INTRODUCTION
Dès mon entrée au laboratoire de M. le professeur TIFFENEAU, en 1920, je fus orienté vers l’étude des anesthésiques locaux. Le laboratoire de l’HÔ- PITAL BOUCGICAUT travaillait, à ce moment, à la synthèse d’aminoalcools non benzoylés, et allait bientôt être dirigé vers la préparation de corps encore plus simples, les benzhydrylamines.
Je pris part, au début, à l’effort chimique commun, puis je m’intéressais plus particulièrement à l’étude physiologique des substances anesthésiques. Il était nécessaire, en effet, pour guider le chimiste dans ses recherches synthétiques et trouver les meilleures conditions d'application pratique, de connaître exactement la valeur des corps que l’on voulait substituer à la cocaïne.
Il fallait, en premier lieu, mesurer la valeur anesthésique des corps préparés. C’est ce but que j’ai poursuivi, et ce sont les résultats obtenus que j'exposerai ici.
Depuis la découverte de la cocaïne de nombreux travaux ont été effectués sur son activité physiologique. On l’appliqua sur les organismes les plus variés, et sur des organes de toutes sortes. Plus tard, certains de ces travaux servirent de base à des essais de mesure comparative entre l’activité de la cocaïne et celle des corps de synthèse proposés pour la remplacer.
Les auteurs de ces travaux utilisaient, les uns l’action dépressive générale qu’exercent sur le protoplasme des êtres monocellulaires les ‘corps étudiés, les autres l’action dépressive particulière qu’exercent ces substances sur des organes isolés : muscles, intestin, cœur, d’autres, enfin, utilisaient l’aclion anesthésique générale produite sur de petits animaux : poissons, têtards, grenouilles. Ils étudiaient ainsi des actions bien différentes de l’action anesthésique locale. Je n’ai donc pas cru devoir retenir leurs travaux. J’exposerai pourtant, mais brièvement, les méthodes qui en sont dérivées.
Plus intéressantes se montraient les recherches d’autres auteurs qui étudiaient l’action de la cocaïne et des corps Voisins sur les éléments nerveux périphériques. De nombreux pharmacologistes, presque tous étrangers, les avaient déjà utilisées pour comparer entre elles les activités anesthésiques locales des différents produits. Parmi ces méthodes, les unes utilisaient l’action sur les terminaisons nerveuses de la peau ou des muqueuses, les autres prenaient comme test l’activité directe sur les troncs nerveux. Ces méthodes, que j’exposerai avec détails, avaient donc l’avantage de s'adresser aux élé-
ments mêmes que l’on cherchait à anesthésier dans la pratique. Pourtant Régnier 1
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leur technique me parut insuffisante, et je fus amené à mettre au point des techniques nouvelles.
Les anesthésiques locaux agissent différemment selon les régions du corps où ils sont appliqués. Tel corps, très actif sur le nerf, n’aura plus qu’une action faible s’il est appliqué sur les muqueuses. Il est donc impossible d'utiliser une technique isolée. J’ai voulu, pour que mon travail soit complet, étudier, aussi bien que possible, la force anesthésique sur les trois éléments nerveux périphériques : terminaisons nerveuses sensitives, troncs nerveux sensitifs, et aussi troncs nerveux moteurs, bien qu’il ne soit pas absolument indispensable de connaître l’action sur ces derniers,
Après avoir essayé, sans obtenir de résultats satisfaisants, d'utiliser les anesthésies produites sur la pointe de la langue, j’ai mis au point une méthode de mesure des anesthésies produites sur les terminaisons nerveuses de la cornée. Plus tard, avec H. CARDOT, nous avons abordé l’étude de l’action sur les troncs nerveux. Nous avons utilisé pour cela les notions et techniques indiquées par L. LAPiCQUuE. Nous avons donc suivi, particulièrement par les variations de la chronatie, l'influence des corps étudiés sur l’excitabilité du nerf moteur et du nerf sensitif. Après avoir étudié ainsi l'action sur les fibres motrices et sensitiVes du sciatique de grenouille, j'ai, avec G. VALETTE, effectué ces mêmes recherches sur le nerf lingual du chien, partie sensitive du réflexe linguo-maxillaire.
Ce sont ces méthodes que j’exposerai ici. Je donnerai en outre, à titre d'applications, un certain nombre de mesures effectuées avec des composés connus ; et je comparerai les valeurs trouvées par ces méthodes avec celles qu'ont obtenues mes devanciers.
Je prie M. le professeur M. TIFFENEAU de recevoir ici l'expression respectueuse de ma reconnaissance pour l'intérêt qu’il a toujours pris à mes recherches, et pour l’appui et les conseils qui m’ont permis de mener à bonne fin ces études.
Je remercie MM. les professeurs CH. RICHET et H. RoGERr de l’hospitalité qu'ils ont bien voulu me donner dans leur laboratoire.
Je prie M. le professeur L. LAPICQUE d’accepter l’assurance de ma respectueuse gratitude pour les précieux conseils qu’il m’a donnés.
Je remercie, affectueusement, M. H. CARDOT, professeur de Physiologie à la Faculté des Sciences de Lyon, pour l’aide que son grand savoir et sa bienveillance m’ont apportée en toutes circonstances. Je le prie de trouver ici l'expression de ma gratitude pour tout ce que je lui dois. G
J'ai enfin plaisir à rappeler que ce travail a été effectué pour une grande part au laboratoire de Physiologie de la Faculté de Médecine et au nouvel Institut expérimental de Vaugirard. Je désire que mes camarades, et particulièrement le docteur D. SANTENOISE, professeur agrégé de Physiologie à la Faculté de Médecine de Nancy, trouvent ici l'expression de mon aflectueuse sympathie.