Éléments de psychologie physiologique
Vocabulaire abstrait
Nous venons d'énumérer les ressources dont dispose la méthode directe pour interpréter le vocabulaire concret. Il est tout aussi facile à cette méthode d'expliquer les mots abstraits.
Pour plus de commodité, par une distinction qui n'est peut-être pas rigoureusement scientifique, nous admettrons deux sortes de vocables abstraits : a) ceux qui désignent les phénomènes internes de la sensibilité, de la volonté et de la connaissance; h) les termes abstraits proprement dits, c'est-à-dire les termes généraux.
A) Phénomènes internes. Les divers phénomènes de Tàme, aussi bien que les impressions sensorielles, ont leurs manifestations caractéristiques ; comme les sensations, la vie de l'âme se traduit au dehors par le geste, par le jeu de la physionomie, par l'inflexion de la voix. Personne ne se méprend à la mimique et à l'intonation de la colère, de la crainte, de l'effroi, de la surprise, de la joie. Les émotions agréables et désagréables sont particulièrement intéressantes à étudier. Nous les appelons douces et amères, parce que nous leur trouvons en quelque sorte un goût ayant de l'affinité avec les sensations gustatives : aussi s'expriment-elles par les mêmes mouvements. Une émotion désagréable se traduit par l'écartement de la bouche et le froncement du sourcil, mimique particulière à la sensation de l'acide ; une pensée qui nous remplit de dégoût moral soulève Tarrière-gorge absolument comme la sensation de l'amer ou du nauséabond; une pensée agréable nous fait entrouvrir les lèvres et légèrement avancer la langue, comme dans un mouvement de succion*. L'expression populaire :« il boit du lait», employée pour exprimer le contentement, est très remarquable.
L'énergie et la détente de la volonté n'ont pas un langage extérieur moins reconnaissable. Nous ne disons ni du môme air ni de la même voix :je le veux! (ordre) et :je veux bien (concession).
Quant aux phénomènes de connaissance pure, où la passion ne semble avoir aucune part, on serait tout d'abord tenté de croire qu'ils se réfléchissent au dehors par des signes moins apparents. Il n'en est rien. Quelqu'un vous explique, par exemple, une chose que