FIGURE
Nous voyons que :
1° l’ordre et les différences d’activité sont sensiblement les mêmes sur le nerf sensitif sciatique de grenouille et sur le nerf sensitif lingual de chien ;
2° suivant que l’on considère les résultats sur la cornée, sur le nerf moteur et sur le nerf sensitif l’ordre est tout à fait différent. Les trois appareils nerveux considérés réagissent donc de façons toutes différentes aux mêmes substances. Il en résulte que la division entre anesthésiques de surface et anesthésiques de conduction, faite par FROMHERZ (80), est très juste mais n'est pas suffisante. Il importe de préciser si cette conduction est sensitive ou motrice. Il en résulte enfin que pour connaître le pouvoir anesthésique d’un produit on ne peut se borner à étudier son action sur un seul appareil nerveux, et qu’en particulier on ne peut se borner à étudier son action sur le nerf moteur ;
3° il est intéressant de remarquer que, pour la cornée et le nerf moteur, il existe de très grandes différences d’action entre les substances : sur la cornée le corps le plus actif a une action 47 fois plus forte que le corps le plus faible. Sur le nerf moteur, nous avons une différence de 1 à 26.
Pour les deux nerfs sensitifs, au contraire, il Y à peu de différence entre l’activité des corps étudiés. Pour le sciatique de grenouille, et aussi pour le lingual de chien, les activités vont de 1 à 37.
Pour terminer nous allons considérer non plus les valeurs relatives mais
les chiffres mêmes trouvés dans nos essais. Nous retrouverons évidemment certains des résultats que nous venons d’exposer. D’autres résultats tout aussi importants apparaîtront plus clairement.
Dans le tableau suivant nous donnons’ pour chacune des substances, et Pour chacun des appareils nerveux considérés, d’une part le titre % des solutions étudiées, et d’autre part les résultats obtenus : nombre d’excitations au crin, et pourcentage de baisse de la chronaxie.
Concentrations actives sur les différents appareils nerveux. EEE ———
Nerf moteur Nerf sensitif Nerf sensitif
Cornée (sciatique (sciatique (lingual de grenouille) | de grenouille) de chien) d Chiffre moyen ? Baisse Baisse Baisse Titre| (lapins Titre VA Titre Fa Titre og % non % de % de % de accoutum.| . chro- chro- chroséries naxie .| naxie naxie différentes) em mm qe mm Chte de cocaïne 1 ......| 1 312 0,10 42 0,010 53 0,12 55 0,007 43 0,06 48 Chte de novocaïne ..... 5 26 0,02 39 0,02 55 0,05 40 0,01 42 Chte de stovaïne racémi- UE Te enter ey 1 40 | 0,10 61 0,01 45 0,05 38 La 0,05 52 0,005 36 Chte de stovaïne droite .| 1 65 | 0,02 38 0,005 41 Chte de stovaine gauche.| 1 20 0,05 50 0,01 20 Ste et Chte de butelline .| 1 483 0,03 49 0,01 56 0,05 49 0,005 37 Chte de tutocaïne ..... 1 226 0,10 45 0,01 46 0,05 56 0,005 35 0,025 38 Chte de pseudococaïne TOO sr par ere site 1 301 0,005 42 0,005 54 0,02 47 Form. de pseudococaïne APOIDO MR eee tie 1 314 0,005 48 0,005 50
De l’examen de ce tableau nous pouvons tirer les conclusions suivantes : a) Si nous comparons les titres des solutions utilisées sur la cornée et les titres des solutions utilisées sur les nerfs, nous constatons que les premiers sont tous plus élevés que les seconds. Certes nous n’agissons pas de
1. Les chiffres donnés ici pour le chlorhydrate de cocaïne sont là à simple titre d’indication. L'expérience citée pour la cornée est celle du 29 avril 1927.
2. Rappelons qu'il n’est pas possible de tirer directement de la comparaison des nombres d’excitations au crin des indications absolues sur la valeur des corps,
— 180 — à même façon dans l’un et l’autre cas (voir page 146), maïs les différences sont telles qu’il nous est permis de considérer comme exacte la remarque . précédente. Certains résultats trouvés par SOLLMANN (260), à l’aide de sa méthode des instillations répétées, viennent du reste à l’appui de cette constatation. Nous pouvons donc dire que tous les anesthésiques locaux sont plus actifs sur les nerfs déñudés que sur la cornée.
Ce fait s'explique facilement, car sur les muqueuses, et la cornée en particulier, l’anesthésique doit, avant d’agir, traverser l’épithélium d’enveloppe. Une certaine partie de l’anesthésique employé ne réussit pas à traverser, une autre partie reste probablement fixée sur les cellules épithéliales, de sorte qu'il n’y a vraisemblablement qu’une fraction minime qui réussit à atteindre la terminaison nerveuse, fibrillaire, intraépithéliale. De plus, dans l'essai sur la cornée, les échanges cellulaires, la circulation des humeurs et du sang, entraînent loin de l’élément nerveux une autre partie encore de la substance anesthésique.
Il y a donc du fait de l’épithélium protecteur des muqueuses une différence notable entre anesthésie de surface et anesthésie de conduction. Mais, de plus, si pour certains corps la barrière épithéliale est facilement franchie, pour d’autres, comme la novocaïne, elle continue un obstacle très grand.
Il suffit de mettre sur un œil de lapin deux gouttes de solution de'cocaïne et sur un autre deux gouttes de solution de novocaïne pour constater qu’il existe une différence nette dans la rapidité de l’absorption. La solution de novocaïne s’absorbe bien moins vite !. Nous aurons donc des corps qui pourront, d’une façon relativement facile, atteindre les terminaisons nerveuses sous-jacentes ; ils seront de bons anesthésiques de surface (butelline, cocaïne). Et nous aurons d’autres corps qui ne pourront traverser que difficilement la barrière épithéliale ; ils seront de mauvais anesthésiques de surface (novocaïne). Ceci n’empêchera d’ailleurs pas ces derniers corps d'agir fortement quand ils seront au contact direct des éléments nerveux.
Ces constatations ont été exprimées nettement,d’abord par FROMHERZ (80) puis par SOLLMANN (261). Ces auteurs admettent, et surtout le premier, que la différence entre bons et mauvais anesthésiques de surface tient plus encore à la désintoxication du fait de l’organisme qu’à l’obstacle épithélial.
1. Il est intéressant de signaler que JUTAKA SArTo (229), 1924, a trouvé que la muqueuse vésicale résorbe bien plus facilement la cocaïne que la novocaïne : en 3 heures, 45 % de la cocaïne sont résorbés, alors que 15 % Seulement de la novocaïne ont été ab- Sorbés. Ces constatations concordent avec des essais antérieurs de SOLLMANN (263), 1918, faits sur l’urèthre de chien. De plus JUTAKA SAITO a constaté que l’alcalinisation faible des solutions augmente notablement la résorption des anesthésiques.
- Les essais de YuUMIKURA (305), 1925, apportent, à propos de la pénétration des substances anesthésiques des éléments intéressants. Cet auteur à étudié la pénétration de diverses substances anesthésiques, en solutions aqueuses additionnées, ou non, d’alcali, : dans des gels additionnés, ou non, de lécithine. Notons simplement que la novocaïne. paraît pénétrer assez rapidement dans les gels, surtout quand ils sont additionnés de lécithine, mais que la quantité totale absorbée est pour la novocaïne plus faible que pour la cocaïne. Remarquons que, dans ces expériences, les conditions paraissent plutôt voisines de celles que nous trouvons dans l'étude des nerfs, que de celles que nous avons rencontrées en étudiant les muqueuses.
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Ce qui ferait, d’après FROMHERZ, de la novocaïne un mauvais anesthésique des muqueuses, c’est évidemment qu’elle s’absorbe mal, mais c’est surtout que sa diffusibilité serait très grande, qu'elle serait rapidement emportée loin de l’élément nerveux touché ou qu’elle serait détruite plus vite par l’organisme.
Nous serions, au contraire, tenté de croire que l’obstacle épithélial joue le rôle principal. Nous savons en effet, tant par nos propres constatations que par les constatations de JUTAKA SAITO (229) et de SOLLMANN, à quel point la novocaïne s’absorbe plus lentement que la cocaïne. Nous savons de plus qu’en alcalinisant une solution de novocaïne nous facilitons, et de façon visible, sa pénétration, et que nous constatons en même temps une anesthésie plus forte et plus prolongée. Enfin, nous voyons, dans certaines expériences de SOLLMANN, que le pouvoir anesthésique relatif de la novocaïne, sur la peau de grenouille, augmente nettement avec la durée du contact.
Quoi qu’il en soit, il est indiscutable qu’un bon anesthésique de conduction n’est pas toujours un bon anesthésique de surface. Ce fait, admis depuis peu de temps au laboratoire, est loin d’être nouveau en clinique.
b) Considérons maintenant les titres des solutions donnant, d’une part pour les fibres motrices, d’autre part pour les fibres sensitives du sciatique, la même baisse de chronaxie. Nous constatons les faits suivants :
Pour obtenir une baïsse de chronaxie de 42-43 %, il faut, pour le chlorhydrate de cocaïne, une concentration de 0 gr. 10 % sur le nerf moteur, alors qu'il suffit de 0 gr. 007 % sur ie nerf sensitif. Le chlorhydrale de cocaïne est donc sensiblement 14 fois plus actif sur les fibres sensitives que sur les fibres motrices du même nerf mixte.
Un raisonnement analogue montre que :
Le Chte de novocaïne est sensiblement 2 à 3 fois plus actif sur les fibres sensit.
— stovaïne r. = 3 à 4 — — = stovaïne dr. — 4 — — — butelline ee SIA0 — — = tutocaïne — 10 — —
et le chlorhydrate de stovaïne gauche ainsi que le chlorhydrate et le formiate de pseudococaïne droite sont presque aussi actifs sur le nerf moteur que sur le nerf sensitif.
On voit donc que cette différence d'activité en faveur des fibres sensitives est extrêmement variable : presque inexistante pour le chlorhydrate de stovaïne gauche et pour le formiate et le chlorhydrate de pseudococaine droite, elle est à son maximum pour le chlorhydrate de cocaïne ordinaire. I apparaît, ici, avec évidence, ce que nous avons à plusieurs reprises signalé : qu’il est impossible de conclure de l’effet sur le nerf moteur à l’effet sur le nerf sensitif.
\ 1. En se reportant aux constatations générales faites aux pages 143 à 145 on voit que le chlorhydrate de cocaïne est même 15 fois plus actif sur les fibres sensitives que sur les fibres motrices,
De plus, en reprenant tous ces faits, on constate : 1° qu’en règle générale, pour un même corps, l’action est dissembiable sur les deux sortes de fibres, l’activité étant presque toujours plus grande pour les fibres sensitives : 2° que cette différence d'activité, comme nous venons de le voir, est très variable, qu’elle varie non seulement quand on passe d’un corps à l’autre de formule chimique complètement différente, mais qu’elle varie encore quand on passe d’un corps à son isomère stéréochimique (chlorhydrate de cocaïne et chlorhydrate de pseudococaïne), et même quand on passe d’un corps à son isomère optique (chlorhydrate de stovaïne droite et chlorhydrate de stovaïne gauche). Pour expliquer ces faits il semble que l’on puisse admettre qu’il y a, entre les deux sortes de fibres, une différence de constitution, différence chimique ou même différence physique. Pourtant le fait que les fibres sensitives ont été essayées en liaison avec les centres, alors que les fibres motrices ont été essayées après séparation des centres, oblige à envisager une différence possible d’ordre physiologique.
c) Si nous comparons entre eux les titres des solutions qui présentent à peu près la même activité sur les fibres sensitives du sciatique de grenouille et sur les fibres sensitives du lingual du chien, nous constatons\les faits suivants :
Le chlorhydrate de cocaïne, comme nous l'avons vu aux pages 143 à 145, est sensiblement 7 fois plus actif sur les fibres sensilives du sciatique que sur celles du lirgual. | à 8 #3) chlorhydrate de novocaïne est plus de 5 fois plus actif sur le sciatique.
Le chlorhydrate de stovaïne est un peu moins de 10 fois plus actif.
La butelline est de 5° à 10 Jois plus active.
Le chlorhydrate de tutocaine est sensiblement 5 fois plus actif.
Le chlorhydrate de pseudococaïne droite est aussi, sensiblement, 5 fois plus actif.
On voit donc que les corps étudiés sont régulièrement plus actifs sur le nerf sensitif sciatique que sur le nerf sensitif lingual. Ils le sont toujours entre 5 et 10 fois, et, cette fois, les différences sont de l’ordre des erreurs d’expérience. On peut donc dire que l’action sur les deux nerfs est sinon semblable, tout au moins parallèle. Les résultats relatifs trouvés sur l’un seront valables pour l’autre.Il est donc probable que les deux nerfs ont même constitution chimique et qu’ils ne diffèrent que par le nombre de fibres ou encore par d’autres dispositions anatomiques ou physiologiques, comme par
exemple un mode d'accord avec les centres plus parfait pour le lingual, nerf non itératif, |