‹ Méthodes de Mesure de l'Activité des Anesthésiques LocauxChapitre 57 sur 67 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1. Quatre méthodes ont été mises au point dans ce travail. La première, qui utilise la cornée du lapin, a pour but l'étude des anesthésies produites sur les terminaisons nerveuses sensitives incluses dans un épithélium. La seconde, qui s'adresse aux fibres motrices du sciatique de grenouille, la troisième, qui utilise les fibres sensitives du même nerf, la quatrième, qui s’adresse aux fibres du lingual, tronc sensitif du réflexe linguo-maxillaire, ont pour but d'étude des anesthésies produites par contact direct avec les troncs nerveux. Dans ces trois dernières méthodes on a appliqué les données récentes sur l’excitabilité nerveuse, déterminée par ses deux paramètres, la rhéobase et la chronaxie.

2. Les principes sur lesquels ont été fondées ces méthodes ont été longuement exposés, et les techniques ont été décrites avec détails.

3. La valeur de ces méthodes a été éprouvée par des essais préalables qui ont conduit à admettre une erreur relative limite voisine de 20 %. Les méthodes proposées, lorsqu'elles sont effectuées par des mains exercées, sont donc au moins aussi exactes que la plupart des autres méthodes pharmacologiques ; elles ont été d’ailleurs utilisées avec succès par d’autres auteurs, français ou étrangers.

4. Un certain nombre de substances ont été étudiées comparativement avec la cocaïne. Les résultats numériques concernant ces essais ont été exposés. Ils conduisent aux conclusions théoriques résumées ci-après.

Ces résultats numériques ne sauraient par eux-mêmes donner une connaissance absolue de la valeur du corps étudié. D’autres propriétés interviennent que nous examinerons ailleurs ; ce sont notamment les propriétés toxiques, irritantes et caustiques.

5. Tous les anesthésiques locaux, examinés dans ce travail (chlorhydrates de cocaïne, de pseudococaïne droite, de novocaïne, de stovaïne racémique, de stovaïne droite, de stovaïne gauche, de butelline, de tutocaïne, sulfate de butelline, formiate de pseudococaïne droite) sont plus actifs sur les troncs nerveux que sur la cornée.

Certains d’entre eux, comme la novocaïne et la stovaïne, sont même très peu anesthésiants pour la cornée, alors qu’ils possèdent sur les troncs nerveux un pouvoir anesthésique nettement marqué. Ce sont de bons anesthésiques de conduction, mais de faibles anesthésiques de surface.

6. Les deux nerfs sensitifs étudiés, le sciatique de grenouille et le lingual du chien, bien que d’espèce animale différente, réagissent de façon parallèle à l’action des différents anesthésiques locaux. Ceux-ci se montrent, régu-

lièrement, 5 à 10 fois plus actifs sur le sciatique que sur le lingual. Cette constatation conduit à penser qu’entré ces deux sortes de fibres sensitives, il n’y a qu’une différence anatomique (grosseur des fibres, situation, nombre) ou qu’une différence physiologique (liaison isochrone ou hétérochrone avec les centres).

7. Les deux sortes de fibres, motrices et sensitives, contenues dans le nerf sciatique de grenouille, réagissent de façon très différente à l’action des anesthésiques locaux étudiés. Tandis que le chlorhydrate de cocaïne présente une activité 15 fois plus grande sur le nerf sensitif que sur le nerf moteur, le chlorhydrate et le formiate de pseudococaïne droite, ainsi que le chlorhydrate de stovaïne gauche, sont sensiblement aussi actifs sur l’un que sur l’autre, et les autres corps agissent de façon intermédiaire. Il est dorc permis de penser qu’il y a entre ces deux sortes de fibres, sensitives et motrices, plus qu’une différence anatomique. La différence est vraisemblablement d'ordre chimique. Et si l’on tient compte du fait que les deux sortes de fibres réagissent différemment aux isomères optiques de la stovaïne, on est amené à penser que la différence peut être d’ordre physico-chimique. Pourtant le fait que les fibres sensitives ont été essayées en liaison avec les centres, alors que les fibres motrices ont été essayées après séparaliondes centres, oblige à envisager une différence possible d’ordre physiologique.

8. Les deux sels de pseudococaïne droite, chlorhydrate et formiate, présentent sensiblement le même pouvoir anesthésique. Le formiate est Pourtant formé avec un acide théoriquement plus faible que le chlorhydrate ; il serait donc plus facilement hydrolysé, J’ai rapproché cette simi-

litude d'activité du fait que les deux solutions présentent des pH assez

voisins et que ces deux PH sont en outre plus petits que 7.

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Le Doyen de la Faculté, Le Recteur de l'Académie de Paris, H. ROGER S. CHARLÉTY

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