer dans une discussion plus complète de ces notions, nous nous bornons à renvoyer le lecteur aux mémoires de MIGUEL OZORIO DE ALMEIDA (8) et de LASSALLE (154).
naxie nous avons donc pu suivre exactement l’établissement de l’anesthésie : Pour les anesthésies fortes baisse rapide de la chronaxie aboutissant très vite à l’inexcitabilité, pour les anesthésies moyennes et faibles, baisse rapide puis lente de la chronaxie, enfin stabilisation à un certain niveau suivie d’un retour vers un niveau plus élevé.
Au début de nos essais nous avons cherché à tenir compte du temps nécessaire pour atteindre une baisse fixée d'avance. Nous pensions ainsi pouvoir comparer deux anesthésiques en cherchant, pour des concentrations données, le temps nécessaire pour obtenir une baisse que nous avions choisie égale à 50 % de la chronaxie de départ. Depuis, nous nous sommes rendu compte que le plateau minimum de l’évolution chronaxique n’est pas situé toujours au même niveau. Il est situé plus ou moins bas suivant que la force anesthésique de la solution est grande ou faible !. Nous nous sommes donc borné à mesurer la baisse maximum de chronaxie, sans nous occuper du temps mis pour atteindre cette baisse. En eflet, le temps nécessaire pour obtenir une même baisse, avec une même solution, sur deux nerfs différents est essentiellement variable, car il dépend non seulement du nombre des fibres étudiées, mais de leurs différentes répartitions dans le nerf. On peut dire, du reste, qu’en général les méthodes, analogues aux nôtres, qui tiennent compte du temps donnent des résultats moins exacts que les autres.
Pour terminer, notons qu'aucune des deux variations que nous avons suivies (variation de la rhéobase et variation de la chronaxie) ne présente, au début de l’anesthésie par I cocaïne,de mouvement net pouvant être interprété comme une hyperexcitabilité. On sait en effet qu’il est classique, depuis les travaux de FRANÇOIS FRANK, d'admettre que l’anesthésie est précédée d’une phase d’hyperexcitabilité. Nos expériences ne nous ont pas permis de vérifier ce phénomène tout au moins pour la cocaïne.
1. Il ne se fait donc pas, comme on aurait pu le penser, une saturation plus ou moins rapide, mais toujours complète, au bout d’un certain temps, des tissus nerveux. Il se produit un état d'équilibre entre les éléments nerveux considérés et les concentrations des solutions anesthésiques. Il serait tentant, à première vue, de rapprocher de ces constatations la théorie bien connue de MEYER et OVERTON. Sans entrer dans une discussion approfondie de cette théorie, remarquons simplement qu’elle est incapable d'expliquer complètement l’action anesthésique locale. I1 suffit en effet de constater que les isomères droit et gauche de la stovaïne, que j’ai eu l’occasion d’examiner, et queles isomères droit et gauche de la cocaïne et de la pseudococaïne, que GOTTLIEB (89) a étudiés, possèdent des pouvoirs anesthésiques essentiellement différents. Or ces substances ont théoriquement les mêmes propriétés générales et, entre autres, les mêmes indices de solubilité.